Paul SANDA

Paul SANDA



Paul Sanda est né le 3 septembre 1961. L’espace : Cholet, l’ouest vendéen proche des braises de Gilles de Rais. Au château j’ai la paume fendue comme la veine furieuse tout mon corps  gesticule à la surface du marbre tout mon corps s’épave au reflet des remords physiques je sens bien que le château s’évade je veux croire qu’il ne s'oublie pas ô je me sens dans la tranquillité pourtant je sais ce qui se fixe au miroir des derniers rivages ô je sens bien des extrémités qui s’oblitèrent à la proue de la respiration, a écrit le poète dans Entre Chair et Loup (2000), qui est son premier livre abouti ; lequel sera suivi par Elle saigne à la Lanterne ( 2002) et La Corde Fantasophique (2003) ; une trilogie qui est peut-être la quintessence de la poésie de Paul Sanda ;

Paul Sanda naît et grandit dans l’univers clos de la toute-puissance parentale et où tout est orchestré à son égard par le non-amour, le non-respect, l’absence de parole et par la religiosité sectaire la plus obtuse. L’enfant cherche de toutes les manières possibles à se différencier, à poser une distance suffisante avec l’alter, à se fonder un territoire, à se construire un fort. Sa colère et sa révolte ne tardent pas à se manifester de la manière le plus violente qui soit. Chez Paul Sanda, le dégoût, la haine et le rejet de la famille comme par la suite, de la bourgeoisie, de l’esprit étroit, conformiste et sectaire ; provoquent un sentiment de révolte qui, jamais ne s’atténuera. Cela explique en grande partie la violence de la poésie de Paul Sanda, qui, et cela ne doit rien au hasard, recèle une assez forte dimension analytique, du moins jusqu’au recueil, Elle saigne à la lanterne (2002). La violence de la poésie de Paul Sanda n’a donc rien de littéraire ou de préfabriqué, mais doit tout au vécu.

La violence de Sanda n’entend pas détruire pour détruire, mais construire dans la douleur et reconstruire dans l’amour certes, mais dans un éros charnel souvent coupant, qui n’est, lui aussi, pas dénué de mots-corps violents. Il est à noter toutefois qu’avec la publication de Dix-sept Psaumes de Proue de Joues & de Beauté ; l’amour, chez Sanda, évolue vers plus de sérénité : ma femme qui es-tu ma femme …  le soleil dressé jusqu’à la proue. 

Au-delà de la morsure, il y a aussi et surtout de la jouissance et du plaisir dans la chair et dans les sens, des couleurs aussi, chez ce poète aux mots souvent crus, il est vrai, car il ne saurait faire fi de toutes les plaies originelles, comme de la mort aux yeux fragmentés. Il y a de l’odeur, du goût, du toucher. Ses mots sont tout autant tactiles que sensuels. Pendant longtemps, écrit encore Sanda, « mon écriture ne pouvait émerger à son expression libre, parce que je n’étais pas moi-même. Je croyais que l’amour était un état de possessivité. C’est l’amour lui-même qui a détruit cette croyance, puis toutes les croyances… J’ai compris que les sentiments ne doivent jamais s’accompagner d’un désir de possession, parce qu’alors rien de vivant n’est plus possible, les relations se rigidifient, deviennent vides. Mais l’amour n’a pas tué l’onirisme, ni l’imaginaire. Au contraire, ce qui a disparu c’est ce qui entravait l’expression de cet imaginaire, et les barrières qui nuisaient à la possibilité d’incarner le rêve. »

L’adolescent, comme il en allait pour l’enfant, s’érige contre la pensée morale et l’éducation totalitaire. Fuir ce milieu et cet univers devient sa priorité. Quittant sa Vendée natale, Paul Sanda va caboter ici et là. Nous retrouvons sa trace en Polynésie où une expérience militaire dans l’Infanterie de Marine le mène à Tahiti. De retour en France, après un passage à La Baule et à Arcachon, nous le retrouvons en 1989, à Coutances, dans la Manche, en Normandie, où il fait la rencontre de celui qu’il revendiquera comme son seul maître, qui lui enseigne l’Alchimie. Sanda découvre la séparation alchimique, le morcèlement indivisé. Il apprend que les planètes se distinguent des métaux par leur nature céleste et écrit son premier livre, Ludi Funebres, qui installe la véritable rupture avec le monde des autres, de certain chanoine, et des souffleurs de toutes sortes. « Ce premier livre fut reçu comme suffisamment sulfureux dans mon milieu à cette époque, et que son écriture changea ma vie, provoquant ruptures et violents changements », nous dit Sanda.

En 1992, Paul Sanda s’installe dans le Poitou. Il y restera dix ans ; le temps de renouer, hors des sentiers balisés par la famille, avec cet ouest qui fut brutal dans son enfance et qui va enfin devenir magique, peut-être sous l’effet de sa voisine, la fée Mélusine. C’est là que Paul Sanda va trouver une force nouvelle et la capacité de renouveler ou plutôt de fonder sa vie. En 1993, il rencontre Rafael de Surtis avec qui il fonde une famille ; sa famille, laquelle ne cessera dès lors de s’étendre, non par le fait du lien de sang, mais par celui de l’amitié fraternelle. Deux enfants naissent : Gaspard et Lazare. C’est à La Touche de Cherves, dans la Vienne, que Rafael de Surtis et Paul Sanda fondent, en mars 1996, les éditions Rafael de Surtis. Productrices de poésie vivante, de textes littéraires, de fictions, mais aussi de documents sur les arts, les éditions Rafael de Surtis s’installent à la campagne avec la volonté de pratiquer l’héritage général de la façon-main, artisanale et traditionnelle, associée à la technique laser et informatique. En 1996, les trois premiers titres paraissent ainsi que les deux premiers numéros de la revue Pris de Peur, qui s’arrêtera par choix du directeur au bout de dix-sept numéros en 2007, après dix ans de bons et loyaux services. Cet arrêt marquera le signe d’un changement avec le lancement de la revue Mange Monde en 2011.

En février 2002, Rafael de Surtis et Paul Sanda quittent la Vienne et le Poitou pour venir s’installer dans le Tarn, à vingt-cinq kilomètres d’Albi, à Cordes-sur-Ciel, bastide et haut lieu du catharisme, construit en 1222, sur un promontoire, le Puech de Mordagne, par le comte Raymond VII de Toulouse. Au rez-de-chaussée de leur bâtisse, Rafael et Paul Sanda installent les éditions Rafael de Surtis, ainsi que la Maison des Surréalistes, qui est inaugurée le 26 juillet 2002. Dans la foulée, Paul Quilès le Maire de Cordes, confie la direction de la Médiathèque du pays cordais à Paul Sanda. Suivront la création d’un Festival de poésie actuelle, en 2008, ainsi que la tenue de nombreuses manifestations, lectures, performances et conférences. Cordes est dès lors omniprésente dans l’œuvre de Paul Sanda, qui contient de nombreux aspects ésotériques et spirituels propres à la cité : accrochant la cité comme un fruit voici ce que j’ose affirmer à cet instant : la vérité qui naît de cette pierre de sa taille jusqu’à mon tumulus ô sur l'autre rive j’étais déjà blessé par l’occident qui m'a vu naître mais ce feu n’a pas besoin de ce que j’ai voulu - & c'est en avançant sous l’horloge que j’ai su saisir chaque infime partie de mon être que j’ai pu rassembler pour l’univers la dignité de la pierre & tout ce qu’il y a de précision vers la faute ô je sais comme à chaque éloignement ce qui peut vibrer en moi ce qui s’affirme à la révolution du corps en quarante neuf & cinquante degrés - c’est le pater où s’abandonne le corps.

C'est à Cordes, que Paul Sanda poursuit son œuvre poétique, parallèlement à son travail d’éditeur et d’animateur au sein des éditions Rafael de Surtis et de la Maison des Surréalistes, tout en publiant des livres sur l'ésotérisme et sur la magie.

Dans chacune de ses œuvres, Paul Sanda érige la révolte et l’amour comme remparts face aux projections affairistes de la modernité ; car selon lui, l’écriture s’insinue en l’être comme un sang noir, fait de beautés et d’enfers, comme la seule action individuée (autonome) possible. Et n’oublions pas de souligner l’importance de l’oralité de cette écriture révoltée et brutale ; écriture d’exploration et de pulsions, qui n’est pas seulement destinée à être imprimée sur le papier, mais à être incarnée, vécue et revécue, lue, scandée, chuchotée et vociférée. « Il faut avoir entendu Paul Sanda vociférer ses textes pour comprendre d’où ils sortent, et avec tant de violence : du ventre, où Max Jacob logeait l’inspiration qu’on se figure plus volontiers hanter le cœur ou le cerveau », témoigne Marc Petit, qui évoque aussi un travail dans l’en-deçà des mots, entre souffle et silence. Non vers l’au-delà, entre ce que disent les mots et ce qu’ils « voudraient » dire. À rebours du chemin des symboles. Embolique. « Renverse du souffle de l’idée à la chose. Du signe au son. Du cœur au ventre. Dans le silence ainsi arrachée, écrit Alain-Pierre Pillet, « il s’est tu un moment, avec l’air de rôder dans l’espace autour des mots qu’il va saisir. Il les brandi de dos, nous voyons son échine se courber, sa main s’arrondit en secousse, des perles cernent ses tempes, le souffle est court, le bras se balance, désarticulé par l’émotion et sa rage. Après un ciel traversé de gros éclairs, son corps effondre sa masse et ses yeux fixent un lointain d’outre-mots. » Daniel Leuwers ajoute : « Une lecture venait de s’achever, et l’auditoire s’accordait quelques minutes de repos, lorsque, soudain, un cri, suivi d’un grondement souterrain, se fit entendre sous les voûtes de la galerie. Du cri primal cher à Antonin Artaud, on avait brusquement plongé dans le remuement des profondeurs, on était descendu dans la « cave des instincts » désignés par Pierre Jean Jouve. Paul Sanda donnait voix, à travers son corps, à des forces antagonistes qui parvenaient pourtant à se rejoindre au terme d’un long chemin sonore. Le public fasciné était sous le charme et au trouble de cette « performance », mais seule la chienne de la maison avait osé bouger, était même allée flairer l’homme qui, tout de noir vêtu, avait entrepris d’aller au-delà du langage pour l’entraîner vers cette zone étrange où le dit, le non-dit et l’interdit traduisent conjointement les machines désirantes qui gisent enfouies sous nos apparences. »

La 3ème série des HSE a consacré (in HSE 20, 2005) sa rubrique « L’édition de poésie en France » aux éditions Rafael de Surtis, que codirige Paul Sanda, qui a lui-même été notamment publié (in HSE 31, 2011) dans la rubrique « Ainsi furent les Wah ».

Christophe DAUPHIN

(Revue Les Hommes sans Epaules).

 

Illustration: Portrait de Paul Sanda par Chloe des Lysses. 2014.

BIBLIOGRAPHIE DE PAUL SANDA

POÉSIE :

Ludi Funebres (éd. Saint Germain-des-Prés, 1990 ; réédition Rafael de Surtis, 1999)

Les Garces d’Aloysius (éd. des Chutes, 1992), couverture de Daniel Lê

Au Manoir des Courtisanes (Rafael de Surtis, 1996), pastels de Christine Trouvé

Plongez ces idoles dans le lac… (Rafael de Surtis)

Une femme sans bassin serrée comme un craquement (Rafael de Surtis, 1997), gravure d’Annick Bongrand

Valenzana (Rafael de Surtis, 1998), gravures sur bois de Gérard Serée

Sortir la Loutre du Miroir aux Enclumes, avec Pascal Ulrich  (Rafael de Surtis, 1999)

Oratorio (Rafael de Surtis, 1999)

Pour la chair de l’île (Océanes, 1999 ; réédition 2004), gravure de Jean-Gérard Gwezenneg et préface de Jacques Abeille

Entre chair et loup (Editinter, 2001), gravure de Florent Chopin

Elle saigne à la lanterne (éditions Syllepse, 2002), préface de Marc Petit, tableau et encres de Claude Bellegarde

Dieu est Amour (j’encule Jésus), Mouscron, Belgique, (éd. L’Âne qui butine)

La Corde Fantasophique (Editinter, 2003), envoi de Frédérick Tristan, tableau de Marc Janson, postface de Pierre Grouix

Song for Silja (Rafael de Surtis, 2005), version en finnois de la première partie de la Corde Fantasophique, traduction de Karolina Blåberg, envoi de Frédérick Tristan

Tribute to Patricia Barber (Le Trident Neuf, 2007), illustration de Claude Bellegarde, postface de Marc Petit. Ouvrage bilingue franco-américain. Traduction Eve Taylor

Racines Profondes (Arma Artis, 2008), préface de Michel Cazenave, sept dessins de Didier Serplet

Slumming on Park Avenue (Rafael de Surtis, 2009), dessins de Alain Marcadon

Toute la vérité sur le cadavre (Rafael de Surtis, 2009), préface de Jehan Van Langhenhoven, interventions plastiques d’Olivier de Sagazan, postface de Pierre Barthélémy

Les Messagères Coperniciennes (Rafael de Surtis, 2009), préface de Michel Cazenave, collages de Christian Martinache

Casanova ou l’épuisement du Mal (Rafael de Surtis, 2013), prose poétique pour un projet de scénario de Jean-Pierre Mocky

Heureuse la nuit (Voltije, 2013), livre d'artiste, avec des photos plastiquement travaillées d’André Jolivet

Dix-sept Psaumes de Proue de Joue & de Beauté (Rafael de Surtis, 2014), edition trilingue : français, russe, anglais. Trad. Nariné Karslyan et Claire Le Chevalier. Avec Irène Le Goaster, sculptrice : photographies de Laure Carion

Puits obscur Puits lumineux : hommage à Kernadec de Pornic (Rafael de Surtis / Les Chemins bleus, 2014),  préface de Rémi Boyer, dessins de Didier Serplet

Lettre de Sintra (Rafael de Surtis / Arcano Zero, 2014), préface de Rémi Boyer. Une œuvre de Lima de Freitas. Ouvrage bilingue Franco-Portugais. Traduction de Jean-Louis Susano

Ouessant, Phares & Balises, édition bilingue : français, breton (Rafael de Surtis, 2016), illustrations de Klervi Bourseul

Célébrations des Nuées, anthologie poétique 1990-2015, suivie de Le Tombeau de Joyce Mansour (recueil intégral inédit), Rafael de Surtis/Éditiner, 2016. Hors-texte photos en couleur de 44 pages. Textes critiques de Marc Petit, Pierre Grouix, Serge Torri, Christophe Dauphin & Jehan Van Langhenhoven.

ESSAIS :

 Reflets tremblants des Arts déçus, avec Daniel Roth (Rafael de Surtis , 2007), illustration de Daniel Roth, préface de Gilbert Sinoué

Petit Grimoire du Sens (Arma Artis, 2007), illustration de Didier Serplet, et une photographie de Michel Gaudrion. Postface de Rémi Boyer

Haute Magie des Pentacles de l’Abbé Julio (Trajectoire, 2009), préface de Frédérick Tristan, postface d’Hervé Rougier. Reproduction des 44 pentacles originaux en couleur

Le Pacte Bicéphale, avec Rémi Boyer (Rafael de Surtis, 2010), illustrations photographiques d’Aimaproject.

Sept Fragments immanents pour une Alchimie poétique (Rafael de Surtis , 2012)

Rituels de Guérison par les Archanges, Grand Grimoire des Archevêques (Trajectoire, 2012), avec une préface de Pierre A. Riffard

Ouessant, l'(H)ermitage des Grands Vents, avec Bruno Geneste. (Rafael de Surtis / Les Chemins Bleus, 2013), illustrations de Klervi Bourseul et Fredofthewood.

Prières secrètes de Guérison par l’invocation des Saints (Trajectoire, 2013), postface de Rémi Boyer

Les Surréalistes et la Bretagne ; le domaine des Enchanteurs, avec Bruno Geneste, (Editinter 2015). Bourse d'avant-garde Sarane Alexandrian 2014 de la SGDL. Préface de Marc Petit, postface Jehan Van Langhenhoven.

7 Rituels sexuels sacrés de l'ésotérisme occidental. Rafael de Surtis, Editinter, 2015. Préface de Christopher Blake, envoi de Michel Cazenave.




Publié(e) dans la revue Les Hommes sans épaules




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