Tristan TZARA

Tristan TZARA



Tristan Tzara, de son vrai nom Samuel Rosenstock, est né le 16 avril 1896 à Moinești, Roumanie et est décédé le 25 décembre 1963 à Paris. Élevé dans une certaine aisance matérielle grâce au père qui est cadre dans une société d'exploitation pétrolière, Tzara connaît une enfance et une adolescence sans histoire. Il suit un cours sur la culture française dans un institut privé, s'éveille à la littérature au lycée Saint-Sava et s'inscrit en section scientifique pour le certificat de fin d'études au lycée Mihai-Viteazul. C'est un bon élève et ses professeurs notent son ouverture d'esprit et sa curiosité intellectuelle infatigable1. Ayant obtenu son certificat de fin d'études, Tzara s'inscrit à l'université de Bucarest en mathématiques et philosophie (septembre 1914). L'atmosphère provinciale de Bucarest ennuie Tzara qui rêve de partir. Contre l'avis de son père, mais encouragé par Janco qui le presse de le rejoindre à Zurich, il quitte la Roumanie pour la Suisse, pays neutre accueillant la jeunesse d'Europe refusant la guerre. Il s'inscrit à l'université en classe de philosophie. Mais l'ennui le gagne à nouveau : « les sensations de bien-être devinrent rares et tous les plaisirs étaient catalogués : les excursions, les cafés, les amis... » Le 5 février, Ball, Hennings, Richard Huelsenbeck, Tzara et les peintres Jean Arp, Janco et Sophie Taeuber inaugurent le Cabaret Voltaire et transforment l'endroit en café littéraire et artistique dont les murs sont couverts de tableaux créant une ambiance à la fois intime et oppressante6. Le succès est immédiat. Dada, le mouvement révolutionnaire nihiliste dans les arts, est né. Tristan Tzara publie les premiers textes Dada, La Première aventure céleste de M. Antipyrine, ou Vingt-cinq poèmes en 1918. Même s'il se dit contre tout mouvement littéraire, il signe également le manifeste du mouvement, Sept Manifestes Dada (1924) et crée la revue Dada. Mondialement connu comme l'inventeur de Dada, Tristan Tzara en sera le meilleur fédérateur, en établissant des contacts parmi les peintres et les poètes à travers l'Europe en guerre. Défendant l'individualisme et la liberté totale des artistes, refusant tout dogme et valeur établis, son anticonformisme lui vaut d'être appelé à Paris pour contribuer à la revue Littérature, avec André Breton, Philippe Soupault, Louis Aragon, Paul Eluard ou Benjamin Péret, avec qui il s'active pour désintégrer la structure traditionnelle du langage et attaquer toutes les valeurs reconnues. En 1922, il se brouille avec André Breton, qui refuse de s'enfermer plus longtemps dans l'attitude nihiliste de Dada, pour fonder le surréalisme, mouvement auquel Tzara finit par se rallier en 1929 et jusqu'en 1935. Passée cette date, Tristan Tzara s'éloigne du surréalisme et rejoint le Parti communiste en 1936, essayant de le concilier avec le surréalisme, mais le quitte en 1956, suite à la répression communiste de la révolution hongroise. Si, pour lui, la poésie est plongée dans l'histoire jusqu'au cou, le poète ne consent pas à la mettre au service d'aucune cause. A la Libération, il refuse la notion sartrienne de littérature engagée, de même qu'il s'oppose à un retour aux formes fixes. Mais l'auteur de Midis gagnés, et de De mémoire d'homme se fait aussi connaître par sa collection d'art africain et océanien, dont les plus belles pièces se trouvent désormais dans les musées spécialisés, par ses écrits sur l'art et la poésie. Par un cheminement qui n'a rien d'étrange pour qui s'intéresse aux conditions de la création, Tzara consacre les dix dernières années de sa vie à la recherche des anagrammes dans la poésie de Villon, reconstituant, à sa façon, le roman du poète qu'il se refusait à peindre en mauvais garçon. Loin de se réduire à la seule période Dada, où il joua certes un rôle central – donnant textes et poèmes aussi jubilatoires, incongrus, déconcertants –, l'œuvre de Tzara a connu une évolution constante, depuis les grands recueils qu'on peut situer dans les marges du surréalisme : De nos oiseaux (1923), L'Homme approximatif (1930), Où boivent les loups (1932), L'Antitête (1933) jusqu'aux ouvrages de la maturité : Midis gagnés (1939), De mémoire d'homme (1950) ou les 40 Chansons et déchansons, rassemblées après sa mort, en passant par Grains et issues (1935), dont la réflexion éclaire l'ensemble de l'œuvre. De l'Umour dadaïste acide qui ronge toute expression jusqu'à l'absurde, la rage purificatrice, à l'éclosion du chant intérieur, Tzara, entre tendresse et violence, conserve sa fougue, son originalité, son humour, son exigence moral et sa révolte. Notre Merveilleux aîné !

Christophe Dauphin

(Revue Les Hommes sans Epaules)

A lire: Poésies complètes (Flammarion, 2011), Oeuvres complètes, six volumes, (Flammarion, 1975-1982), Où boivent les loups (Les cahiers Libres, 1932. Réédition collection Poésie-Club, éd. Saint-Germain-des-Prés, 1968). A consulter: Henri Béhar, Tristan Tzara (éd. Oxus, coll. « Les Roumains de Paris », 2005).

"C'est un grand moment de ma vie d'éditeur d'avoir réédité pour la première fois depuis l'originale de 1932, Où boivent les loups (avec une belle gravure de Man Ray pour le tirage de tête). Recueil que je préférais, et préfère toujours, à L'Homme approximatif. plus secret, plus mesuré, qui conduit à plus d'évidence, de rêverie."

Guy CHAMBELLAND

(Revue Les Hommes sans Épaules).



Publié(e) dans la revue Les Hommes sans épaules



 
René DEPESTRE, Roger KOWALSKI, les éditions GUY CHAMBELLAND n° 10

Dossier : MARC PATIN et le surréalisme n° 17