Missak MANOUCHIAN

Missak MANOUCHIAN



Il était lié d’amitié avec la famille Aznavourian et est probablement, en France, avec leur fils Charles (lequel, enfant, jouait aux échecs avec lui), le plus célèbre des Arméniens. Un grand soleil d'hiver éclaire la colline - Que la nature est belle et que le coeur me fend - La justice viendra sur nos pas triomphants - Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline - Et je te dis de vivre et d'avoir un enfant ; ces vers d’Aragon, qui lui sont dédiés, deviendront populaires sous le nom de « l’Affiche rouge », d’après l’affiche de propagande xenophobe allemande exposant les photos de 10 des 23 membres des Francs-Tireurs et Partisans – Main-d’Œuvre Immigrée, après leur arrestation, stigmatisant la présence d’étrangers et de Juifs dans la Résistance française et parlant d’armée du crime, présentant Manouchian ainsi : Arménien, chef de bande, 56 attentats, 150 morts, 600 blessés ».

Leur fait d’armes le plus retentissant fut l’exécution du général SS Julius Ritter, responsable du Service du travail obligatoire. Le poème d’Aragon, qui a paru une première fois, sous le titre « Groupe Manouchian », le 5 mars 1955, à la une du journal L’Humanité et dont le titre définitif sera, « Strophes pour se souvenir » (in Roman inachevé, Gallimard, 1956), sera mis en musique et interprêté en 1961 par Léo Ferré.

Pour l’écrire, Aragon a paraphrasé la dernière lettre que Missak Manouchian (né en 1906), commissaire militaire (nommé en août 1943) des FTP-MOI et arrêté par la police française le 16 novembre suivant, a écrite, le 21 février 1944, à sa femme Mélinée, depuis la prison de Fresnes, deux heures avant d’être fusillé au Mont Valérien, avec vingt-et-un de ses camarades, dont Georges Cloarec, 20 ans, qui repose dans le cimetière de mon village natal, La Madeleine-de-Nonancourt (Eure).

Ces hommes étaient armés avant tout de leur courage. Dans son poème « Légion » (in Hommages, 1950), Paul Éluard écrit : C’est que des étrangers comme on les nomme encore - Croyaient à la justice ici bas et concrète - Ils avaient dans leur sang le sang de leurs semblables - Ces étrangers savaient quelle était leur patrie - La liberté d'un peuple oriente tous les peuples - Un innocent aux fers enchaîne tous les hommes - Et qui se refuse à son coeur sait sa loi - Il faut vaincre le gouffre et vaincre la vermine. Rescapé du génocide arménien (Comme un forçat supplicié, - comme un esclave qu’on brime - J’ai grandi nu sous le fouet de la gêne et de l’insulte).

Réfugié depuis 1925 en France, Manouchain sera menuisier, tourneur, auditeur libre en lettres, philosophie, économie politique et histoire, à La Sorbonne, avant de rejoindre la direction du HOC (Comité de secours pour l’Arménie), créé en 1921 par la République soviétique d’Arménie. Militant communiste (il adhère au PCF en 1934) et anti-fasciste, Manouchian et ce depuis son plus jeune âge, écrivait aussi des poèmes.

Il fut en outre le cofondateur et directeur, avec le poète Kégham Atmadjian (qui sera tué à l’âge de 29 ans, en 1940, lors de la bataille de France), de la revue littéraire, Tchank (L’effort), revue des jeunes écrivains de la diaspora arménienne de France, qui parut en 1930 avant d’être remplacée par Machagouyt (Culture), au sein desquelles furent publiées des traductions de Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, Brecht et les premiers poèmes de Manouchian, qui devint par la suite, en 1935, le responsable du journal politique hebdomadaire en langue arménienne Zangou.

Malgré le souhait qu’il exprime dans son ultime lettre (« avec l’aide des amis qui voudront bien m’honorer, tu feras éditer mes poèmes et mes écrits qui valent d’être lus »), bien peu d’écrits sont parvenus à nous : des extraits de son journal, ses trois dernières lettres et six poèmes seulement. Les deux éditions posthumes nous sont inconnues et introuvables : Banasteghtsutʻyunner, Poèmes (Tparan P. Ēlekean, Paris, 1946, 95 p.) et Im yergě, (Mon chant), (Hayastani Petakan Hratarakchʻutʻyun, Erevan, 1956, 94 p.)

Christophe DAUPHIN

(Revue Les Hommes sans Epaules).



Publié(e) dans la revue Les Hommes sans épaules


 
DOSSIER : La poésie brésilienne, des modernistes à nos jours n° 49