Poèmes accordés, suivi de L'Innocence avec rage

Collection Les HSE


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Poèmes accordés, suivi de L'Innocence avec rage

Lettre à Laurent
André PRODHOMME

Poésie

ISBN : 9782243045321
Préface de Christophe Dauphin
90 pages - 13 X 20,5 cm
15 €

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Dans sa vie comme dans ses poèmes, l’humain prédomine. Son œuvre possède une solide charpente, que soutiennent des valeurs immuables telles que la fraternité, l’amour et la nature. C’est sans doute pour cela, qu’outre l’amitié de Prodhomme avec le poète de Chair et Soleil et avec son fils Alain  Breton, cette poésie – ne scrute jamais son nombril, mais demeure ouverture vers l’autre, comme vers l’ailleurs –, est souvent rapprochée de la « Poésie pour vivre », à la fois courant et manifeste majeurs de la poésie contemporaine. Dans Poèmes accordés, on croise Billie Holiday, John Coltrane ou Miles Davis, car le jazz (l’écho d’une tempête intérieure) innerve et alimente la vie et la création du poète : Tout à l’heure j’écrirai – Avec les doigts de sang du pianiste – Que la vie est une extase. La création de Prodhomme, ce sont des notes-mots, des sons-syllabes, des rythmes, de la sève, du sang, des nuits blanches et des rencontres, toujours des rencontres, pour honorer et célébrer les folles choses de la vie et tordre tous les barreaux, pour travailler à main nue, comme Thélonius Monk, l’équilibre dissonant du monde. Dans la deuxième partie de ce livre, nous relirons l’un des moments forts de l’œuvre de Prodhomme. L’Innocence avec rage, qui reparait dix-sept ans plus tard, toujours aussi frais, accordé à la vie de l’homme ordinaire, avec sa révolte et sa fraternité, car, comme l’a écrit Jean Breton, ces poèmes veulent, avec volonté, enthousiasme, contribuer à un équilibre intérieur.

                                                                                                   Christophe DAUPHIN

 

JE VOUS DONNE LIBERTÉ LES MOTS

 

                     À Alain Breton

 

Je vous donne liberté les mots

Allez- y courez

Dans les campagnes dans les chemins du Coglais

Allez crinière au vent sur les chevaux de passage

Humez l’air de la Loisance dans la magie des Moulins à eau

Sans nostalgie dans leur mémoire en leur présence

 

Dans les rues des villes

Faites la culbute sur les comptoirs

Parfumez-vous au vieil Armagnac

Et même le soir tard à la Bénédictine et ses effluves bizarres

Si vous n’aimez pas la tisane

Je ne vous en voudrai pas

Soyez plus forts que moi les mots

Plus généreux aussi

 

Foncez à la boulange

Roulez-vous dans la farine

Laissez-vous cuire et brunir

Jusqu’à faire envie à l’enfant qui sort de l’école

Au vieillard qui encore peut jouir de ce feu-là

Foncez vers les bibliothèques

Grimpez aux étagères

Respirez la poussière et les odeurs nouvelles

Frottez-vous aux livres auxquels par dépit par paresse

J’ai fait le coup du mépris

Et reprenez ceux que j’aimais tant Verlaine Apollinaire Hugo Villon

Tant d’amour et tant de peine

Étais-je bon lecteur vraiment

 

Franchissez les frontières les mots

Les déserts brûlants les mers calmes ou en furie

Les montagnes infranchissables c’est votre boulot

Glissez-vous dans les conversations obscènes

N’évitez pas les mille façons de conforter la haine

Montrez vos muscles faites vos exercices

Mais ne vous attardez pas

À votre retour je n’apprendrai rien

 

Je vous ai donné liberté les mots

Si vous me ressemblez pour aller dans les contrées les plus secrètes

Laissez tomber les bibles les missels les livres de philosophie

Ou alors lisez-les à grande vitesse jusqu’au vertige

Dans l’indicible soyez plus précis que moi

Osez entendre la grande musique

Celle que juste avant sa mort Miles Davis

Allait rejouer avec Gil Evans et John Coltrane

Attrapez le rythme le son la pensée

Prenez votre temps

 

Avant mon dernier poème

Venez la fredonner à mon oreille

Et si elle n’existe pas cette musique

Que chacun d’entre vous reste libre

Et s’envole à jamais   

   

      André PRODHOMME

(Poème extrait de Poèmes accordés, Les Hommes sans Epaules/LGR, 2013).

 


Critiques

" Des poèmes à vivre, des poèmes de l'humain. Un poète qui porte le feu de la nuit. Du grand art ! A lire absolument. "

Revue la main millénaire n°5, 2013.

 

" Ces textes d'André Prodhomme, d'une écriture limpide, au sens directement accessible, aident à Boire un verre entre vieux copains / Tendre l'oreille à un vieux phono / Sourire à un étranger / Sans trop de manières.Cette manière d'apostropher son prochain n'aime pas la tisane, mais plutôt l'Armagnac fort de l'humanisme fraternel ! Les mots osent ici la liberté et la magie, fredonnent à l'oreille du coeur, cherchent en douceur à laisser filer le silence. Cette poésie est arc-en-ciel dont on se souvient longtemps. "

Jean-Luc Maxence (in revues Les Cahiers du Sens, 2013).

 

" Dans sa vie comme dans ses poèmes, l’humain prédomine, écrit Christophe Dauphin en introduction de sa préface. C’est dire si, déjà, la barre est haute, le soleil de vie, brûlant. Christophe Dauphin qui connaît bien André Prodhomme, nous dit tout ou presque tout de ce qu’il faut savoir sur l’œuvre de  l’auteur de L’Innocence avec rage.  L’œuvre est constituée de huit livres de poèmes d’Au soleil d’or (1983) à Il me reste la rivière (2009) en passant par Poèmes ferroviaires (1986), Surtout quand je n’ai pas soif (1989), L’Innocence avec rage (1996), Poèmes fatigués (2000), Dans la couleur des merles - poèmes à deux voix écrits avec son ami Jean-Claude Tardif (2003). Christophe Dauphin nous dit également que Prodhomme se rattache au courant de la Poésie pour vivre (voir le manifeste de Jean Breton et Serge Brindeau) de la poésie contemporaine. Sans oublier que le jazz, écrit encore Christophe Dauphin, innerve, alimente la vie et la création du poète. Ainsi, Prodhomme écrira L’Emeute, long poème de quatre- vingt pages où l‘auteur allie son amour des mots et des notes. On retrouve dans  Poèmes accordés, d’ailleurs, l’hommage vibrant du poète au jazz et à ses musiciens : Monk, Coltrane, Billie Holiday, Lester Young, Charlie Parker… Avec "Poèmes à vivre" et "Le dire du silence", dédié à Jean Breton s’ouvre le temps de la douleur ( Ma souffrance le chiffon qui lustre le désespoir / Lorsqu’il s’ennuie), de la mère (Chaque mot qu’elle m’a donné aspire sa propre sève / Jusqu’au tarissement du sens) Le livre est écrit sans une fausse note,  l’essentiel y est dit, simplement, humblement avec des mots de tous les jours, des mots qui glissent à la lecture, comme si la musique de jazz s’interpénétrant avec le poème, tout ruisselait d’un bonheur sensible, aigu, vertigineusement profond. La même veine poétique nous fait cheminer tout au long du livre de cette ville  faite pour l’enfant/ qui ne porte pas le nom de son père à ce très beau poème de la beauté d’être. La mélopée des images, cette manière d’être du poète - à la fois  présent et regardant- ne cesse de nous étonner : J’ai dans la tête l’automne Ses couleurs quand son visage y semble un achèvement. Arrivant au bout du livre, le poète n’abdique rien. Il est au plus près de sa création, qu’il nous parle de Chagall, d’Apollinaire ou de Villon. Ses mots rendent compte de la vie vécue, des rencontres, de son travail à mains nues. Mais sous son regard,  l’écriture s’ouvre à une dimension insoupçonnée : Il dessine avec ses doigts avec son souffle / L’inconnaissable / Il dit quelque chose / Que je n’avais jamais entendu. Poésie du feu et de l’âme, chant noir basculant dans l’aurore, la poésie d’André Prodhomme nous hisse vers les sommets. Du grand art.

Jean-Pierre Védrines (in revue Les Hommes sans Epaules n°36, 2013).

 

" Les Poèmes accordés, lettre à Laurent (Epstein, pianiste de jazz), suivi de l’Innocence avec rage, m’a permis de renouer avec le jazz qui a hanté mes années d’errance dans un Bruxelles où cette musique était presque une signature de la ville avec Django, Jean Omer ou Fud Candrix… André Prodhomme, passionné d’une génération encore plus proche, avec Coltrane et Miles Davis, fait suivre ces premiers textes de deux autres ensembles : Poèmes à vivre et Un peu d’innocence se vole avec rage, qui auraient pu dignement figurer dans le titre. C’est que mes souvenirs, avec les rencontres des surréalistes bruxellois et le groupe Cobra font partie de cette part importante de ma vie où je naviguais sans visibilité au travers des sons et de ma parole en ne refusant aucune marginalité si elle restait musicale et créatrice. Et j’ai peu changé. Prodhomme lui aussi écrit et criez ses textes comme un saxo chante. Dauphin présente le tout avec rage."

Paul Van Melle (in Inédits Nouveau n°264, La Hulpe, Belgique, septembre 2013).

 

« La poésie n’a pas de raison d’être, pas de projet, pas d’obligation. Elle est rien, n’aspire à rien. Née d’un excès de liberté, elle vit et meurt en chaque poète et cela lui suffit. Cet excès de liberté la rend disponible, mystérieusement  disponible ; et qui répondra à son invite s’éprouvera vivre, vivre tout simplement. Ces mots me viennent en souvenir de la lecture de Poèmes accordés, lettre à Laurent d’André Prodhomme. Le recueil dégage bien d’autres réflexions sur la poésie alors que ce n’est aucunement son propos. Par exemple, la simplicité qui se dégage de ses poèmes vient-elle de son (apparente) simplicité  formelle ? Faut-il, pour être simple, n’avoir aucun souci formel ? Ces réflexions, ces questions n’ont pas grande importance, en fait. Elles cherchent simplement à prolonger le plaisir de la rencontre et visent à partager ce qui relève d’un moment d’intimité comme en produit la poésie d’André Prodhomme. Quelques vers m’ont touché, comme ceux sur le jazz : « Quand j’approche d’un disque de Monk (…) / je réponds à un appel / venu comme une averse » ; ou bien « nos corps balancent doucement » ; ou encore « il est l’heure de faire un saut vers l’enfance » ; ou enfin « Ce soir-là à Argyl Street / Maguy et moi buvions des bières » (notez l’outrecuidance des trois « a » du premier vers qui m’apparaissent comme une moquerie de la première phrase de Salammbô : « C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar »). Comme il est bon d’être au côté du poète et de l’écouter nous dire l’heure qui passe en lui. La vie est si grande quand elle est rendue à sa simplicité première. A noter dans ce recueil, la préface de Christophe Dauphin qui met en perspective la filiation d’André Prodhomme à la communauté de la « Poésie pour vivre » qui se regroupa autour de Jean Breton et Serge Brindeau. La citation qui sert d’ouverture montre que la simplicité n’est pas sans un engagement profond du poète : « Capter le choc du vécu avant de lui obéir et de le restituer. » La simplicité de vivre est la vertu des âmes fortes et humbles. »

Pierrick de CHERMONT (in revue Nunc n°31, octobre 2013).