Joseph Henri ROSNY aîné

Joseph Henri ROSNY aîné



J. H. Rosny n’est pas un mais multiples, puisqu’il y a à l’origine deux frères, Joseph Henri Boex, dit Rosny aîné (1856-1940) et Séraphin Justin Boex, dit Rosny le jeune (1859-1948). Les deux Belges s’illustrent d’abord dans une collaboration étroite, avant de mener chacun de leur côté une carrière littéraire. Si l’œuvre des Rosny est multiple, c’est aussi qu’ils ont abordé, au cours de leur prolifique carrière, bien des genres littéraires : romans sociaux, romans sentimentaux, récits préhistoriques, science-fiction, fantastique et mêmes des essais de vulgarisation scientifique et de philosophie. On aurait peine à décliner l’ensemble des œuvres de ces auteurs, d’autant qu’ils comptent à eux deux plus de cent ouvrages publiés. Pour en revenir au rapport entre Rosny l’aîné et les HSE ; il faut préciser que c’est dans le n°3 (juin 1953) qu’est expliquée la symbolique de notre titre, pris dans Le Félin géant (roman préhistorique que Rosny l’aîné publia neuf ans après sa mythique Guerre du feu). Le romancier y met en scène deux amis, Aoûn, le fils du chef de la tribu, une brute mais capable de pardonner à l’ennemi terrassé, et Zoûhr, un surdoué fragile. Tous deux ont besoin de nouer leurs qualités et leur ruse pour tenter de reconquérir le feu perdu, sinon la tribu ne survivra pas. Zoûhr avait la forme étroite d’un lézard ; ses épaules retombaient si fort que les bras semblaient jaillir directement du torse : c’est ainsi que furent les Wah, Les Hommes-sans-Épaules, depuis les origines jusqu’à leur anéantissement par les Nains-Rouges. Il avait une intelligence lente mais plus subtile que celle des Oulhamr. Elle devait périr avec lui et ne renaître, dans d’autres hommes, qu’après des millénaires. Cette dernière phrase a exalté trois générations de poètes HSE. Aux ténèbres, la barbarie des Nains-Rouges, expérience toujours actuelle, hélas ! Puissions-nous être les successeurs « subtils » de cette quête immémoriale du feu (le poème) menée par deux amis, dans la différence et le respect. Dans le roman, Aoûn et Zoûhr, fils de la Terre sont déjà des « hommes ». Dans le décor grandiose, sauvage, terrifiant, de l'Europe préhistorique, ils vivent au jour le jour, ils luttent, ils agissent, ils pensent. La forêt fourmille d'une vie fantastique, les léopards, les mammouths, d'autres animaux plus étranges, les gaurs, les rhésus, les dhôles se poursuivent et s'entre-dévorent. Aoûn et Zoûhr tentent confusément de comprendre et de dominer ce qui les entoure. Avec d'autres hommes plus primitifs, les Lémuriens, les Chélléens, les Hommes-du-Feu, ils amorcent des relations amicales ou, au contraire, se livrent à des guerres féroces. De toutes les puissances qui règnent sur ce monde où tout est primitif et gigantesque, la plus redoutable est celle du Félin géant, cet ancêtre monstrueux des lions d'aujourd'hui. Mais l'Homme, finalement, affirme sa primauté, et un orgueil immense emplit la faible poitrine de Zoûhr lorsque le félin colossal le laisse plonger les deux mains dans sa crinière.

Christophe DAUPHIN

(Revue Les Hommes sans Epaules).

 



Publié(e) dans la revue Les Hommes sans épaules


 
Numéro spécial LES HOMMES SANS EPAULES 1ère série, 1953-1956 n° 3