Les Yeux très bleus d'une nuit pareille à un rire sans regret, Œuvre poétique 1938-1944

Collection Les HSE


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Les Yeux très bleus d'une nuit pareille à un rire sans regret, Œuvre poétique 1938-1944

Edition établie et présentée par Christophe Dauphin
Marc PATIN

Poésie

ISBN : 9782912093363
496 pages - 13 x 20.5 cm
22 €

  • Présentation
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Une seule plaquette de poèmes a vu le jour du vivant de l’auteur : Femme magique (1942). Marc Patin (1919-1944) est mort trop jeune. Son destin foudroyé est aussi poignant que l’est son œuvre. Marc Patin fut membre du groupe néo-dadaïste des Réverbères, qui publia une revue éponyme (cinq numéros en 1938 et 1939), des plaquettes individuelles, collectives, et organisa des manifestations artistiques. Il fut par la suite l’un des fondateurs et des principaux animateurs du groupe de La Main à Plume (1940 à 1944). Durant l’Occupation, ce groupe (qui emprunte son titre à Rimbaud) réussira à perpétuer avec intransigeance, résistance et courage, la pensée et les activités surréalistes. Marc Patin s’y affirme comme le poète le plus doué et le plus brillant de sa génération. Son œuvre, marquée par la solitude et le malaise existentiel, atteint des sommets dans la quête du désir et du merveilleux. Son lyrisme amoureux, fluide et sensuel, atteint et dépasse souvent celui de Paul Éluard (poète et ami qu’il admire). Marc Patin trouve la mort (d’une embolie pulmonaire) dans un hôpital allemand, le 13 mars 1944. Le poète sombre dans l’oubli, jusqu’à ce que Guy Chambelland le réédite en 1991, et que Les HSE entreprennent en 2003 de faire connaître sa vie et son œuvre. Il nous laisse plus de 800 poèmes, dont les trois-quarts sont inédits.

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« Marc Patin, le génial poète de La Main à Plume mort à vingt-quatre ans, dont Christophe Dauphin a révélé toute l’importance dans une biographie parue en 2006, a laissé des récits de rêve dignes de La Révolution surréaliste, faits à Paris sous l’Occupation. Il savait aussi les analyser pour mieux se connaître soi-même. Marc Patin est le Rimbaud du surréalisme ! »

     Sarane Alexandrian

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 « Marc Patin est très précisément un ouvrier, c’est-à-dire le détenteur véritable des moyens de production de la liberté. »

     Paul Éluard

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 « Le grand poète de La Main à Plume est sans doute Marc Patin qui use avec bonheur du « stupéfiant-image. »

     Alexandre Astruc

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 « Marc Patin est un grand poète surréaliste de l’amour, et non un poète qui ne devrait l’attention qu’au sort tragique qui fut le sien, dans une époque qui ne l’était pas moins. C’est un grand poète surréaliste de l’amour, qui sort enfin du purgatoire. Un poète dont les mots sculptent l’homme futur dont nous rêvons, mûrissent le meilleur de l’être certes, mais dans la fêlure du vivre. »

     Christophe Dauphin

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AVOUER


Aux crocs noirs des façades
Dans les rues dures où ta chair glisse
Un haillon maigre fléchit

Pendus aux armes froides
Un sang bas un sang avare
Brûlent d’un feu misérable

Seule une nichée d’étoiles persiste
Dans ce faux miroir que menace
Un homme aux mains froncées.


   31 octobre 1941


 
BELLE-LA-BÊTE


Belle d'onze heures dans des caves pavoisées
Belle aux grilles de rosée
Belle aux girantes cages de lueurs
Blêmissant de sommet en vallée
Belle au gyroscope de marées

Belle d'une heure aux yeux de racines et de moulin hanté
Belle aux lèvres de piège double et de verdure
Belle aux engrenages de plume en proie aux roseaux durs
Belle aux deux et un aimants métissés
Belle aux sémaphores feutrés
Belle d'une heure aux aiguilles de fourrure

Belle de cinq heures aux dents de verre et d'aigle ferré
Belle aux jambes d'aiguillage ouvert ou fermé
Belle aux épaules de cendre au sexe de brume
Belle aux seins de feux verts et de fumée
De feux rouges et de nuit caillée
Belle à la tête de planète et d'enclume
Belle aux mains de signal de lune

Belle d'une heure aux herbes vitrées de peur
Belle d'onze heures au fond des caves pavoisées de coqs
Labourées d'aigles qu'un sang dur cerne
Belle aux mains partagées par un mur blême
Belle une horloge funèbre aux orbites de lueurs
À tes pieds tord ses ailes belles aux vitres charnelles
Et tu es folle.


    6 novembre 1941


NOUVEAU SANG


Tour à pièges tour à feu
Au ras du sang au ras du vin
Un prisme faible s’amoncelle
Et te prend dans ses liens

Œil de plumes œil d’écume
Blé neigeux au ras des brumes
Une plaine se couvre de chair
Et d’os fins

Rouet des sources moulin fou
Ciseaux mêlés roche de seins
De plaine en forêt
Eclate l’avalanche de ta faim

De chemin en chemin
Tantôt lourde tantôt légère
Une rivière s’attarde
Que tes mains détournent et égarent

Et plus basse que le grain.


  15 novembre 1941

MOURIR


La tête dans ses ailes l’oiseau des murailles
Au cœur plus friable que la craie
Pleure le sort coupable
De la noyée morte sans aimer

La tête dans ses ailes l’oiseau des murailles
Évadé d’une serrure gelée
Abandonne aux croix froides
Le plumage de ses clefs

Une belette pâle fuit sous le sable
D’un château décharné
Et ses ailes plus basses que la braise
L’oiseau des murailles à la porte des caves
Écoute bourdonner sa chair rase.


   19 novembre 1941


Marc PATIN

(Poèmes extraits de Les yeux très bleus d'une nuit pareille à un rire sans regret, Les Hommes sans Epaules éditions, 2016).




Lectures

" Ce pauvre monde n’a plus / Que ses rêves sur ses os. Ces vers datent de mars 1943. Ils sont signés Marc Patin, 23 ans, réquisitionné au service du travail obligatoire en Allemagne. Il pressent peut-être qu’il n’a plus qu’un an à vivre. Il meurt d’une pneumonie en 1944. La mort l’a fait oublier jusqu’à la publication, cette année, de Les Yeux très bleus d’une nuit pareille à un rire sans regret (Les Hommes sans Epaules, 496 pages, 22 €). Il était l’égal d’un Paul Éluard qui l’avait d’ailleurs reconnu le qualifiant de « détenteur véritable des moyens de production de la liberté ». Car cet homme célèbre, ici et partout, la liberté, toute la liberté. Avec des mots simples et des images percutantes. "

Philippe SIMON (cf. Cultures-Magazine in Ouest France, 19/20 novembre 2016).

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"Malgré la biographie que lui a consacrée Christophe Dauphin en 2006, Marc Patin demeure injustement méconnu, dans l’ombre de Noël Arnaud et Jean-François Chabrun, ses deux collègues du groupe surréaliste La Main à Plume, bien qu’étant reconnu comme le poète du groupe. Ce volume consacré à son œuvre poétique (1938-1944) vient comme un nécessaire hommage de réparation.

Né en 1919 et mort dramatiquement en 1944 en Allemagne laissant une œuvre déjà exceptionnelle à 24 ans. Sarane Alexandrian évoque Marc Patin comme le « Rimbaud du surréalisme ». Christophe Dauphin parle de lui comme d’un grand poète surréaliste de l’amour qui sort enfin de son purgatoire », purgatoire qu’il analyse en ces mots :

« Comment expliquer alors ce silence inextricable autour du poète et de son œuvre ? Comment expliquer le silence autour du génie de ce poète que Paul Eluard, bien plus que son ami, avait salué son égal, l’une des voix les plus prometteuses de sa génération et du surréalisme, et qui fut foudroyé dans la force de l’âge ? Marc est mort jeune à l’âge de vingt-quatre ans, dans une époque trouble, et a peu publié de son vivant. Cependant ce silence n’est pas gratuit ; il a été entretenu par ceux qui n’hésitèrent pas à le lâcher et à le calomnier dans ce qui demeure la période la plus critique de Patin. Des accusations qu’il subit, Guy Chambelland sera le premier à démontrer l’absurdité et l’inanité, tout en saluant la « ferveur et les images aériennes » du poète. Il s’agissait d’un premier pas d’importance devant nous mener vers la « réhabilitation » de la mémoire de Marc Patin, comme vers la découverte de son œuvre. »

Fin 1937, est fondé le groupe d’inspiration Dada Les Réverbères autour de Michel Tapié, Jacques Bureau, Pierre Minne et Henri Bernard, que Marc Patin rejoint rapidement. Poésie, jazz, peinture, théâtre, le groupe est très actif, publie une revue du même nom dans laquelle Marc Patin publie régulièrement des poèmes. En 1938, il tombe amoureux de Christiane qui va exalter son don pour la poésie. Le premier numéro de la revue propose un manifeste « Démobilisation de la poésie » dont Marc Patin est signataire. Rejet des formes, y compris celles de la révolution poétique, et installation dans le merveilleux.

Après Christiane (1938-1940) et Les Réverbères (1937-1939) vient la période Vanina (1940-1944) et La Main à Plume (1941-1943). Vanina (ou l’Etrangère) va devenir, nous dit Christophe Dauphin, « le grand mythe de l’œuvre de Marc Patin ». La Main à Plume naît de la volonté de rassembler les surréalistes restés sur le territoire français pendant le deuxième conflit mondial. Son action s’inscrit dans la continuité des deux manifestes surréalistes. Marc Patin se rapproche alors de Paul Eluard. Leurs œuvres respectives se croisent de bien des manières, l’amour bien sûr mais aussi les incertitudes d’un monde en ruine. Mais Marc Patin tend vers « une libération totale de l’esprit ». « La grande affaire de la poésie de Patin, précise Christophe Dauphin, est de révéler l’homme à lui-même, de lui donner la possession de soi : « La poésie, depuis toujours, établit les rapports entre l’homme et le monde, retrace les moindres nuances de leurs conjonctions, replace l’homme dans son élément, lui incorpore l’élément cosmique… ». Au cœur de cette queste, la Femme magique, Vanina, tient une place essentielle, à la fois inspiratrice, initiatrice et clé de réalisation.

Dans sa courte vie, Marc Patin va écrire près de sept cents poèmes, la plupart encore inconnus, dont plus de la moitié ont été rassemblés dans ce magnifique volume."

Rémi BOYER (in incoherism.wordpress.com, 11 avril 2016).

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"J'adore que les voyages et les cultures gomment âges, tailles, couleurs et tutti quanti! En particulier grâce au gros volume d'un trop jeune et tragiquement duisparu en camp de travail allemand vers la fin de la guerre, en 1944, Marc Patin, qui n'avait publié qu'une plaquette de poèmes, alors qu'il a fallu le bel effort de Christophe Dauphin pour assembler après sa mort à 24 ans à peine, les restes imposants de l'oeuvre inachevée, sous un titre lui aussi imposant: Les Yeux très bleus d'une nuit pareille à un rire snas regret. Surréalisme en temps de guerre, poèmes soigneusement datés et remplacement d'André Breton exilé pendant l'Occupation tandis que qu'une amitié fervent l'unissait à Paul Eluard. Le livre mélange sans regrets poèmes anciens et récents, jeunes et à peine moins, d'amours adolescentes et déjà de beautés qui annonçaient un futur grand poète. Retenons le nom de Marc Patin pour nos lectures. comme de tout poète mort dans les camps."

Paul VAN MELLE (in revue Inédit Nouveau n°279, avril 2016).

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"C’est là un travail exemplaire de Christophe Dauphin, qui a conçu le projet du livre de cette œuvre de première importance, dont quelques fragments – dans un premier temps –, puis une Anthologie suivie de Vanina ou l’Étrangère, dans un second temps, furent publiés par Guy Chambelland. De son côté, Sarane Alexandrian, dans sa revue Supérieur Inconnu, publia des poèmes et des récits de rêves de Marc Patin.

Quant à Christophe Dauphin, il découvrit les archives du poète, ce qui lui permet aujourd’hui de nous offrir près de 450 pages de poèmes rares et d’une belle efficacité ; poèmes assortis d’une présentation d’une vingtaine de pages et d’un portrait de Marc Patin avec, en prime, un dessin de couverture signé Tita.

Œuvre giboyeuse que celle de Marc Patin (1918-1944), qui rejoignit le collectif d’artistes se manifestant sous l’aile de la main à plume. Sa passion pour la pianiste Helena Delcourt – passion platonique, nous révèle Christophe Dauphin – l’entraîne à écrire abondamment. Ce livre énorme en témoigne. Rien de mieux que cela, pour nous faire découvrir les secrets poétiques et amoureux, ainsi que les élans superbes du poète.

Mieux qu’une anthologie, ce livre est un tout et ce tout est la vie même d’un artiste disparu prématurément et resté dans l’ombre durant trois quarts de siècle et qui, grâce à quelques passionnés, surgit comme une flamme dans l’univers poétique. L’écrivain surréaliste Sarane Alexandrian parle à son propos de « Rimbaud du surréalisme », et il est vrai que durant sa trop brève existence, vingt-cinq ans, il écrivit énormément, datant chacun de ses poèmes, les localisant même avec précision. Au gré des textes, qui forment cette révélation tardive, on découvre cette œuvre de premier plan.

Quant au titre quelque peu insolite : Les Yeux très bleus d’une nuit pareille à un rire sans regret ; il s’agit du dernier vers du dernier poème (« Écoute ! ») que le poète composa le 20 février 1944 et qu’il dédia à son meilleur ami, Jean Hoyaux. Marc Patin décéda le 13 mars de la même année, victime d’une embolie pulmonaire. Un livre indispensable."

Jean CHATARD (in Les Hommes sans Epaules n°42, 2016).