Jean Rousselot, le poète qui n'a pas oublié d'être

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Jean Rousselot, le poète qui n'a pas oublié d'être

Ilustrations de Roger Toulouse
Christophe DAUPHIN
Jean ROUSSELOT

Essai

ISBN : 978-2-84672-347-3
96 pages - 12 x 19 cm
17 €

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« Des livres, des plaquettes, combien en-a-t-il publié, cent cinquante ? Deux cents ? Sur la quantité, certains pour gagner sa vie, la plupart pour ne pas la perdre, parce que la Poésie fait partie des Moyens d’existence, titre d’un livre résumant quarante années d’œuvre poétique (1934-1974) publié en 1976. Il fit partie, certes, des « écoliers » de Rochefort, mais aussi de groupes autres, de revues qui appartiennent à l’histoire poétique contemporaine. S’il est proche à bien des égards de Cadou, Manoll ou Bérimont, son œuvre a plus de diversité et plus d’ampleur que celles de ses amis ; il y manifeste plus de vigueur et de virilité, le sens d’un renouvellement en accord avec l’évolution de son art ; et cette œuvre est, en même temps que d’un poète, d’un romancier, d’un historien et d’un critique, le plus lucide que nous connaissions ; enfin, il est capable de se remettre en cause, d’être son propre critique. Comment évoquer en quelques pages cette longue aventure ? » Le poète qu’évoque Robert Sabatier, n’est autre que Jean Rousselot, qui aurait eu cent ans le 27 octobre 2013. C’est à cette occasion que paraît l’essai de Christophe Dauphin. L’œuvre de Jean Rousselot s’étend sur près de soixante-dix ans, avec plus de cent volumes à son actif, soit, pour être précis, cent trente-sept. Elle est « imagée, rude, virile, parsemée de mots du jour et de formules familières comme pour ne pas trahir un vécu difficile et combattif », comme l’a écrit Jean Breton.

Traversant l’Histoire, et pas seulement celle de la poésie contemporaine, à travers Jean Rousselot, cet essai nous dit ce qu’est et ce que doit être un poète, car, comme l’a écrit Eugène Guillevic, nous sommes de ceux qui croient qu’il y a des poètes, nés pour être poètes, et que ces derniers ont su le devenir. Nul doute que Jean Rousselot est de ceux-là, poursuit Guillevic, car : " Ce qu’il écrit coule de la source poésie. De sa source, car aucune autre ne ressemble à la sienne. Il est de ceux qui incantent le quotidien. Cela doit venir de ce qu’il n’est jamais seul, mais toujours en contact avec les autres, avec le meilleur des autres. La bonté ne se cache pas. Surtout dans le poème. Même et surtout pas dans le plus lucide, dans le plus aigu." Jean Rousselot, comme l’a écrit Georges Mounin : « on ne se demande même pas si c’est un grand poète. Mais c’est un poète, et c’est quelqu’un. »

 

JEAN ROUSSELOT, le poète qui n'a pas oublié d'être

(Extrait du chapitre, "L’Homme est derrière son regard (1997-2004)")

(..) Ainsi se trouve mise en évidence la nécessité de rester homme parmi les hommes, d’être un travailleur parmi les travailleurs. Rousselot, comme le souligne Jean Bouhier, ne sait pas mentir, il se dépouille, il se livre, passe aux aveux, fait le don de soi au sens le plus fraternel du mot, il se « restitue » quitte à confier qu’il lui faut « un poème pour ensemencer l’amour ». Le premier versant de cette œuvre « balisé » par l’anthologie Les Moyens d’existence chante l’homme dans sa vérité la plus nue et la plus honnête qui soit, son espoir, son désarroi. Le second versant que symbolisent Poèmes choisis, sans renoncer aux valeurs profondes et au lyrisme du poète, s’oriente encore davantage vers une perpétuelle et incessante recherche sur le langage, la nature de l’opération métaphorique, qui est à la base de toute écriture. L’amour du langage est très sensible au sein de cette œuvre, qui aura utilisé sans aucun préjugé, pratiquement toutes les formes du vers, de la strophe et du poème : poème en prose, vers libre, hexasyllabes, heptasyllabes, octosyllabes, décasyllabes, alexandrins... Les mots sont-ils nos esclaves ou nos maîtres ?, interroge Rousselot (in son important essai, Mort ou survie du langage ?, éd. Sodi, 1969), avant de poursuivre : "Ils tiennent des deux. Le vrai langagier est celui qui le sait et dont l’œuvre, qu’il le confesse ou non, est à la fois langage et réflexion sur le langage. L’écriture est travail, mais aussi plaisir, celui : du sentiment de ne pas avoir tout à fait échoué, d’avoir même eu, de temps en temps, le tour de main du bon artisan ou bien, moins définissable et moins sûre, l’impression d’avoir frôlé de plus près qu’on ne l’avait jamais fait, l’intangible vérité, l’unique, qui se cache sous le fourmillement intestin de la matière ; ou bien encore, dans le meilleur des cas, l’illusion joyeuse d’avoir, un bref instant, tenu la mort en échec. Cela obtenu au prix d’efforts insensés, de chutes effroyables et d’accès de désespoir." Cela, Rousselot y est parvenu maintes fois et sans jamais cesser de marquer une fidélité indélébile à ses origines ouvrières, à la terre, aux amis, à l’homme du quotidien, l’homme tout court, sur lequel il aura tant misé avec enthousiasme, malgré de nombreuses déceptions :

L’homme est derrière son regard

Comme derrière une vitrine

Lavée à grande eau par le jour.

Si elle se fait recherche, cette poésie ne sombre jamais dans l’hermétisme plat (lequel n’a évidemment rien à voir avec Mallarmé, qui fut digne d’Hermès, médiateur divin des ténèbres et du jour), qu’elle a toujours combattu. Jean n’a pas rappelé en vain, dans la postface de mon livre de poèmes L’Abattoir des étoiles (éd. Librairie-Galerie Racine, 2002) : "Face à la fabrication d’objets de langage à destination d’un langage sans objet, autant dire le mépris absolu du « chant » et du contact avec les  frères humains, nous assistons fort heureusement à la réplique de quelques poètes indiscutables au sens où le mot poème vient du verbe grec faire et non pas du verbe culinaire faisander..." Il m’a aussi écrit que : "Si la poésie ne nous parlait que d’elle-même, elle n’aurait pas grand intérêt pour les hommes, à qui elle est aussi sûrement destinée qu’elle leur est redevable. Aussi bien le poète participe-t-il à leur admirable travail en fondant des empires de langage avec les matériaux lexiques qu’ils lui ont fournis." Pour Jean, la poésie est surtout une MANIÈRE D’ÊTRE,  ce que n’entendront jamais ceux : "qui « font » des poèmes comme on fait du découpage ou des pantoufles de tapisserie. Ni ceux qui mettent leur facilité d’élocution au service d’une propagande politique… Le poème est pour moi l’inouïe prise de conscience des pouvoirs du poète sur le temps, qu’il arrête, sur la mémoire, qu’il ressuscite, sur les sentiments qu’il élève au Sublime, sur le réel qu’il perce et transmue pour en retrouver l’essence et la pérennité. Jean Rousselot ajoute : L’allégorie, le symbole, l’image brute ou méditée, l’automatisme même, tous les moyens (poétiques) sont bons si leur venue à l’esprit est naturelle ; si leur emploi est honnête et sans littérature. Deux vers, un seul, et parfois deux mots, suffisent pour faire surgir, autour d’un rapprochement affectif, tout un monde réel ou imaginaire que vingt tomes de discours logique ne sauraient évoquer." Cette émotion appelée poésie, disait déjà Pierre Reverdy (..)

 

Christophe DAUPHIN

(Extrait de Jean Rousselot, le poète qui n'a pas oublié d'être, éditions Rafael de Surtis, 2013).


Critiques

"A l’occasion du centenaire de la naissance de ce grand poète que fut Jean Rousselot (1913-2004), Christophe Dauphin a dressé un portrait riche et touchant de cet homme aux multiples talents dont le parcours complexe est un exemple de foi en l’humanité et d’engagement pour la liberté.

A propos de son enterrement, quelques jours après son décès le 23 mai 2004, Christophe Dauphin confie : « Nous venions d’enterrer soixante-dix ans de poésie française. Jean était la poésie, une poésie sans cesse aux prises avec la vie, le fatum et l’Histoire ; un homme d’action, qui a durablement marqué les personnes qui l’ont approché. ».

Ce fut Louis Parrot, son mentor, qui l’initia à la poésie contemporaine. Ils se rencontrent en 1929. Cette initiation dépasse le cadre de la poésie, il est question aussi de philosophie, de psychologie, de politique et de religion. Il fut, dit Jean Rousselot de Louis Parrot, « mes universités ». C’est à Poitiers, ses nuits, ses cafés, le quartier ouvrier où vit Rousselot, les campagnes environnantes, que le poète se forge, que le génie se fraie un passage dans une forêt hostile faite de préjugés, de combats intérieurs, d’un isolement, peut-être salutaire, mais seulement apparent : « Je ne suis jamais seul. Je ne suis jamais Un. Je me tourmente pour des douleurs qui tiennent éveillée, la nuit entière, la vieille repasseuse qui m’a nourri ; pour la soif qui calcine un soldat au ventre ouvert… La douleur, l’angoisse, l’exil et le danger, voilà mes chemins de communication, voilà mes adhérences au placenta du monde… »

Proche des Jeunesses socialistes, puis en 1934 de la Ligue communiste, anticolonialiste, ses combats politiques sont, à l’époque, proches de ceux des surréalistes. Mais son combat politique reste distinct de sa poésie. En 1932, il participe à l’aventure de la revue bordelaise Jeunesse à la recherche d’un « renouvellement », d’un « rafraîchissement » de la poésie. C’est à partir de la publication en 1936 d’un recueil, intitulé Le Goût du pain, que Jean Rousselot est considéré comme un acteur essentiel de ce renouveau de la poésie.

Quand la guerre arrive, Jean Rousselot se sert de sa fonction de Commissaire de Police pour aider la Résistance et les poètes en danger. Sa poésie devient une poésie de combat, notamment dans cette « école » qui rassembla René Guy Cadou, Jean Bouhier, Michel Manoll, Marcel Béalu et d’autres. Une école, une manifestation de l’amitié.

Poète et homme d’action André Marissel parlera à propos de Jean Rousselot de « surréalisme en action ». Jean Rousselot gardera un grand respect pour le surréalisme qui l’aura éveillé, lui comme ses compagnons, et revendique une continuité entre les surréalistes et lui, tout particulièrement par une collaboration avec l’inconscient.

Après la deuxième guerre mondiale, Jean Rousselot tourne le dos à une vie sociale et poétique facile construite sur la reconnaissance de son action exemplaire pendant le conflit. Il renonce à son métier et veut vivre de sa plume ce qui se révèle évidemment aléatoire. En 1996, tout en affirmant ne pas regretter son choix, il confie à Christophe Dauphin : « Ne lâche jamais ton métier, tu m’entends ! Jamais ! Ne fais pas cette connerie ! Tu pourras ainsi écrire quand tu veux et surtout, ce que tu veux. ».

Jean Rousselot écrira de nombreux articles pour la presse. Le premier est consacré au désastre de Hiroshima qu’il qualifie de génocide, ce qui le brouille avec Aragon. Il va désormais écrire beaucoup, une trentaine de plaquettes et livres jusqu’en 1973, une vingtaine de pièces pour la radio, des romans, mais découvrir aussi et faire découvrir de nombreux poètes talentueux. Tombé amoureux de la Hongrie, il dénoncera le drame de Budapest en 1956, condamnant violemment la contre-révolution russe, et traduira beaucoup de grands poètes hongrois en français comme Attila József, Sándor Petőfi, Endre Ady…

De 1997 à sa disparition, Jean Rousselot continue d’écrire et de publier une « poésie de terrain », au plus proche de la vie, du peuple, des rêves de liberté de tous ceux qui sont contraints. Une écriture de plus en plus dépouillée, directe, grave, sans mensonge, sans artifice, sans effet.

Jean Rousselot, au bout de 137 volumes, continue d’œuvrer. « Les mots de Rousselot restent debout et marchent à nos côtés. Le poète rend la vie possible. C’est pour cela qu’il ne meurt pas tout à fait. » dit avec justesse Christophe Dauphin."

Rémi BOYER (in incoherism.wordpress.com, 19 janvier 2014).

"Jean Rousselot aurait eu 100 ans le 27 octobre 2013. C’est l’occasion choisie par son ami, Christophe Dauphin, pour faire paraître cet essai qui nous dit ce qu’est et ce que doit être un poète : celui qui évoque le quotidien, homme parmi les hommes, travailleur parmi les travailleurs, qui, pour eux, fait le don de soi au sens le plus fraternel du mot.

« Ecolier » de Rochefort, proche de Cadou, Manoll ou Bérimont, admirateur fervent de Roger Toulouse, Jean Rousselot laisse une œuvre ample et diverse : l’œuvre d’un romancier, d’un historien, d’un critique aussi, amoureux de la parole, de l’écriture, et de l’émotion que l’une et l’autre procurent, et qui s’appelle poésie. « Le poème est pour moi l’inouïe prise de conscience des pouvoirs du poète sur le temps, qu’il arrête, sur la mémoire, qu’il ressuscite, sur les sentiments, qu’il élève au Sublime, sur le réel, qu’il perce et transmue pour en retrouver l’essence et a pérennité. »

Abel MOITTIE (in roger-toulouse.com, janvier 2014).

"Les analyses de Dauphin, comme d'habitude chez lui, cernent mieux qu'un portrait le personnage réputé impossible, mais il le transforme délibérément. Par exemple, ce qui n'était pas toujours mentionné dans les biographies, le rôle du poète dans la police et dans la résistance à l'occupant nazi est mis en evidence. Lorsqu'il eut quarante ans, Jean Rousselot parla du surréalisme en souriant de se croire un peu "plus surréaliste que les surréalistes eux-mêmes". Sa décision en 1946 de démissionner de tout et de vivre de sa plume fut capitale. Il devient alors grand voyageur et se produit et publie dans le monde entier. Il n'hésite pas non plus à prendre des positions fermes contre les injustices, comme pour Abdellatif Laâbi en 1972. Pour la forme de ses poèmes, il aura adopté tout. Avec force. Il s'insurge encore contre les inutiles: "Pour beaucoup de mes confrères, l'activité poétique consiste à fabriquer des objets de langage avec un langage sans objet... La poésie jetable gagne du terrain." Que n'aurait-il pas dit aujourd'hui ?"

Paul VAN MELLE (in Inédit Nouveau n°267, La Hulpe, Belgique, mars 2014).

"Jean Rousselot aurait eu cent ans en 2013. Et Christophe Dauphin a eu la bonne idée de faire à la fois sa biographie et un essai sur ce poète hors pair. Il divise son livre par chapitre chronologiques, et avec Jean Rousselot, c'est tout le vingtième siècle qu'on revisite... Christophe Dauphin insiste sur le fait que pour le poète, la poésie est surtout une manière d'être. L'homme est derrière son regard - Comme derrière une vitrine - Lavée à grande eau par le jour. Jean Rousselot prône une poésie de terrain et non de laboratoire ajoute l'auteur de la monographie. Je n'ai fait ici que survoler ce livre bien documenté. Ce qui étonne et retient chez Jean Rousselot, c'est la fidélité à ses idées et la rectitude de ses principes et de son action. Cela a toujours conféré à sa poésie une considérable autorité."

Jacques MORIN (in Décharge n°161, mars 2014).

"Le pari de Dauphin – restituer l’une des figures les plus emblématiques de la poésie francophone des années 30/80, à l’occasion du centenaire de sa naissance – est magnifiquement tenu par un autre passeur de poésie, rompu à l’exercice d’analyse et d’admiration d’un aîné qui a compté, qu’il a connu, avec lequel il a pu s’entretenir, avec lequel il a échangé nombre de correspondances.
Et le réseau se poursuit fidèlement : Jean Rousselot, qui a toujours revendiqué ses dettes envers Reverdy, Max Jacob, qui a toujours fait de l’amitié une vertu humaniste et littéraire, passe ainsi le relais à son  cadet de l’Académie Mallarmé pour qu’il chante (le mot n’est pas outré) un parcours poétique, celui d’un homme droit, qui s’est toujours voulu, comme il l’a énoncé dans ce beau poème (repris en fin de volume)  homme au sens le plus dense du terme: « Je parle droit, je parle net, je suis un homme. » Il est, certes, difficile de rappeler sans tomber dans les poncifs de la biographie et dans ceux de la vénération poétique. Christophe Dauphin, se basant sur une documentation de premier ordre, des témoignages de première main, des entretiens, de nombreuses lectures, une connaissance intime de la foison d’œuvres nées entre 1935 et 2002, rameute les grandes étapes de la formation d’un esprit, d’une conscience littéraire. L’occasion d’un tournage pour la télévision, sous l’impulsion du poète-maire Roland Nadaus, souda le poète des « Moyens d’existence » et son jeune biographe.  Le centenaire fêté à Saint-Quentin-en-Yvelines en 2013.

"Le 23 mai 2014, il y aura dix ans que l’écrivain Rousselot nous a quittés.
Le petit livre de Dauphin, qu’on lit d’une traite tant il respire le respect et le travail en profondeur pour nous faire mieux sentir une voix vraie, agrémenté de photographies (portraits de Rousselot et des groupes d’amis poètes) et d’une belle huile en 4e de couverture due à l’ami peintre Roger Toulouse, offre, en quatre sections chronologiques, une étude précise de soixante-dix ans dévolus à la poésie. Les origines ouvrières, le sens aigu du social et du juste, la lutte contre la tuberculose, les rencontres fondamentales des poètes Fombeure et Parrot, l’ancrage de Poitiers (la province enfin !) et l’effervescence intellectuelle de cette cité natale, une première revue créée (Le Dernier carré), la reconnaissance dès 1936 (avec « Le goût du pain »), le commissaire Rousselot résistant de la première heure (que de tâches et de faux papiers à prévoir !), l’intense expérience de Rochefort-sur-Loire (dont Rousselot est redevable, mais dont la seule mention finira un jour par l’agacer comme si c’était son seul ancrage), les travaux « alimentaires » dès qu’il cesse ses activités de commissaire pour se consacrer uniquement à la littérature…les matières sont multiples et le travail de Dauphin donne poids, relief, consistance à tous les trajets accomplis par le poète entre sens incisif d’une poésie à hauteur d’homme et conscience aussi précise de son devoir d’homme, de poète, d’écrivain solidaire, syndicaliste et engagé dans les mille et une tâches d’écriture poétique, critique, romanesque et de traduction.

Les solidarités littéraires s’inscrivent en grand dans cette perspective : les aînés salués (Reverdy, Jacob, Jouve en tête), les cadets mis à l’honneur (Cadou), les actions multiples dans les journaux et revues (jusqu’à Oran) pour défendre la poésie. Rousselot (que je comparerais volontiers à l’infatigable Armand Guibert, que Christophe ne cite pas) n’a jamais oublié d’être, en dépit de ses cent quarante volumes, en dépit des reconnaissances ; il méritait cette approche soignée.

Que retenir de plus frappant ? Tant de faits, tant de poèmes, tant de gestes ! Allez, sélectionnons : ses coups de gueule au moment où tout le monde se taisait lors des événements de Budapest (ah ! ses amis hongrois, Joszef, Gara, Illyés…) ; sa défense d’Abdellatif Laâbi des geôles hassaniennes ; sa défense d’une poésie de terrain (non de laboratoire)…. Mais, surtout, l’écriture d’une conscience. Et la fidélité souveraine à ses origines : « Et je suis seul à voir pendre derrière moi, - Comme des reines arrachées, -
Les rues de mon enfance pauvre », (« Pour Flora et Gyula Illyés », Jean Rousselot).

Un très bel essai de Christophe Dauphin !"

Philippe LEUCKX (in recoursaupoeme.fr, 11 juin 2014).

"Un remarquable essai de Christophe Dauphin, qui nous fait découvrir le parcours atypique de ce grand poète que fut Jean Rousselot. Ce grand admirateur de Victor Hugo, dont les premiers poèmes portent l'indéniable empreinte du maître, trace un chemin qui nous mène là où il écrit : Malgré moi j'ai pitié des cours profondes et visqueuses - sans oiseaux, sans feuilles tourbillonnantes - Et du pétrin invisible qui geint en bas - Jour et nuit comme un forçat enterré. Ce livre retrace l'itinéraire fondateur d'un poète portant la marque de l'inconscient et l'esprit libertaire, qui ne triche pas avec lui-même, et sur lequel bien d'entre nous feraient bien de méditer: descends vers les gouffres, dit-il, perds ta couleur, tes yeux et le dernier écho, là-haut, de ta présence..."

Bruno GENESTE (in revue Spered Gouez n°20, octobre 2014).