Les Hommes sans Épaules


Numéro spécial HENRI RODE

Numéro 29
308 pages
Premer semestre 2010
25.00 €

Sommaire du numéro



Préface au Pandémonium, par Christophe DAUPHIN

"Henri RODE, l'émotivisme à la bouche d'orties", par Christophe DAUPHIN

Avec Henri RODE, par Lionel LATHUILLE

Mortsexe & autres textes, Poèmes de Henri RODE

Bibliographie

Illustrations de Lionel LATHUILLE

Présentation

PREFACE AU PANDEMONIUM

"... Henri Rode (1917-2004), l’homme, tout comme le créateur, a eu « deux vies ». La première l’a fait naître à Avignon, où il devient, pendant l’Occupation, un contributeur des grandes revues que furent les Cahiers de Pierre Seghers, Confluences de René Tavernier, et Les Cahiers du Sud de Jean Ballard. C’est au contact de ces animateurs, éclaireurs précieux, qui publient nombre de ses nouvelles, de ses récits, de ses écrits critiques, que Rode fait son apprentissage. Il se lie également d’amitié avec les principaux écrivains et poètes de l’époque (Aragon, Richaud, Borne, Ponge, Paulhan et bien d’autres). Dans l’immédiat après-guerre, il publie une série de romans qui le propulse aux premiers rangs des espoirs littéraires. Puis, monte à Paris, où il fait la rencontre capitale mais envahissante aussi, de Marcel Jouhandeau, avec lequel, il se lie d’une grande amitié, tout en collaborant avec lui sur le plan littéraire. Bientôt « las » de cette amitié exclusive qui le coupe, pour ainsi dire, du reste du monde, il prend ses distances, se consacre au journalisme, gagne sa vie. Henri Rode a déjà une imposante carrière d’écrivain derrière lui, une renommée, aussi, lorsque sa deuxième vie prend forme, grâce à la rencontre de Jean Breton et des jeunes poètes de la revue Les Hommes sans Epaules, qui a été créée à Avignon, en 1953. C’est grâce à cet entourage que Rode abandonne peu à peu, puis totalement, la prose romanesque, pour se révéler totalement, en se consacrant à la création poétique. Dès lors, le romancier va disparaître pour laisser place à l’éruption poético-volcanique de l’un des poètes les plus puissants, les plus originaux, les plus édifiants, de l’histoire de la poésie contemporaine ; enfin !, si l’on ose s’exprimer ainsi : « La forme qui vaut toutes les formes s’adapte à la mort comme aux grincements de plaisir profond d’un corps écartelé – et niant l’impossibilité d’être. » Car, chez Henri Rode, rien n’est jamais gratuit ; pas un mot, pas une virgule. Chez lui, le langage n’est pas destiné à « faire joli » ou à être plaisant. Il est émotiviste, c’est-à-dire, déchiqueté et malaxé. Il remonte du plus profond des gouffres : celui de l’être ; tout en sachant que rien n’est plus malaisé que de vouloir, sur une page, exprimer ce que l’on a en soi de moins déformé par le simple fait de l’écrire. Est-on capable de traduire ainsi la pensée, les émotions, serait-on expert à prétendre le faire ? Impossible, selon Rode, qu’il n’y ait pas une marge inaccessible, irréductible, dès qu’il veut la changer en mots, chez tout écrivain et même le meilleur..."

Christophe DAUPHIN

(Extrait de la préface de Henri Rode, l'émotivisme à la bouche d'orties, Les Hommes sans Epaules n°29/30, 2011).

 

MA PLANÈTE N’EST PAS LA VÔTRE



Ma planète n’est pas la vôtre

Je défends que vous touchiez mes bords

Contraction brûlante à votre approche

Gardez votre rien Votre merdeuse routine procréatrice Mon absolu contre votre dérision Ma rupture avec la chair Dans la chair des autres

                Éboueurs dieux qui empêchent

                la pourriture canine

                qu’elle mérite peut-être

                de recouvrir la ville

Mangez les morts dans les fruits La terre d’Europe en est gorgée Ossuaires des grands ensembles Chaque case urne future Les mortes enceintes jouissent aux balcons Absentes à la marée gagnante des ossuaires Aux vagues de cendre qui clapotent dans le fuel Patience Quelques années encore Vous rejoindrez la chère terre Pleine d’orbites De tripes De viscères Vos enfants vous reboiront dans le vin Vivants vous viderez vos ventres pour alimenter les dépouilles qui vous les rendront en pivoines Et les déchets aussi sont votre manger La boîte qui contient

L’étron

                c’est le gâteau du dimanche

La gaze qui enveloppe la plaie

c’est votre soutien-gorge

Coup de langue au sexe

                ainsi vous ranimez la descendance de l’aïeul

                la jeunesse vieille de tous les morts

                les pigeons avaleurs d’excréments

                les chiens dégustateurs d’urine Nous voilà

                nous sommes de votre race Homme supercherie

                Vous n’êtes rien de ce qu’on dit

                Vous n’êtes pas

                à force de vous remanger

 

          Henri RODE

          (in Les Hommes sans Epaules n°29/30, 2011).



Revue de presse

2010 – À propos du numéro 29/30

    « Quelle importance si ma roue persévère - Seule et tournant sans fin sa propre fusion - Mon secret plus secret pour moi que pour les autres. - Mon âtre est ailleurs, (p. 165). Ce numéro spécial 29/30 des Hommes sans Épaules est constitué par un gros dossier « Henri Rode, l’émotivisme à la bouche d’orties », avec des essais de Christophe Dauphin et Lionel Lathuille et un important choix de poèmes d’Henri Rode (1917-2004 – voir fiche Wikipédia). »
    Florence Trocmé (Site internet Poézibao, 6 février 2011).

    « Ce numéro 29/30 des Hommes sans Épaules, est un numéro spécial entièrement consacré à Henri Rode, poète "émotiviste" hors du commun à découvrir ou redécouvrir. »
    Lucien Aguié (site d’ARPO, février 2011).

    « Ce numéro 29/30 des Hommes sans Épaules est un numéro spécial consacré entièrement à Henri Rode (1917-2004). Christophe Dauphin le préface deux fois. La première en reprise pour un recueil de 94 : Pandémonium. La seconde beaucoup plus étoffée pour l’œuvre entière (dont une partie reste inédite). Ce qu’on peut retenir sur cette forte étude : L’importance de la ville d’Avignon où le poète vit le jour, une œuvre d’abord romanesque avec des personnages très inspirés par sa famille proche, puis de résistance durant la seconde guerre mondiale, sous la tutelle de Marcel Jouhandeau avant de trouver toute sa puissance dans la poésie, et la rencontre entre autres assez pittoresque d’Aragon, racontée deux fois, avec des extraits toujours passionnants tirés de son Journal impubliable. Il se spécialise dans les chroniques cinématographiques et se rapproche du groupe HSE qui lance en 53 un « Appel aux riverains » et l’on voit toute la filiation que ce mot a pu avoir pour Christophe Dauphin. Celui-ci dresse une parenté pour Henri Rode entre Lautréamont hier et Cioran aujourd’hui. C’est en 80 que le poète publie son œuvre majeure : Mortsexe qui est donnée à la suite de cette analyse fine et complète. (Dessins de Lionel Lathuille). Je crois que j’aime le sexe parce qu’avec la mort il est l’extrême… Oublier que l’orgasme est le meilleur du vivre. Toutes les formes sont déclinées : du poème à l’aphorisme, du récit à l’article, Henri Rode brillait de tous ses feux quel que soit l’enjeu littéraire. Un poète important à découvrir grâce à ce fort volume de 300 pages. »
    Jacques Morin     (Site internet de la revue Décharge, 16 février 2011)

    « Plusieurs tendances, actuellement, se font jour : « la poésie du quotidien », « la poésie émotiviste » marquée par la parution récente d’une Anthologie émotiviste publiée par Christophe Dauphin au Nouvel Athanor, « la poésie engagée » et la poésie néo-classique »… En règle générale, la poésie contemporaine œuvre à hauteur d’homme. Elle témoigne de l’homme et de ses destins difficiles. Certains le font en haut d’une tour, d’autres au fond d’une cave mais, toujours, c’est de l’homme dont il s’agit. En tout cas bien plus de l’homme que des dieux. Certaines revues appuient cette recherche vers le bas ou vers le haut. Elles offrent une chance dans leur diversité : Verso d’Alain Wexler, Diérèse de daniel martinez, Comme en poésie de Jean-Pierre Lesieur, Les Hommes sans Épaules de Christophe Dauphin et Les Cahiers du Sens de Jean-Luc Maxence. »
    Michel Héroult (À L’Index n°19, 2011)

    «  Le numéro 29/30 des HSE, la revue de Christophe Dauphin, est consacré intégralement au poète avignonnais Henri Rode (1917-2004), romancier, journaliste, critique cinématographique (il a publié une biobibliographie d’Alain Delon), poète (la poésie, toujours présente, prendra le pas sur le roman dès sa rencontre avec Jean Breton et d’autres jeunes poètes, fondateurs et animateurs de la revue Les Hommes sans Épaules, à laquelle il collaborera dès sa création en 1953). Christophe Dauphin tisse un long (90 pages), passionné et passionnant portrait de ce poète, touchant au plus juste de ses doutes, engagements, positions, amitiés (Aragon, Nimier, Jouhandeau, ...), douleurs, etc. De larges extraits ponctuent ce portrait inspiré, qui est aussi partiellement celui d’une aventure, celle des HSE. Suivent près de 200 pages de textes, poèmes inédits, extraits du Journal impubliable (La mort, ce dernier rire du sperme), larges extraits de Mortsexe (1980), « son chef-d’œuvre aux déjections d’une violence inouïe », (Patrice Delbourg). Une vingtaine de dessins de Lionel Lathuille ponctuent, en parfaite adéquation, ces pages brûlantes, douloureuses, lucides, qu’il est temps de (re)découvrir. »
    Jacques Fournier (« Ecoute é Notes », 13 avril 2011).

    « Il y avait bien longtemps que je n’avais plus de vrais contacts vivants avec mes amis surréalistes, sauf quelques exceptions, dont les HSE, revue animée par Christophe Dauphin, dont la fidélité sans failles rend un hommage imposant à Henri Rode dans le numéro 29/30 avec un sous-titre particulièrement clair : « l’émotivisme à la bouche d’orties », soit les amitiés d’émotion où je retrouve par exemple Frans Masereel et Henri Michaux. De quoi faire ou refaire connaissance avec la plus grande liberté d’écriture et de graphismes. Surréalisme encore, mais tragiquement, que cette existence qui me fait penser à Desnos ou Crevel pour la passion d’écrire, mais qui a duré 87 ans sans la moindre baisse de niveau. Triste qu’il ne soit pas plus connu, alors que Dauphin évoque pour la « Bouches d’orties », le Piranèse que j’avais trouvé chez Marcel Mariën au temps du « Miroir d’Elisabeth ». Il s’est défini ainsi : « La seule poésie qui me paraisse valable aujourd’hui est celle qui échappe, tel un monstrueux lapsus, à la culture et à la direction de celui qui l’écrit. »
    Paul Van Melle (Inédit Nouveau n°250, mai/juin 2011).

    « 306 pages, achevées d’imprimer début 2011, pour célébrer le poète et critique Henri Rode, trop oublié par un siècle superficiel. L’article inaugural de Christophe Dauphin et les suivants sont primordiaux, d’ailleurs, pour mieux comprendre la place de grande importance occupée à partir de 1953 à Avignon par Henri Rode (1917-2004). Certes, ce n°29/30 de l’excellente revue Les Hommes sans Épaules, restitue avec pertinence « l’émotivisme à la bouche d’orties » de Rode, dans son temps, mais il étonne surtout par ses poèmes proposés ici, inédits y compris… Certes, Henri Rode n’est pas un poète pour jeunes filles à l’âme légère, il se situe entre Lautréamont et Jean Cocteau, souvent, il tourne le dos à l’insignifiance, il est davantage « bouches d’orties » que « bouche d’ombre ». Il n’empêche, ce décryptage de son œuvre est une réussite rare qui a « son poids de féérie.
    Jean-Luc Maxence (Le Cerf-volant n°224, 2011).