Hyam YARED

Hyam YARED



Hyam Yared Schoucair est née en 1975, à Beyrouth, où elle a étudié la sociologie à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth. Poète et romancière, elle est la fondatrice et la présidente du Pen-Club Liban, qui défend la liberté d’expression, lutte contre toute forme de censure et promeut la littérature libanaise. En 2006, son premier roman, L’Armoire des ombres, explore une thématique qui lui est chère et imprègne toute son œuvre : celle de la condition de la femme et de son identité dans les sociétés orientales. Qu’est que la malédiction pour une femme ? De vivre dans un monde marqué par la domination de la virilité et la transmission des valeurs masculines.

Dans La Malédiction, Hala, personnage principal, s’éveille aux plaisirs, découvre son corps et surtout qu’elle est une femme c'est à dire un être sans sexe proéminent. Elle va devoir conquérir sa féminité dans un pays où les femmes sont soumises à la puissance des hommes, à la domination de la religion et à la dévoration des mères. Dans un pays menacé par l’invasion de la Syrie, Hala doit se battre jusqu’au meurtre pour se libérer et simplement respirer.  

Dans Sous la tonnelle, Hyam Yared évoque de façon saisissante, à travers le souvenir de sa grand-mère disparue, la guerre du Liban. Son roman, Tout est halluciné, est « une longue quête de soi et d’émancipation dans laquelle, entre espoirs et désillusion, se fait entendre l’écho des « printemps arabes ». La romancière y met en lumière, « au-delà des guerres et des massacres, les mensonges et les mythes fondateurs d’identités factices, meurtries et meurtrières ; les tiraillements de sociétés incapables de se penser dans la multiplicité et d’individus refusant leur propre pluralité. » Dans ses œuvres, parmi lesquelles, Tout est halluciné (2016), Nos longues années en tant que filles (2020) et Implosions (2021), elle établit le lien entre la sphère intime et la sphère politique par une mise en abîme des identités collectives avec la dimension psychologique des individus.

Hyam Yared écrit : « Le mot « amouricide » est l’apanage du poète. Je l’invente ici, pour faire référence au mouvement qui se meut dans les corps et les villes qui se cherchent et qui ratent – de peu souvent et à quel prix – de se rencontrer autrement que dans le malentendu. Que sont les guerres sinon des amours trop brûlantes à force d’avoir été déçues. Je voudrais aborder la guerre par l’envers de leurs décors. Par la dimension de ces amours ratées qui nous font prendre les armes. On se déchire souvent de trop s’attirer. Se demander ici, de quels patrimoines d’incendies et de blessures sommes-nous encore prêts à nous revendiquer pour réparer du feu par le feu, incendier l’autre en mesure de rétorsion sous l’emblème de la légitimité à l’auto-défense. Si nous n’avons toujours pas pris acte que détruire son prochain nous détruit nous-mêmes, de quels déficits humains pouvons-nous encore nous revendiquer ? Dans son combat contre le feu, l’eau gagne toujours, dit le proverbe. Il y a dans l’eau une invincibilité qui rend le feu jaloux. Rien ne résiste à l’eau. »

Comment expliquer la situation dramatique du Liban, notamment après, notamment, le 4 août 2020, lorsqu’une double explosion secoue le port de Beyrouth, au Liban, faisant au moins 218 morts et plus de 6.500 blessés ? Pour Hyam Yared, la responsabilité incombe aux partis politiques « qui s’inscrivent sur une constitution confessionnelle dont ils se servent pour diviser les citoyens. L’incompétence de la société civile à prendre les choses en main est aussi une conséquence de la répression directe et indirecte des partis politiques. Cette société est divisée sur le principe de la constitution confessionnelle… Jamais un peuple n'a été autant bafoué, ça a dépassé tout entendement. Les victimes sont privées de vérité. C'est par la résilience qu’on est en train d'être abusés. À un moment donné, il faut aussi taper du pied. »

Avec les poèmes de, Du feu autour de l’œil (2025), Hyam Yared d’impose définitivement comme l’une des voix les plus fortes de notre temps.

Christophe DAUPHIN

(Revue Les Hommes sans Epaules).

 

À lire : Reflets de lune, poésie (Éditions Dar An-Nahar, 2001), Blessures de l’eau, poésie (Éditions Dar An-Nahar, 2004),  L’Armoire des ombres, roman (Sabine Wespieser Éditeur, 2006), Naître si mourir, poésie (Le Dé bleu, 2008), Sous la tonnelle, roman (Sabine Wespieser Éditeur, 2009), Beyrouth, comme si l’oubli, prose, avec Nayla Hachem (Éditions Zellige, 2012), La Malédiction, roman (Éditions des Équateurs, 2012), Esthétique de la prédation, poésie (Mémoire d’Encrier, 2013), Tout est halluciné, roman (Fayard, 2016), Nos longues années en tant que filles, roman (Flammarion, 2020),  Implosions, roman (Éditions des Équateurs/Humensis, 2021), Du feu autour de l’œil, suivi de Blessures de l’eau (Mémoire d’Encrier, 2025).



Publié(e) dans la revue Les Hommes sans épaules


 
Dossiers : Alain SIMON poète insulaire / La poésie palestinienne à Paris n° 61