Pour un soleil de femmes 2

Collection Les HSE


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Pour un soleil de femmes 2

Chroniques d’un soleil de combats en poésie de Elodia Turki à Paloma Hermina Hidalgo
Christophe DAUPHIN

Essai

ISBN : 9782912093929
630 pages - 15 x 21,5 cm
25 €


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Les deux volumes de Pour un soleil de femmes, forment une contre-histoire féministe de la poésie contemporaine, par le biais d’un soleil aux 42 rayons de femmes qui invitent à des rencontres et des voyages dans le temps (du tout début du XXe siècle à nos jours), dans différents pays (de la France à l’Iran, en passant par l’Espagne, l’Arménie, le Bangladesh, l’Ukraine, le Liban ou la Palestine), à partir de leurs œuvres-vies. Poètes pour la plupart, mais pas seulement, elles embrasent et embrassent autant d’époques que de contrées, de rêves que de réalités et de combats.

Ce dernier tome présente vingt portraits de femmes, de la chronique à l’essai. Il débute par la deuxième partie des femmes de la Poésie pour vivre, avec Elodia Zaragoza Turki. Puis, les Femmes d’un soleil de combats, dans leurs œuvres comme dans leurs vies. Voici Annette Zelman, dont l’amour est victime du nazisme. De son côté, la poète-résistante Madeleine Riffaud affronte le fascisme et le colonialisme. Jean McNair fait face au racisme étatsunien. La Tahitienne Chantal Spitz défend et illustre la culture polynésienne. La poète bangladaise Taslima Nasreen est aux prises avec l’obscurantisme religieux, ainsi que les Iraniennes Katayoun Afifi et son aînée Forough Farrokhzâd. La syndicaliste et députée gréco-bulgare Kostadinka Kuneva est agressée à l’acide parce qu’elle défend les droits des travailleurs. La peintre et cofondatrice de Femen, Oksana Shachko s’érige contre le patriarcat, tant dans ses peintures que par l’action. 

Ce chapitre s’achève sur le texte Le féminisme est un combat, car le féminisme incarné par les poètes d’Un soleil de femmes et bien d’autres est un combat pour l’émancipation individuelle et collective des femmes.

Puis viennent les Huit femmes pour un soleil d’aujourd’hui, qui forment l’une des quintessences de la poésie contemporaine. Il s'agit de Marie Murski, Odile Cohen-Abbas, l’Arménienne Violette Krikorian, la Réunionnaise Catherine Boudet, la Libanaise Joumana Haddad, la Palestino-Jordanienne Jumana Mustafa, Adeline Baldacchino et Paloma Hermina Hidalgo.


Lectures critiques

Des poétesses qui écrivent le monde depuis les lisières de l’enfer

Par Antoine JOCKEY in Kitab, 26 mai 2026.

À une époque où le vacarme des guerres, des fondamentalismes et des marchés couvre tout, écrire sur les femmes apparaît comme un acte de résistance contre l’oubli, contre l’effacement des corps, des voix et des expériences. C’est ainsi que nous lisons le livre du poète et critique français Christophe Dauphin, Pour un soleil de femmes, récemment publié à Paris aux éditions Les Hommes sans épaules, comme une tentative d’arracher à l’obscurité une autre archive de l’humanité, façonnée par des poétesses, des militantes, des amantes et des exilées, avec leur sang, leurs rêves et leur langue inextinguible.

Dans ce vaste projet littéraire et intellectuel, Dauphin écrit une histoire humaine entière à partir des voix et des expériences des femmes, où la poésie devient témoignage, la vie résistance, et l’écriture confrontation ouverte avec la violence, l’exil, le déracinement et la domination. C’est une œuvre hybride, à la frontière de la biographie poétique, de la méditation philosophique, du témoignage historique et du manifeste humaniste, où chaque femme convoquée par le poète devient un continent entier de douleur, de révolte et de création.

Mais les femmes ici ne sont ni des figures exposées dans un musée des héroïsmes féminins, ni de simples noms ressuscités à des fins de documentation ou d’hommage. Elles sont des voix qui se croisent au sein d’une épopée cosmique de la liberté, et du corps comme ultime champ de bataille politique et spirituel à la fois.

Dans ses deux volumes, le livre ressemble à un immense archipel de biographies, de poèmes, de souvenirs et d’histoires entremêlées ; mais, au fond, il constitue un long hommage à la femme qui, tout au long du XXe siècle et au-delà, a affronté le fascisme, le colonialisme, l’exil, le fondamentalisme, le patriarcat ainsi que les violences physiques et symboliques. À travers cette multitude de poétesses, de militantes, d’artistes et de rebelles, Dauphin construit une vision du monde où la poésie devient acte de désobéissance et de défi, et où le féminin apparaît comme une force capable de réinventer le sens humain.

Ce qui frappe également dans le travail de Dauphin, c’est qu’il ne se contente ni du récit ni de la documentation : il écrit avec la voix d’un poète saisi par le destin de ses personnages, profondément engagé envers eux sur le plan émotionnel et moral. Il ne maintient donc jamais une distance froide avec son sujet ; au contraire, il s’y plonge avec une émotion assumée, parfois jusqu’à l’exaltation épique. Il ne cherche pas à dissimuler son parti pris ; il en fait au contraire une position esthétique et intellectuelle. Car, pour lui, la poésie n’est pas neutralité, mais affrontement permanent avec le monde.

Ainsi se dessinent les grandes lignes de son projet : défendre la liberté individuelle, rejeter toutes les formes de tyrannie, célébrer la poésie comme salut spirituel, et rendre justice à des femmes que l’histoire a transformées en victimes, mais qui ont refusé de demeurer à cette place. Des femmes ayant traversé la guerre civile espagnole, le nazisme, l’exil, la prison, l’oppression religieuse, l’exploitation du corps, le viol, la violence domestique, le déplacement forcé, le racisme ou la persécution politique — sans jamais capituler. C’est pourquoi le livre ne sombre pas dans la lamentation ; il célèbre au contraire l’énergie du relèvement et de la résistance.

Ainsi se côtoient dans l’ouvrage des noms et des expériences issus de géographies et d’époques éloignées, de la France à l’Iran, du Liban à l’Ukraine, de l’Espagne aux îles polynésiennes. Mais Dauphin ne cherche ni à écrire une encyclopédie féministe classique ni à composer une vaste fresque académique organisée chronologiquement ou thématiquement. Il tente plutôt de construire une sorte de « contre-histoire » de la modernité et du XXe siècle lui-même, à travers des femmes qui ont vécu en marge des récits officiels ou hors du centre lumineux de la culture patriarcale.

Sous cet angle, le livre devient également une redéfinition de la poésie elle-même. Dauphin refuse de réduire la poésie à la technique, à la rhétorique ou au jeu formel. Le poème n’est pas, chez lui, un objet linguistique froid, mais le prolongement direct de la vie, une expérience existentielle totale. Il répète ainsi, à plusieurs reprises, que les mots doivent être « imprégnés de poésie vécue », et non de simples constructions polies. On retrouve ici l’influence profonde du surréalisme français et des poètes de la « poésie pour vivre », qui voyaient dans l’écriture un acte de révélation, une aventure spirituelle et une révolte contre la banalité quotidienne et la raison instrumentale.

Cette conception de la poésie explique la nature des figures choisies par Dauphin. La plupart des femmes présentes dans le livre n’appartiennent pas seulement au monde littéraire, mais aux zones de tension extrême de l’existence humaine : guerre, révolution, corps, désir, exil, maladie, folie ou confrontation directe avec le pouvoir. Leurs vies semblent ainsi indissociables de leurs textes ; leurs poèmes apparaissent comme le prolongement des blessures et des expériences violentes qu’elles ont traversées.

Au début du premier volume, Dauphin place côte à côte deux figures apparemment opposées mais profondément complémentaires : Thérèse de Lisieux et Lucie Delarue-Mardrus. La première apparaît comme victime d’un système religieux ayant étouffé le corps et le désir au nom de la pureté ; la seconde incarne la femme qui choisit de s’écrire elle-même et de vivre librement sa passion dans un espace littéraire hostile aux femmes. Dauphin ne traite pas Thérèse comme une simple sainte chrétienne : il tente de lui rendre son humanité et de la libérer de son image ecclésiastique figée, tandis que Lucie devient le symbole de l’émergence de la femme écrivaine moderne.

Mais le cœur esthétique et intellectuel de cette première partie réside dans son rapport au surréalisme, qui constitue la toile de fond majeure de tout le projet de Dauphin. Pour lui, le surréalisme n’était pas simplement une école littéraire, mais une tentative radicale de « changer la vie », selon la formule de Arthur Rimbaud reprise par André Breton. C’est pourquoi il consacre de larges pages à des poétesses et artistes liées à ce mouvement ou gravitant autour de lui, de Joyce Mansour à Gisèle Prassinos, de Nusch Éluard à Annie Le Brun.

Cependant, l’importance de cette dimension ne réside pas seulement dans la redécouverte de figures féminines marginalisées, mais dans la manière dont Dauphin relit la relation entre le surréalisme et la femme. Il refuse de réduire ce mouvement à l’accusation d’avoir transformé les femmes en objets du désir masculin, rappelant qu’il fut, malgré ses contradictions, l’un des rares courants à avoir accordé aux femmes une place centrale dans l’expérience créatrice moderne.

C’est précisément ici qu’apparaît l’un des aspects les plus complexes et stimulants du livre : Dauphin ne propose pas un discours féministe doctrinaire, mais laisse émerger des tensions et des divergences profondes autour de la notion même de libération. Ainsi, Annie Le Brun critique certaines formes du féminisme contemporain et refuse de réduire la femme à une identité collective figée, tandis que des voix plus radicales, comme Monique Wittig, relient la langue elle-même aux structures de domination masculine.

Cette pluralité donne au livre une véritable richesse, car elle empêche de transformer les femmes en bloc homogène ou en icônes idéales. Ce qui intéresse Dauphin, c’est la contradiction humaine elle-même : la force et la fragilité, le désir et la fracture, l’héroïsme et l’abîme. C’est pourquoi il écrit sur certaines de ses figures avec une émotion manifeste, sans cacher les zones d’ombre ou de souffrance de leurs existences.

Le personnage de Nusch, épouse et muse de Paul Éluard, offre sans doute l’exemple le plus éclairant de cette approche. Dauphin ne répète pas l’image romantique traditionnelle de la « muse surréaliste » ; il pose une question plus dure : que signifie le fait que le corps de la femme devienne un objet permanent de regard, de désir et de représentation artistique ? Que reste-t-il de la femme derrière les images, les tableaux et les poèmes ? Et l’hommage qui lui est rendu n’est-il pas, parfois, une autre forme d’appropriation ?

L’une des plus belles qualités du livre réside également dans le fait que Dauphin ne sépare jamais la création de la vie quotidienne. Nombre des femmes qu’il évoque n’étaient pas des « stars » au sens habituel du terme, mais des femmes ayant travaillé dans l’ombre, au sein de petites revues ou de cercles poétiques marginaux. Certaines étaient les compagnes de poètes célèbres, mais Dauphin restitue leur rôle caché dans l’aventure poétique moderne.

Dans cette perspective, des figures comme María Andrade Breton, Thérèse Manoll ou Cécile Miguel acquièrent une dimension profondément humaine. Elles n’étaient pas simplement des « femmes de poètes », mais de véritables partenaires dans la construction même de la vie poétique : revues, amitiés, rencontres, édition, hospitalité, soutien spirituel et quotidien. Dauphin écrit à leur sujet avec une tendresse évidente, comme s’il réparait une injustice historique ayant laissé les femmes dans l’ombre tandis que les hommes conservaient la gloire littéraire visible.

Dans le second volume, Elodia Turki apparaît comme l’une des figures centrales, incarnation vivante de la mémoire de la résistance féminine espagnole. À travers son parcours, Dauphin revient sur la guerre civile espagnole et sur la mémoire républicaine antifasciste, ressuscitant des noms féminins oubliés, comme Amelia Jover, Lucía Sánchez Saornil ou Federica Montseny, en tant que visages multiples d’une révolution féminine rêvant d’un monde plus juste.

Mais l’importance de cette partie ne réside pas seulement dans la documentation historique : elle tient aussi à la manière dont Dauphin relie l’exil à l’identité poétique. Espagnole, française et tunisienne à la fois, Elodia devient le symbole de l’être exilé appartenant à plusieurs lieux sans appartenir totalement à aucun. L’exil n’est plus seulement un événement politique ; il devient une condition existentielle.

Dans les pages consacrées aux femmes confrontées aux régimes totalitaires et à la violence historique, apparaissent Annette Zelman, brisée par le nazisme, et Madeleine Riffaud, qui unit résistance, poésie, journalisme et lutte anticoloniale. Tout au long de ces pages, Dauphin associe constamment écriture et action. La poétesse n’est pas un être isolé dans une tour de langage, mais un sujet qui combat au cœur même de l’histoire.

Madeleine Riffaud semble d’ailleurs être l’une des figures les plus proches de la sensibilité de l’auteur. Il écrit à son sujet avec une intimité manifeste, comme s’il parlait d’une icône morale ou d’un modèle de « poétesse-témoin » dont la poésie ne saurait être dissociée de son engagement humain. Rien d’étonnant à cela : dans l’univers de Dauphin, la vraie poésie ne peut être séparée du destin des êtres humains. Ainsi, poèmes d’amour et scènes de guerre, massacres et exils coexistent dans son livre, et l’amour lui-même devient acte de résistance, force capable de restituer à l’homme son sens.

L’un des axes majeurs du second volume est la relation entre le corps et la liberté. C’est ici que le projet du poète atteint son sommet intellectuel et politique. Le corps féminin, tel qu’il le présente, n’est pas seulement un espace biologique, mais un champ de bataille historique entre pouvoir et liberté. C’est pourquoi il convoque des figures telles que Oksana Chatchko, Taslima Nasreen, Joumana Haddad ou Forough Farrokhzad, afin de faire du corps un texte politique ouvert à la confrontation.

Dans ces pages, le corps devient langage de protestation contre les pouvoirs religieux, sociaux et économiques. Longtemps réduit à un objet de domination, de honte ou de consommation, il devient instrument de reconquête de soi. Dauphin accorde ainsi une importance particulière à l’idée de « réappropriation du corps » dans les mouvements féministes modernes, non comme débat théorique abstrait, mais comme combat existentiel ayant coûté très cher aux femmes : prison, diffamation, exil, fatwa ou mort.

C’est aussi ce qui explique la place centrale de l’Iran dans le livre. Entre Forough Farrokhzad et Katayoun Afifi, Dauphin retrace une longue histoire de la lutte des femmes iraniennes contre l’oppression patriarcale et religieuse. Forough apparaît comme une précurseure poétique et spirituelle de toutes les voix féminines iraniennes ultérieures, tandis que Katayoun incarne la poursuite de cette révolte sous la République islamique, où le corps lui-même devient soumis à la surveillance et au châtiment.

Dauphin ne se contente pas de condamner les systèmes politiques ou religieux ; il va plus loin, vers une déconstruction des structures profondes de la domination masculine. Pourtant, son texte ne devient jamais un discours théorique sec, car il est sauvé par sa dimension poétique. Son écriture est saturée de rythme, d’images et de métaphores, même dans les passages documentaires les plus denses. Il écrit l’histoire comme s’il composait un long poème sur l’humanité blessée.

C’est là l’une des plus grandes forces du livre : sa capacité à unir savoir et émotion, documentation et intensité sensible. Le lecteur n’a jamais l’impression d’être face à une étude universitaire sur le féminisme ou la poésie, mais plutôt devant une longue série de vies ardentes où chaque femme devient à la fois un récit et un miroir de son époque. La diversité immense des figures confère également à l’œuvre une ampleur géographique et culturelle rare. De l’Espagne à l’Iran, de l’Ukraine à la Palestine, de l’Arménie au Bangladesh, des îles de l’océan Indien à l’Amérique latine, Dauphin construit une cartographie alternative du monde fondée sur la poésie, l’exil et la rébellion, refusant l’eurocentrisme traditionnel et choisissant la marge comme cœur de l’expérience humaine.

Dans les pages consacrées à la poétesse palestinienne Joumana Mustafa, la Palestine apparaît comme une expérience quotidienne de perte et de menace, et non comme un simple slogan politique. Chez la poétesse somalo-britannique Warsan Shire, l’exil devient une blessure cosmique touchant des millions d’êtres contemporains, et la migration apparaît comme une fuite hors de la gueule du monstre. Quant à la poétesse arménienne Violette Krikorian, l’histoire devient une matière vivante infiltrant la langue, le corps et la conscience.

Le livre ne se limite pas aux femmes ayant affronté les régimes politiques ou les grandes guerres ; il s’intéresse aussi à la violence intime et quotidienne. La figure de Marie Murski, rescapée d’une relation destructrice avec un narcissique violent, montre que l’oppression ne s’exerce pas seulement dans l’État ou les institutions religieuses, mais aussi dans les relations privées. Dauphin élargit ainsi l’idée même de résistance jusqu’à faire de la survie individuelle une forme de combat.

On remarque également son admiration pour les poétesses qui écrivent le corps et le désir sans peur, comme Joumana Haddad, Odile Cohen-Abbas ou Paloma Hermina Hidalgo. Dans un monde qui exige encore des femmes silence et soumission, l’écriture érotique devient un acte radical de libération, non une provocation gratuite, mais une reconquête de la parole et du plaisir.

Le livre n’est toutefois pas exempt de quelques limites critiques. L’élan émotionnel qui caractérise l’écriture de Dauphin le pousse parfois à idéaliser ses personnages au point d’affaiblir la distance critique. De même, l’accumulation de noms et de détails historiques peut donner par moments une impression de saturation, surtout en raison de la tendance de l’auteur à la digression et à l’emphase rhétorique.

Sa vision, malgré son ouverture profondément humaniste, demeure également structurée par une opposition nette : les victimes face aux oppresseurs, la liberté face au pouvoir. Or cette polarité, aussi légitime soit-elle sur le plan moral, simplifie parfois les complexités historiques et politiques. Mais ce choix semble conscient : Dauphin ne cherche pas à écrire une histoire neutre ; il veut composer une épopée morale de la poésie et de la résistance.

Et c’est précisément là que réside la puissance du livre. Sa valeur ne tient pas à une prétendue neutralité, mais à la chaleur de sa voix et à son parti pris pour la vie contre la mort, pour la liberté contre l’oppression, et pour la poésie contre la ruine. Son importance ne vient pas non plus du fait qu’il serait un livre sur le féminisme au sens théorique étroit, mais parce qu’il est un livre sur l’être humain confronté aux tentatives d’effacement, et sur l’écriture comme forme de survie.

En définitive, Christophe Dauphin réussit à construire une œuvre ample et polyphonique, mêlant poésie, histoire, pensée et engagement. Un livre qui ne se contente pas de dresser une galerie de poétesses et de militantes venues du monde entier, mais qui tente de réécrire le XXe siècle et le début du XXIe siècle du point de vue de femmes ayant résisté à la violence, au pouvoir et à l’oubli par la seule puissance des mots.

C’est un livre sur le corps lorsqu’il devient champ de bataille, sur l’exil lorsqu’il devient identité, sur l’amour lorsqu’il devient résistance, et sur la poésie lorsqu’elle refuse de se séparer de la vie. Et surtout, c’est un livre sur des femmes qui ne se sont pas contentées de supporter le monde, mais qui ont tenté de le transformer, chacune avec sa propre langue, son corps, sa mémoire et son feu intérieur.

« C’est ainsi que nous lisons le livre du poète et critique français Christophe Dauphin, récemment publié à Paris aux éditions Les Hommes sans épaules, comme une tentative d’arracher à l’obscurité une autre archive de l’humanité… »

Antoine JOCKEY in Kitab, 26 mai 2026.