La Table d'attente

Collection Les HSE


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La Table d'attente

Frédéric TISON

Poèmes

ISBN : 9-78-22430-4745-5
Broché
116 pages - 13 x 20,5 cm
15 €


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Table d'attente. Plaque, pierre, planche, panneau sur lequel il n'y a encore rien de gravé, de sculpté, de peint. Fig. : C'est une table d'attente, ce n'est encore qu'une table d'attente, se dit d'un jeune homme dont l'esprit n'est pas encore entièrement formé, mais qui est propre à recevoir toutes les impressions qu'on voudra lui donner.

Dictionnaire de l’Académie française, 8e édition (1932-1935)

 

Cette table d’attente, je la dresse dans ces pages ; j’écris dans ses marges, autour d’une image manquante, d’un visage absent. Je m’y penche, et j’y vois mon ombre ; parfois j’y aperçois celle de quelqu’un qui veille par-dessus mon épaule.

Frédéric TISON

*

I.

Je suis ici le vent d’un autre port, d’un autre pays, d’une autre fois.

Je suis ici l’audace qui meut les bras chargés d’oiseaux affamés — les branches exténuées, les fleurs avides.

Je suis ici le chemin dévorant — et cette offrande-là, unique soleil parmi les herbes, entre les pierres, c’est mon ardente éclipse.

 

II.

Dans ce pays j’ai des yeux plus clairs.

Mon cœur y est un nombre, une immédiate danse. Je souffle là dans un os qui me chante.

Dans ce pays mon corps est moins étrange ; une seule fleur est mon insolence, et toute ma pensée.

Dans ce pays mes bras sont lierres et pampres, dans ce pays j’ai des jambes plus légères.

Frédric TISON

(Poèmes extraits de La Table d'attente, Collection Les Hommes sans Epaules / éd. Librairie-Galerie Racine, 2019).


Lectures :

"Frédéric Tison est un poète des métamorphoses. Il n'est donc pas étonnant que dans sa constellation d’écrivains figurent Ovide. Mais dans ses "tables d'attente" et leurs vignettes et tableaux parisiens existent aussi  des rappels à Hölderlin, Rimbaud, Baudelaire et François Augiéras. Les textes sont des miniatures qui contre les choses vues trop simplement créent des évocations de biographie parallèle entre rêve, légende et réalité en un temps où les toits, pour se soulever, pivotaient selon le caprice de la lumière.

La vie se dédouble à la recherche des émotions les plus essentielles et qui n'ont peut-être jamais existé en des séries d’attentes voire de solitude. Surgit un "chant" qu’il faut écouter, accepter et comprendre. Un imaginaire particulier crée un château qui n'est pas de sable mais d'Espagne en plein Paris des Fleurs du Mal. Et pas seulement. Car il y a du mythe dans les évocations où Maurice Scève n'est jamais loin.

Preuve que le regard et les mots sont plus larges que la ville, ses rues et ses palais. Ce sont les premiers - plus que le réel - qui enfantent l'air en grands oiseaux de sel qui ne cessent de briser la mer.
Mais ici elle demeure souvent loin - comme le réel lui-même. Les merveilleux nuages l'emportent vers des contrées inconnues et des espaces mystérieux autour, dit l'auteur d'une image manquante et d'un visage absent que l'ombre des mots dessine."

Jean-Paul Gavard-Perret (in salon-litteraire.linternaute.com, 20 novembre 2019).