Les Hommes sans Épaules
DOSSIER : LA POÉSIE CORSE CONTEMPORAINE
Parution : octobre 2026
Numéro 63
396 pages
02/10/2026
20.00 €
Sommaire du numéro
ÉDITORIAL : "Le Mémorial de Tromba", par Christophe DAUPHIN
AINSI FURENT LES WAH : Poèmes de Albert GLATIGNY, Octavio PAZ, Pierre DELLA FAILLE, Alberto BAEZA FLORES, Paul VINCENSINI, Alain BRISSIAUD, Dominique MARBEAU, Pierrick de CHERMONT, Isabelle SANCY, Laure MISSIR, Rébecca BENKIMOUN, Facinet CISSE, Charles GARATYNSKI, Sacha ZAMKA
DOSSIER : "LA POÉSIE CORSE CONTEMPORAINE", par Norbert PAGANELLI
PRÉFACE À LA POÉSIE CORSE : Entretien, avec des textes de Karel HADEK, Norbert PAGANELLI
1/ LES PÈRES FONDATEURS DE LA POÉSIE CORSE : Poèmes de Santu Casanova, Petru Santu Leca, Minicale, Petru Rocca & Ghjacumu Santu Versini.
2 / LES POÈTES DU RIACQUISTU : Poèmes de Marianghjula Antonetti-Orsoni, Ghjacumu Biancarelli, Marc Ceccarelli, Rinatu Coti, Jacques Fusina, Patrizia Gattaceca, Ghjuvanteramu Rocchi, Dominique Sammarcelli, Jean-Pierre Santini, Lucia Santucci, Ghjacu
3/ LES POÈTES DU DESINCANTU : Poèmes d'Anne Albertini, Olivier Ancey, Marc Biancarelli, Petru Canon, Stefanu Cesari, Alain di Meglio, Fiora Guerrini, Sonia Moretti, Norbert Paganelli, Doria Pazzoni-Gavini, Nicolas Sorba, Hélène Susini, Jean Miche
4/ LES POÈTES EN MARGE DU RIACQUISTU ET DU DESINCANTU : Poèmes d'Éliane Aubert-Colombani, Pasquale Baldovini, Léa Casale, Catherine Getten-Medori, Marie Paule Lavezzi, Petru Leca, Doris Natali, Patrick Nicolaï, Clari Popine, Marie-Ange Sebasti,
5/ LES POÈTES CORSES DE LA NOUVELLE VAGUE : Poèmes de Carine Adolfini, Jean-Jacques Andreani, Jean-François Agostini, Marie-Claire Betti, Dorothée Coll, Henri Etienne Dayssol, Lisandru de Zerbi, Paulu Michel
VERS LES TERRES LIBRES : par Christophe DAUPHIN, avec des textes de René BERGIER
LA MÉMOIRE CORSE, LA POÉSIE : "Charles-Jean SIMONPOLI, la Main à plume de Ventiseri", par Christophe DAUPHIN, avec des textes de Charles-Jean SIMONPOLI
LES PAGES DES HOMMES SANS ÉPAULES : Poèmes de Laure MISSIR, Christophe DAUPHIN, Alain BRETON, André PRODHOMME, Paul FARELLIER
AVEC LA MOELLE DES ARBRES, Notes de lectures : par César BIRÈNE, Claude ARGÈS
INFOS / ÉCHOS DES HOMMES SANS ÉPAULES : avec des textes de Paul FARELLIER, Grégory RATEAU, Christophe DAUPHIN, César BIRÈNE, Paul ELUARD, Jumana MUSTAFA, Katayoun AFIFI, Alain BRETON, André PRODHOMME
Présentation
La Corse et ses poètes n’ont jamais été mis à l’honneur, au sein d’une revue de poésie contemporaine. C’est le cas ici, pour la première fois. Notre dossier « La poésie corse contemporaine », véritable « livre » au sein de la revue, donne à lire, pas moins de 60 poètes corses, des « pères fondateurs » aux poètes d’aujourd’hui, en passant du Riacquistu, du Desincantu et de la Nouvelle vague.
La Corse est-elle une terre de poésie ? Oui, répond Nobert Paganelli, à qui nous devons ce copieux dossier corse : « Oui, et cela peut surprendre, car on associe souvent à la Corse des stéréotypes qui ont la vie dure : banditisme, vendetta, violence... Alors que, traditionnellement, la poésie était bien présente dans le quotidien des insulaires qu'il s'agisse des chjam'è rispondi (joutes oratoires souvent humoristiques), des voceri (poèmes funèbres chantés par des femmes) ou des fameuses polyphonies qui peuvent être sacrées ou profanes et il y en a bien d’autres. ».
La Corse, c’est une affaire de poètes qui m’oriente d’emblée vers Ventiseri, un village de la côte orientale, enraciné dans la terre du Fium’Orbu, à 38 kilomètres au sud d’Aléria. Ventiseri est le village du poète-linguiste et résistant Charles-Jean-Simonpoli, le directeur de la revue Les Cahiers de poésie (1941-43), qui fut proche de La Main à plume surréaliste, durant l’occupation allemande, de nos chers Marc Patin et Robert Rius. De la plage, en contrebas, j’arpente les rues du village, jusqu’à ses hauteurs, où trône les ruines du Castello de Covasina. Ici, j’honore ta mémoire et je marche dans tes pas Charles-Jean Simonpoli.
Puis, je traverse l’île, pour rejoindre la côte ouest et son sud, Tizzano, à 17 kilomètres de Sartène, un village qui nage entre ses rochers ocres, dans une eau turquoise et son sable blanc, et le vert de sa nature sauvage. Non loin de là, Paddaghju aligne ses mégalithes. Trois kilomètres plus loin, nous avons atteint la Cala di Tromba de Pierre della Faille, un paysage de roches sculptées, de criques, recrachant une mer cristalline, avec sa tour génoise de Campomoro et son belvédère. À Madagascar, le tromba, c’est la possession sous ses différentes formes.
Pierre della Faille a-t-il été possédé ? Assurément, par la Corse, lorsqu’il a découvert cet endroit, en 1963. Il s’y installe, à Tizzano, pour ne plus jamais quitter l’île, y vivant dans une petite maison sans électricité ni eau courante, mais face au soleil, à l’azur et à la mer. La côte depuis Tizzano jusqu’à l’entrée des Bouches de Bonifacio est la partie la plus sauvage et la plus inaccessible du littoral corse avec celle au Nord de Porto. Le couple della Faille vit très modestement, mais dans l’amour, la poésie : En attendant, le soir, nous regarderons les jardins que nous avons créés en piochant le maquis, en arrachant la folie des herbes dont le souci futile est d’affoler nos regards…
La Corse fascine et pas depuis hier. Elle est, comme peut la décrire Édouard Herment, dans ses notes de voyages, en 1924, une route hallucinante à flanc de montagne, sans arbres, en plein soleil, et qui tourne en encorbellement et va se replier par deux angles droits, de telle sorte que l’on a en face de soi, Olmi-Capella où se termine la montée. Dans ce trapèze s’égrènent des hameaux, Mausoléo, Forcioli, Pioggiola, et nous ignorons si c’est l’influence du vin, de la chaleur, de la fatigue, de la lumière ou du paysage même, mais ces villages vacillent, chevauchent la route, se joignent, se séparent : sommes-nous à Mausoléo, à Olmi-Capella, ou n’est-ce qu’un seul village qui gambade de ravin en ravin ? Une soif ardente brûle le gosier, et nulle fontaine, source ou ruisselet, n’agrémente les ravins…
Christophe DAUPHIN
