Ghassan ZAQTAN

Ghassan ZAQTAN



Ghassan Zaqtan est né en 1954, à Beit Jala, près de Bethléem, où sa famille s’est réfugiée en 1948, pendant la Nakba. La famille Zaqtan subit un nouvel exode, en 1961, parce que des religieux rétrogrades s’opposent à la volonté́ du père, Khalil Zaqtan, poète et enseignant, de ne faire aucune différence, en matière d’éducation, entre les filles et les garçons. La famille s’installe au camp de réfugiés d’Al-Karamah, en Jordanie. En 1968, l’armée israélienne attaque et rase le camp.

La famille Zaqtan reprend la route de l’exil, pour un quart de siècle, au Liban, en Syrie et en Tunisie. De retour en Palestine, à Ramallah, en 1994, lors de l’instauration de l’Autorité palestinienne, Zaqtan travaille comme journaliste, éditeur et traducteur. Son œuvre poétique est forte d’une dizaine de livres. Il dit : « Je ne saurais pas définir la poésie, mais le besoin qui lui est associé, son caractère de nécessité sont si puissants que j’ai une réelle foi en son existence. La poésie traverse les époques, elle est partie prenante des transformations profondes qui ont amené l’humanité au point où on se trouve à présent. Elle provient de l’énergie vitale elle-même, cet éternel compagnon des hommes. Je ne crois pas qu’on puisse se retrouver dans une époque sans poésie, se priver de poésie ce serait se priver de l’homme lui-même. La poésie peut se calmer, se faire plus discrète parfois, mais elle finit toujours par trouver une issue. La poésie prend forme comme la mémoire, et à partir d’elle aussi, là où les choses ont lieu et continuent à avoir lieu. »

Zaqtan est également l’auteur de trois romans et d’une pièce de théâtre. Prose et poésie ? Zaqtan répond : « La distinction a-t-elle un sens ? En une certaine zone, quand on parvient à intégrer cette tendance de la langue à aller vers la poésie, il existe un point d’intersection invisible, un point de contact et un point d’achèvement où la prose parvenant, la poésie devient plus que ce qu’elle est d’habitude. »

Responsable du secteur Littérature et Édition au ministère de la Culture, il dirige par ailleurs les pages littéraires du quotidien Al-Ayyam, de Ramallah. Lauréat du prix Griffin pour la poésie en 2013, et du prix Mahmoud Darwich en 2016. Zaqtan écrit : Reste-t-il du temps pour lui dire : - Bonsoir mère - Je suis revenu avec une balle dans le cœur - Voilà mon oreiller... - Et je veux me reposer - Si la guerre éclate - Dis-leur : - Il se repose. Son œuvre poétique a fait de lui une figure importante de la poésie palestinienne, dont son ami et traducteur Abdellatif Laâbi écrit : « Certes, il vit dans sa chair et au plus profond de son âme-cœur les horreurs que subit son peuple. Mais il pétrit à sa manière cette matière tragique. Et il le fait comme le poète qu’il est, auteur d’une œuvre considérable, appartenant à une génération faisant le lien entre celle des fondateurs, Mahmoud Darwich, Sami al-Qassim, Tawfiq Zayyad, Fadwa Touqane, et celle d’aujourd’hui, piégée dans une nouvelle catastrophe, aussi dévastatrice que celle que leur peuple a connue en 1948 lorsque plus de la moitié de sa population a été contrainte par la terreur et le sang à quitter sa terre et emprunter les chemins de l’exil."

Christophe DAUPHIN

(Revue Les Hommes sans Epaules).

 

À lire (en français) : Le poème palestinien contemporain, anthologie (Le Taillis pré, 2008), Suppléments au passé (CIPM, 2009), Comme un rêve à midi (Al Manar, 2011), Chants et hymnes (Apic, 2019), Résurgence du passé, roman (Méo éditions, 2024), Les Barbares, mes intimes (Maison de la Poésie Rhône Alpes, 2025).



Publié(e) dans la revue Les Hommes sans épaules


 
Dossiers : Alain SIMON poète insulaire / La poésie palestinienne à Paris n° 61