Lucien Coutaud, le peintre de l'Eroticomagie

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Lucien Coutaud, le peintre de l'Eroticomagie

Christophe DAUPHIN
Lucien COUTAUD

Essai

ISBN : 9782846721844
156 pages - 13.5 x 21.5 cm
25 €

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Je suis heureux aujourd'hui de voir un poète des temps nouveaux faire l'étude que nul n'élude et l'éloge de l'oeuvre si originale de Lucien Coutaud. Le livre de Christophe Dauphin éclaire parfaitement le cheminement, l'invention, la complexité et la puissance de la création coutaldienne. Il porte sur l'ensemble de l'oeuvre un regard subtil et juste, un regard de poète de l'imaginaire, et il sait nous rendre proche l'imaginaire fascinant du peintre-poète que fut Lucien Coutaud.

Georges-Emmanuel Clancier (extrait de la préface).

 

 

LUCIEN COUTAUD, LE PEINTRE DE L'EROTICOMAGIE

(Extraits)

 

Lucien Coutaud est méconnu. Il fut pourtant l’un des peintres les plus singuliers et les plus féconds du XXe siècle. Il maîtrisait toutes les techniques et excellait dans tous les domaines, comme son œuvre en témoigne, qui comprend près de deux mille peintures et gouaches, autant de dessins, vingt-neuf tapisseries (faisant partie de la première génération des artistes du renouveau de la tapisserie d’Aubusson, Coutaud occupe une place singulière, par sa production volontairement limitée, le refus de la numérotation, des cartons à grandeur d’exécution, toujours réalisés à la gouache, un choix de sujets toujours en accord avec son monde pictural, inspirés par la musique, le jeux, la magie), près de cent eaux-fortes sur cuivre, vingt-neuf lithographies, vingt-cinq créations de décors et de costumes pour le théâtre et l’opéra (de sa première collaboration avec Charles Dullin, en 1928, jusqu’en 1972, Coutaud n’a jamais cessé de travailler avec les plus grands metteurs en scène et chorégraphes de son temps, qui firent appel à son sens du féérique et du monumental, son attirance pour le baroque et l’onirisme), quarante-trois livres illustrés, d’André Fraigneau, en 1925, à Pauline Réage et son Histoire d’O, en 1972, en passant par Voltaire, Alfred Jarry, Arthur Rimbaud, Maurice Blanchard, Paul Eluard, Robert Desnos, Gilbert Lely, Jean-Paul Sartre, Paul Claudel, Hemingway, Proust ou Jules Laforgue.

Lucien Coutaud a inventé l’Eroticomagie, soit une peinture qui est le langage direct de l’esprit et qui active autant notre conscience que nos émotions. Les images se présentent à nous chargées de désirs et d’angoisses, réclamant une éclatante matérialisation de l’espace ; elles brisent les cadres usés de la réalité...

(..) Force est de constater que toute la création coutaldienne est, au même titre que les œuvres surréalistes, une prospection continue de l’état de rêve, afin d’en découvrir les véritables limites, beaucoup trop floues à travers la littérature, la peinture, et trop restreintes à travers la psychologie. Le réel existe bien pour Coutaud, comme le précisera Alain Bosquet. La mer est une mer, la plage est bien de sable, le pain est de levure, le taureau saigne, les maisons ressemblent à celles de Nîmes ; mais le rêve ne cesse de se développer en même temps, d’imprégner, de fusionner avec le réel ; le rêve avec son cortège d’adorables obsessions : des fleurs superposées forment des êtres entre la femme et l’idole ; des miroirs et des coquillages changent de fonction, les uns gardant un paysage aimé quel que soit l’objet qui s’y reflète, et les autres hésitant entre la métamorphose et l’énigme perpétuée. De ce genre de rêve on peut déduire comme une règle, dont Coutaud est le maître en propre. Il est possible par exemple, de nier la pesanteur, la constitution de la matière, la gravitation universelle, quand on observe un personnage dont le torse est détaché du reste du corps. Par le rêve le réel se réhabilite. N’oublions pas non plus que Coutaud a dessiné et peint des Dormeurs tout au long de son œuvre : des personnages dont les têtes sans yeux, finiront, en 1946, par ressembler à des melocactus (cactus en forme de melon), comme pour insister sur la toute puissance du rêve entendu comme réel absolu et protégé du monde extérieur par de puissantes épines...

Christophe DAUPHIN

(Extraits de Lucien Coutaud, le peintre de l'Eroticomagie, éd. Rafael de Surtis, 2009).

 


Critique


La rencontre de Christophe Dauphin avec l’œuvre de Lucien Coutaud (1904-1977), est l’histoire d’un coup de foudre. Christophe Dauphin – qui nous offre la monographie la plus complète du peintre -, a été séduit, envoûté par l’imagerie coutaldienne. Lui seul, comme l’a écrit Jean Binder, pouvait ressentir aujourd’hui encore toute la poésie et la surréalité de l’univers d’un peintre qui fut reconnu et admiré par les plus grands peintres et poètes de son temps (Picasso, Brauner, Labisse, Tanguy, Dominguez, Hérold, Éluard, Lely…) Car l’œuvre de Lucien Coutaud est une mythologie magistrale de la vie sensible ; une mythologie qui découle d’un monde profondément ancré dans la mémoire et l’imaginaire du peintre… Lucien Coutaud, qui évolua en marge du surréalisme (il n’a jamais participé à la vie du groupe, préférant toujours côtoyer les individus), est l’un des peintres les plus singuliers et les plus féconds du XXe siècle ; un peintre qui excelle dans tous les domaines… La peinture de Coutaud, ce novateur exceptionnel au niveau de la conception de l’image, affirme l’être, soleil de pur bleu fracassant le réel.

Rémi BOYER (La Lettre du crocodile, 2009).

"Après l’essai remarqué de Christophe Dauphin intitulé Le peintre de l’Eroticomagie, publié chez le même éditeur, Lucien Coutaud est de nouveau à l’honneur avec l’exposition qui s’est tenue à Gaillac, au Musée des Beaux-Arts des 27 juin au 21 septembre 2014 et le catalogue très riche qui l’accompagne.

Lucien Coutaud (1904 – 1977) est un personnage complexe, « l’un des peintres les plus singuliers et les plus féconds du XXème siècle nous dit Christophe Dauphin dans son étude introductive sur les rapports du peintre, et poète, avec le mouvement d’André Breton. Son œuvre demeure mystérieuse à bien des égards même si des périodes peuvent être déterminées, culminant dans une période dite « métaphysique », pendant laquelle, poursuit Christophe Dauphin, « la création de Coutaud prend toute son ampleur, se diversifie, s’impose par ses recherches et la puissance de sa thématique. Cette période reflète les angoisses du peintre et le traumatisme de la guerre. »

« La peinture de Lucien Coutaud active autant notre conscience que nos émotions. Ses images se présentent à nous chargées de désirs et d’angoisses, réclamant une éclatante matérialisation de l’espace ; elles brisent les cadres usés de la réalité pour faire apparaître le réellement vrai, dont l’expression la plus directe est l’image éroticomagique, qui, en vertu du pouvoir qui lui est conféré d’objectiver l’union de tous les éléments, aussi opposés qu’ils soient, dans des ensembles insolites, inattendus, pousse l’intellect à une audace culminant avec l’absolu discrédit de la raison statique. »

Christophe Dauphin évoque à propos de cette œuvre une association entre pensée magique et pensée pragmatique, une dialectique, non sans tension, entre inconscient et conscient.

La relation entre Lucien Coutaud et le surréalisme ne va pas de soi, elle fut et demeure interrogée. Lucien Coutaud a fréquenté les membres du groupe, sans fréquenter le groupe. Il fait partie de ces artistes, assez nombreux, qui passèrent dans l’orbite du groupe sans se laisser happer, refusant d’appartenir et libres de la reconnaissance. Le surréalisme ne fut pour lui qu’une tentation suggère Jean Binder qui retrace à travers les œuvres la quête initiatrice du peintre-poète.

La puissance d’évocation des œuvres est renversante. Elle met à terre les représentations courantes et désigne les espaces inexplorés, inexplorables pour certains, comme les dimensions de l’esprit dans l’érotisme. S’il traverse une période dite ésotérique dans les années 30, c’est surtout trente ans plus tard qu’il s’intéressera aux cathares et aux templiers, notamment au mythe entretenu autour de Gisors.

L’association par la désassociation, l’union par la déstructuration, la présence absolue des éléments absents, concourent chez Coutaud à une traversée, à un « transparaître » qui conduit à l’essentiel. Un presque rien infiniment signifiant."

incoherism.wordpress.com, novembre 2014.