Jean PEROL

Jean PEROL



Né le 19 mai 1932, Jean Pérol passe son enfance et son adolescence dans le Sud Est de la France et dans le département de l’Ain. Enfance un peu rude d’un enfant de la guerre. Issu d’une famille d’ouvriers et de petites gens de la vieille France, se prend pourtant d’une passion soudaine pour la poésie et la littérature qui ne le quittera plus. Après des études supérieures de lettres et un service militaire dans un bataillon disciplinaire, il part pour le Japon en 1961. Il va séjourner pendant plus de vingt ans dans ce pays qui deviendra pour lui comme une seconde patrie et un deuxième horizon culturel. Lecteur à l’Université impériale de Kyudai à Fukuoka dans le Kyu-Shu, plus tard professeur au Lycée français et lecteur à l’Université de Waseda à Tokyo, il sera aussi le Directeur de l’Institut franco-japonais de Tokyo de 1984 à 1989. Pendant toutes ces années, à la demande d’Aragon, il réalisera une série d’interviewes des plus grands écrivains japonais, qui seront à l’origine des relations amicales qu’il entretiendra avec Kawabata Yasunari, autre écrivain, après son amitié en France avec Roger Vailland, à avoir eu une influence sur lui. Il travaillera et séjournera, au cours d’autres périodes de sa longue vie à l’étranger, à Kaboul en Afghanistan, à la Nouvelle Orléans en Louisiane, et à New York. Membre de l’Académie Mallarmé, Jean Pérol vit actuellement en Ardèche et de temps en temps à Paris.


Pour Jean Pérol, comme pour Saint-John Perse, le poète est le remords de l’époque : « Cela s’accentue de plus en plus (poursuit l’écrivain), parce que la bêtise monte. L’artiste devient de plus en plus scandaleux parce que, finalement, l’art est un immense combat contre la bêtise, pour devenir une âme, une sensibilité, une intelligence, enfin, quelque chose relevant de l’être. Il existe une sorte de morale d’artiste selon laquelle on est sans arrêt obligé de donner son avis et on se fait détester. Notre époque s’éloigne à vitesse « grand V » de tout ce qui représente l’univers de la pensée. Comme la poésie est une des composantes essentielles de l’horizon de la pensée, elle est une des premières à dérouiller, mais pas plus que le théâtre d’avant-garde ou la philosophie, ou tout ce qui témoigne d’un peu d’exigence et de hauteur. » Jean Pérol ajoute (in Poésie 1, 2009) : « Que le poème, qui ne sera jamais un compte rendu falsifié, étriqué, soit le nœud nerveux douloureux d’un instant, d’une circonstance, parcourus par une pluralité de faits et de sens qu’aimante d’un seul coup sur la page un sens plus fort que le poète privilégie pour des raisons qu’il met à jour. Oui, que le langage, avec l’aide du poète, serve à remonter du chaos vivant ce sens majeur d’un instant, ce sens majeur étoilé dans le corps du poème, au lieu de le dissoudre et de l’égarer (ce qui est après tout si facile) et il sera  plus que justifié, il sera généreux. » Chaque nouveau recueil de Jean Pérol, qui est tout sauf le poète ronron d’un thème et d’une manière, a écrit Pierre Perrin (in Poésie1/Vagabondages n° 14, 1998), explose un peu plus entre les mains. À la hargne et à la rage contre les injustices à l’échelle planétaire est venue, depuis dix ans déjà, s’ajouter la haine à l’occasion retournée contre soi : « ma haine que je hais à chaque soir je la cloue / comme un christ lugubre et fou ». Les amateurs de poésie à la régulière, pour ne pas dire à l’antique, de tant de tics fardée, retrouvent chez Pérol une scansion presque d’enfer, d’autant plus libre qu’il la conduit d’une main de maître à la crête de ses obsessions ; celles-ci débordent le social plus haut évoqué pour célébrer l’amour de l’homme et de la femme, sans œillères, face à face, tous deux nus, ainsi que, sur un autre versant à moins que ce ne soit le même vu sous un autre angle, la solitude et une approche encore plus nue de la mort.

Jean Pérol, qui a vécu deux ans en Afghanistan, vient de donner, après Le soleil se couche à Nippori (2007) et Un été mémorable (1998), son troisième roman, La Djouille, où le poète apparaît, comme dans les précédents, comme un auteur soucieux d’une vraie œuvre littéraire, portée par une écriture exigeante et une liberté sans concessions.

À lire : Sang et raisons d'une présence, Seghers, 1953. Le Cœur de l'olivier, éditions Armand Henneuse, 1957. Le Feu du gel, éditions Armand Henneuse, 1959. L'Atelier, Guy Chambelland, 1961. Le Point Vélique, Guy Chambelland, 1965. Le Cœur véhément, Gallimard, 1968. Ruptures, Gallimard, 1970. Maintenant les soleils (journal-poèmes), Gallimard, 1970. Morale provisoire, Gallimard, 1978. Histoire contemporaine, Gallimard, 1982. Tokyo, Champ Vallon, 1986. Asile exil, La Différence, 1987. Pouvoir de l'ombre, La Différence, 1989. Imaï, La Différence, 1990. La Nouvelle-Orléans, Champ Vallon, 1992. Regards d'encre, écrivains japonais 1966-1986, La Différence, 1995. Ruines-mères, Le Cherche-Midi, 1998. Un été mémorable, roman, Gallimard, 1998. À part et passager, La Différence, 2004. Le soleil se couche à Nippori, roman, La Différence, 2007. Poésie I, 1953-1978, La Différence, 2009. Libre livre, Gallimard, 2012. La Djouille, roman, La Différence, 2014.



Publié(e) dans la revue Les Hommes sans épaules




Dossier : ALAIN BORNE, C'est contre la mort que j'écris ! n° 39

Dossier : Jacques LACARRIERE & les poètes grecs contemporains n° 40

Dossier : Lionel RAY ou le poème pour condition n° 43