Tchicaya U TAM'SI

Tchicaya U TAM'SI



Gérald-Félix Tchicaya (Mpili, 1931 / Bazancourt, Oise, 1988), prend en 1957 le pseudonyme de U Tam'si.  Né en 1931 sur la plaine côtière de Pointe-Noire au Congo, il appartient à une éminente famille du pays vili. Gérald-Félix Tchicaya est le fils d'un instituteur qui devait devenir le premier député noir représentant la colonie du Moyen-Congo, à l'Assemblée nationale française. Gérald-Félix Tchicaya quitte son pays dès l'âge de quinze ans, pour la France où son père, Jean Félix Tchicaya, est député. Celui-ci prédestine son fils au métier de magistrat mais l'enfant rebelle quitte l'école avant son baccalauréat pour exercer plusieurs petits métiers et se livrer à l'écriture. À vingt-quatre ans, il publie son premier recueil "Le Mauvais sang", et est unanimement considéré comme le poète africain le plus doué de sa génération. Adolescent rebelle, souffrant dans sa chair (il devra être opéré d'une malformation du pied), il trouve dans la poésie, découverte notamment à travers Rimbaud, la voie royale de sa révolte, individuelle et déjà collective; d'où le pseudonyme qu'il choisit lors de la publication de son premier recueil : Tchicaya U Tam’si, qu'il se plaisait à traduire par « petite feuille qui parle pour son pays ». Installé dans la région parisienne, préférant aux cursus universitaires les petits métiers et les cafés littéraires de la rive gauche, travaillant beaucoup pour la radio, il retrouve l'Afrique en 1960, lors de l'accession à l'indépendance de l'ancien Congo belge. Lors de la sécession du Katanga (1960), il prend la direction du journal Congo, aux côtés de Patrice Lumumba. Sa plume est à son service, mais Lumumba est assassiné. Méfiant envers le régime, qui prend en charge, à Brazzaville, le nouveau Congo indépendant (son président, l'abbé Fulbert Youlou, avait réussi à éliminer son père de la scène politique), il trouve à l'U.N.E.S.C.O., à Paris (époque où il se lie d'amitié avec Jean Breton), des postes qui lui permettent de poursuivre son œuvre littéraire. Dès les premiers vers du poème qui ouvre son premier recueil publié (Le Mauvais Sang, 1955), la note fondamentale de la poésie de Tchicaya U Tam’si est bien reconnaissable : Pousse ta chanson / Mauvais sang / comment vivre / l'ordure à fleur de l'âme, être à chair regret. Lyrisme, ironie (et d'abord envers soi-même), ellipses, ruptures des tons et des images, éclats baroques des brisures et des collages : ce seront les traits caractéristiques de son œuvre. Poète exigeant (Le Mauvais Sang, 1955 ; Feu de brousse, 1957 ; À triche-cœur, 1960 ; Épitomé, 1962 ; L'Arc musical, 1970 ; Le Ventre, 1964 ; La Veste d'intérieur, 1977), il reste très réservé à l'égard de la négritude. Dramaturge acerbe (Le Zoulou, 1977 ; Le Destin glorieux du maréchal Nnikon Nniku Prince qu'on sort, 1979), il est aussi l'auteur de romans (Les Cancrelats, 1980 ; La Main sèche, 1980 ; Ces fruits si doux de l'arbre à pain, 1987) et de nouvelles (Les Méduses ou les Orties de la mer, 1982 ; Les Phalènes, 1984), qui présentent une saisissante fresque du Congo à l'époque coloniale. Meurtri par l'assassinat de Lumumba, revenu en France et s'occupant d'éducation auprès de l'Unesco, jusqu'en 1986, date à laquelle il prend une retraite anticipée, Tchicaya se consacrera entièrement à l'écriture, jusqu'à sa mort en 1988. Sa voix, qui pourtant refuse de s'associer aux chantres de la négritude, demeure la plus importante qui se soit révélée depuis celle d'Aimé Césaire.

 

 



Publié(e) dans la revue Les Hommes sans épaules


 
Dossier : LES POETES DANS LA GUERRE n° 15