Danielle SARRÉRA

Danielle SARRÉRA



Pseudonyme de Frédérick Tristan (né en 1931); "Frédérick Tristan" étant déjà un hétéronyme, né de cette fuite qui, sous le nom de Danielle Sarréra, devait se transformer en révolte, comme l'a lui-même raconté l'écrivain, alors poète : « Les lettres que j’envoyais à Jean Breton entre 1953 et 1956, montrent de quel théâtre il s’agissait. Les comparses, bien involontaires, étaient les poètes que dans ce courrier j’utilisais comme autant de personnages destinés à des aventures éditoriales imaginaires, mais c’était aussi des hétéronymes que j’avançais comme s’ils eussent été des amis réels, voire des collaborateurs… En juin 1954 sortait un recueil de proses poétiques, dont certaines dataient de 1951, sous le nom de L’Arbre à pain (Les Hommes sans Épaules éd.). Ces petits textes, si différents de ton de ceux que j’écrivais sous le nom de Sarréra, me montrèrent dès cette époque combien je n’étais pas fait pour le poème mais bien plutôt pour le discours retors de la fiction. » Dans l'histoire de Danielle Sarréra, Françoise Bergier (une jeune femme de seize ans, qui publie ses premiers poèmes dans Les Hommes sans Épaules), joue assurément un rôle important. Qu’est-elle devenue ? Nous n’en savons rien. De son passage éclair, nous retenons sa proximité avec Frédéric Tristan, ou, du moins avec Danielle Sarréra, dont la revue du Nouveau Commerce publie, au sein de ses numéros 29 (1974) et 33/34 (1976), le Journal et l'Œuvre. Les textes sont révoltés, à vif et douloureux. Ils ont été écrits par une jeune Lyonnaise, qui s’est donné la mort, en 1949, à l’âge de dix-sept ans. La critique parle d’emblée d’une révélation. Sarréra bénéficie d’un profond capital sympathie. L’engouement pour son œuvre-vie est réel. À un tel point que, Frédérick Tristan, tout juste couronné, pour son roman Les Egarés (Balland), par le prix Goncourt, doit révéler sa qualité d'auteur. Tristan dit avoir écrit ces poèmes pour se « libérer d'une pieuvre intérieure » et avoue « par honnêteté intellectuelle. Les féministes avaient pris Sarréra comme porte-drapeau. Je ne pouvais pas laisser faire ça, cela aurait été une escroquerie intellectuelle. J'ai dit « Danielle Sarréra c'est moi » comme Flaubert a dit « Bovary, c'est moi ». Cela signifie que j'ai mis beaucoup de moi dans Sarréra et qu'en retour elle m'a donné beaucoup. Il y a une espèce de communion. Elle est nécessaire si l'on veut faire une œuvre vivante. » Danielle Sarrèra demeure le plus fameux « hétéronyme » de Frédérick Tristan. « Françoise Bergier, la jeune poète d’Avignon, que j’avais rencontrée dans la mouvance des HSE, a écrit Frédérick Tristan (in HSE n°3/4, 2ème série, 1998), a certainement influé dans mon esprit sur la « constitution du mythe Sarréra ». Elle aurait pu en être le personnage. De quelque manière elle me servit de modèle, comme elle le fit une fois encore mais différemment pour le personnage d’Élisabeth, de mon premier roman, Le Dieu des mouches. Ce n’est pas rien et c’est sans doute ce que les HSE m’ont apporté de plus fort : cette présence point trop éloignée alors de Nadja. Mon tempérament de romancier fit le reste… »


Christophe DAUPHIN

(Revue Les Hommes sans Épaules).

À consulter : la fiche auteur de Frédérick Tristan.

 

La souffrance ne vaut pas tripette. J’ai tout essayé. Car si nous envisageons la brûlure nous devons constater son peu de réalité opposée à celle de la cendre, et si nous broyons nos os dans un casque nous devons reconnaître que rien ne vaut la tête broyée dans le casque, une fois toute souffrance dépassée. Pour moi, les flagellants sont des anthropophages oisifs. Que ne se donnent-ils un premier grand coup sur la nuque.

        Danielle Sarréra (extrait de L’Ostiaque).



Publié(e) dans la revue Les Hommes sans épaules


 
Numéro spécial LES HOMMES SANS EPAULES 1ère série, 1953-1956 n° 3