Daniel VAROUJAN

Daniel VAROUJAN



Daniel Tcheboukkiarian dit Varoujan, naît le 20 avril 1884, en Arménie occidentale, dans une famille paysanne, à Perknig (Brgnig), un petit village proche de Sébaste (Sivas). Son grand-père est pâtre. Son père exerce le métier de caravanier. Sa mère travaille dans les champs. L’enfant grandit dans la crudité de cette terre, au milieu des légendes et des histoires propres à cette région : récits de brigandages, de chasses au loup et de combats.

Dès 1896, Daniel assiste aux massacres des siens, ordonnés par Abdul Hamid, le dernier sultan de l’Empire ottoman. Il n’oubliera jamais. La famille souhaite rejoindre le père à Constantinople, mais ce dernier est emprisonné. La vie est aussi précaire que misérable. Daniel est alors envoyé à Chalcédoine, dans l’école des Pères Mekhitaristes (une congrégation catholique fondée au XVIIIème siècle), qui sont réputés pour leur enseignement et la qualité de leur érudition.

Deux ans plus tard, les Pères envoient Daniel poursuivre ses études secondaires dans leur prestigieux Collège Saint-Lazare de Venise. En 1906, le poète publie son premier recueil de poèmes, d’obédience romantique : Les Frémissements. On y perçoit nettement les tourments de l’adolescence, comme l’influence de sa vie de villageois et d’exil. Détenteur d’une bourse scolaire, Varoujan poursuit ses études universitaires de Sciences Politiques et Sociales, à Gand, en Belgique. Il y restera jusqu’en 1909. La vie en terre flamande est la cause principale de son inclinaison vers le réalisme. À Gand, il découvre la culture occidentale et particulièrement la poésie française, ainsi que les ravages causés par le capitalisme, comme l’effervescence populaire.

Pendant ce temps, en Turquie, les Jeunes-Turcs – un parti nationaliste composé en grande partie de militaires –, venaient de renverser le Sultan Abdul Hamid, en 1908. D’emblée, en avril 1909, les Jeunes-Turcs massacrent 30.000 Arméniens, à Adana. Lorsque Daniel Varoujan revient en Turquie, en 1909, il y trouve un climat des plus inquiétants. La même année, il publie Le Cœur de la Race (1909), un recueil qui contient peu de relations personnelles, car le poète y joint son aventure personnelle à un destin national, dans une effusion romantique. Elégies, odes, complaintes, épopées, Varoujan joue sur différentes gammes et fait vibrer, dans son lyrisme, toutes les cordes de l’exil et de l’Arménie païenne.

Les Chants païens (1912), publiés trois ans après le retour à Constantinople, haussent le ton. Il s’agit de l’œuvre la plus ambitieuse de l’auteur, qui y alterne toujours les formes et les genres, en ne cessant de cultiver le plus souvent, le vers libre, qu’il a découvert chez ses amis symbolistes. Le poète réveille le vieux génie héroïque de sa terre et celui de son désir. Les Chants païens font scandale. Le poète est accusé de pornographie : rejet du christianisme, célébration de l’ère païenne, de l’amour, du désir et du corps. Mais la notoriété du poète comme son talent sont enfin reconnus. Varoujan s’est installé et marié à Sivas, où il est devenu instituteur. Il est considéré comme le plus grand poète de sa génération, soit le représentant le plus significatif de l’Arménie combattante: j’arme mon poing.

Le 29 octobre 1914, la Turquie s’est alliée à l’Allemagne et est entrée en guerre contre les Alliés. Le champ est désormais libre. Les Jeunes-Turcs vont pouvoir mettre en pratique leurs projets d’épuration ethnique. À l’aube du 24 avril, qui deviendra la date commémorative, le coup d’envoi du génocide est donné par l’arrestation, à Constantinople, de 650 intellectuels et notables arméniens, dont Daniel Varoujan. Dans les jours suivants, ils seront en tout 2.000, dans la capitale, à être arrêtés, déportés puis assassinés. À dire vrai, dans tout l’Empire ottoman, on arrête puis on assassine les élites arméniennes.

À la fin de 1916, le bilan se passe de commentaire : les deux tiers des Arméniens (environ 1.500.000 personnes) de l’Empire ottoman ont été exterminés dans des conditions qui annoncent déjà l’horreur du nazisme et de l’épuration ethnique. Daniel Varoujan a été présenté (par Christophe Dauphin) et publié dans la rubrique « La Mémoire, la poésie », dans Les HSE 23/24, en 2007.

À lire : Chants païens et autres poèmes (La Différence, 1994), Le Chant du pain (éditions Parenthèses, 1990), Poèmes (Hamaskaïne).

Christophe DAUPHIN

(Revue Les Hommes sans Épaules).



Publié(e) dans la revue Les Hommes sans épaules


 
Dossier : JORGE CAMACHO chercheur d'or n° 23