Jean-Pierre DUPREY

Jean-Pierre DUPREY



Jean-Pierre Duprey est l’une des comètes comptant parmi les plus magnétiques de la seconde moitié du XXème siècle. Poète, peintre et sculpteur, Jean-Pierre Duprey (né le 1er janvier 1930, à Rouen) vit une enfance difficile, ponctuée de déséquilibres psychiques et de crises répétées d’anorexie. Les études ne l’intéressent pas. Il ne supporte pas la rigueur scolaire et sera exclu du célèbre lycée Corneille de Rouen, lors de ses études secondaires.

À l’âge de seize ans, il écrit ses premiers poèmes et découvre les œuvres de Lautréamont, Jarry et Artaud. Durant l’été 1948, sur une plage de Normandie, il fait la rencontre de Jacqueline Sénart (qui est assistante sociale), la femme de sa vie. Duprey rompt avec sa famille. Le couple s’installe à Paris, et loge dans une chambre d’hôtel, du côté des Batignolles, puis au 143, rue de Crimée. Duprey achève l’écriture de Derrière son double, son premier manuscrit, qu’il adresse par la poste à André Breton. Ce dernier lui répond le 18 janvier 1949 : « Vous êtes certainement un grand poète, doublé de quelqu’un d’autre qui m’intrigue. Votre éclairage est extraordinaire. »

Dès lors, Duprey prend part aux activités et aux publications du groupe surréaliste. Après Derrière son double, en 1950, suivront : La Fin et la manière (1965) et La Forêt sacrilège (1970). Début des années 50, le poète épouse Jacqueline (qui décédera des suites d’une longue maladie, en 1966) à Rouen, et délaisse provisoirement la poésie au profit de la peinture et de la sculpture. Le travail de ce créateur prolifique, passionné et acharné, commence à être reconnu, mais les disputes à répétitions avec Jacqueline, ainsi que les crises de nerfs, le broient littéralement de l’intérieur. Cette époque, c’est aussi celle de la guerre d’Algérie. Faut-il prendre des options politiques ? Pour sa part, Jean-Pierre Duprey préfère « commettre un acte objectif contre l’armée engagée dans une guerre injuste plutôt que de souscrire à des prises de positions intellectuelles. » Il ne tarde pas à mettre son idée en pratique, et urine sous l’Arc de Triomphe, sur la flamme du soldat inconnu. Il est arrêté, brutalisé par la police, connaît la prison puis l’asile (il est interné à Sainte-Anne, du 7 au 30 juillet 1959). Relâché, il consacre les derniers mois de sa vie à écrire sa dernière œuvre : La Fin et la manière.

Le 2 octobre 1959, après avoir prié sa femme Jacqueline de poster à l’adresse d’André Breton, son ultime recueil de poèmes La Fin et la manière, Jean-Pierre Duprey se pend à une poutre de son atelier de sculpteur, mettant un terme à une brève existence vécue intensément dans la douleur et la fièvre de la création.

En vers comme en prose, lyrique, narrative ou sous la forme de dialogues, la poésie de Jean-Pierre Duprey n’en rappelle aucune autre. Territoire élu du mythe, de l’angoisse existentielle, du Merveilleux ou du fantastique onirique, l’œuvre de Duprey incarne une remarquable et douloureuse alchimie des deux faces de l’artiste, le noir et le feu. C’est que, Duprey est posté au bord de ce précipice où coule l’eau noire de la nuit. Il n’a eu de cesse d’interroger la nature de l’amour comme ses maux ou son univers intérieur. Plus de cinquante ans après sa mort, il demeure l’archange de la jeunesse révoltée, et personnifie mieux que quiconque la dualité déchirante qui existe entre le rêve et la réalité.

À lire : Derrière son double (Le Soleil Noir, 1950), La Forêt sacrilège (Le Soleil Noir, 1964), La Fin et la manière (Le Soleil Noir, 1970), Derrière son double (Christian Bourgois, 1990 ; réédition poésie/Gallimard, 1998), Un bruit de baiser ferme le monde (le cherche midi éditeur, 2001).

Christophe DAUPHIN

(Revue Les Hommes sans Épaules).



Publié(e) dans la revue Les Hommes sans épaules


 
Patrice CAUDA, Gaston PUEL, Jean-Pierre DUPREY n° 11