Jean BINDER

Jean BINDER



Monumental ! C’est la première impression que l’on ressent à la vue du pavé que représente, Lucien Coutaud, l’Envers du surréalisme. S’agit-il d’un énième ouvrage sur l’art du peintre Lucien Coutaud ? Non, mais quand bien même, de tels livres, il n’y en aura jamais assez pour percer tous les mystères de cet art singulier, de sa mythologie, qui découle d’un monde profondément ancré dans la mémoire et l’imaginaire du peintre ; un monde au sein duquel les êtres se métamorphosent, les corps se fragmentent, pénétrés tant par le végétal que par le minéral. L’œuvre est surprenante, merveilleuse, magique, poétique, mais avant tout tragique, des chambres sombres aux armoires hérissées de pointes, durant l’Occupation, aux plages normandes oniriques, des dernières années.

Bien qu’il n’ait jamais adhéré au mouvement surréaliste, préférant fréquenter les individus qui le composait, Coutaud est pourtant surréaliste, dans la marge (et c’est bien pour cela que Jean Binder sous-titre son livre, L’Envers du surréalisme), au même titre que ses œuvres, qui sont une prospection continue de l’état de rêve. Le réel existe bien pour Coutaud ; mais le rêve ne cesse de se développer en même temps, d’imprégner, de fusionner avec lui.

Tout cela, Jean Binder le rappelle, naturellement, au sein de son ouvrage, appelé à devenir une référence incontournable tant pour les chercheurs que pour les amateurs. Lucien Coutaud, l’Envers du surréalisme, donne à lire sous la plume de Jean Binder, la première biographie de Lucien Coutaud, qui parait à l’occasion de l’exposition « Lucien Coutaud, les années du Cheval de Brique », au Musée de Trouville/Villa Montebello, du 27 mars au 3 juin 2018 ; première rétrospective d’importance (dont Jean Binder est le commissaire, avec le conservateur Karl Laurent), de sa période dite du Cheval de Brique (1952-1977), sur les lieux mêmes où vécut et travailla le peintre, de 1952 à sa mort : la Côte fleurie (Calvados, Normandie).

Si un livre est inséparable et fait corps avec son auteur ; c’est bien celui-ci, fruit d’une proximité qui dure depuis presque cinquante ans. Plus exhaustif, on ne saurait faire. Il y a que l’auteur a connu son « sujet », le peintre, en 1973 et qu’il s’est passionné, dévoué à son œuvre, y compris et surtout après sa disparition en 1977, puis celle de son épouse Denise en 1986. Exécuteur testamentaire de Denise et Lucien Coutaud, Jean Binder est également le président et co-fondateur, avec sa femme Maryvonne, de l’Association Lucien Coutaud, qui n’a de cesse d’entretenir la mémoire du peintre et de défendre son œuvre, par la publication de nombreux bulletins, livres, catalogues, et la participation et/ou l’organisation d’expositions d’envergure en galeries ou dans des musées. Jean Binder est le spécialiste de l’œuvre de Coutaud.

Ajoutons, qu’il en va de même avec Félix Labisse (une biographie de Félix Labisse, qui s'annonce aussi monumentale que celle de Coutaud,  est d'ailleurs en cours d'écriture), qu’il a également connu, mais aussi de Jacques Hérold, ce qui l’amena à se passionner pour l’histoire du surréalisme et celle de l’art moderne. Jean Binder cherche et trouve, dévore et assimile tout, continuellement. 

Il y a les écrits et les recherches de Jean Binder ; les expositions qu’il a montées ; mais aussi, on s’en doute : la collection personnelle de Maryvonne et Jean Binder, on ne peut plus éclectique. Il faudra bien, un jour prochain, qu’une exposition lui soit consacrée. Les activités de Jean Binder sont associées aux arts plastiques, certes, mais sans négliger aucunement la poésie, la littérature et bien d’autre registres encore. Et, comme si cela n’était déjà pas assez, Jean Binder a également cofondé avec Maryvonne, l’association Art Image qui, depuis 2000, à Chalon-sur-Saône, se consacre à l’Art Contemporain. Gérard Collin-Thiébaut, Olivier Mosset, Joël Kermarrec, Jan Voss, Claude Viallat, Gloria Friedmann, Didier Marcel, Lilian Bourgeat, … sont quelques-uns des artistes (il y a en quatre, tous les ans depuis dix-sept ans) publiés (catalogues le plus souvent) et exposés à la Chapelle du Carmel. La passion est totale, le dévouement sans faille. Davantage qu’à allopathie, Jean Binder, ce médecin de formation, a bien davantage recours à une boulimie de Merveilleux.

Une fois l’auteur présenté, et encore, au pas de charge, on peut avoir une idée du contenu de ce livre et sur l’importance que représente cette somme, Lucien Coutaud, l’Envers du surréalisme, tant pour les amateurs de Lucien Coutaud, que pour les passionnés d’art moderne, spécialistes ou profanes. Tout au long de ces 872 pages, Jean Binder reconstitue, détaille, avec moult anecdotes et précisions, ce que fut la vie et l’engagement créateur de Lucien Coutaud, mois par mois, année par année, au quotidien, en s’attachant aux détails importants et significatifs de son existence. L’auteur souligne le rôle primordial de l’amitié, des rencontres, de la relation à l’autre, chez le peintre du Cheval de Brique, met en relief la vie et l’œuvre, situe les époques, les contextes. C’est donc toute une galerie de personnages, inconnus ou prestigieux, qui revit dans ces pages, qui allient texte rédigé et témoignages, citations et analyses non pesantes, extraits de correspondances et d’autres documents de première main, souvent inédits.

Le meilleur que l’on peut souhaiter à un artiste, c’est d’avoir trouvé ou d’être trouvé par son Jean Binder. Coutaud lui-même en resterait pantois. Aurait-il pu se douter, qu’après sa disparition, ce sont ces jeunes gensd’une vingtaine d’années, venus le visiter en 1973 sur les recommandations de Félix Labisse, qui allaient porter et défendre ses couleurs, son monde et son univers de personnages hors-normes, avec autant de passion que de rigueur ?

Christophe DAUPHIN

(Revue Les Hommes sans Epaules).

A lire: Lucien Coutaud, l’Envers du surréalisme (ALC éditions, 2018), Lucien Coutaud, les années du cheval de Brique, avec Christophe Dauphin (ALC éditions/Musée de Trouville - Villa Montebello, 2018), Lucien Coutaud, Peintre du surréel, avec Christophe Dauphin et Paul Sanda (éditions Rafael de Surtis/Musée des Beaux-Arts de Gaillac, 2014), Félix Labisse, Histoire naturelle, édition et présentation de Jean Binder (éditions Interférences, 2012), Lucien Coutaud, Les Tissages du Rêve (Galerie Les Yeux Fertiles, 2011), Lucien Coutaud, décorateur du Soulier de Satin (Bulletin de la Société Paul Claudel, 2010), Henri Vandeputte, Lettres à Félix Labisse 1929-1935, édition critique établie par Victor-Martin Schmets, préface et iconographie de Jean Binder (éditions Rafael de Surtis, 2010), Une pure amitié : Jean Blanzat - Lucien Coutaud. Pour saluer Jean Blanzat (Presses Universitaires de Limoges, 2007), Hommage à Félix Labisse (éditions Rafael de Surtis, 2005), Félix Labisse (éditions Snoeck/Musée de la Chartreuse - Douai, 2005), Lucien Coutaud et la peinture (Musée des Beaux Arts - Ville de Nîmes, 2004), Un cercle d'amitié dans le sillage de Jacques Doucet: Rose Adler, Denise Bernolin, Lucien Coutaud (Cahiers de la Bibliothèque Littéraire Jacques Doucet, 2000), Lucien Coutaud et le monde des lettres, Préface de Georges-Emmanuel Clancier (Bibliothèque Carré d'Art, 1997), Les Eclats du miroir d'Orphée, Rétrospective Lucien Coutaud (Les éditions de l'Amateur - Fondation Drouot, 1989),

Bulletins de l'Association Lucien Coutaud, série en cours, sous la direction de Jean Binder : 41 numéros en 2018.

Site internet de l'Association Lucien Coutaud

Site internet Félix Labisse

Site internet de Art Image




 



Publié(e) dans le catalogue des Hommes sans épaules


 
Lucien Coutaud, les années du Cheval de Brique