James Douglas Morrison ou la Nuit du Lézard

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James Douglas Morrison ou la Nuit du Lézard

Christophe DAUPHIN
James Douglas dit Jim MORRISON

Essai

ISBN : 9782930219592
172 pages - 21.5 x 13.5 cm
22,22 €

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Tant qu'il y aura des êtres humains, les chansons et la poésie pourront se perpétuer... déclarait Jim Morrison en 1969. C'était deux ans avant sa mort. Depuis trente années ont passé et la musique des Doors, dont il était l'âme, continue d'être écoutée, toujours aussi envoûtante, de par le monde. Elle est riche de toute la poésie dont Jim était possédé depuis son plus jeune âge. Aujourd'hui, un des meilleurs poètes français retrace le parcours de sa vie, l'évolution de sa créativité avec lyrisme et objectivité. Remettant à leur juste place scandale et exagérations en tous genres et réhabilitant l'artiste aux multiples facettes. De cela Jim aurait été heureux.

Patricia Devaux (extrait de la postface du livre).

 

JAMES DOUGLAS MORRISON OU LA NUIT DU LEZARD

(Extraits)

 

(..) De la sortie de leur premier album éponyme (enregistré en dix jours sous la houlette de Paul Rotchild) en janvier 1967, à la sortie de L.A. Woman, en avril 1971, qui est le dernier album studio des créateurs de l’acid-rock et leur chef d’œuvre absolu ; The Doors, fut le groupe phare de la contre-culture américaine et de la scène rock mondiale, au sein d’une époque qui vit la jeunesse aspirer à un changement total des mentalités et du mode de vie. Jim Morrison s’est lui même exprimé sur les motivations artistiques du groupe : « Les Doors, c’est une quête, c’est ouvrir une porte après l’autre. Il n’existe actuellement ni philosophie, ni politique cohérente. Pour l’instant, le mal et la sensualité sont des images qui nous attirent, mais, voyez cela comme la peau d’un serpent qui un jour s’en dépouillera. Notre travail, nos spectacles poussent avant tout au visage noir de la vie, au mal, à la face obscure de la lune, à la nuit. Mais, dans notre musique, il semble que nous nous recherchons, que nous nous efforçons de parvenir à un domaine plus propre, plus libre… Nos musiques et nos personnalités, telles qu’on les voit dans nos spectacles, sont encore plongées dans le chaos, dans le désordre, avec peut-être un élément de pureté naissante qui se met à venir. Pensez à nous comme à des politiciens de l’érotisme. » A dire vrai, The Doors tranchait radicalement avec l’esprit simpliste des autres groupes de l’époque. Plus que du rock, la formation californienne proposait une fusion de la poésie, du théâtre et de la musique expérimentale ; une mise en scène antique pour inventer les mythes de demain, sous couvert de Dionysos, d’Antonin Artaud, de Nietzsche ou de Rimbaud. Ceci explique en partie, le fait que la création du groupe ne soit pas démodée et qu’elle n’ait pas perdu en popularité. Durant cette courte période de six ans, tous les albums (six albums studio et un album live) remportèrent des disques d’or et plusieurs des singles dépassèrent en vente le million d’exemplaires. L’ascension des Doors coïncida parfaitement avec l’ébullition de la fin des années 60 et du début des années 70. Cette époque se caractérisa par une profonde prise de conscience politique, qui alla de pair avec le ras le bol de toute une génération qui remit en cause la société de consommation, le monde capitaliste, ses valeurs et sa logique du profit roi. Les Doors incarnèrent plus que n’importe quel autre groupe, cette période si faste en désir et en tentatives d’explorations...

S’il résume à lui seul le groupe, l’esprit des Doors comme celui de son époque, James Douglas Morrison est malgré tout resté incompris. On a longtemps ignoré les sources d’inspiration de son œuvre comme la diversité de sa création, alors que Morrison s’est intéressé à la musique certes, mais avant tout à la poésie, mais également au cinéma et au théâtre. On a, la plupart du temps, préféré retenir la légende du Rimbaud en blouson noir, ses excentricités, ses provocations à l’encontre de la morale puritaine, comme ses arrestations spectaculaires sur scène, ses succès discographiques, sa beauté d’archange et sa mort énigmatique à l’âge de vingt-sept ans. En 1991, la sortie de The Doors, le film catastrophique du pourtant très bon réalisateur Oliver Stone, n’a certainement pas aidé à mieux appréhender la personnalité extraordinaire du Roi Lézard. Les très lourdes allusions sur la drogue et le sexe tendaient à ne restituer qu’une caricature grossière du personnage tout en mettant de côté l’intelligence particulièrement vive de Morrison, au même titre que son humour ou sa grande sensibilité...(..) Progressivement lassé par son image de rock star comme de cette réputation de barde provocateur qui l’entourait, Jim ne tarda pas à modifier son comportement et son image, jusqu’à son apparence physique. L’Apollon du rock devint bouffi, le visage mangé par une barbe non taillée. Il laissa au placard sa tenue moulante en cuir de Roi Lézard, pour des vêtements amples et négligés. Il opéra un retour aux origines de son individualité et de sa création : la poésie. Il existe un dualisme entre le Morrison public, chanteur de rock, et le Morrison privé, qui est intensément poète. N’oublions pas que le projet originel de Morrison pour les Doors ne fut jamais que de réaliser la fusion de la musique expérimentale et de la poésie. Jim ne voulait pas que le public des Doors réagisse comme un troupeau...

 

Christophe DAUPHIN

(Extraits de James Douglas Morrison ou La Nuit du Lézard, L'Acanthe, 2002).

 

 

 


Critique


Pour les amoureux décadents des Doors, voici un essai de plus sur le parcours de vie de Jim Morrison. Et pourtant non… Ce qui fait la force exceptionnelle de ce livre de Christophe Dauphin, c’est d’avoir su mettre en lumière l’originalité de l’œuvre poétique de Jim et la complexité du personnage. C’est vrai, et Dauphin l’écrit fort justement, l’œuvre de Morrison « dépasse le cadre des clichés du pantalon moulant de cuir noir ou de la beuverie, pour atteindre et canaliser l’essence même de la vie : la poésie, par-delà le visage d’ange et la réputation sulfureuse ». Morrison et Rimbaud, dans l’éternité, doivent s’entendre.

 

Jean-Luc Maxence (Les Cahiers du Sens, 2002).