Amir HASSAN

Amir HASSAN



Légende photo : Amir Hassan et Christophe Dauphin. Paris, 2012.   

Né en 1990 à Gaza (Palestine), Amir Hassan est diplomé en français de l'Université Al‐Aqsa, de Gaza. Son père est chauffeur. Sa mère est institutrice. Il est l’auteur de deux livres de poèmes (en arabe) : Le Temps bizarre (2007) et Le Battement de la rue (2008).

Amir Hassan écrit également, depuis 2011, des poèmes et des nouvelles en français. Grâce à une Bourse, en 2010, il a accompli un stage linguistique de trois semaines à Perpignan et a été lauréat du concours de nouvelles en langue française, réalisé à Gaza et en Cisjordanie, pour Le Premier visage fait le dernier voyage. Grâce cette nouvelle, Amir Hassan a été invité une semaine à Paris (en septembre 2011), où un prix lui fut décerné à l’Institut du Monde Arabe.

Membre du Centre pour la Paix de Gaza, Amir Hassan participe également au groupe de théâtre francophone gazaouï. Il rêve de voir la paix s’établir partout dans le monde. Dans le prolongement de « La Flottille, de Grèce à Gaza », spectacle créé en mars 2012, au Théâtre des Quartiers d’Ivry, par la compagnie Erinna, Amir Hassan, qui a contribué à l’écriture de cette pièce par des poèmes inédits, a été invité une deuxième fois à Paris en avril 2012. L’objectif de ce séjour fut que la compagnie Erinna puisse approfondir son dialogue avec le poète tout en le présentant à un public qui n’est pas demeuré de marbre.

C’est à cette occasion que j’ai fait la connaissance d’Amir Hassan, un jeune gazouï, vif, intelligent, sensible, digne, d'une maturité et d'une humanité stupéfiantes. Ses textes sont bien sûr influencés par le drame que vit son peuple, divisé en trois (la Cisjordanie, la bande de Gaza, la diaspora), avec deux gouvernements pour un seul pays entièrement colonisé.

« En 1948, nous dit Amir Hassan, la population palestinienne été chassée de son territoire, par l’armée israélienne. La population palestinienne a été forcée de quitter sa terre, pour aller vivre dans d’autres pays voisins, comme réfugiée. Mais la Palestine n’est pas une terre de haine. C’est un pays qui sait aimer les autres et créer des liens d'amitiés avec toutes les nations. C’est pour cela que chaque rue, en Palestine, porte le nom d’un Etat… Finalement, la paix attendue vient de la culture, de la science et des relations internationales entre tous les pays du monde. Malgré la situation difficile que nous vivons ici en Palestine et à Gaza en particulier ; nous, Palestiniens, nous continuons à développer des liens d’amitiés sincères avec tous les peuples qui partagent, avec nous, les valeurs de la liberté, de l’égalité et de la fraternité. »

Néanmoins, Amir Hassan n’entend pas et n’aspire pas à être, à l’instar de notre regretté ami Mahmoud Darwich, un poète politique ; mais un poète tout court. Et c'est sous ce seul aspect qu'il devra être lu.

Ce jeune poète en devenir écrit en arabe, langue qu'il enseigne en France à Paris, mais également en français.

Christophe DAUPHIN

(Revue Les Hommes sans Epaules).

Portraits croisés sur France Culture: Amir Hassan et Christiane Hessel. Mercredi 24 août 2016.

Amir Hassan est l'invité de l'émission D'ici D'ailleurs, sur France Inter, vendredi 11 mars 2016.

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QU’ALLAIS-TU FAIRE À GAZA ?

Qu'allais-tu faire à Gaza

Entre les ruines des souvenirs et les cadavres des roses ?

Entre les maisons du camps et les verbes du passé simple ?

Entre les vagues aveugles qui embrassent tes pieds et le sable brillant qui te brûle les yeux ?

Entre un ciel qui ne ressemble à rien et un temps quand il passe, il ne passe pas ?

Entre ces gens perdus sur le chemin de la vie ?

Et entre ces deux destins jumeaux qui s’entretuent ?

Qu’allais-tu dire à Gaza ?

A part les mots recomposés de tristesse et de peur ?

A part les mots muets qui font la manche par pitié ?

A part des phrases où le sujet est orphelin et le verbe est un martyr ?

A part ces paroles qui se suicident sur le carrefour des mots ?

Qu’allais-tu dire à Gaza ?

Qu’allais-tu faire à Gaza ?

A Gaza ne dis rien, ne fait rien.

Écoute le silence de la mort quand elle passe la tète inclinée,

Elle n’ose rien dire face à cette montagne de courage.

                     Amir HASSAN

                     (Revue Les Hommes sans Epaules).



Publié(e) dans la revue Les Hommes sans épaules



 
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