Jacques ARAMBURU

Jacques ARAMBURU



Biographie officielle et succincte:« Jacques Aramburu est né en 1967, à Fontenay-aux-Roses. Travaille dans la restauration. Intervenant dans les écoles et les collèges. Poète, il est également critique littéraire et lecteur pour le compte des Hommes sans Épaules. »

Il aura fallu attendre le 10 avril 2018 pour que soit dévoilée, avec la parution de Infimes Prodiges, Œuvre poétique (Les Hommes sans Épaules) d’Alain Breton, la véritable identité du poète basque de Brûlant sombre : Jacques ARAMBURU est le pseudonyme d’Alain BRETON.

Le nom de Jacques Aramburu apparaît pour la première fois (une note de lecture) dans le numéro 86 de la revue Poésie 1, (1981, p. 118), puis dans le numéro 95 de cette même revue (1982, p.113), où il signe une note sur L’Oiseau de l’origine de Christian Dif, poète disparu à l’âge de vingt-trois ans et défendu par Alain Breton dans son anthologie Les Nouveaux Poètes maudits (1981).  

En 1981, lorsqu’il publie pour la première fois dans une revue aussi exigeante que Poésie 1, Aramburu est donc âgé de… quatorze ans ! Un prodige ! Cela a passé inaperçu.

Autre fait ignoré : lorsque notre poète basque publie son premier livre,l’éditeur reproduit sur la première page un court extrait manuscrit du poète en fac-similé. Difficile de ne pas reconnaître l’écriture d’Alain Breton, qui a ses caractéristiques. Et pourtant, non, personne ne le remarque.

Aramburu est le nom de jeune fille de la grand-mère maternelle d’Alain Breton ; un nom basque, espagnol, donc. En 1993, se souvenant avoir utilisé une première fois ce pseudonyme, Alain Breton eut l’idée de s’en servir une nouvelle fois pour proposer un manuscrit à Cheyne éditeur.

Pourquoi Aramburu et pas Breton ? L’expérience le tente et l’amuse, mais aussi le fait de pouvoir proposer « anonymement » un manuscrit. À sa grande surprise, ou plutôt à celle d’Aramburu, Jean-François Manier accepta le manuscrit qui parut chez Cheyne éditeur en 1993. Il s’agit de Maison-buffle, au sein duquel le poète a rassemblé quelques poèmes d’amour, mais surtout à inventorier la maison onirique dans les bois, au milieu du silence de l’été, dans ses objets, ses talismans, ses palabres, ses merveilles et tout son règne :

 

D’une corne de brume

la nature scelle le songe,

 

fait signe au gîte

et à son outillage,

 

et puis l’attelle aux roches,

aux nuages, aux saisons qui traînent le soir.

 

Alors, libérée,

la maison fonce dans nos os.

 

Le Merveilleux est dans la vie avant que d’exister dans nos livres. Ce farceur d’Alain Breton venait encore d’en témoigner. Mais, comme l’a écrit le fakir : « En période de chasse, la cascade fuit en marchant dans sa propre substance pour déjouer le flair des chiens. »

Y-a-t-il un style spécifiquement Aramburien ? Un trait qui différencie notre « jeune basque » d’Alain Breton ? Les images, la thématique ? Que nenni. Aramburu c’est du Alain Breton à 100%. Rien à voir ici avec Romain Gary qui, avec Émile Ajar, avait brouillé les pistes. L’intention initiale de Gary est, il est vrai, fort différente de celle d’Alain Breton. Il y a toutefois une exception. Non pas Le Chasseur de rivières (2004) ou Brûlant sombre (2008), qui s’inscrivent dans le registre bretonnien, mais Messe noire des vagues, le deuxième livre d’Aramburu (qui est probablement, du moins à ma connaissance, le seul livre de poèmes consacré aux pirates), superbement illustré par le peintre Anton Larbie (anagramme… du peintre Alain Breton) et édité en 1999 par Les Hommes sans Épaules éditions.

Messe noire des vagues se présente ainsi : « Quelles images, prises dans le livre rouge et noir de la Piraterie à travers les âges, rôdent encore dans nos mémoires ? On peut compter ici trente-quatre poèmes en prose – chacun avec son répondant dessiné – pour réunir ce qu’il reste des hauts faits et des sordides éclats d’une histoire brutale, confiée aujourd’hui à la dérive de nos rêves et de leur métamorphose. On signe le règlement de bord, avec ses interdits sévères. On saisit la longue-vue, on hisse le pavillon de complaisance ou le pavillon à tête de mort quand apparaît la proie.

Ramer, si le vent cède, subir la tempête, aller à l’abordage la peur au ventre, fêter le pillage, partager le butin, débarquer aux ports complices, envahir les tavernes, cette récompense du coureur d’océans : vivent le rhum, les filles ! Boucaniers, frères de la côte, naufrageurs, charlatans, marchands, exorcistes voguent d’un monde à l’autre, de Zanzibar à Chandernagor, d’Alger à l’île de la Tortue ou au cap Horn. Ils obéissent aveuglément aux grands capitaines de course, Drake ou Morgan à la main coupée, et se retrouvent parfois pendus à la proue des vaisseaux du roi d’Espagne, d’Angleterre ou de France. La nuit, quels sont leurs espoirs, leurs paniques ? Et à quoi pensent ceux qui tisonnent les feux de naufrageurs, sur la rive ?

Voici la peste, le scorbut, les rixes, l’appât du gain, les prédictions des étoiles filantes, l’ivresse, le navire fantôme, l’île invisible, le marché aux esclaves, le danger du bagne, les baleines. La cale est pleine de barils de rhum et des fruits du pillage. Qui veut mourir pour le trésor des Amazones ? Ces bricks, voiliers divers, caïques de Barbaresques, vaisseaux volés restent la toile de fond, les véhicules de nos aventures imaginaires, liées aux enchantements de l’enfance.

On cherche encore l’ombre de Moby Dick dans ces itinéraires et ces exploits devenus clandestins – simple prétexte à récupérer d’autres songes ou à rendre moins étroite notre conception du réel. L’écriture poétique a été voulue ici comme de commentaire, afin de relater les principaux épisodes d’une fresque dans un narratif vécu intensément. » 

Christophe DAUPHIN

(Revue Les Hommes sans Epaules).

 

Œuvres (d’Alain Breton, publiées sous le nom de Jacques Aramburu) : Maison-buffle (Cheyne, 1993), Messe noire des vagues, avec des images d’Anton Larbie (Les Hommes sans Épaules, 1999), Le Chasseur de rivières (Cheyne, 2004), Brûlant sombre (Cheyne, 2008).

Photo: Unique portrait photo de Jacques Aramburu, en 1993, dit à la fausse moustache. D. R. Les HSE.



Publié(e) dans la revue Les Hommes sans épaules




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Publié(e) dans le catalogue des Hommes sans épaules



 
Messe noire des vagues

Infimes Prodiges, Oeuvre poétique