Patrice Cauda, Je suis un cri qui marche

Collection Les HSE


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Patrice Cauda, Je suis un cri qui marche

Essai suivi d'un choix de poèmes
Christophe DAUPHIN
Patrice CAUDA

Poésie

ISBN : 9782912093554
196 pages - 13 x 20,5 cm
15 €


  • Présentation
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De tant de douleur comment faire une vie ? interroge, non seulement Patrice Cauda, mais son œuvre entière. Le 9 juin 1944, à Tulle, quatre-vingt-dix-neuf hommes de dix-sept à quarante-deux ans sont pendus par les nazis aux balcons et aux réverbères de la ville sous les yeux de la population : Il ne reste qu’une pierre à leur bouche tordue, écrit Patrice Cauda, qui est un rescapé des massacres.

Orphelin élevé dans la chaleur humaine, mais dans la pauvreté, la misère, prolétaire n’ayant quasiment pas été scolarisé, misérable, dénué de formation et de culture : Patrice, poète et homme du peuple, s’est forgé en tant qu’autodidacte et sera ouvrier dans une usine à douze ans, garçon de café, préposé au vestiaire dans vingt caravansérails de la Côte d’Argent ou d’Azur, d’Avignon ou de Paris, barman au « Chat qui pêche » et dans bien d’autres endroits, représentant des éditions Pauvert… 

Et c’est ce Cauda-là et la vérité inédite de sa poésie qui séduisent Henri Rode et les Hommes sans Épaules, mais aussi Alain Borne, Lucien Becker, René Char, Louis Aragon et bien d’autres.

Jean Breton n’a pas écrit en vain, à propos du poète de « La mère défigurée » : « Ces poèmes demeurent un monument d’émotion que peu de poètes – à part Rilke ou, près de nous Renée Brock – ont pu en hauteur égaler… Il s’agit pour moi de l’un des plus beaux poèmes du demi-siècle écoulé. »

C’est toute sa vie, son métier ingrat à venir, ses rêves mêmes, que Patrice Cauda engage dans l’éblouissement de la page blanche : Le sang du rêve a tous les droits –  quand l’or irise les épines. La douleur chemine sous la peau du poète ; elle creuse et s’élargit ; elle semble ne pas avoir de frontières : Je suis un cri qui marche.

Christophe DAUPHIN

*

Ce n’est pas la couleur que je porte

qui fera le ciel moins bleu

 

Ni même mon cœur scalpé

la terre moins riche

 

Mais le deuil que je suis

accuse cette absence qui pèse à la terre

 

Ma mémoire est lisse comme un œuf

à faire l’examen du trou

cicatrice de tous les chants futurs.

 

 

*

 

Une autre bouche parle dans la mienne

Je pends mon corps à la ville qui meurt

 

Le sang de l’amour a rongé ses plumes

Le mouvement des idées est un clou mort

 

Cette histoire n’a pas de geste

Une tâche faible au milieu du vent

 

Une maison où les yeux sont en sueur

Dans le désordre qui traîne sa chair.

*

Je touche mes yeux avec des gestes gris

Je compose ma nuit comme la mort

Je deviens inutile comme si j’étais nu

 

C’est un grand chiffre qui dort dans ma chambre

 

Je suis dans le hasard

J’ai perdu la trace de mon souvenir

L’étendue de mes mains s’est refermée

doucement

Mon souffle ne m’efface plus

 

Je parle très loin à de sensibles secrets

 

Mon visage appelle d’autres noms

Je ne connais plus le tain du miroir des choses

Je ferme mes rêves à la marche de moi-même

Le vide m’a pris par la main.

 

 

*

 

 

Elle balaie pour que son linge soit propre

Elle fourmille dans la rue avec sa jambe

Elle met le ciel dans a cuisine et s’y assied

 

La fille qui pleure la couvre de lait

La voiture qui sort enlève son regard

Son repas s’articule avec de petits souffles

 

Elle roule comme une bosse sans ailes

Et manque de doigts pour manager ses limites

Elle va mourir entre deux pas.

 

 

 Patrice CAUDA

(Poèmes extraits de Christophe DAUPHIN, Patrice Cauda, Je suis un cri qui marche, Les Hommes sans Epaules, 2018).