L'Innocence avec rage

Collection Les HSE


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L'Innocence avec rage

André PRODHOMME

Poésie

1996
Livre épuisé
40 pages -
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Malgré un refus du "négoce poétique", ces poèmes veulent, avec volonté, enthousiasme, contribuer à un équilibre intérieur. Quand on a écrit, la feuille blanche nous fait "fils de l'infini". mais il faut savoir être à l'écoute de toutes nos perturbations, voir large, dire les émotions au-delà de nos "peurs", s'ouvrir au monde et à l'autre: "Un rire lointain me remonte dans la main". Dans ces pages, angoisses parfois, désirs souvent, projets sont malaxés en pêle-mêle aux joies de la vie, avec la "tribu" des amis et des proches, non sans inserts des grands textes de l'humanité qui grignotent la mémoire. Voici les braises de l'Éros, le plaisir de la marche à pied, le refus des humiliations collectives, la colère contre la léthargie ou l'absence que sécrètent tant de regards – le meilleur toujours cueilli pour de nouveaux bondissements de cœur : un fait-divers estampillé, une fantaisie lyrico-comique sur Chagall, la quête, chaque jour, "du secret qui délivre" et qui "justifie une formidable envie de vivre", la ville qui est intercession mais ne contredit pas le sentiment de la Nature. Réalisme, violence, ironie, goût volontaire de l'absolu et d'une sorte de mysticisme laïc: un ensemble ferme, courageux, qui n'a pas froid aux yeux et s'inscrit dans la diaspora de la Poésie pour vivre.

 

BONNE PÂTE

L'or glisse sur la blancheur de papier

Un rire lointain me remonte dans la main

Cruel et doux il me bouleverse

Comme la rencontre des bouches du père et de la mère

 

Échappée d'une ramette

La vie me guette

 

La page rassure le candide et triste poème

Avant l'encre pour le deviner

 

le verbe joue avant de naître

Il bafouille et cherche l'ordre

et trouve le chaos

 

Un jumeau?

 

Une colère pourpre s'invite

Un hurlement monte et s'enroule contre une pensée tubulaire et engourdie

 

La plume passoire à écrire

Laisser filer le silence

 

Je cherche un drapeau blanc

Je ne sais plus si mon inquiétude métaphysique est nouille

 

Pourtant la recevant en miettes

La feuille bonne pâte

Me fait fils de l'infini

Avec plus de régularité

Que la prière ânonnée

 

André PRODHOMME

(Poème extrait de L'Innocence avec rage, Les Hommes sans Épaules éditions, 1996).


Dans Rimbaud revue

"S'il est poète, André Prodhomme est avant tout un être de chair et de sang qui ne tient pas à s'enfermer dans les "nèbuleuses" de l'intelligentsia poético-mondaine et, d'emblée, il a notre sympathie. Un brin érotique, sa poésie se complaît essentiellement dans la tendresse et l'amitié. C'est dire que ce recueil n'est en aucune manière charpenté par une structure savamment élaborée, mais soumis aux pulsions du désir, de la colère, du refus. Ces textes évoquent tout aussi bien les propres enfants d'André Prodhomme que... Jack Kerouac ou Chagall, selon l'inspiration du moment, selon le plaisir d'écrire, selon la fatigue..., car cette poésie n'hésite pas à entraîner le lecteur dans un marathon ("Funélailles impossibles") ou l'auteur, "les muscles tétanisés au-delà de toute fatigue" / (est) "comme un arbre foudroyé" qui cherche, malgré ses poumons en feu "l'air absolu". Défiant la peur et la mort, ("as-ru caressé la cruauté des choses"?) André Prodhomme nous donne une belle leçon d'optimisme, d'amitié, témoin ce poème en forme de lettre, dédié à Hervé Delabarre, commençant par: "Mon cher ami de Saint-Malo", et se terminant par : "...Je pense à toi / Et je m'invite à I'infini sourire du désespoir qui brille / Je mets mes lèvres à ce silence assourdissant / Et je me nomme au vertige de l'amitié libre // André Prodhomme". Une poésie à hauteur d'homme, c'est à dire proche du coeur qui palpite et de l'imagination qui vagabonde."


Jean CHATARD (Rimbaud Revue, 1996).