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PAUL FARELLIER

Parallèlement à ses universités (Sciences-Po Paris et Doctorat d’État en Droit public), Paul Farellier (né en 1934, à Paris) entreprend, d’abord en autodidacte, puis sous la direction de Fernand Lamy, de longues études musicales qu’il abandonnera vers la trentaine. Il fera toute sa carrière professionnelle dans l’industrie, comme juriste international.

Sa production poétique couvre une quarantaine d’années, à partir de la fin des années soixante. Il collabore à de nombreuses revues, pour des poèmes mais aussi des chroniques, notes et études, notamment et de façon régulière à La Revue de Belles-Lettres (Genève) et surtout à la revue Les Hommes sans Épaules, au sein de son comité de rédaction, avec Christophe Dauphin, Elodia Turki et Alain Breton. Il est membre du jury du Prix Louis Guillaume («Prix du Poème en Prose Louis Guillaume»).

Ce n’est que vers la cinquantaine, en 1984, qu’il publie son premier recueil, au prestigieux Pont de l’Épée de Guy Chambelland. Suivront d’autres recueils chez le même éditeur, puis chez d’autres, dont les éditions de L’Arbre à paroles, où paraît la trilogie qui marque le pic de l’œuvre : Dans la nuit passante (2000), Tes rives finir (2004), Parlant bas sur ciel (2004).

La Société des Gens de Lettres a décerné son Grand Prix de Poésie 2015 à Paul Farellier, pour son livre, L’Entretien devant la nuit, Poèmes 1968-2013. L’Entretien devant la nuit rassemble en 686 pages, avec une postface de Pierrick de Chermont, l’intégrale de l’œuvre  poétique de Paul Farellier, soit dix livres (dont les quatre premiers sont épuisés depuis de nombreuses années), publiés entre 1984 et 2010, auxquels vient s’ajouter Chemin de buées, qui regroupe les poèmes inédits de 2009 à 2013.

À lire cet ensemble imposant, on remarque qu’il y a chez ce poète une exigence constante dans l’écriture, une haute opinion de la création poétique qui nous éloigne du jeu verbal, ainsi qu’une quête de l’être et de ses abîmes qui demeure sans complaisance. Poignante et en prise avec la vie, sa poésie sonne pourtant comme une musique discrète évoquant l’émotion vive, décryptée, y compris dans ce qu’il peut y avoir à première vue de plus simple : « sur la pointe des arbres doucement agitée par le demi-jour ». Paul Farellier, comme l’a écrit Gérard Bocholier, (in Arpa,1996) : « est visionnaire. Chacune de ses visions appelle à la recherche d’un autre ciel, d’une issue vers le haut qui déboucherait sur la pleine lumière. » Pour autant, ce qui est vu reste au plus près du vécu intérieur.

Ajoutons que ce poète n’a jamais cessé, depuis une trentaine d’années, de servir avec exigence la poésie, à travers de nombreuses notes, critiques, chroniques et études dans Les Hommes sans Épaules ; revue dont il est l’un des piliers.

Parallèlement à cette intense activité critique, Paul Farellier a élaboré une œuvre poétique que nous considérons comme l’une des plus personnelles du panorama poétique actuel. Il est l’auteur de dix livres de poèmes, dont quatre sont à ce jour épuisés. Les HSE éditions ont publié, après Vintages en 2008, L’Entretien devant la nuit, pour combler cette lacune (le manque de visibilité d’une partie de cette œuvre) et, plus encore, rendre accessible, avec des inédits, en un seul volume, l’intégrale de la création poétique de Paul Farellier.

L’Entretien devant la nuit, démontre que, critique reconnu, Paul Farellier est aussi et surtout un créateur de premier plan et qui ne doit rien à personne.  

 

Christophe DAUPHIN

(Revue Les Hommes sans Epaules).

 

Œuvres:

L’Intempérie douce (Le Pont de l’Epée, 1984), L’Ile-cicatrice suivi de L'invisible grandit (Le Pont de l’Epée, 1987), Une main si simple (Le Pont sous l’Eau, 1989), Où la lumière s’abrège (La Bartavelle, 1993), À l’obscur et au vent (L’Harmattan, 1996), Dans la nuit passante (L’Arbre à paroles, 2000), Tes rives finir (L’Arbre à paroles, 2004), Parlant bas sur ciel (L’Arbre à paroles, 2004), Vintages – Rétrospective 1968-2007 (Les Hommes sans Épaules, 2008), Une odeur d’avant la neige (L’Arbre à paroles, 2010), L'Entretien devant la nuit, Poèmes 1968-2013, (Les Hommes sans Epaules, 2014), Grand Prix de Poésie de la SGDL.

 

Paul Farellier, "rêver la saveur du temps", par Jacques Décréau (in la pierre et le sel).

"Paul Farellier: à la présence du monde", par Pierrick de Chermont (in ecrits-vains.com).

"Paul Farellier aux solstices", par Monique W. Labidoire (in la revue québécoise LittéRéalité (vol. XVIII, n° 1, printemps/été 2006).

"Paul Farellier, l’Ombre de l’Absolu", par Gilles Lades (in revue Lieux d’être, n° 47, « Partir », hiver 2008/2009).

 

Cette lumière qu’il gravit, l’œil serré sur la soif, dans un silence de plus en plus aride lui efface le chemin.

Tout le dessin s’épuise dans le blanc.

Une à une, des lignes qui chevauchaient encore s’anéantissent de poudre incertaine : décombre de comète, ces cailloux qu’un vent dévore vifs...

Son effort de marcheur ne lui vaudra nulle conquête ; une dette plutôt, qui s’évertue à ne jamais s’éteindre et se paye en siècles : il n’aura gagné que d’être généreux.

Ici d’ailleurs, tout se refuse, rien ne reçoit rien : même la lumière est sans sépulture.

 

Paul FARELLIER

(in Les Hommes sans Épaules n°32, 3ème série, 2011).