Pierre PINONCELLI

Pierre PINONCELLI



La réputation de Pierre Pinoncelli est internationale et sulfureuse. Il y a, qu’à travers ses performances subversives et ses actes iconoclastes, Pierre Pinoncelli, comme l’écrit Virgile Novarina qui lui a consacré un dossier dans « Les Hommes sans Epaules n°42 » (2016) et aussi un film documentaire, s’inscrit comme un héritier de Duchamp.

À deux reprises, en 1993 puis 2006, lors d’expositions publiques, il a notamment attenté à l’urinoir de Marcel Duchamp, à l’urine et au marteau. Pourquoi cette œuvre en particulier ? On a tendance à oublier la charge provocatrice contenue dans l’objet même de l’urinoir : Duchamp déclarait lui-même avoir choisi l’objet le plus repoussant dans un geste de défi. En avril 1917, Marcel Duchamp avait ignoré le point de vue des spécialistes de l’art ; en janvier 2006 Pierre Pinoncelli, devant les tribunaux, déclare « Mon acte est artistique ».

Pierre explique qu’il n’a jamais fait un acte de vandale, qu’il n’en ferait jamais, et qu’il ne se serait pas attaqué à un autre ready-made de Duchamp, qu’il a d’ailleurs connu, lui, et qui était son ami. Mais l’urinoir, plaisanterie scatologique prise au sérieux par els officiels, méritait ce traitement parce qu’on le sacralisait, il devenait « une sorte d’icône malsaine, d’idole déviée… le Saint Graal de l’art moderne, en somme ». Traduit devant un juge, il assuma ainsi son coup d’éclat : « Dialogue posthume avec Duchamp, continuation de son œuvre, réponse attendue au statut initial de l’objet, jeu d’inversion du postulat du ready-made : refaire de l’objet d’art une pissotière en lui restituant sa fonction d’origine, en lui rendant sa dignité d’objet victime d’un détournement d’utilisation. » Pierre fut condamné à payer le prix de restauration de l’urinoir (16.366 F), ainsi que 270.000 F.

Pierre Pinoncelli, comme l’a écrit Sarane Alexandrian (cf. "Les Exploits du hors-l’art-loi Pinoncelli » in Supérieur Inconnu n°26, 2007) : « Pierre Pinoncelli est un peintre de l’Ecole de Nice qui, à la différence d’Yves Klein, honoré par le Centre Pompidou, et de Martial Raysse, vedette de la Fondation Pinault à Venise, est irrécupérable et s’en félicite. Il n’est pas de ces « individualistes révolutionnaires », intransigeants en leur jeunesse, et sollicitant ensuite les honneurs. La constance de sa révolte en fait une figure d’exception dans le panorama contemporain. »

Quant à Pierre, voilà en quels termes il se présente lui-même : « Tueur de cochons, braqueur de banques, souilleur de ministre, casseur d’urinoir, incendiaire de galeriste et de pain, Diogène nu dans son tonneau, créateur de Rrose Sélamore, jeteur de carambar sur le cercueil de Malraux au Panthéon, mauvais coucheur dans le lit de Red room de Louise Bourgeois à la 4ème Biennale de Lyon, tête brûlée devant l’Ambassade de Chine à Paris au retour de Nice-Pékin à vélo, homme-bleu du vernissage Yves Klein à N.Y., danseur de bourrée sur la tombe de Marcel Duchamp à Rouen, momie ensanglantée pour le Biafra à Nice, gagneur de son procès-urinoir contre l’Etat Français et la multinationale Axa... Où est l’art dans toute cette pantomime ? ricanent les débiles et les momies de l’institution... Il faut laisser rire les hyènes (hi ! hi ! hi !) et s’esbaudir des pleutres (ah ! ah ! ah !) et toujours s’efforcer d’être GROTESQUE pour empêcher la vie de se coaguler dans le sérieux, le bon goût, et l’esthétisme, yeah ! »

Christophe DAUPHIN

(Revue Les Hommes sans Epaules).

VIDEOS :

Pierre Pinoncelli dans l'émission Tracks sur Arte

The Art Pack - M. Pinoncelli et l'urinoir de M. Duchamp

Pierre Pinoncelli artiste-performer

« Have you taken your Pinoncelli today ? » (A.p.r.e.s Production, 2019), film documentaire de Virgile Novarina, la bande annonce. 


Pierre Pinoncelli en douze dates :

-  15 avril 1929 : Naissance (malgré lui) à Saint-Étienne, dans une vieille famille de la bourgeoisie catholique et apostolique.

- 1950-1954 : Errance (U.S.A, Cuba, Mexique, Amérique du Sud), découverte de la peinture au MAM de Mexico.

- 1962 : « 40 Morts », première exposition personnelle Galerie Lacloche, Paris, préface de Michel Ragon.

- 1963 : « 30 Métamorphoses », Galerie Lacloche, toiles monochromes blanches en relief sur le thème de la Thalidomide. « L’Abattoir », 3ème Biennale de Paris, avec Arroyo, Brusse, Camacho, Zlotykamien.

- 1967-1970: « Hommage à Yves Klein », Jewish Museum, New-York. Rencontre avec Marcel Duchamp et lui parle d’une action probable sur son urinoir. Pinoncelli vient vivre à Nice, abandonne la peinture pour le happening de rue. « Les Copulations d’un chinois à Vence » Happening : « Dédoublement, Copulations, Bûcher » Galerie Alexandre de la Salle, Vence. Happening à Saint-Tropez : « Lynchage et spasmes pour un double », accompagné d’Alexandre de la Salle et Jean-Claude Farhi. Happenings « La Momie Vivante », « Mort au pain ! », attentat culturel contre André Malraux, et départ vers la Chine à bicyclette dans l’espoir de remettre un message de paix à Mao.

-  1975 : Signature de son livre « Mourir à Pékin », et happening « Hommage à ma Vieille maman, la mort », Galerie Alexandre de la Salle, Vence, et braquage de la Société générale à Nice.

-  1977 : « École de Nice ! » Galerie Alexandre de la Salle, Sain-Paul-de-Vence.

- 1993 : Premier happening-urinoir sur Fountain de Marcel Duchamp, au Carré d'Art de Nîmes, dans l’exposition inaugurale « L’Ivresse du réel ».

- 1997 : « École de Nice. » (Les Trente ans de l’Ecole de Nice) Galerie Alexandre de la Salle, Saint-Paul-de-Vence.

- 1999 :   Happening « Enterrement de Rrose Sélavy, naissance de Rrose Sélamore » sur la tombe de Marcel Duchamp. Cimetière Monumental, Rouen. ART JONCTION avec la Galerie Alexandre de la Salle, Saint-Paul-de-Vence.

- 2002 : Performance « Mourir à Cali, hi ! hi ! », en Colombie pour protester contre la violence des F.A.R.C. et l’enlèvement d’Ingrid Betancourt.

- 2006 : Deuxième happening-urinoir sur Fountain de Marcel Duchamp, au Centre Georges Pompidou, dans l’exposition « Dada ».

- 2014 : Publication du catalogue raisonné de l’œuvre de Pierre Pinoncelli en trois tomes, par l’Association des Amis de Pinoncelli.

Lors de l’exposition Dada au Centre Pompidou en 2006, j’avais lu dans la presse qu’un « individu », un «vandale», avait endommagé l’urinoir de Marcel Duchamp avec un marteau, et sans informations supplémentaires, j’avais trouvé cela complètement idiot. Je ne savais pas qu’il s’agissait d’un artiste, je ne savais pas qu’il s’agissait d’une performance, je ne savais pas que cet « individu » avait réalisé toute une série de happenings percutants depuis les années 60, ni bien entendu que ce geste était de sa part un hommage à Marcel Duchamp. C’est seulement un an plus tard, en lisant l’article de Sarane Alexandrian intitulé Les exploits du hors-l’art-loi Pinoncelli, paru dans le numéro spécial sur « Le Bizarre » de la revue Supérieur Inconnu, que j’ai découvert l’étonnant parcours de Pierre Pinoncelli, avec notamment le meurtre rituel d’un cochon à Coaraze, l’attentat à la peinture rouge contre André Malraux, le hold-up de la Société Générale à Nice, l’enterrement vivant au cimetière de l’art de Nolléval... jusqu’au doigt qu’il s’est coupé publiquement à la hache en Colombie, et aux deux attentats sur Fountain, en hommage à Marcel Duchamp. Je me suis alors documenté sur Pinoncelli, et plus j’approfondissais, plus je trouvais sa démarche unique, intéressante, et souvent mal comprise. J’ai échangé quelques lettres avec Pinoncelli, puis nous nous sommes rencontrés chez lui, à Saint-Rémy-de-Provence, en avril 2010.        

Virgile NOVARINA 

(Revue Les Hommes sans Epaules).



Publié(e) dans la revue Les Hommes sans épaules


 
Dossier : Claude PELIEU & la Beat generation n° 42