Nicanor PARRA

Nicanor PARRA



Né au sein d'une famille modeste à San Fabián de Alico, le 5 septembre 1914, Nicanor Parra est le seul parmi ses frères à avoir poursuivi des études supérieures. La famille Parra est pourtant composée d’artistes de premiers plans. Sa sœur, Violeta Parra, étoile de la chanson chilienne a remis à l’honneur la musique populaire et traditionnelle de son pays. Les deux enfants de Violeta, Isabel et Ángel Parra, ont également mené une importante carrière musicale et artistique. Nicanor Parra a lui-même trois enfants : Catalina qui est artiste visuelle, les musiciens Colombine et Juan de Dios, qui ont formé le groupe Barraco Parra.

Nicanor Parra a étudié les mathématiques et la physique. Il a enseigné ces disciplines au niveau universitaire. Après son premier livre, marqué par une veine populaire héritée de Federico García Lorca, il publie en 1954, son œuvre majeure, Poemas y antipoemas, qui le  singularise définitivement et qui ouvre sa production d’ « antipoésie » appelée à exercer une influence considérable sur la poésie chilienne et continentale. « Tout allait mal depuis la Renaissance. La poésie surgie de cette époque aurait pu être qualifiée de poésie courtisane en costume-cravate... il fallait trouver une sortie... durant des siècles, la poésie a été le paradis de l'imbécile solennel, jusqu’à ce que moi j’arrive et m’installe sur ma montagne russe », déclare non sans provocation Nicanor Parra.

Dans son roman autobiographique La Danse de la réalité, Alejandro Jodorowsky écrit : « Dans ces années-là, Pablo Neruda se présentait comme le plus grand poète, mais moi, comme la plupart des jeunes, par esprit de contradiction, je refusais d'être son disciple fanatique. Brusquement surgit un nouveau poète, Nicanor Parra qui, se rebellant contre ce génie si viscéral et si engagé politiquement, publia des vers intelligents, humoristiques, différents de tout ce qu’on connaissait, et qu’il baptisa du nom d’« antipoèmes ». Mon enthousiasme fut délirant. Enfin un auteur descendait de l’Olympe romantique pour parler de ses angoisses quotidiennes, de ses névroses, de ses échecs sentimentaux. » Roberto Bolaño, ne fut pas en reste, puisqu’il célébra : « le type le plus lucide de l’île couloir, le long de laquelle déambulent, d’une extrémité à l’autre, à la recherche d’une sortie qu’ils ne trouvent pas, les fantômes de Huidrobo, Gabriela Mistral, Neruda, de Rokha… Parra, mais aussi ses frères, Violeta en tête, et ses parents rabelaisiens ont mis en pratique l’une des plus grandes ambitions de la poésie de tous les temps : excéder la patience du public. »

Face au poète considérée comme devin, l’« antipoésie » propose la désacralisation du poète. Face au caractère sentencieux, le trait dépourvu de toute transcendance. Face au langage élevé », le langage de la conversation, les barbarismes, les verba obscena. Au lieu de l’intensité, la superficialité. Au lieu de l’ampleur, le fragmentaire. Au lieu du sérieux, la plaisanterie. D’une certaine façon, comme l’écrit le critique Luis Íñigo Madrigal, l’« antipoésie » a ouvert « un espace de liberté sur les décombres de l’édifice qu’elle entendait jeter bas. Et cet espace, la poésie chilienne l’a intégré. Nombre de poètes de la seconde moitié du XXe siècle, avec le mérite réitéré d’avoir perçu les limites possibles ou les carences de l’œuvre de leurs aînés, ont ainsi contribué à la grandeur de la poésie hispanique contemporaine. »

Auteur d’une trentaine de livres  epoèmes, Nicanor Parra reçoit le Prix National de Littérature en 1969, le Prix Juan Rulfo en 1991 et le Prix Cervantes en 2011. Le 5 septembre 2014, Parra a fêté ses cent ans. Différentes activités ont été organisées pour commémorer sa vie et son œuvre, comme des expositions avec ses artefacts et un « parrafraseo » massif d’un de ses poèmes, « L’homme imaginaire ».

Parra s’est tenu à distance des hommages et il a seulement reçu la visite de la présidente Michelle Bachelet, qui déclare : « Depuis que Parra s’est installé sur sa montagne russe, le Chili est un peu moins solennel et prêt à rire davantage, d’un rire parfois triste c'est vrai, mais l’impertinence est aussi source d’art. »

César BIRENE

(Revue Les Hommes sans Epaules).

À lire (en français) : Poèmes et antipoèmes, anthologie bilingue 1937/2014 (éd. du Seuil, 2017), Casse-tête. Dix poèmes & antipoèmes (Fissile, 2016).



Publié(e) dans la revue Les Hommes sans épaules


 
Dossier : Poètes chiliens contemporains, le temps des brasiers n° 45