Marc Patin, le surréalisme donne toujours raison à l'amour

Collection Les HSE


     zoom

Marc Patin, le surréalisme donne toujours raison à l'amour

Christophe DAUPHIN
Marc PATIN

Essai

ISBN : 9782243042276
308 pages - 14.5 x 21 cm
20 €

  • Présentation
  • Presse
  • Du même auteur

Marc Patin (1919-1944), "le Rimbaud du surréalisme", comme l'a nommé Sarane Alexandrian, s’est illustré au sein du groupe néo-dadaïste des  « Réverbères », qui publia une revue éponyme, puis au sein du groupe surréaliste de « La Main à plume », dont il fut l’un des fondateurs et la plus grande révélation poétique. La Main à plume est un collectif prestigieux, qui, de 1941 à 1944, éditera six publications collectives, dont « La Conquête par l’image » (1942) marquera le pic, et une trentaine de publications individuelles dont le célèbre « Poésie et vérité 1942 » de Paul Eluard. Ce groupe sera constitué par d’anciens membres, et du Groupe surréaliste, et des Réverbères, et comprendra une vingtaine d’artistes et d’intellectuels. Avec pour toile de fond, l’histoire peu connue du surréalisme et de la poésie française dans les méandres de la période trouble et douloureuse de l’Occupation ; ce livre évènement (qui comprend un essai et un large choix de poèmes) révèle un grand poète surréaliste, un grand poète de l’amour, qui fut salué par Paul Eluard, Pablo Picasso, et bien d’autres. Marc Patin est le poète qui a passé sa courte vie à se montrer nu, parce qu’il voulait que l’on puisse le voir à travers lui-même, que l’on pressente sa vie sous les incarnats et les blancheurs de tout son corps, que nous saisissions à plein cœur le flux de son sang dans ses veines, que l’on voie plus clair qu’en plein midi dans ses yeux toujours ouverts, pour que nous nous y voyions, pour que nous nous y apprenions mieux.



SI VOUS AIMEZ L’AMOUR…

(Préface, extrait)



  La vie entière dépasse les limites volontaires de mon sang.

                                      Marc Patin

         Si vous aimez l’amour, vous qui vivez. Si vous aimez l’amour, vous aimerez Marc Patin. Si vous aimez l’amour, entre l’homme et la femme, entre tous les hommes et toutes les femmes, il y a toute la nuit et toute la terre, il y a l’immense total de toutes les nuits de toute la terre. Si vous aimez l’amour, entre l’homme et la femme, dans l’espace sans limites de la terre et de la nuit, à l’infini des perspectives tour à tour angoissantes, inquiétantes, délicieuses ou riantes de la chair, des lampes liquides flottent dans le feu en fusion, des fleurs de sang brillent dans les frondaisons de flammes, dans d’épais buissons d’eau verte ou blanche, tantôt vive ou tantôt morte, des bouquets de veines bleues ou rouges piquent des enchevêtrements de méduses, de longs coraux de regards souples. Si vous aimez l’amour, entre la femme et la nuit, entre la terre et la femme, il y a aussi toujours l’homme que désespérément elle aime et qui, par elle, est seul partout. Si vous aimez l’amour, entre l’homme et la nuit, entre la terre et l’homme, il y a encore et partout et toujours la femme. Si vous aimez l’amour, entre l’homme et la femme, il y a tout l’espace océan du surréel. De son vivant, Marc Patin n’a publié qu’une seule plaquette, en 1942. Cette dernière sera suivie, en 1945, par un court choix de poèmes édité à tirage limité par l’Imprimerie nationale, de manière posthume. Puis, plus rien. A vrai dire, Marc Patin semblait voué à l’oubli le plus injuste et le plus radical. Il fallut attendre 1990 pour que Guy Chambelland entreprenne la publication de deux plaquettes anthologiques, qui devaient voir le jour en 1992. Je me souviens de cette période, comme de l’enthousiasme de Guy sur sa découverte. Guy le poète, l’éditeur, l’animateur, le critique, le pamphlétaire ; Guy du Chablis, Guy des coups de gueule et des coups de cœur, Guy tout court, l’ami à qui nous devons beaucoup. Il a tant fait pour les poètes et la poésie qu’il faudra bien un jour que cela soit reconnu, au-delà du cercle des fidèles, quitte et surtout à déplaire à ceux qu’il qualifiait lui-même « de cuistres et de paltoquets ». Dès la publication - par Chambelland dans son « Pont sous l’eau » - des deux volumes de Marc, nous fûmes à même de découvrir le génie de ce poète en qui Paul Eluard, bien plus que son ami, avait salué son égal ; ce poète qui fut foudroyé dans la force de l’âge en 1944, non sans s’être distingué durant les années noires de l’Occupation, au sein du groupe surréaliste de la Main à Plume, comme l’une des voix les plus prometteuses de sa génération et du surréalisme. Comment expliquer alors ce silence inextricable autour du poète et de son œuvre ? Marc est mort jeune à l’âge de vingt-quatre ans, dans une époque trouble, et a peu publié de son vivant. Cependant ce silence n’est pas gratuit ; il a été entretenu par ceux qui n’hésitèrent pas à le lâcher et à le calomnier dans ce qui demeure la période la plus critique de Patin. Des accusations qu’il subit, Guy Chambelland sera le premier à démontrer l’absurdité et l’inanité, tout en saluant la « ferveur et les images aériennes » du poète. Il s’agissait d’un premier pas d’importance devant nous mener vers la « réhabilitation » de la mémoire de Marc Patin, comme vers la découverte de son œuvre.

         En 2003, je devais « hériter » des archives de Marc Patin. Je restais sur la vision de ce merveilleux et jeune poète que Guy m’avait donné à lire. Je pensais aussi que la fleur de cette œuvre avait été rendue publique. Je fus surpris de prendre conscience que les poèmes édités ne correspondaient en réalité qu’à la face visible de l’iceberg de cette œuvre-vie ; que cette œuvre, bien qu’inachevée, incarnait assurément l’une des cimes du lyrisme poétique. Quelle ne fut pas mon émotion lorsque je pus me plonger dans la somme de tous ces poèmes, inédits pour la plupart, de tous ces documents, manuscrits, correspondances, comme de rencontrer les amis ou la famille de Marc ; autant dire, toute sa mémoire, son existence, qui ressurgissait enfin. Cependant, tout restait à faire et à dire, concernant sa vie et son œuvre. Il n’existait rien concernant directement Marc Patin. Rien, absolument rien, à l’exception de quatre plaquettes ou des revues surréalistes des années 40, aujourd’hui tout à fait introuvables. Cela constaté, le but de notre travail fut bien sûr de remédier à cette situation. En cela, il convient de rendre hommage à Jean Hoyaux (le meilleur ami de Marc Patin), ainsi qu’à Monique (la sœur du poète) qui, par leurs encouragements, leurs documents et témoignages, nous ont apporté une aide précieuse. Marc Patin est un grand poète surréaliste de l’amour que nous avons la joie de présenter, et non un poète qui ne devrait l’attention qu’au sort tragique qui fut le sien, dans une époque qui ne l’était pas moins. C’est un grand poète surréaliste de l’amour, qui sort enfin du purgatoire. Un poète dont les mots sculptent l’homme futur dont nous rêvons, mûrissent le meilleur de l’être certes, mais dans la fêlure du vivre. Après avoir crevé l’horizon qui l’enlace, la poésie de Marc a comblé l’espace, mer onirique qui nous appelle aux portes de la ville. Marc Patin, ce météore aux yeux d’homme, je le rencontre dans les rues sans noms du hasard. Je le rencontre comme on rencontre un frère qui a trop dormi ; qui a dormi sans nom depuis déjà trop longtemps. Je touche ses os et je connais déjà la forme de son front. A ses côtés, Vanina voyage avec la pluie et le beau temps. Vanina brûle dans l’huile de la vie, et je l’aime déjà du plus profond de mes rêves. Oui, si vous aimez l’amour, vous aimerez Marc Patin. Les lustres merveilleux des yeux inquiets, les lustres d'angoisse, tous les lustres brillent dans les chambres limpides de la vie. Ce ne sont plus les vestales qui l’entretiennent, le feu de joie de l’amour ne s’éteindra plus, abandonné comme il l’est aux caprices des magnifiques orages. C’en est fait de la nuit, à jamais marquée du sang immobile de la foudre. Que la jeunesse, belle comme le désespoir, furieusement se livre à tous les visages tentants et dangereux de l’espoir ! Si vous aimez l’amour… seulement si vous aimez l’amour… Vous aimerez Marc Patin…


Christophe DAUPHIN

 (Extrait de Marc Patin, le surréalisme donne toujours raison à l’amour, Librairie-Galerie Racine, Les Hommes sans Epaules, 2006).

 



UN JOUR L'AZUR DISPARUT


Elle pleure sur la margelle des puits

Où les oiseaux pétrifiés se sont engloutis

Un beau soir de granit



Sous les foulards de la peur

Elle caresse avec lenteur

Le chaton dur des fétiches de phosphore



Elle a pourtant rompu les amarres de ses fruits

Et lâché tout son sang

Dans une mer d'orties



Puisqu'elle est seule et malheureuse

Que n'oublie-t-elle plutôt la langueur de ces lanières flétries

Qui ligotent son corps au bord d'une tourbière de larmes



Elle que n'a jamais embrassée

Qu'un seul homme à la fois

Son ventre abrite de précieuses villes d'ambre mat

Et ses deux mains sont justement ces clefs tendres

Faites pour ouvrir les serrures des corridors de cendre



Que ne descend-elle donc dans ces voluptueuses chambres basses

Où l'on joue à l'amour comme aux cartes.

                                      8 juillet 1941


 Marc PATIN

(Poème extrait de Christophe DAUPHIN, Marc Patin, le surréalisme donne toujours raison à l’amour, Librairie-Galerie Racine, Les Hommes sans Epaules, 2006).

 


AIMER



Il est minuit dans les cages vertes

Minuit comme un chardon bleu dans du verre bleu

Comme une ombrelle ouverte dans le ciel vert

Il est minuit un feu mouillé coule sous l'écorce

Un feu biseauté et de roseau tranché

Un feu de fruit coupé



Derrière le rideau soulevé des rapaces écarlates

Il est minuit et le verre nocturne

Fend doucement la chair nocturne

Il est minuit comme un prisme

Au bout des seins de cette femme amoureuse

Qui tient une aile entre ses dents

Minuit comme un diamant

Sur le sexe tremblant de cette femme abandonnée

Qui jette des dragées blanches aux orties blanches

Il est minuit comme un pavot éclaté

Dans les yeux démesurés de cette femme solitaire

Qui fait tinter tout son sang dans la nuit

Minuit comme un couteau dans une orange

Au cœur rouge de cette femme triste

Qui veille au pied de ses statues mortes

Il est minuit comme un corbeau sur un œuf

Dans les mains pâles de cette femme nue

Qui joue avec de petits sabliers nus



Il est minuit entre les hommes

Comme un fût d'air entre deux faulx.

                                                 17 juillet 1941

 


Marc PATIN

(Poème extrait de Christophe DAUPHIN, Marc Patin, le surréalisme donne toujours raison à l’amour, Librairie-Galerie Racine, Les Hommes sans Epaules, 2006).


Sur MARC PATIN

"Cet essai est un véritable document d’histoire littéraire du vingtième siècle. Certes il s’agit de redonner vie à un poète oublié, Marc Patin, mais aussi de refaire vivre cette période incroyable qu’a vécue la poésie entre les deux guerres, notamment à travers le surréalisme qui a tant marqué notre écriture contemporaine. Christophe Dauphin nous livre avec feu ses convictions et ses documents. On en oublierait presque Marc Patin dont on découvre, ébaudi, la vie, la traînée de foudre. La biographie du poète révèle un être sensible, doué d’une belle écriture, indissolublement liée au surréalisme. On nous apprend qu’il est sinon un des initiateurs, pour le moins un fervent contributeur des revues Réverbères et La Main à plume. Une part du livre est consacrée aux rapprochements qu’on faits les critiques entre Marc Patin et Paul Éluard, rapprochement fondé et étayé par l’auteur, textes à l’appui… Marc patin meurt jeune. A l’aide, là encore de documents exceptionnels, Christophe Dauphin nous raconte les derniers moments de la vie du poète, qui en peut échapper au STO et qui mourra d’une pneumonie à vingt-quatre ans, dans un Berlin à feu et à sang… Christophe Dauphin nous éblouit d’informations sur les conditions de travail à Berlin, sur les déportés qui s’y trouvent… C’est dire si le portrait que nous dresse Christophe Dauphin de Marc Patin nous laisse pantois : quel poète avons-nous perdu ! Il ne reste plus qu’à le lire, et l’auteur s’y emploie qui donne de larges extraits de ses œuvres dans son essai, mais aussi en deuxième partie de son livre, soit plus de cent pages."

Bernard FOURNIER (Aujourd’hui Poème, avril 2007)

 

"Cette biographie bien construite et fervente, est sans conteste l'ouvrage de référence sur Marc Patin, poète surréaliste, lequel mérite de sortir du purgatoire. Christophe Dauphin a su faire revivre magistralement toute une époque, avec discernement et émotion. De plus, une anthologie des poèmes de Marc Patin (1938-1944) complète son beau travail et rend plus poignant encore cette évocation d'un idéaliste transcendé par l'amour fusionnel et visionnaire de la femme magique."

Jean-Luc MAXENCE (Monde et vie n°773, 13 janvier 2007).

 

"Comment passer sous silence le remarquable travail réalisé par Christophe Dauphin pour faire sortir Marc Patin de l'ombre, poète trop vite disparu, à 24 ans, en 1944, à Berlin, emporté par la maladie alors qu'il avait été enrôlé pour le STO ? L'auteur rend hommage à un des poètes essentiels à l'histoire du du surréalisme, une sorte de chaînon manquant (il fut l'un des co-fondateurs de La main à plume, intérim du surréalisme dans le Paris occupé, en l'absnce d'André Breton, le maître), chantre de l'amour absolu et fusionnel, dans la lignée, mais non dans l'imitation, de son ami (pour trop peu de temps) Paul Eluard. Mais aussi, et c'est peut-être là l'essentiel du travail de l'auteur, il nous restitue l'ambiance de ces années difficiles qu'on ne saurait imginer (la clandestinité, les ruses pour contourner les lois sur la restrcition du papier d'imprimerie, les réunions nocturnes, les arrestations...). La dure réalité de la vie en usine à Berlin sous les bombes anglaises et dans le manque de tout, nous est rendue par les extraits des lettres de Marc Patin qui, apprenant le cosmopolitisme de la vi(lle)e - compagnons de douleur russes et espagnols, découverte du peuple allemand, en souffrance aussi - jusqu'au bout, veut croire en l'homme (J'ai trouvé dans la foule même, si vivante et si vile parfois, des raisons urgentes d'expérer. Lettre du 19 février 1944). C'est aussi cette position incomprise par ses pairs, qui lui valut le définitif rejet du groupe sous l'impulsion du plus frénétique de tous, Noël Arnaud, qui, à l'instar de Breton, savait condamner et excommunier. Christophe Dauphin prend position pour le poète qui n'eut jamais d'autre passion que l'amour. Et il (le) fait bien. L'ouvrage est complété par une éclairante et touchante postface due à Jacques Kober, et par un choix de poèmes couvrant toute la période d'écriture de Patin, de 1938 (Le poète a abattu les quatre murs de sa maion et n'oublie pas - qu'il lui reste encore à venger ceux qui aiment), à 1944 (Nous prendrons par la main les rues qui mènent au matin)."

Jacques FOURNIER (Revue ici è là n°6, mars 2007).

 

"A l'exception de quelques amateurs éclairés, Marc Patin n'évoque, pour la plupart, qu'un nom vaguement lié au surréalisme. Robert Sabatier lui-même, dans sa monumentale Histoire de la poésie, le nomme à trois reprises seulement, parmi les poètes rattachés au Mouvement d'André Breton et à la revue La Main à plume. C'est dire que l'étude que lui consacre Christophe Dauphin arrive à point nommé pour réparer cet oubli ou cette indifférence de la postérité à l'égard d'un poète d'envergure injustement occulté. Sur plus de 150 pages, l'actif directeur de la revue Les Hommes sans Epaules s'attache à présenter ce poète, mort en Allemagne (alors qu'il n'avait que 24 ans) et une oeuvre poétique de plus de 700 poèmes, dont plus de 100 figurent dans le présent ouvrage, couvrant la période de 1938 à 1944. Après Verlaine ou les bas-fonds du sublime (éd. de Saint-Mont) et Sarane Alexandrian ou le grand défi de l'imagianire (L'Âge d'Homme), tous deux publiés en 2006, Christophe Dauphin nous offre cet essai remarquable, pour saluer ce "frère" de la lumière. La poésie de Marc Patin porte en elle les traces d'un surréalisme inventif et coloré d'uen grande modernité et d'une aussi grande virtuosité (Dehors un seul arbre - Où les longs bras de la lumière - Cueillent tous les oiseaux). Il importe de donner à cette poésie la place qu'elle mérite grâce aux trouvailles et à l'enthousiasme d'un créateur hanté par les images, parfois morbides (Minuit - La passante séduite - Se glisse dans une robe d'ossements) et d'autres fois ensoleillées: Elle rit comme on s'esquive - Et se déshabille - Comme une pierre dans l'eau. Un livre important qui se doit de figurer dans votre bibliothèque, aux côtés de ceux de Breton et des aventuriers lumineux du surréalisme."

Jean CHATARD (Le Mensuel littéraire et poétique n°347, Bruxelles, février 2007).