Thérèse

Hors Collection


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Thérèse

Cantate de l'Ange Vagin
Christophe DAUPHIN

Poésie

ISBN : 9782846721080
40 pages - 12 x 19 cm
14 €

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Le mâle tempérament laïc de Christophe Dauphin, qui lui fait rejeter les impostures religieuses, l’a amené à composer sa Cantate de l’Ange vagin, inspirée de Thérèse de Lisieux, l’étude psychanalytique que le docteur Pierre Mabille publia en 1937 chez José Corti, pour démontrer que Thérèse Martin, la jeune carmélite canonisée, fut manipulée par son père, un veuf bigot aux sentiments troubles qui l’incita à avoir des visions, et pour dénoncer les ravages d’une telle éducation. Christophe Dauphin éclate de fureur en déplorant le sort de cette Normande privée d’une vraie vie féminine à cause des pressions de son milieu intégriste chrétien.

Sarane Alexandrian (extrait de la postface du livre).

 

 

THERESE

Le pays bleu du bocage normand

Balayé par le boulevard du vent

 

Le dernier silex du pêcheur

qui s’éloigne dans la salive des étoiles

pour remuer les os de la mer

qui flottent dans la gorge d’un couteau

comme des corps mitraillés

des villages bombardés

pour mordre le temps aux chevilles

 

Le pays bleu du bocage

brûle dans la lampe de ma poitrine

 


Les chaumières se sont dispersées

dans chaque goutte de pluie Le nuage-monocle tourne les pages du ciel

bas et cassant

comme les bords du verre

de l’aube qui déborde

 

Malheureusement

Le cavalier-lèvre a fendu le silence

qui tombe corps en chute libre


L’orage dort dans l’œil d’un toro mort

 

Qui vivra verra jusqu’au dégoût

Le soleil brise les vertèbres des rivières

 

Le sol se creuse sous vos pieds

Vos entrailles pourrissent

déjà dans votre sommeil

Les poings de l’ombre plongent dans le bol de l’air

(..)

 

Christophe DAUPHIN

(Poème extrait de Thérèse, éd. Rafael de Surtis, 2007).

 


Critique


Une préface rappelle l’histoire de Thérèse Martin entrée au carmel de Lisieux à 15 ans et morte à 24 ans de la tuberculose dans des circonstances qui relèvent de la non-assistance à personne en danger. Le diable veut que ce soit le dernier grand mythe catholique. Elle fut canonisée en 1925, 28 ans après sa mort. Sa mort, elle la désirait pour devenir la fiancée du Christ. Son père était ce que l’on appellerait aujourd’hui un catholique intégriste. L’auteur rappelle que le docteur Mabille, ami d’André Breton, s’était intéressé au cas de cette jeune femme, victime de la religion. Dans le poème qui suit cette préface éclairante, Christophe Dauphin va invoquer tous ceux que la Normandie a inspirés dans le domaine de la joie de vivre, de la fête, de la paillardise et du libertinage pour libérer Thérèse, la désenvouter en somme. Il accuse : Ils ont rongé tes ongles – Etouffé tes cris – Ils ont muré ta démence dans un cierge – Broyé l’amour comme le sable de ton corps – Toutes les respirations – Comme on jette une femme sur un obus. L’idée que la religion est la clé des malheurs fait son chemin ici : Dieu est mort à Lisieux au carmel – En Pologne dans un camp – Dieu est un charnier qui ne finit pas – Dieu est vide comme une armoire d’hôtel. Cela entre dans la panoplie des mensonges du pouvoir : Eux – qui se signent dans le bénitier du CAC 40 – Eux – qui derrière leurs comptoirs – célèbrent le profit la mort – et l’âme chewing-gum – la meilleure vente – du bazar de l’Hôtel de Ville. Non contents de vous réduire à la misère ces puissants de la banque et de l’église vous confisquent votre corps. D’où : Je vous salue Marie pleine de grâce – Votre pistache est le bilboquet de nos rêves. Et ce refrain : Je ne veux pas que l’on encarmélise cette fille.

 

Alain Wexler (Verso n°132, mars 2008).