André MIGUEL

André MIGUEL



Poète fraternel et prolifique, André Miguel (1920-2008), fut lié à Jean Breton, à Christophe Dauphin et aux trois séries des Hommes sans Épaules. C’est au sein des HSE (n°29, 2009) que Jean Chatard rendit un hommage appuyé et mérité au poète, après sa disparition, «André Miguel au-delà des marges». Lorsque l’on aborde une œuvre (qui fut saluée par Blaise Cendrars, Albert Camus, René Char ou Pablo Picasso entre autres) de l’envergure de celle d’André Miguel, on se doit de faire preuve d’humilité tant ce créateur qui traversa le XXème siècle avec une suprême élégance, demeure, aujourd’hui encore, l’un des tout premiers poètes de la francophonie. Évoquer ses talents multiples, ses nombreux ouvrages, c’est en quelque sorte lui rendre hommage et saluer le poète et le critique qu’il fut sa vie durant. Avec l’élan du cœur et une intelligence rare de la chose poétique, André Miguel, né à Ransart (Belgique) le 30 décembre 1920, fut un artiste dans la meilleure acception qui soit. Tout comme respirer : dessiner, écrire ou peindre s’avéra pour lui le luxe des journées, le pain du quotidien. Si la réflexion, la philosophie, voire la linguistique, furent au rendez-vous de ses préoccupations, si son théâtre ne représente pas moins de dix pièces, diffusées pour la plupart par France Culture et la RTBF, de 1963 à 1977, on doit à André Miguel quelques contes et nouvelles (« L’équilibre », Gallimard, 1961 – « Contes du dragon blanc », SGDP, 1974 – « L’oiseau vespasien », Le Cri, 1981 – « Le tableau rituel », Amiot Lenganais, 1992). Il fut en outre l’un de ceux qui mirent en lumière l’œuvre du grand Achille Chavée (Poètes d’aujourd’hui, Seghers, 1969), puis s’interrogea sur « L’homme poétique » (SGDP, 1974) et sur « Le multiple de l’un » (La Bruyère, 1991) en qualité d’essayiste. Avec Cécile (1921-2001), André forma un couple exemplaire d’artistes qui, dans le Midi de la France, côtoya ce que les années cinquante comptaient de créateur. C’est que Cécile non seulement peignait, mais de plus, en artiste accomplie : dessinait, illustrait, écrivait avec force et talent, ce talent que soulignera Prévert dans un poème devenu célèbre. Son inspiration rare la conduisit à exposer en compagnie des plus grands (Miro, Picasso), mais aussi à concevoir une œuvre double avec André. Cette œuvre « androgyne » ne fut pas une simple amusette et se concrétisa par la publication de neuf recueils de poésie, un roman (« Le ver de l’enfer», Le Cri, 1982) et une dizaine de pièces de théâtre, dont l’une «hep ! hep ! », fut créée au théâtre d’Alençon, le 20 avril 1983 par la Compagnie du «Mal d’Aurore» dans une mise en scène du cher André Malartre. D’œuvre en œuvre, la poésie d’André Miguel sut s’enrichir d’une expérience où chaque texte ouvrait une porte sur l’imaginaire. Non seulement le langage y fut décortiqué, analysé, répertorié, mais il acquit de plus le pouvoir de propager l’extase. Ce plaisir dans la création, cette jubilation communicative sera le fer de lance d’une poésie multiforme aux innombrables retombées. L’important ne fut pas la répétition chatoyante de trouvailles (pourtant nombreuses) mais la recherche syntaxique d’un univers en constante mutation. Aucun ouvrage de Miguel ne fut conçu sur le même schéma, mais tous demeurent irradiés par leur propre lumière.

Christophe DAUPHIN

(Revue Les Hommes sans Épaules).



Publié(e) dans la revue Les Hommes sans épaules




Numéro spécial LES HOMMES SANS EPAULES 1ère série, 1953-1956 n° 3

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