Jimmy GLADIATOR

Jimmy GLADIATOR



Poète et militant libertaire (Confédération national du travail), né le 7 janvier 1948 à Paris, Jimmy Gladiator a grandi aux Batignolles. Installé à Houilles, à compter de 1980, il a passé vingt ans à animer plusieurs revues de rébellion culturelle et politique (Le Melog (1975-1978), La Crécelle noire (1979-1981), Hôtel-Ouistiti, Camouflage ou Au libre olibrius), issues de la rencontre non fortuite sur "le pavé parigot de la lignée surréaliste et de la mouvance anarchiste". 

« Jimmy Gladiator est le fils du tabac brun et de la mer à boire. Et de ce terrain vague, depuis qu’il écrit, c’est lui l’arpenteur et l’orpailleur. Je ne vois que lui, en ce moment, à faire ça, orpailler Paris. À savoir que Paris est rousse comme la révolution, noire comme l’orient, mirages à part, mirages compris, qu’elle a, dans l’amour, vingt et une positions sans jamais retourner sa veste, que le rock est né sur les rochers des Buttes Chaumont, que les Tuileries sont un ancien circuit de formule 1. À ne rien rendre à César, à errer aujourd’hui dans les ruines futures de l’Empire. À écrire des poèmes, à chercher l’or du sang », a écrit Pierre Peuchmaurd. 

Jimmy Gladiator est décédé le 10 avril 2019.

César BIRENE 

(Revue Les Hommes sans Epaules).


A lire: Les ossements dispersés, l'Embellie roturière , 1994. La Braise des fois, Éditions Reflex, 1997. Les Petits Vieux de la bonne sieste, L’Esprit frappeur, 2002. À Spleen vaillant, d’un rien possible, suivi de Roman Rock’n Roll (1978-2005), L’Harmattan. D’un voyage en Palestine. Itinéraire d’Houilles à Tulkarem, Ab Irato, 2005. Éléphants de la patrie, éditions Libertalia, 2008. Blasphème autobiographique (et autres secrets serrés), Poèmes 1965-2010, Éditions Rafaël de Surtis, 2011. De paille et d'or ou Le Guignol des Batignolles, Éditions Rafaël de Surtis, 2011. Tapis franc et autres cadeaux provos, Rafaël de Surtis, 2012. 

Légende de la photographie : Paul Sanda, Christophe Dauphin, Jehan Van Langhenhoven et Jimmy Gladiator. Galerie l'Usine, Paris, 26 juin 2010.


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Jimmy GLADIATOR

(7 janvier 1948- 10 avril 2019)

 

La nuit est morte

Morts aussi tous ces instants profonds 

Qui exigeaient qu'on les vive 

Sur le zinc 

Entre les cahiers solitaires

Sous les réverbères des songes

     Et les éclairs de printemps.

Oyez les crécelles  

Dans les terrains vagues

Jouant sous la fraîcheur du regard 

Avec des rires allumés de fables.

Ainsi voyagent les jours

Tels le froid et la douceur de la marche.

 

Abdul Kader EL JANABI (in Revue Les Hommes sans Épaules).


*

À TOMBEAU OUVERT

 (Hommage à Jimmy Gladiator)

 par

Jehan VAN LANGHENHOVEN

 

*

 Les jeux sont faits

                                                   À TOMBEAU OUVERT

                Rien ne va plus…  

                                                                                 Lord Jim / Le Gladiator

                                                      à côté de la plaque : 1948-2019

                                                                                                        

                                                       RIEZ POUR LUI !

 

*

Rude labeur pour qui dandy popu de l'ignoble se voudrait contre vents et marées demeurer légendaire dans l'éphémère vertical, pour qui, déontologie oblige, se devra quelle que soit la saison ; et jusqu'aux plus néfastes, de s'entêter à boire crispé comme un extravagant à quelque terrasse de Ménilmuch' sur le parvis de laquelle, battant le bitume, en dépit de ta présumée désertion, dégaines et trognes tout droit surgies des Enfants du paradis n'en continuent pas moins à fidèlement se profiler, prodigieux théâtre, je t'y écris...

Ouvriers spécialisés de l'Inutile, rudes travailleurs des manufactures de l'imaginaire, saluant au passage l'ami Guillaume nous avions,fidèles à nos principes, une fois de plus erré dans notre beau Paris sans avoir le cœur d'y mourir avant que de nous achever dans quelque rade de ce qui bientôt ne serait plus Saint-Germain-des-Près,là où aux alentours de l'aube un vague écrivaillon se piquant de poésie qu'après tant d'autres tu avais insulté la veille entreprit de soudain nous traiter de Surréalistes primaires, ce qui en adeptes effrénés de La Confession dédaigneuse ne manquera pas d'aussitôt nous faire éclater d'un immense rire, mais ce rire,outil de prédilection et prescience obstinée de ce rien-dandy qui en transparence toujours apparemment  te collera à la peau, oui où était-il donc ce rire...

... Ce 7 janvier 2016 au Petit casino (succursale du cotillon moderne) afin de fêter l'anniversaire de Lord Jim. (Toi qui depuis longtemps n'avait plus d'âge). Il y avait là sur la scène des "comiques" qu'au beau temps de ta vie-bolide, l'Anthologie de l'Humour Noir sous la voûte crânienne, Vaché, Cravan à la boutonnière, tu aurais en guise de bravos aussitôt gratifier de quelques de ces sourires dont, fruits goguenards des faubourgs les plus ingénus de l'enfance, jamais agressif, tu possèderas comme nul autre le secret. Il y avait là sur la table de quoi assouvir cette gourmandise d'être apparemment sauvée du naufrage. Et autour une famille. Ni pire ni meilleure que celle de tes origines. Étrange, anachronique cocon au cœur duquel, comme instinctivement averti de l'imminence du séisme, fuyant je ne sais quelle idée multiple de la défaite ; débâcle politico/amoureuse du moins me plaît-il aujourd'hui de le supposer, tu seras à bout de souffle, actualisant ainsi le Manifeste de la déception pure (à chacun sa conception du suicide !), venu achever ta course. Et aussi quelques amis (peu) de la première heure... Pâlichons les gerfaux... titre d'un de tes poèmes, qui dit mieux !

(Sans doute est-ce à ma rencontre, très tôt avec Jimmy Gladiator : dandy d'essence par trop canaille pour pleinement être convaincu par l'aspect polissé, protocolaire, de ce qui encore pouvait subsister du Surréalisme, et quelques années plus tard avec Michel Fardoulis-Lagrange... qu'il m'aura été donné d'éprouver comme une sorte de désintérêt total pour le monde littéraire, corporatisme parmi tant d'autres. Ainsi donc, aimablement coincé entre le rire salutaire, malicieux du premier et cette omniprésente conversation que le second ne se privait pas d'entretenir avec les dieux, serai-je devenu un incurable bâtard, un flottant... Les livres me serviraient de bouées. Les livres me serviraient à séduire. Et à tromper l'ennui. Les livres ne m'ont servi à rien. Ou à si peu. Hormis peut-être à parfois oublier mon prétendu visage dans ce qu'on m'avait pourtant affirmé être le miroir. À en chasser les masques. Afin d'ainsi chaque jour un peu plus gagner le nu (pâle avatar du nu/ encore plus nu/ toujours plus nu... de ces baraques foraines au cœur desquelles une fois l'an à Pigalle nous allions perdre nos pas). Ou du moins sa conscience.  Boulevard des littératures/ Impasse de leur négation...)

Jour de pleine canicule, huit mois d'écoulés et soudain le téléphone... S'en tenir loin, ne pas répondre ; déjà ancienne coutume, et tactique aussi, avant que de, l'ennui à la baguette, tôt ou tard interroger le répondeur, sait-on jamais avec le hasard qu'alors bien sûr on voudrait somptueux, prêt à tout fracasser...

Mais que savait-elle encore du hasard et du fracas cette voix quasi inaudible et néanmoins d'entrée de jeu de haute, très haute tension, cette voix, ce souffle caverneux, indistinct qui ne parvenait qu'à fort péniblement s'extirper du récepteur... Qu'avais-tu donc, toi pourtant si peu enclin au téléphone, de tellement urgent à me dire : appel au secours ou sous l'emprise réitéré de l'ennui (obsédante bête) simple besoin de parler. Probablement ne le saurais-je jamais, d'aucun(e) se risquant par la suite à n'y entrevoir que fausse manœuvre sans conséquence... Mais foutaise ! Foutaise car, et tu es bien placé pour le savoir dixit Jo Populo (Position 69) : On n'apprend pas au vieux singe à faire de l'image...

Marseille, tu étais donc à Marseille, du côté du vieux port tel qu'égaré, l'œil pétillant de malice, docteur es paradoxe, bien qu'absent, si absent tu me le diras bientôt... Ha Marseille et ce bateau autour du cou dont je t'avais jadis raconté l'histoire... Celle du petit mousse à son premier voyage. Sa mère l'accompagne. Il gravit la passerelle.  Disparaît un long, trop long moment. Avant que d'enfin resurgir...tête dans un hublot. Et, larmes aux yeux, agitant son mouchoir la mère d'alors s'écrier : Oh mais que fais-tu là un bateau autour du cou ! Houilles...

Ne pas dire Houilles et cet enfer pavillonnaire où sous la pluie battante je m'en irai te rendre visite. Tu souris. Enfant extasié. Un œil pour la télévision. Alors que sur l'écran, lui fracassant la tête contre un arbre, on massacre un jeune iguane. Et l’autre pour situer à ta gauche, un immense miroir que périodiquement tu ne peux t'empêcher d'interroger, histoire sans doute de vérifier ce qui encore réellement (?) subsisterait de ta présence au monde... Elle ne tenait qu'à un fil et comme à ce fil tu y tenais, tenais... Toi pourtant autrefois si fasciné par la brusque éclipse des beaux dandies : achevés dans quelque hôtel, carte de visite à leur chevet...

L'imminence de l'escamotage ne semblant plus à l'ordre du jour, surtout ne pas t'y ramener, embrasser simplement ton ample chevelure de neige ou plutôt d'œufs battus en neige - et ses fastes d'antan ; ne fus-tu pas selon tes dires et à juste raison, le poète aux cheveux les plus longs du monde, me refusant ainsi  à feuilleter ce qui assurément n'aurait pas tardé à ressembler à une sorte d'album des jours heureux, et saluant mon vieil Océan alors te quitter vite, trop vite, incapable de trouver le  mot de passe qui, l'espace d'un souffle, aurait pu, comme par magie, quelque peu nous préserver de l'inutilité sans joie, et surtout sans consistance, de ce théâtre où, faisant fi du texte initial, sûre de ses prérogatives, la vie jamais en mal d'arbitraire aura fini par fort sinueusement nous conduire. Houilles...

Ne pas dire Houilles, franchir la barrière, résilier le goulot d'étranglement/préfiguration de la mort lente tout en se répétant après Gigi Dall' Aglio : Quand on est impuissant en politique, il reste à chercher un lieu où il est possible de mourir bien. Mais finalement c'est le grand problème politique... Politique, très politique presser le pas ; fuir toute l'absurdité de ce dédale sans plus d'humour que de gloire où pas un bistrot, une jupe à des mille à la ronde... Que seras-tu donc allé te perdre, t'engluer, renoncer à toi-même dans ce désert, toi initialement, intrinsèquement fait pour le manège en folie des grandes villes tapageuses : Paris bien sûr... histoire d'amour disais-tu (cf. Être le pavé de ta promenade), et Saint-Denis encore (corrigée en Franciade/influence des situationnistes à la manœuvre), dans cette cité populeuse cosmopilite, vrombissante, t'offrant piste d'envol à ta mesure: Une affiche a-dessus de ton bureau y avntant les charmes des Cycles Gladiator et voilà que tu renais: J'habiterai mon nom... nous dit quelque part Saint-John Perse dont à l'évidence tu n'eus jamais que faire et pourtant ! Pourtant...

Accélérer ! Toujours accélérer, sans répit, raguesement, vulgairement conchiant Houilles et cette gare pas même de province avant que le train, le métro acceptent enfin de nous restituer au centre du monde: Ménilmontant, ses trognes énigmatiques, dégaines patibulaires et son long cortège d'élégantes en robes, pagnes et boubous multicolores... avant que d'à peine assis à quelque terrasse, contre toute attente, étrange et on ne peut plus lucide catapultage , sur la page blanche soudain voir surgir cette place pavée de Mons avec en son cœur un petit singe de pierre.

Mons ville dure faite pour que les poètes puissent allègrement se tirer dessus. Mons et sa terrible armurerie. Y acheter un soufflant ; un rigolo afin d'à mon prochain passage, empruntant la voix de Robert Mitchum -celui de la Nuit du Chasseur évidemment ! - te murmurer à l'oreille : C'est fini Lord Jim, le jeu n'a que trop duré, l'heure est pour toi à présent venue de t'en aller rejoindre Jim Clark (souviens-toi dixit ton Éphéméride mort le même jour que Pépée Ferré) au pays des pilotes extasiés et maudits... ce qui sainte horreur de la malédiction et de la plainte n'aurait pas tardé à te faire rire aux éclats mais silence... Silence et trêve de plaisanterie afin, veux-tu, d'aussitôt oublier l'imprudence inavouable de ces quelques lignes. D'ailleurs elles n'ont jamais été que clause de style, passe-temps parmi tant d'autres...

Boulevard de Ménilmontant, à l'emplacement de l'ancien Soleil, se dresse un phare, qui chercherait à le nier démériterait aussitôt des lois les plus élémentaires de l'errance ; terrible amputation. Du haut de ce phare, le Politique et l'Éros s'y mêlant à l'envie : Paris en ses points stratégiques. À commencer par Barbès, tu y vins au monde du moins à un monde déjà  bien réfractaire aux prétendus responsables de ta naissance... Choisirais-tu entre deux gargouillis de te pencher à la fenêtre de la nursery qu'à vol d'oiseau, via les Batignolles, à coup sûr de suite t'apparaitrait  le cimetière aux épitaphes fulgurantes - qu'elles concernent l'Or du temps ou encore ce pain que jamais tu ne mangeras (ratichons et rampouilles constituant l'essentiel de ce genre de brichton !) - de quelques de tes futurs et incontournables amis. Quant à la tienne d'inscription sur le bois, la cendre, l'éther de la dernière de tes portes, mais à ta demande évidemment : À côté de la plaque...Qui serait pour haletant t'avoir suivi dans ta course oserait encore en douter ?

Douter que quittant le Guignol des Batignolles – confer, indéniable puzzle, ton ultime recueil : De Paille et d'or – nous ne choisissions comme aimantés d'une fois de plus aller perdre nos pas sur le Boulevard de Clichy, saluant au passage Charles Fourier, camarade de longue haleine, à un souffle à peine de cette baraque à strip où  liane aux yeux verts et aux hanches d'acajou l'espace d'une saison se produira  notre indéniable malabaraise d'alors -, avant que de badins, flottants sifflotant quelques blues poursuivre notre route jusqu'au 42 rue Fontaine...

Mais, qu'on se rassure, ici comme à Saint-Cirq-Lapopie ou ailleurs, nulle envie, besoin de pèlerinage, tant de bons et si fidèles apôtres se réclamant du Surréalisme s'en étant depuis longtemps chargés pour nous;à chacun sa Lourdes, sa Mecque... Aussi vite passer ! Passer... sans perdre une seconde via, autrement plus ingénus en matière de fracas, ce train de petite ceinture qui du côté du comptoir Cardinet n'en finit plus de nous attendre, avec tout au bout de son voyage ; la gare d'Auteuil... et le vieux contrôleur t'apercevant d'aussitôt opter pour la fuite, normal en guise de ticket voilà que tu y chantes du Bruant à tue-tête...

Septembre 1968. Ne pas raconter sa vie. Sous peine de déformation confortable, de vieillissement prématuré. Ne pas raconter la rencontre. Ce genre de rencontre qui, fruit du hasard et de ses évidences, ressemble fort à des rendez-vous. Septembre 1968 : E. N. A (École Normale d'Auteuil) jadis dite du peuple qui pour ses rejetons longtemps tint à y entrevoir, et non à tort, quelques chances d'ascension sociales... Ne pas t'y dire portant cape, chapka noire, front étoilé de rouge, barbu, chevelu, pétaradant déjà dur du carburateur indissociable de pistons poético-politique... Ne surtout pas t'y révéler stylo au clair inscrivant en rafales sur les murs, les statues d'énormes : Orgasmez-vous ! quand, cri de ralliement d'une lucidité exemplaire parmi tant d'autres, ce ne sera pas : Parents racontez vos rêves à vos enfants : hot-dog/barbecue... Et pareillement, sous le fouet des roses, la torture des tubéreuses, ne surtout pas te laisser présumer déclamant Péret, Lautréamont, Crevel tout en agitant de concert le pommeau argenté de ta canne, signe que rien désormais ne saurait t'empêcher d'insulter Claudel (réduit à l'état de fromage), Aragon la gâteuse ou bien encore Éluard (n'hésitant pas alors à rappeler aux béatificateurs et autres afficionados de Liberté l'affaire Kalandra / inqualifiable ignominie aux odeurs de purin !) Tel que, déontologie oblige, acte de salubrité publique il convient bien sûr de sans relâche le faire à tout membre (turgescent) fondateur du ZOB (Zénith/Occulto/Barbare, plus tard devenu G.A.S : Groupement d'Action Surréaliste).

De l'autre côté des murs, fleurant encore bon le temple du savoir de la Troisième République, de par tes soins inexorablement transformés en véritable livre ouvert, loin des grilles d'enceinte et des avant-gardes en cours qui pour la plupart ne tarderont à émarger à Beaubourg, s'étend la Ville M'e(r)veille, avec en guise de point de ralliement ces cafés aux allures de plaques tournantes dont, très vite commençant à te méfier de ceux qui sous ta plume, jamais amère, bientôt deviendront les surrés (avatars bretonnesques),tu aimes, aimeras tant à fixer les portes quand belles, tapageuses semblables à des bolides à l'heure faste du  Grand Prix elles se ferment/se nonnent se caillassent se trichent/s'écarlatent et bredouillent... Et le poète exulté au

Grand Casino

pareil à l'enfant au guignol d' alors applaudir à  tout rompre.

°(Oui où  donc s'en sera allé le Surréalisme qui en ces hautes heures t'aura tant tenu au coeur et au ventre... via quel obscurantisme charmant, maniérisme inutile ou autre recoin singulièrement ombreux où, escamotant Jacques Vaché, s'en remettant à René Guénon,aux dernières nouvelles la prière serait aujourd'hui de rigueur... Pas de quoi se poignarder avec une saucisse chaude (expression chérie !) aurais-tu jadis rugi aux éclats mais comme tout cela est loin, si loin...)

*

Du haut du phare de Ménilmontant, le burlesque y tenant lieu de dénominateur commun, voici que jaillissent des noms, les tiens, nullement pseudonymes artistico-littéraires mais noms de banquistes tatoués jusqu'à la garde ou de grands catcheurs écumants les places publiques (pas entendu pareil blaze depuis Dédé Sumbeam) : Pensez donc Gladiator/Jimmy Gladiator cornac inspiré de toute une armée d' Éléphants (de la patrie bien sûr !) afin d'au grand galop, en miettes, bouillie réduire les étals du marché de la Poésie... Nous rabattrons l'infernal caquet, disais-tu, de ceux qui s'enferrent encore dans les aberrations du genre : Untel (fasciste notoire, ou chrétien ou stalinien, ou programme commun...) est révolutionnaire dans l'Écriture (ou dans l'Art ou dans le cinéma)... Quelle pitié qu'une révolution dans ! Merde à l'écriture, vive la Poésie, vive la Révolution, vive l'Anarchie !

Aussi  nul  intérêt pour ces revues prétendues poétiques, généralement par trop poétisantes confortables, répétitives et frileuses ; là où il s'agit de croire à la littérature comme Popeye à ses spinachs et qui à peine parcourues ne parviendront jamais, au même titre d'ailleurs que les prouesses pourtant réputées incontournables de bien des écrivaillons de l'heure, qu'à te plonger dans l'indifférence la plus radicale... Ha plutôt la Forêt Sacrilège de l'ami Duprey ou bien encore, ultime jalon avant la chute, la fureur décuplée de Maciste... et prêtes à décocher leurs flèches tant de Betty Boops et de Lolitas aux seins nus pour une fois encore se lancer à ta poursuite ! Tomberas-tu dans leur piège ? Sans doute ! Sans doute...

Du phare d'Alexandrie à celui de Ménilmontant le poète a tendu son hamac et se balance... dixit un de nos anciens amis brièvement aperçu, accroché à un verre et plus, dans cette galerie de Saint-Germain-des-Prés où, victimes d'une erreur de quart, sans trop savoir pourquoi ni comment nous avions fini par échouer. Nous, pourtant incurables adeptes du Ni l'Art ni les Artistes du camarade Vaché et qui en conséquence avions toujours mis comme un point d'honneur à radicalement ignorer ce genre d'endroit (outre évidemment l'Usine de Claude Brabant où croiser Garance au bras de Frédéric relève de la plus pure et simple des évidences). Une artiste, une vraie ; germanopratine à ravir y exposait ce qui, dérobé par l'échancrure de son corsage, jamais ne parviendrait à rivaliser avec le pourpre acéré de son téton / aiguille de gramophone...

Je t'avais alors pris à l'écart, histoire de t'informer que, bras percés de sagaies et théoriquement sous peu chauve à l'excès, les choses n'allaient plus tarder pour moi à sérieusement se gâter... Aussi soucieux d'anticiper la déchéance - entendue comme clochardisation infamante de la décadence (note du traducteur)- , les sommités entrevoyant déjà le pire, t'avais-je  alors demandé une photocopie de ton exemplaire (tu tenais tant au tien) de Suicide Mode d'Emploi... même si  déjà fortement persuadé qu'additionnée de quelques bonnes rasades de rhum (de la Jamaïque évidemment) une belle crique de ma connaissance du fin fond des Pouilles - la beauté par-delà les ans continuant à y courir nue dans les vagues - ferait à n'en pas douter amplement l'affaire... prévoyant par la même qu'en regard de mes états de services tu n'aurais alors, le cas échéant, qu' à simplement te fendre de quelque   

              

 À TOMBEAU OUVERT

(1952-20…)

Ainsi dans le plus grand secret le match venait-il de s'engager.

Septembre 2017/ Août 2018 : Houilles trou du cul réitéré du monde, Eddy Parkinson désormais inapte à l'improvisation, donnant toujours plus rude, plus absurde dans le vibrato, n'en finissant plus de te raréfier la marche, flouer la parole, les choses continuent à aller mal, très mal a contrario de ta mémoire soudain déroutante de vitesse et de précision... Aussi comment, frauduleusement, en toute impudeur encore se risquer à te précipiter là où assurément tu ne peux, ne veux toujours pas aller... Aussi Shame ! Shame... car quelle sinistre farce et hypocrite conception du devenir qu'au nom de sa propre optique, se prendre à ainsi décider des fibres, du cœur et du cinéma intime de celui qu'on prétend pourtant connaître de longue, si longue date, jusqu'à oser disposer de ses facultés d'étonnement, d'émerveillement... Je te regarde et quel sourire d'enfant !

Là dans ton étrange retraite, serre chaude/sorte de paddock où ,t'arrangeant de la vitesse, tu piaffes, vrombis,  usant à l'évidence du rêve comme d'une seconde vie, afin d' ainsi atteindre des rivages que d'aucuns, bien trop rivés à la chair et à l'exploitation du présent, même sous couvert de poésie, ne  frôleront jamais que de loin, très loin, incapables d'alors pressentir les froufrous étincelants de transcendance de cette fabuleuse foraine qu'à l'envie il t'arrive-t-il toujours de fréquenter, et tant de grands-huit et de fracas alors à tes autos-tamponneuse, tes baraques de tir... Pan ! Pan...

Aussi entre deux cartons, camarade, puisque tu viens haut la main de gagner le match, puisque parfait d'élégance tu te seras disloqué le premier... quelques semaines avant ta sortie de scène t'ayant trouvé un brin revigoré nous avions enfin parlé de tes archives (nombreuses) en ordre avais-tu tenu à  me préciser avant que d'esquisser un geste las comme si à l'instar d'un éventuel testament ou bien encore de tes dernières volontés tout cela ne présentait aucune importance comparé à la vie... saches bien qu'apprenant ta mort je n'aurai pas versé la moindre larme, me contentant d'applaudir à tout rompre au passage flamboyant de l'incontestable champion que tu fus et bien que terriblement amputé, en guise de raison funèbre, me mettant aussitôt à la recherche des cordonnées d'une de nos anciennes amies, aussi vertigineuse de formes que pertinente de patronyme : Pamela Bouboum bien sûr, elle dont la langue possédait comme à nulle autre le Revolver à cheveux blanc, aussi de sa voix un brin éraillée ainsi qu' aux plus belles heures please  une fois encore veux-écoutons-la :

                         J'entends se déchirer le linge humain comme une grande feuille

                          Sous l'ongle de la présence et de l'absence qui sont de connivence

Breton évidemment ! Sur le zinc comme dans le train ou bien au cœur de la chambre des  hauts, très hauts conseils: intarissable connivence ,fidélité indéfectible envers le mage des hommages,jusqu'à justifier l'injustifiable (tour de passe-passe), confer cette conférence ou plutôt cette fort ludique, détonante dérive donnée pour le centième anniversaire de sa naissance à La Bonne descente dont après La Mouette rieuse tu fus l'incontestable taulier, ensuite viendra le Temple d'Or et ces quelques tables toujours vacantes ,y passaient alors les amis, les vrais, les faux, les oisifs, les accidentels, les poètes en herbe désireux de faire carrière, les opportunistes et ceux qui n'eurent jamais que l'ennui pour unique moteur...

Je cherche l'or du temps, disait l'un. Je ne mange pas de ce pain-là, disait l'autre. Alors qu'il pleut sur le cimetière des Batignolles. Une fine pluie de lanceur de couteaux aux yeux bandés. À moins qu'il ne s'agisse de celui de Pantin, de la Celle-Saint-Cloud ou bien encore du Père-Lachaise... Que veux-tu est-ce ma faute à moi si Les morts aujourd'hui me téléphonent souvent bien plus souvent que les vivants... Confer Membrer le vide, flagrante contrepèterie qu'en indéniable expert de La Braise des fois (et du choix de la date) contrairement à beaucoup tu ne seras pas long à décrypter. Il pleut des lances d'incendie aux pointes imprégnées de curare. Sur le Père-Lachaise et La Vampire Nue de Jean Rollin à la tombe/le tripot égaré quelque part au hasard du carré Napoléonien. Oh Jean que fais-tu là un océan de généraux et de griftons autour du cou toi qui, en parfait hématophone, n'aimas jamais que les parfaits déserteurs ?

Il pleut encore et toujours et pourtant c'est d'un grand soleil dont il s'agit sur la Celle-Saint-Cloud. Michel Fardoulis-Lagrange y repose. Le jour de sa mise en terre... comment aurais-tu pu ignorer cette fillette providentiellement assise à califourchon sur le mur d'enceinte. Pas d'autre souvenir de ce jour-là ? Non ! Que non...

Il pleut à l'enterrement de Jacques Mesrine. Nous y étions. À quelques pas sur un médaillon, le visage d'ange d'une jeune fille prématurément ôtée à l'affection des siens. Pour un nécrophile il n'est jamais trop tard...  cigarillo au coin des lèvres, arborant la gueule Ernesto Lariboisière, ne pourras-tu t'empêcher d'alors me murmurer, rappelant ainsi ton goût pour les proverbes aptes à objectivement contenir toute la sagesse du monde.

Pluie de mélancolie et de cuissardes pourpre à l'enterrement d'Éric Losfeld. On y joua Summertime... Figurer en bonne place dans ses mémoires comme dans celles de Jean Rollin ainsi que dans l'Anthologie de la Subversion Carabinée de l'ami Noël Godin - postfacié de tes Ossements dispersés (d'aucuns offusqués ne manquant pas d'y voir un  crime de lèse-poésie) -, sans oublier, majesté de l'Ange noir, ces soirées avec Vince Taylor dans quelque boîte enfumée du Montparnasse, et qui ici pour objectivement se targuer d' exemples plus probants de l'inutilité et de la gloire... 

Nuit de veille et d'incendie. Notre-Dame est en feu et Esmeralda danse alors que,riboulant des yeux, Quasimodo sait que demain je m'en irai te visiter là où il devrait pourtant être d'usage de planter les fleurs des morts à l'envers...

Cimetière de Poissy le 16/04/2019. Nul camion de déménagement et pas plus de drapeaux noirs à l'horizon. 11h50, pour une fois tu es à l'heure ou presque. Aussi bravo, mais au fait confronté à tant de désertification du paysage et de l'être, toi qui tant aimas les grouillements épars, parfois pervers, du Père-Lachaise dis-moi ! Oui dis-moi que fais-tu donc là au cœur du carré musulman avec pour tout hublot ce grand trou vite recouvert autour du cou ? J'y jetterai une pelletée de terre ponctuée d'un sonore salut camarade. Nul écho ! A ce que tu fus d'iconoclastie, d'humour et de politique. Quant au poétique j'avais alors sur moi,prêts à surgir, tes Ossements dispersés. Mais cerné de trop de grisaille et par principe me refusant aux provocations faciles aucune envie,non vraiment aucune d'en extraire le moindre mot : Inutilité totale et sans joie de Tout... Évidemment ! Et en surimpression le bruit de nos pas perdus dans le Passage Pommeraye.

Et voici que s'en remettant à l'arbitraire de l'état-civil on efface le Gladiator. (Ainsi  au nom du giron rédempteur,la bourgeoisie jadis effaçait-elle poètes et excentriques !). Et voici qu'à défaut de Fever on prie autour de ta tombe alors qu'un Iman, ignorant de ton Blasphème Autobiographique, se prend à déjà parler de dieu qui selon Prévert serait un grand lapin. Pas de rock’n'roll, de chat fugueur ni de chants d'oiseaux à la ronde, qu'en léger retrait quelques singulièrement perplexes pour à l'instinct de concert se restituer au Discours de peu réalité... 

                                                                    

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Le vent n'étant pas encore devenu méchant, te voilà à Cordes-sur-Ciel pour la rétrospective Aline Gagnaire,et nous sommes en 2004. Il y a là de beaux yeux noirs, du pied mignon et de la crinière folle. Orsa Tiramisù qui ne sait plus où donner de la langue, Roxane les morsures du crabe déjà  de retour sous la peau et Agnès sous peu en partance pour ce genre d'horizons et pratiques à situer aux parfaites antipodes de la désinvolture d' être qui durant si longtemps aura été la nôtre. Il y a là quelques pataphysiciens au souffle court, des Surrés jaunis mal remis du souvenir des époques fastes et puis,couronnant nos rires de matérialistes et d'athées, bien sûr le grand prêtre (Paul Sanda) qui, grattant le pavés de ses sabots d'ivoire et de corne, n'en finira plus dès lors de fumer ferme des naseaux et du reste.

C'est un ami aux moeurs douteuses qui à en croire la rumeur, outre certaines messes noires, dormirait avec un portrait nu de Gegenbach à son chevet ! Qu'en pâlissent gerfauts, gerfillons de tout acabit qui à défaut de jouer du tam-tam, activité autrement plus tonifiante, ne manqueront pas le moment venu d'arborer des allures outragées de première communiante offusquées à la vue de quelques phallus magistralement érigés au hasard du chemin,ce qui bien sûr, en regard de la  pertinence de la métaphore, ne saurait que le faire, nous faire de concert éclater d'un énorme rire, d'autant plus qu'il publiera une vaste partie de ton oeuvre (éditions Rafael de Surtis)... bravo et merci camarade !

(Un gnostique, un cathare au nom du Surréalisme et de la poésie perpétuant fraternel les écrits iconoclastes / hérétiques d'un musulman... car coup de théâtre, à présent disons les choses veux-tu, feignant d'oublier le Ni Dieu ni Maître de nos origines, tu te seras donc en loucedé converti et comment, pour ceux qui auront vécu ton inextinguible goût pour le genou d' Alice et autres fraîches amazones du boulevard, ne pas soupçonner ici l'irréfutable influence de quelques vierges en latence pour consternantes d'impudeur déjà s'offrir au paradis, mais soudain rappel à l'ordre et pas hilares dans l'escalier... Seraient-ce donc là, exemplaires de lucidité, ceux des Marx Brothers ? Assurément ! Assurément...). 

Alors que de plus en plus dévastateur (pied au plancher, dirais-tu) et désormais irréversiblement pernicieux, le vent accentuant sa pression, il te faut maintenant, anticipant le déluge, au plus vite rassembler stricto-sensu tes ossements : interventions, poèmes, comptines : Fais capoter ma poussette / Les biberons dans l'caniveau / Arrache ma dernière sucette / Viens danser sur mon tombeau, sans surtout omettre, obsession de longue haleine, l'Évidence proverbique : Se métamorphoser en boeuf ce n'est pas encore se suicider (Lichtenberg) afin, la mort en palimpseste, dans l'indifférence la plus totale, ou presque, d'une dernière fois ainsi pouvoir donner rendez-vous : principe majeur...

De Paille et d'Or ou Le Guignol des Batignolles, dernier recueil en date comme s'il s'agissait là de remettre les pendules à l'heure de l'errance et d'ainsi crier Non pasaran à cette fatalité biologique qui, te plombant la langue, tranchant les ailes, n'en finira plus dès lors de te rendre de plus en plus vacillant. En ouverture des exergues à foison. De Max Stirner : Je trouverai toujours assez de gens qui s'associeront avec moi sans avoir à prêter serment à mon drapeau, à Georges Henein : Travailleuses de tous les pays soyez belles !, et tezigue bien sûr, pieds fumants dans le plat, déclarant tout de go : À Hare-Krishna, nous substituons l'Arrêt-Buffet... Please trêve d'offuscation, on vous avait pourtant prévenu : surtout ne l'invitez pas il serait capable de s'enfuir avec les petites cuillères !

Non rien ici de très fréquentable ! Qu'il s'agisse, ouvrant le bal de l'Éphéméride où le réjouissant (1942/Darlan zigouillé) côtoie le cocasse 1946/ fermeture des maisons closes) aussi précipitamment que le fécond (1952/excavation prématurée de J.VL), l'anecdotique (1981/élection de Mitterrand) ou le puant (2006/Guerre d'Israël contre le Liban)..., ou de Mémento-Ghetto (1985): Postlegomène : En majuscules : mention particulièrement faste d'une relation amoureuse exceptionnelle..., en passant par quelques photos (dont L'invention du monde de facture impudo-énigmatiquement ô combien gladiatoresque !), et  autres diverses notes ou hypothétiques nouvelles vite arrachées au fil haletant de la course (Rouler une pelle au vent), histoire sans doute, en matière de multiplication de visages, de quelque peu pouvoir rivaliser avec ces photomatonneuses qui au hasard de la ville, bien plus probantes que le verbe, t'auront durant longtemps tenu lieu de fidèles et si incorruptibles miroirs. Belles pages d'écriture...

Les photomatons. Par centaines. Les bouches rougies des amies de passage sur un cahier d'écolier. La voix de Gilbert Lely (t'informant graphique à l'appui du rythme de pédiquation des nègres de Toussaint Louverture) ainsi que le pas lourd de Godzilla te préservant à jamais des obsédés de l'axe paradigmatique et de ceux qui, imbibés culturels, s'obstineraient à vouloir ignorer Simon Bubuche constatant : Et sous le bac à sable, n'existe toujours aucune mention des Communards là ensevelis en rangs serrés. Nostalgie, mon pote ? Je veux... Tu vagues. Divagues. Les femmes te font retrouver la tête et puis aussitôt la perdre...

... aussi pour les beaux yeux d'une jeune avocate, après une courte halte à Rome au pied du Colisée à l'Hôtel Gladiator bien sûr, voici que tu vogues vers la Palestine. En résultera, salut à Chateaubriand au demeurant à peine parcouru, Itinéraire d'Houilles à Tulkarem. Beau livre de bord. N'empêche : Houilles / trou du cul mesquino-délétère du monde (note réitérée du traducteur).

Le soir descend, le boulevard s'agite, quitter Ménilmontant et son phare. Et, Spleen à cœur vaillant à la boutonnière, marcher. Marcher encore et toujours. Yeux fermés. Afin, rude labeur, dans le sommeil le plus clos de, présent permanent, corps et biens de nouveau retourner là-bas du côté d'Auteuil :

                                     

                                     Âme, te souvient-il au fond du paradis,

                                     De la gare d'Auteuil et des trains de jadis

                                     T'amenant chaque jour, venus de la Chapelle ?

                                     Jadis déjà ! Combien pourtant je me rappelle.

 

Tu vois je te cherche, te provoque, en profitant pour en douce glisser ici l'ombre gueusante de barbe à poux, littérairement plus connu sous le nom de Paul Verlaine car depuis toujours nulle sympathie jamais de ta part pour cet amateur effréné de tendres gitons et pourtant quelle déchirure, quelle valse lente dès que Ferré accompagné d'un seul piano s'en vient à le chanter...

Mais peut-être, dérivant, vois-tu enfin où je veux en venir, à la préface bien sûr de ton ami Pierre Peuchmaurd, d'emblée y évoquant le refus de Breton quant aux Roses de la merde de Ferré et Ferré lui répondant Réveille-toi Dédé-façons, comme si se trouvait là contenue une place implicitement vacante au creux de laquelle, y croisant sans le savoir Yves Martin, tu n'aurais jamais rechigné à t'en venir glisser tes pas...

Aussi à notre tour glissons, veux-tu, afin déchirure extrême de vite quitter cet Auteuil  que nous ne quittâmes, quitterons jamais, pour l'espace d'un souffle peut-être Cordes-sur-Ciel siège probable de tes ultimes très riches heures ; et que les cols verts du square des Batignolles montrant leur cul aux passants surtout me pardonnent la frivolité tonifiante d'une telle hypothèse, à moins que soudain  nous prennent l'envie d' aller finir notre nuit là-bas à Charleville-Mézières, Place de l'Agriculture, au sortir de quelque sex-shop ouvertement friand en matière de zoophilie.

Aussi salut ! Oui salut donc à vous chers et délicieux corbeaux de l'ami Arthur... afin qu'au fil de ton Éphéméride : fécond/puant/ banal farcie de mauvaises/bonnes nouvelles (1978/Mort de deux papes) /abscons/ évident et attristant encore (1994/ mort de Michel Fardoulis-Lagrange, Gherasim Luca et Marcel Mouloudji) en D8 et Dolby Stéréo... tourne, tourne la grande lanterne magique de la vie même si parfois inexorablement en route vers d'insondables et fort putréfiants marécages !

Ainsi donc à force de tant d'intimité avec les jardins secrets de l'enfance, seras-tu au fil, de plus en plus vague, des années, irréprochable de sourire; principe majeur, parvenu à coûte que coûte nous tenir la dragée haute (belle expression !), faisant montre le plus longtemps que tu le pus d'une fidélité indéfectible envers nos absurdes et pourtant si indérogeables rituels, confer ce rendez-vous du premier mai, Place des Fêtes, cernés de drapeaux noirs, descendant la rue de Belleville - et comment alors imaginer happening plus fabuleux ? -, sous le regard complice de Fantômas avec tout au fond les éclats jamais démentis de la Ville M'e(r)veille en un coït assurément toujours recommencé...

12 octobre 2018. Rendez-vous des Amis à Publico. Librairie anarchiste et point de ralliement de tes camarades de la C.N.T. On a battu le ban, l'arrière-ban du poétique, du politique et d'autres contrées encore...On attend le campionissimo : le Gladiator ! Soirée spéciale à sa gloire et voilà qu'enfin tu arrives, en retard bien sûr : clause de style/sport de prédilection, à petits, très petits pas. 118 ans au compteur (et bravo pour ce nouveau prodige !), tremblant, apeuré, lointain et, face au vide ambiant, sourire aux lèvres en rien soucieux de te demander... que sont mes amis devenus ? Indifférence, amnésie, maladies, morts... Pâlichons les gerfaux ! Pâlichons...

Houilles le... qu'importe ! Tu ne dis rien. Ou presque. Pareil à l'orang-outan. Sans un mot et si peu de gestes. Avant que de parfois te prendre à soudain voltiger de branche en branche, aérien, si aérien... Aussi, là-bas en Indonésie, le sachant indéniablement humain se verra-t-il traiter de mystificateur et de fainéant, soupçonné d'avoir volontairement rompu tout commerce avec les hommes dans le seul but de ne jamais plus avoir à participer à leurs manies, coutumes et travaux... Tu souris, lointain, à notre insu peut-être comme lui alors maître incontestable des airs, voltigeant de branche en branche, de Chuck Berry en Gérard de Nerval... Mais Gladiator !

Oh Gladiator qui ne saurais cessé de bander dans la reine que fais-tu donc là, ainsi transcendé à l'état de cendres batifolant dans le ciel prémédité des Batignolles ou peut- être  tourbillonnant au sortir de quelque haut fourneau du Père-Lachaise à moins que, conjecture aventureuse, pour l'éternité et les vers, les vers d'Houilles surtout, tu ne t'en viennes, grand écart absolu  de l'humour noir, très noir, à achever ta course : le carré musulman autour du cou... et  bien sûr pas plus de chance de t'y rendre en camion de déménagement que d'y rencontrer quelque tôle ondulée de l'art lyrique pour au bord du gouffre soudain entonner : Réveille-toi, Maldoror ! Le charme magnétique qui a pesé sur ton système cérébro-spinal, pendant les nuits de deux lustres, s'évapore...

Tu vois décidément nous sommes incurables ! Nouveau déclic lumineux au téléphone. Les jeux sont faits. Rien ne va plus. Pamela Bouboum sort son mouchoir. Demain un journal du soir, du matin - de préférence à la page des sports - me donnera de tes nouvelles :

À côté de la plaque : Riez pour lui !

                                                                                     

                                                                      Jehan VAN LANGHENHOVEN

                                                                  (Revue Les Hommes sans Épaules, 17 avril 2019).

 

 

°) Apparu ici,disparu là. Fonde le Melog (Golem dans le miroir)avec quelques. Puis la Crécelle Noire avec quelques et d'autres. Animant, soucieux de désespérer Beaubourg, et ses dépendances, divers réjouissants brûlots de fortune. Dont sur le Zinc. Hôtel Ouistiti... Appartient à la C.N.T. Femmes multiples. Bibliographie sur la toile. Biographie illusoire. (À noter cependant un séjour à Indianapolis). Une chienne : Sémélé. Nul curateur en perspective. Excepté le vent bien sûr.


 



Publié(e) dans la revue Les Hommes sans épaules


 
Dossier : Léo MALET & Yves MARTIN, la rue, Paris, la poésie et le Merveilleux, n° 20