Les Hommes sans Épaules


Numéro spécial LES HOMMES SANS EPAULES 1ère série, 1953-1956

Numéro épuisé
Numéro 3
112 pages
Premier semestre 1998

Sommaire du numéro



Poèmes et textes de : Alain BRETON, Hubert BOUZIGES, Jean BRETON, Serge BRINDEAU, Patrice CAUDA, Pierre CHABERT, André MARISSEL, Gaston PUEL, Henri RODE, Frédérick TRISTAN, Danielle SARRÉRA, Lucien BECKER, Pierre-André BENOIT, Renée BROCK, Léon COUSTON, André MIGUEL, Henry MILLER, Jules MOUGIN, Jacques RÉDA, André de RICHAUD, Maurice TOESCA, Michel BRETON, Joseph Henri ROSNY aîné

Présentation

"... On ne trouveras ici aucune préférence esthétique. Nous ne défendons ni la virgule, ni la rime, ni tel procédé de rhétorique. Nous sommes pourtant convaincus que, loin d'être prisonnière de l'encre qu'elle emploie, la poésie embrasse les facultés les plus diverses qui sommeillaient en nous, met le feu aux poudres, et nous conduit, tôt ou tard, à ce chant de liberté et de justice qui patientait dans nos poumons. La péosie prépare souterraienment un homme meilleur qu'elle. de sa qualité à la qualité de l'homme, il y a ce pas moral, cette contredanse secrète qui dit oui à la vérité et non au mensonge. nous vivons une époque qui crève dans sa tiédeur. On ne dit ni oui, ni non. (On dit merci au cataclysme, merci au peloton d'exécution)...)

Les HSE (extrait du manifeste, Appel aux riverains).

(in Les Hommes sans Epaules n°3/4, 1998).

 

PLONGER

 

Plonger, plonger encore et plonger au fond de ça,

Au plus profond de ça, c’est là ton aventure

Plonger encore et creuser jusqu’au nerf

Jusqu’à la foudre sans cassure,

Cette mie des morts qu’on bêche et tasse.

 

Plonger, plonger, tant que ta vie

Au plus profond suivra la trace

Du sang rongé qui te menace,

Et des termites de l’outrage

Sous le cadavre des murs gras :

 

-Plonger, creuser et coudre à vif

La plaie brûlante des viscères,

Pétrir l’écorce et sa sueur,

Naître à la terre, la graver

Dans cette main qu’elle a forgée ;

 

-Plonger, plonger, boire à longs traits

Le lait sévère des squelettes

Baiser la bouche et les yeux fous

En bas, au plus profond des fours

Vers le martyre et l’au-delà ;

 

-Briser le sexe d’un dieu sec,

D’une momie qui ne respire

Que d’autres corps incarcérés,

Derniers fagots qu’on a jetés

Sur le bûcher immense du néant…

-Plonger, creuser : tu es dedans,

L’enfer referme son cratère,

En bas, plus bas, serre les dents ;

Ta tête tourne, poudrière

A la racine des prisons !

 

Plonger, plonger encore, et plonger au fond de ça.

Plonger encore au plus profond,

Puisque au-dessus les hommes clouent

Le christ aux poutres des casernes,

Puisque tes doigts sont écrasés.

 

André MARISSEL

(in Les Hommes sans Epaules n°3/4, 1998).



Revue de presse

1998 – À propos du numéro 3/4

   « Un superbe numéro double qui est consacré à la première série des HSE, qui vit le jour à Avignon de 1953 à 1956. Outre la qualité des textes critiques et des poèmes, c’est aussi l’occasion, ici, de redécouvrir une des aventures et des époques cruciales de la poésie contemporaine… C’est riche de poésie de révolte et d’amour. Et si ces poètes comptent maintenant pour une bonne partie parmi nos meilleurs poètes, ce n’est pas un hasard. A dévorer d’un bout à l’autre. »
    Jacques Simonomis (Le Cri d’os n°23/24, juillet 1998).