Chairil ANWAR
L’Indonésie est un pays situé principalement en Asie du Sud-Est, avec certaines parties de son territoire s’étendant en Océanie. Avec 17.000 îles dont 922 habitées (Sumatra, Java, Bornéo, Sulawesi, Bali, les Moluques ou la Nouvelle-Guinée…), il s’agit du plus grand archipel au monde. Doté d’une population estimée à 285 millions de personnes, composée de plus de 600 groupes ethniques et parlant plus de 700 langues régionales, c’est le quatrième pays le plus peuplé au monde et le premier pays à majorité musulmane (depuis le XIIIe siècle). Java, l’île la plus peuplée du monde, abrite plus de la moitié de la population du pays. L’Indonésie est une république dont la capitale est Jakarta. Pour les Indonésiens, 1949 est une année importante. Elle marque la consolidation du processus d’indépendance nationale, commencé en 1945 et achevé avec le transfert de la souveraineté des Pays-Bas (l’occupant depuis 1605) à l’Indonésie. 1949 est aussi l’année de la mort prématurée, à l'âge de 27 ans, de Chairil Anwar, considéré comme l’un des plus grands poètes d’Indonésie. Méconnu en dehors de son pays, les très rares traductions que nous connaissons de lui en France sont parcellaires. Son œuvre, anticonformiste et résolument moderne, reste à découvrir et à valoriser sur un plan littéraire large.
Chairil Anwar est né le 22 juillet 1922 à Medan, sur l’île de Sumatra en Indonésie. Il meurt le 28 avril 1949, alors qu’il n’a que vingt-sept ans et que son pays est toujours, malgré l’indépendance proclamée en 1945, en pleine Revolusi[1]. Aujourd’hui encore considéré comme l’un des plus grands poètes d’Indonésie, il reste une figure gravée dans les mémoires aux côtés de Pramoedya Ananta Toer, romancier indonésien contemporain. Sa poésie, incisive et tranchante, recèle de nombreuses énigmes et zones d’ombre qui tiennent à la fois à la langue indonésienne et à une attraction pour le risque et le secret, justifiant plus que jamais de renouveler les traductions. Chairil Anwar a été traduit en anglais, néerlandais, allemand, japonais, chinois, arabe et persan.
Pourtant, à ce jour, il n’existe aucune traduction complète de son œuvre en français. Celleci est constituée de soixante-dix poèmes, de huit textes en prose et d’une quinzaine de traductions d’œuvres étrangères (poésie et prose). L’ardeur qui ressort des poèmes d’Anwar est également liée à son insatisfaction permanente : les mots manquent toujours, ils ne sont pas sûrs, le temps dérobe nos émotions avant que nous ne puissions y apposer un langage. Toujours déchiré entre deux extrêmes – obscurité et lumière, cri et silence, défaite et victoire, instant et éternité – le poète considère bien souvent que les dés sont lancés dès « la première gorgée » (reguk pertama), que tout est déjà trop tard. La vie, comme l’amour, sont des luttes perdues d’avance : « La vie se résume à repousser la défaite / S’éloigner de l’amour des jours d’école / Et savoir que des choses demeurent inexprimées / Avant de finir par se rendre ».
Ainsi, autant vivre comme s’il n’existait pas de rivages, pas d’issues à la folie sinon la poésie, laquelle permet de façonner un monde nouveau : « Je suis de retour. Tant de choses me sont étrangères : L’eau qui s’écoule a changé de couleur, les navires, les aigles Et les nuages qui s’adossent désormais sur un autre équateur. » Le désir de construire un monde nouveau sur les ruines de la guerre, le souhait de renouveler les valeurs et de se libérer des traditions insufflent dans la poésie d’Anwar un dynamisme, une liberté, un élan qui nous propulse vers l’avenir de l’Indonésie. Sa poésie, si elle n’est pas engagée politiquement (bien qu’Anwar soit nationaliste), recèle cependant la capacité à établir une passerelle entre deux générations. À Medan, Chairil Anwar vivait dans une culture malaise foisonnante. Le malais, devenue lingua franca au XVe siècle, avait permis de rassembler des cultures diverses au sein des échanges commerciaux : turque, arabe, chinoise, perse… Le malais était ainsi considéré comme un outil de communication ayant contribué à nouer des liens entre ces différentes ethnies et les Malais.
Karel HADEK (Notice d’après Isadora Fichou).
(Revue Les Hommes sans Epaules).
A lire (en français) : Chairil Anwar, Nous les chiens traqués / Kita anjing diburu, édition bilingue, poèmes traduits du malais indonésien par Isadora Fichou (Éditions Abordo, 2024).
[1] « Guerre d’indépendance indonésienne », période de quatre ans (19451949) durant laquelle les nationalistes indonésiens affrontent les forces armées néerlandaises.
Publié(e) dans la revue Les Hommes sans épaules
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| Dossiers : Alain SIMON poète insulaire / La poésie palestinienne à Paris n° 61 | ||
