Adeline BALDACCHINO

Adeline BALDACCHINO



Adeline Baldacchino, née en 1982 à Rillieux-la-Pape (métropole de Lyon, en région Auvergne-Rhône-Alpes), dans un milieu modeste, d’un père d’origine italienne et d’une mère d’origine iranienne, se passionne très jeune pour la poésie contemporaine qu’elle découvre à travers Rimbaud, le surréalisme et l’École de Rochefort. « C’était l’époque, écrit Adeline Baldacchino (in Michel Onfray ou l’intuition du monde, 2016) où, pourtant issue de l’un des établissements les moins réputés de Nîmes, j’entrai dans le très sélect lycée Henri-IV, à Paris, dont je n’avais jamais entendu parler jusque-là. Adolescente plutôt introvertie, je baignais tout-à-fait dans le mythe du poète maudit... Il me semble que je n’avais pas la moindre idée de ce que je voudrais et pourrais faire de ma vie, sinon écrire et voyager, voyager pour écrire, d’ailleurs. Je « montai » cependant à la capitale, y découvris ses musées, ses faux-semblants, ses jubilations et ses tristesses, son immense solitude de ciment et de lumière artificielle. Un grand-père mourant, une mononucléose, un amour lointain, la lecture de Nietzsche et de Cioran en lieu et place des indigestes manuels structuralistes qu’on prétendait nous faire ingurgiter, tout conspira pour que je revienne au plus vite vers le soleil avant de laisser ma peau à l’ombre. Je choisis la liberté et la Méditerranée. L’université Paul-Valéry de Montpellier m’accueillit sans trop comprendre ce que je faisais là. J’en savais à peine plus : j’allais en cours de lettres et d’ethnologie quand il le fallait, à la plage souvent, dans les festivals de poésie tout le temps. »

Tout en étudiant la philosophie et l’ethnologie, Adeline Baldacchino commence à publier des notes critiques, des plaquettes de poèmes et de proses, en 1999, aux éditions Clapas et en revues. D’emblée, dès la réception de ses premiers textes, le comité de rédaction de la revue de Jacques Simonomis, Le Cri d’os, dont je suis alors membre, est enthousiaste. Jacques Taurand en témoigne dans une note de lecture (in Le Cri d’os n°29/30, 2000) : « Il faut rendre hommage à Marcel Chinonis qui, en éditeur éclairé, vient de nous gratifier d’une œuvre exceptionnelle : Ce premier monde (éd. Clapas, 1999), dont l’auteur – retenez bien ce nom : Adeline Baldacchino, une toute jeune lycéenne de dix-sept ans – n’a pas fini de nous surprendre… » Adeline Baldacchino anime également une émission de poésie pour Divergence FM à Montpellier (« Peaux de poèmes »).

Sur le plan des études, Adeline Baldacchino, voulant comprendre les mécanismes de la microéconomie et du droit international, entre à Sciences Po, puis à l’ENA, en 2007, suivant une pente improbable qui la pousse, par curiosité, vers des univers dont elle n’avait pas la moindre idée jusque-là. Sur ses universités, Adeline Baldacchino donnera plus tard – ce qui sera perçu comme un « crime de lèse-majesté », un pavé dans la mare - un très courageux et éclairant livre, un plaidoyer pour une autre école, qui redeviendrait plus soucieuse de l’invention des possibles et moins adepte de l’étrange devise PDVMVPDV (« Pas de vagues, mon vieux, pas de vagues »), soit, un appel à une réforme radicale de l’ENA dans un texte inspiré d’Orwell, qui plaide pour un retour en force de la culture humaniste dans la formation des hauts fonctionnaires. : La Ferme des énarques (2015).

Depuis ses débuts en 1999, Adeline Baldacchino a parcouru, depuis, bien des chemins ; et c’est peu de le dire, puisque cette dévoreuse d’espaces, de civilisations et de cultures ; ce poète de l’émotion, a arpenté quasiment tous les continents, ce dont garde trace sa poésie. Magistrate à la Cour des comptes, Adeline Baldacchino mène également des missions pour l’Organisation internationale de la Francophonie, puis pour l’Agence spatiale européenne. Elle assure en outre le séminaire de poésie contemporaine à l’Université populaire de Caen et anime, à compter de l’automne 2015, un cycle de rencontre mensuel de poésie vivante au Théâtre des Déchargeurs, à Paris, en partenariat avec le Printemps des poètes.

Son œuvre prend son essor en 2013, avec la publication de Max-Pol Fouchet, Le feu la flamme ; une biographie poétique avant, en 2014, de travailler sur la transmission arabo-persane de Diogène le cynique, dont elle découvre, présente et publie des fragments inédits. Michel Onfray préface cette édition exceptionnelle. C’est ensuite à ce dernier qu’Adeline Baldacchino consacre un essai. L’ambitieux Michel Onfray ou l’intuition du monde, n’entend ni livrer une approche systématique et globale de l’œuvre, ni s’attarder sur l’homme médiatique, mais sur sa poétique, substantifique moelle de cette sagesse sans morale que Onfray traque avec désespoir et ferveur mêlés depuis son enfance. Des essais, donc, mais aussi un premier roman en janvier 2018 : Celui qui disait non (Fayard) ; et de la poésie ; car tout, chez Adeline Baldacchino, est ramené à la poésie ; poésie qui a à voir avec tous les éléments du cosmos, le corps liquide et solide, le feu qui consume et préserve, le vent qui caresse et emporte, la terre qui pourrit et fleurit.

Dans ce registre, Adeline donne des textes critiques, dont les plus importants, à ce jour, sont assurément ceux qui ont paru en septembre 2014 et 2017 : Poésie, anarchie et désir I et II ; deux textes qui font manifeste ; la poésie y est entendue comme joie, mais bien plus comme colère, révolte, une forme de rage concentrée dans la parole et qu’expulseraient du corps des mots bien sentis. L’expérience poétique n’est rien d’autre que cette évidence qui nous saute à la gorge : « devant le texte qui vient traduire la densité de notre expérience intérieure, la rendre un instant partageable. Brisure de feu de la solitude, comme une voix d’Ami qui traverserait le silence dans les nuits trop longues de l’insomnie, quand on ne l’attendait plus — parce qu’on ne l’attendait plus, peut-être… Le poète accueille la part du doute, de l’irrationnel, du signe. Non pas pour parcourir les arcanes du rêve en clamant des choses mystiques, non pas pour laisser tous les fantasmes envahir et nier la raison, mais pour laisser passer un peu d’air entre le monde et le corps. »

Adeline Baldacchino, généreuse animatrice et essayiste, est avant tout et surtout l’un de nos meilleurs poètes en devenir, ce dont témoignent ses deux derniers recueils : 33 poèmes composés dans le noir (pour jouer avec la lumière), en 2015, poèmes de la renaissance après l’épreuve du néant., dans l’impatience, la colère et la soif recommencées, jusqu’à ce que résonne enfin comme une clameur de soleil levant et de feu nouveau ; et 13 poèmes composés le matin (pour traverser l’hiver), en 2017, comme pour tout reprendre à zéro, dans un hiver blanc comme une page, un souvenir, alors que le désir palpite et que le brasier saigne entre les lignes.

Adeline Baldacchino ! Voilà Femme sans Épaules, un poète émotiviste, qui écrit : « Je crois au lyrisme, à l’émotion brute qui submerge un corps et un texte en même temps. »

Christophe DAUPHIN

(Revue Les Hommes sans Epaules).

 

Œuvres d’Adeline Baldacchino:

Poésie et proses poétiques : 13 poèmes composés le matin (pour traverser l’hiver), éd. Rhubarbe, 2017 ; L’Oiseau de Boukhara, Les Venterniers, 2015 ; 33 poèmes composés dans le noir (pour jouer avec la lumière), éd. Rhubarbe, 2015 ; Petites peaux de poèmes, 22 (Montée) des Poètes, 2006 ; Le poème du ©RIEN, 22 (Montée) des Poètes, 2004 ; L’outre-nuit, éd. Clapas 2002 ; Voyages de la sève, éd. Clapas 2001 ; Traduit de l’éclair, éd. Clapas 2001 ; Parois d’un Miroir, éd. Clapas 2000 ; Plein masque, éd. Clapas 2000 ; Il faut aimer avant de vivre, éd. Clapas 2000 ; Que le mot d’escriture…, éd. Clapas 1999 ; Les ombres du Graal, éd Clapas 1999 ; Ce premier monde…, éd. Clapas 1999.

Roman : Celui qui disait non (Fayard, 2018).

Essais : Michel Onfray ou l’intuition du monde, Le Passeur, 2016 ; Blaise Cendrars, livre numérique, éd Nouvelles lectures, 2015 ; La ferme des énarques, Michalon, 2015 ; Fragments inédits de Diogène le Cynique, présentation et traduction, Autrement, 2014 ; Max-Pol Fouchet, Le feu la flamme, Une rencontre, Michalon, 2013.

Le blog de l’auteur (que nos lèvres sont les plages) : http://abalda.tumblr.com



Publié(e) dans la revue Les Hommes sans épaules



 
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