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Sur TOTEMS AUX YEUX DE RASOIR

"Quel beau titre et quel beau poète. Un fort livre de plus de 350 pages. Ce qui est dramatique, ici, c’est que j’aimerai tout citer. Christophe Dauphin est la quintessence même de la poésie actuelle. Il a réussi à prendre tout ce qui était à prendre de meilleur dans les différents courants littéraires précédents et nous les restituent à sa manière… Inimitable. Il y a de la virtuosité et une poésie qui coule comme une rivière et vous emporte, avec vos mots, qui sont ceux que le poète met dans vos yeux, vers des émotions pures. Christophe Dauphin, un grand poète de l’émotivisme, de la passion, un grand poète tout simplement."

Jean-Pierre LESIEUR (Comme en poésie n°44, décembre 2010).

 


"L'oreille de Van Gogh, la voix de Duprey, celled e Prevel, les murmures de Cadou, les rideaux ébréchés de la mémoire, les pommiers rouge sang du bocage normand, Voronca les bras en croix, les visions d'Oradour et la pourriture de Dieu (tandis que l'homme est beau comme un cri), Prends garde - aux mots qui poussent dans le béton - aux mots qui payent leurs dettes dans le vomi de vivre - aux lèvres éclatées par le cri..., un poète qui gueule, un poète majeur."

Yves ARTUFEL (Gros-Textes n°3, décembre 2010).

 


"Quel poète ! Christophe Dauphin est introduit ici par le regretté Sarane Alexandrian et ce n'est pas une préface de complaisance ni même d'amitié, mais le salut d'un maître du surréalisme à l'un des successeurs de la grande époque. Non pas un survivant, mais un renouveleur des thèmes, des images et des théories puisqu'il a tenté d'implanter un émotivisme, dont il reste le seul représentant, puisque nous ne sommes plus au temps des ismes. Il n'empêche que le ton de Dauphin dans ces Totems aux yeux de rasoir (poèmes 2011-2008) est très neuf. Il ne tente pas de se faire surréaliste. Il est lui-même et c'est assez! De plus, il a, je le constate au fil des années, le talent, et même plutôt le don, de mélanger les cris et révoltes de la poésie "engagée" et celle des images souvent involontaires (mais sans être le moins du monde automatiques selon l'expérience du groupe de Paris et la mode qu'utilisent encore uelques dévoyés ou nostalgiques). Au total ce qui apparaît le plus, c'est une puissance de verbe et une imagination contrôlée qui laisse le lecteur pantois, se demandant de quel univers il est question, entre les dérives et malfaisances de la société du fric-roi et un humanisme fougueux où se retrouvent les leçons du passé et les nouvelles approches sociologiques encore en formation. Un grand poète, ce Christophe Dauphin. Qui restera comme ses aînés des années autour de 1930, puis d'un après-guerre encore plus internationaliste."

Paul VAN MELLE (Revue Inédit Nouveau n°248, décembre 2010).

 

"Une poésie vivement imagée, qui cherche, comem le dit Sarane Alexandrian das sa préface, à "procurer des émorions - fortes ou fines - par l'intermédiaire du Verbe. Dieu y est plus d'une fois malmené et le désespoir hante les pages, mai aussi, plus fort, le désir de vivre."

Alina REYES (Blog A mains nues, 18 décembre 2010).

 


"Christophe Dauphin n'a pas fini de m'étonner. Poète, essayiste, érudit, critique littéarire dévoreur de livres, directeur de la revue Les Hommes sans Epaules, il a à son actif un nombre impressionnant d'ouvrages et est le maître d'oeuvres d'anthologies remarquables (et remarquées), notamment celle dans laquelle (Les Riverains du feu) il rassemble des poètes très divers sous le totem poétique par lui nommé émotivisme. Quant à Riverains des falaises (éditions clarisse), son anthologie monumentale des poètes en Normandie du XIe siècle à nos jours, elle constitue désormais un ouvrage de référence. Bref, Christophe Dauphin est à maints égards, époustouflant. il nous offre ici un gros ensemble de huit recueils écrits en huit ans. Deux d'entre eux ont déjà été publiés, les autres sont inédits. S'inscrivant à la fois dans la poursuite du mouvement surréaliste et dans le renouveau de l'humanisme, Christophe Dauphin écrit des poèmes comme on élève des barricades ainsi que le dit si justement le regretté Sarane Alexandrian, dans sa belle préface. Grand voyageur terrestre, Christophe Dauphin est aussi (avant tout !) un grand voyageur intérieur. Prince des images, magicien du verbe, c'est un boulimique des mots, un assoifé du langage. il nous rend ivres et en quasi état hallucinatoire."

Roland NADAUS ("Notes de lectures", in site internet de La Maison de la Poésie de Saint-Quentin-en-Yvelines, 13 avril 2011).

 


"Christophe Dauphin, directeur de publication de la revue Les Hommes sans Epaules, est un grand lecteur et un grand voyageur. Ces lectures et ces voyages imprègnent cette poésie torrentielle marquée par le Surréalisme, un surréalisme à la manière d'André Breton (Pays aux lèvres d'orage, p.251; Dans une nuit que boivent les loups, p.284), d'un Bunuel (cf. le titre), faisant fi des contradictions (dans le vent porcelaine, p.70; ses ailes barbelées, p.267). Christophe Dauphin a des images de cruauté (Ton sexe que j'épure comme une plaie, p.114; des affirmations rabelaisiennes, Moi j'ai des poèmes plein les couilles, p.155), pastichant au besoin les aînés, Henri Pichette par exemple: Je te charbon - tu me pétrole, p.230. Cette écriture volcanique, sans vouloir éviter le mauvais goût et l'humour (Leurs veines transparentes - s'ouvrent au fil à couper le beurre, p.149; Une viande d'arbre, p.206; Vos dents pleurent de froid - Elles n'ont plus de cheveux, p.262) s'apaise, parfois dans le même poème, oui par là volcanique, en des formules qui sont de véritables trouvailles (Oh! Seigneur qui n'existez pas - N'existez pas, p.151). La beauté y éclate : Le bleu lointain des panthères, P.133; Les granges de l'amour brûlent avec l'été, P;142; Le fruit du monde s'ouvre en deux, p.144; Pour bâtir l'atelier du soleil, p.166. On ne sétonnera pas qu'Yves Bonnefoy écrive: "Il y a dans les poèmes de Christophe Dauphin, la lumière de quelques grandes images pour raviver comme iil le faut, et comme c'est si rare aujourd'hui, la parole." On ne s'étonnera pas non plus que Christophe Dauphin figure dans l'Anthologie-9 de Multiples. L'homme est aussi généreux qu'abondant. on lui doit des études sérieuses sur le Patron, Jean Breton (Jean Breton ou la poésie pour vivre), sur Simonomis (Jacques Simonomis, l'imaginaire comme une plaie à vif), sur Lucien Coutaud (le peintre de l'éroticomagie) et récemment une énorme anthologie, intitulée: Les Riverains des falaises, 518 pages!"

Henri HEURTEBISE (Revue Multiples n°78, 1er semestre 2011).

 

" Nous sommes heureux de présenter ce livre rempli de livres. Car nous connaissons son auteur, Christophe Dauphin, depuis de nombreuses années, du temps où nous étions engagés dans la belle aventure revuistique Supérieur Inconnu que fonda et dirigea Sarane Alexandrian jusqu'à sa mort. C'est d'ailleurs lui, Sarane Alexandrian, qui signe la préface de ces Totems aux yeux de rasoir, ensemble de 8 recueils - infini vertical -  de poèmes composés entre 2001 et 2008. L'engagement de Dauphin, pour qui suit de près le coeur battant des publications poétiques, n'est plus à présenter. Il s'est fermement opposé aux formalismes qui sclérosent le poème et se l'approprient pour mieux l'enfermer dans d'ineptes dépendances privées. Son point de vue sur l'importance du poème comme relevant d'un bien commun indispensable à l'humanité, nous le partageons. Le poème doit engager l'être profond. C'est ainsi qu'il a formalisé la théorie de l'émotivisme.  Les totems qu'il nous donne à lire sont donc la mise en acte de ses vues intellectuelles, la théorie appliquée à l'art poétique pourrait-on peut-être dire. Et comme être poète est d'abord un état de l'être, les poèmes de Dauphin sont ceux surgis de sa vie primordiale, de sa vie d'homme plongé dans son siècle, voyageur révolté et inquiet, attentif aux êtres, aux choses, aux signes omniprésents qui lui rentrent par les pores de la vie pour se métamorphoser en Poème.  Nous n'allons pas ici présenter chacune des huit marches de ce beau livre mais évoquer en particulier son recueil central, celui qui inspire son titre à l'ensemble. Il s'agit des Totems émotivistes. Les totems sont ici des poèmes. Qu'est-ce qu'un totem ? Un poteau scupté, dressé près de l'habitat des tribus primitives, appelant la protection des esprits et de l'âme animale, ou contenant la présence des ancêtres. Les totems de Dauphin sont donc des poèmes protecteurs et propitiatoires, conférant au langage sa charge magique initiale, celle par qui se construit ou se détruit le monde, Verbe à travers lequel se tisse le trésor de l'aventure humaine ou se détrame sa chair. "Le totémisme, écrit Freud dans Totem et tabou, est tout à fait étranger à notre manière de sentir actuelle. Il est une institution depuis longtemps disparue et remplacée par de nouvelles formes religieuses et sociales."  Dès lors, les totems de Dauphin ont une fonction dans la cité, à l'intérieur du groupe humain, à l'intérieur de l'individu même. Le poème devient l'acte verbal protecteur, l'action hautement empreinte d'esprit, poème-totem mué en parole oraculaire pour nos temps techniciens ayant perdu le paradis de la connaissance ancienne.  Le livre, comme l'imaginaire de Dauphin tramé au fil luisant de l'émotion capitale, est riche. On y est pénétré par des poèmes à fleur de peau, par des torsions grammaticales, par des tours de force sémantiques. On y voyage en Europe, principalement en Europe de l'Est à laquelle le poète voue une passion pulsionnelle au sens cardiaque du terme. La parole de ces Totems, en un mot, est Belle."

Gwen Garnier-Duguy (in Recours au poème, juillet 2012).

CHRISTOPHE DAUPHIN ET LA GEOPOESIE DE L’EMOTION

par Monique W. Labidoire

La poésie de Christophe Dauphin est le support d’une relation intime entre les lieux, les personnes, les échanges, les événements du monde et de la société. Ainsi sa passion pour certains pays de l’est de l’Europe abrite des multitudes de lieux à explorer pour le poème. Ce sont ces lieux traversés, ces voyages vers d’autres espaces qui permettent au poète d’approcher des territoires inconnus ou connus du poète qui s’apprennent les uns les autres, s’apprivoisent les uns les autres. Son regard sur Prague, Budapest ou Paris, son ressenti des cafés de la vieille Europe, quelques lieux « sacrés », de sa poésie comme le cimetière juif de Prague ou les bords du Danube tout autant que certains quartiers de Paris et de sa banlieue, poursuit tous les exilés du siècle dans leur nouvelle demeure. Ils l’aident à comprendre, à partager un environnement plus proche qui prend sa source dans la Normandie où Christophe Dauphin est né, jusqu’à Kakos cette île lointaine, imaginaire et idéale dans laquelle doit renaître le poète, la poésie et l’humain.

Chez Christophe Dauphin, les lieux, les personnes et les événements se fondent dans ce qu’il nomme lui-même « l’émotivisme ». Il les nomme afin qu’ils griffent avec force les murs de notre conscience et résistent à tout oubli façonnant ainsi l’émotion à l’aide des suggestions de notre affect qui puisent dans la mémoire, le rêve, la révolte et l’amour. Pour nous bousculer, voire nous déconcerter, le poète n’hésite pas à utiliser de sales mots inventés par la laideur même de certains concepts imaginés par le genre humain, des mots et des expressions issus d’une société injuste, barbare, égoïste et qui génère la sale misère du monde, le sale ennui du monde. Par exemple des mots comme « égorger », « tortionnaire », ou encore « puanteur du genre humain », ou plus loin « putanisme ». On imagine aisément que ces mots ne sont jamais d’usage gratuit et qu’ils sont, au contraire, de première nécessité pour le poète.

Dans un de ces poèmes, il met en scène trois lettres devenues un mot que chacun d’entre nous peut mettre immédiatement en images, ce mot, c’est HLM.  Cette HLM où le poète a vécu son adolescence et d’où il cherchera, pour lui et pour les autres la lumière, une lumière qui n’est pas seulement celle du soleil mais celle de la connaissance, de la fraternité et de la poésie. C’est donc très tôt que Christophe Dauphin acquière une conscience de classe qui dit-il ne l’a jamais complètement quittée même si pour lui aujourd’hui, ses propres conditions de vie ont totalement changé.  Dans cette adversité, le jeune futur poète cherche sa propre identité « moitié poète, moitié voyou » écrit-il à l’instar d’un Rimbaud et l’on peut aussi entendre et pour Rimbaud c’est sûr et pour Christophe Dauphin c’est probable « moitié voyou moitié voyant ». Il va devoir forcer les barbelés qui l’entourent pour, « ouvrir une fenêtre sur l’azur ».

L’azur et la lumière éclairent un paysage surréel, des zones de vie que le futur poète ne connaît pas encore mais qu’il imagine à sa façon, dans l’exaltation du jeune âge mais aussi dans une vision déjà juste du monde réel dans lequel il vit. Ce monde que très vite il vilipende et rejette, instinctivement, avant même d’en démonter le mécanisme. La lumière, il la trouve dans le poème mais aussi, dans une prise de conscience du monde contemporain, ce monde dans lequel la vie, par hasard, l’a plongé, un monde qui n’échappe toujours pas aux guerres, à la barbarie, à l’injustice.

 Dans le choix judicieux des poèmes réunis dans son dernier ouvrage Totems aux yeux de rasoir (Poèmes de 2001 à 2008 à la LGR avec une très belle préface de Sarane Alexandrian), on sent toute la révolte qui est la sienne, la rage libertaire, anti-militariste, anti-cléricale, anti-colonialiste, anti-crétiniste surtout. Qu’y voit-on ? Un poète à la fois romantique à la façon d’un Baudelaire qui affirme « Qui dit romantisme dit art moderne » ou encore idéaliste dans son désir de changer le monde, déterminé dans son engagement, surréaliste aussi quand il se réfugie dans un imaginaire rêvé qu’il considère sans doute plus apte à changer au moins son propre monde ; mais s’il est avant tout un poète « émotiviste » selon sa propre terminologie, nous pouvons dire aussi qu’il est un poète qui réunit simplement tous les états de la matière poétique à laquelle il donne forme et sens.

C’est justement dans la géopoésie de l’émotion que nous voulons reconnaître Christophe Dauphin. Par les choix et les fréquentations poétiques qu’il propose en accompagnement à ses propres identités, des noms émergent et cheminent à ses côtés et pas des moindres. Léopold Sedar Senghor avec lequel il partage la « normandité », Guy Chambelland, Sarane Alexandrian, Jean Breton, Yves Martin, André Laude, ses contemporains paternels et fraternels, mais aussi ceux qu’il n’approche qu’à travers leurs œuvres, Georgio de Chirico, Frida Khalo, André Breton, Attila Joszef, Paul Celan, Max Jacob, Ilarie Voronca, Walt Whitman, Che Guevara… Des hommes au destin tragique pour quelques-uns d’entre eux et engagés dans la lutte, qu’elle soit de l’écriture ou du terrain social et politique.

Dans ces huit années de poèmes que nous offre Totems aux yeux de rasoir, le terrain poétique de Christophe Dauphin ne fait pas que s’esquisser. Il s’expose avec audace dans ses humeurs, dans ses sonorités, dans ses révoltes comme dans son chant intime. C’est que le poète joue de bien des instruments : du violon pour Tristan, de la batterie pour Dubrovnik, du cymbalum pour Budapest et il se fabrique un instrument très personnel pour Alban Berg dont la partition imaginaire ne semble pas encore déchiffrée ! « À bon entendeur salut » nous lance le poète avec humour.

Ou pourrait-il dire : à bon lecteur, bonjour ! Devant cette œuvre qu’on peut certes qualifier de surréaliste — et elle en est tout imprégnée et Christophe Dauphin en revendique les valeurs, rêve, révolte, amour, liberté — recommencerons-nous à nous poser cette question sans fin du « Qu’est-ce que la poésie ? » Et allons-nous répondre, la poésie c’est ceci et cela, mais c’est aussi autre chose. Oui, dit Guillevic « La poésie c’est autre chose » mais c’est aussi ce que chaque poète, dans sa liberté et sa fougue veut qu’elle soit.

La poésie chez Christophe Dauphin c’est « Le tournesol de Van Gogh balaie son minuit crépitant » ou « Les feux rouges sont des SDF », mais aussi « Dieu est vivant/Nietzsche est mort » ou encore ce très beau vers « Une femme de pluie danse sur mes paupières ». Nous voici donc devant une diversité d’intention, d’autres façons de vivre le poème et surtout sans esclavage et beaucoup de générosité. « Les mots poussent dans le béton » écrit le poète, les mots poussent et naissent de la rue, de cette galère moderne vécue par trop de gens. Que peut faire le poète d’autre que le poème ? Sa révolte, Christophe Dauphin doit la crier, il peut énoncer et dénoncer et c’est ce qu’il fait en s’engageant totalement.

Par à coups, la partition peut changer même si le fond bien en place tapisse toujours la page du poème. Le poète peut quitter le flou de la nuit pour faire une entrée fracassante dans la conscience du jour et cela avec un seul vers. Par exemple le premier vers de son beau poème « Budapest » : « Brodée de dentelles en fleurs de mitrailles » ;  le locuteur revit la douleur d’une ville, il la ressent dans son corps et dans son cœur, il saigne d’une blessure pas encore cicatrisée. Des robes de bal de l’Empire aux Croix de feu jusqu’aux décombres du Kremlin, le poète est là, partageant une souffrance : il est bien dans la réalité d’événements historiques, concrets, vécus, même si la forme du poème et l’association des mots restent surréalistes.

Ce qui frappe chez ce poète, c’est la vérité d’une émotion qui s’expose dans la beauté comme dans ce qui est moins beau. Une vérité qui émerge du consentement comme de la révolte et qui s’affiche dans l’écriture. La langue est claire et les mots utilisés sont ceux de notre parler quotidien sauf que le poète est un magicien qui dans le secret de sa grotte primitive sait faire sortir les étoiles d’une rivière et les serpents du ciel. Rien n’est à sa place et pourtant tout se construit, s’assemble, se répond : « Le langage : une fuite de gaz qui te monte à la tête » écrit-il.

Les premiers poèmes ne se posent pas la question de l’écriture, ils vivent la brutalité d’un environnement donné, d’un vécu immédiat et d’une nécessité absolue. Au cours du temps, l’interrogation se précise entre le fait d’écrire ou de vivre la poésie. À quoi bon écrire ? Ne serait-il pas plus jubilatoire de vivre, ressentir, saisir les instants de poésie que peut nous offrir le monde ? La plupart des poètes se sont posé la question, la page blanche, le désert, le « à quoi bon » et souvent ces questions s’associent ontologiquement : vie, mort, écriture, vers quoi, pour qui :

…À quoi bon écrire ?
Aucune montagne de mots ne vaudra jamais la vie
Vivre d’abord
Écrire après
Peut-être
Un poème que l’émotion t’abandonne
Agite dans le vent de tes veines comme une langue…

 Selon Christophe Dauphin — mais nous sommes heureusement nombreux à penser comme lui — le poème ne peut venir que du désir, ce désir toujours inachevé et qui surgit, écrit-il d’ « un coup de revolver mental », coup de revolver mental qui le rattache bien aux surréalistes. Ces interrogations parfois impromptues dans le déroulement de l’écriture partagent l’espace du poème avec des explosions de colère, des vindictes assénées sans autres armes que les mots et qui impriment fortement nos propres consciences. Le passage à l’acte est bien l’acte d’écriture pour Christophe Dauphin. Une écriture tranchante, tailladée au rasoir car il suffit de la regarder pour y voir le sang, les plaies, les couteaux, les poignards, le rasoir. Le poète avance à coup de machette, il déblaie les marécages et éparpille les cendres. Il lui faut trancher dans la mort comme dans le vif pour mieux atteindre l’horizon car écrit-il « seul l’horizon est indispensable », même si ailleurs il nous parle d’horizon pourri mais toujours le poète garde les yeux ouverts. Voir au loin, voir au-delà des apparences, les traverser, les repousser afin d’atteindre ce réel, cette vérité, bonne ou mauvaise que le poète veut regarder sans ciller. C’est vrai que parfois la réalité dépasse l’imaginaire pour devenir surréel, au-delà des mots. Christophe Dauphin ne cesse d’allumer le feu à nos cœurs et à nos tripes, il brûle lui-même de mots et de rythmes comme dans ce magnifique « Poème pour quatuor à cordes » qui s’incarne dans le même phrasé que l’œuvre de Bartok, en particulier avec son sixième quatuor. (New York/Bartok). Comme Bartok il réussit à réunir audace, modernisme et tradition, nous offrant dans son poème toute l’émotion qu’il suscite et à laquelle nous avons droit.

« L’émotivisme » est une des conditions qui permet à Christophe Dauphin d’ôter ses gants et mettre ses mains d’écriture à nu. Mais quels sont ces gants qui traversent l’œuvre d’une façon récurrente. Le gant de l’imaginaire, le gant du boxeur, le gant du rêve, le gant qui mendie la main, le gant de givre. Il y a là une vraie saga du gant. Et puis il y a Kakos qui est à la fois le nom d’une île imaginaire et le nom du poète idéal rêvé à moins que ce ne soit un terme tiré du Kakoscope, boule de cristal dans laquelle de grands mages peuvent lire l’avenir et l’on sait que les poètes eux aussi peuvent être prémonitoires.

Tout reste à vivre ! crie le poète. Tout reste à revivre, autrement. Dans un monde où l’on n’assassinerait plus les hommes, dans un monde ou les viols, les épidémies, les génocides ne seraient même plus des mots en usage dans le vocabulaire universel. Combat bien connu d’un Don Quichotte contre les moulins à vent ? La jeunesse donne encore tous les droits d’espérer. Espérer du monde et des hommes, espérer de la poésie, espérer de l’art et de la création. Sommes-nous dans l’Utopie avec un grand U ?

Mais si la géopoésie de l’émotion de Christophe Dauphin nous touche fortement,  il y a aussi dans ses poèmes beaucoup de sensualité et d’amour qui nous bouleversent. Les désirs d’aimer et d’écrire sont également associés à des lieux, à l’exemple de Prague, de ses rues habitées par une femme à aimer et qui grave la mémoire d’images et de sensations. Chaque poème est autonome dans l’œuvre de Christophe Dauphin, mais on distingue bien un ensemble cohérent quand on lit les recueils ; on peut y trouver aussi un morceau de poème repris pour un titre comme « la banquette arrière des vagues » extrait du poème « Habana ». C’est dire si l’idée persiste, si les mots habitent le poète. Il y a bien interférence, suivi poétique, connexion.

Nous ne pourrions conclure sans souligner le travail réalisé depuis une dizaine d’années par Christophe Dauphin. Ses essais importants sur Jacques Simonomis, James Douglas Morrison, Jean Breton, Sarane Alexandrian, Marc Patin, Guy Chambelland, Verlaine et sa belle anthologie des poètes contemporains « émotivistes », préfacée par Jean-Luc Maxence « Les Riverains du feu » et dans laquelle on peut trouver Jean Rousselot, Léon Gontran Damas, Joyce Mansour, Jean-Pierre Siméon ou André Prodhomme. Il vient également de signer un essai sur le peintre Lucien Coutaud, encore mal connu et l’on sent en lisant cet essai combien la passion de mettre au jour des artistes dont on parle moins ou qu’on aurait tendance à oublier trop vite, tient chez lui du défi et de la passion. Ce livre sur Lucien Coutaud est fort documenté et en relatant la vie de ce peintre, Christophe Dauphin nous fait traverser les trois-quarts du vingtième siècle du monde des arts. Dans cet excellent essai, il nous dit, parlant de Lucien Coutaud, que « sa peinture est toujours intensément liée aux lieux » tout comme il semble bien que la poésie de Christophe Dauphin soit, elle aussi, intensément liée aux lieux, une poésie attachée à la géographie du paysage qu’il ne dissocie pas des peuples qui l’habitent et en lesquels il croit, ainsi écrit-il : « La poésie a toujours des destinataires ».

Nous avons besoin de poètes comme Christophe Dauphin qui écrit dans une langue directe et claire, — qui ne manque pas d’associations inédites, de jeux de langues, de belles surprises —, un poète qui nous bouscule, qui nous dérange en même temps qu’il nous réconforte par la force de ses convictions et le courage, oui, il faut un certain courage pour oser dire et s’exposer. Il est conduit par le désir et l’émotion et sa sensibilité est au service des artistes en général et des poètes en particulier et nous l’espérons au service de sa propre poésie qu’il ne doit pas oublier. Enfin, il vit la poésie et pas seulement dans les recueils de poèmes.

À l’image des hommes d’aujourd’hui, trop peu de poètes osent s’affronter aux réalités du monde d’autant plus qu’elles ne sont pas si jolies. Christophe Dauphin nous offre un kaléidoscope dans lequel l’alternance du réel et de l’imaginaire donne à sa poésie la substance indispensable pour devenir objet/sujet même de cet imaginaire. Il est loin d’être au terme de son chemin en poésie. Il lui reste à franchir une longue distance sur laquelle, il trouvera d’autres pistes, des brèches et des sillons à creuser toujours plus profonds. Accompagnons-le autant que nous le pourrons dans son avancée et ses découvertes. 

Monique. W. LABIDOIRE

(in Les Hommes sans Epaules n°32, octobre 2011).




Critique


La rencontre de Christophe Dauphin avec l’œuvre de Lucien Coutaud (1904-1977), est l’histoire d’un coup de foudre. Christophe Dauphin – qui nous offre la monographie la plus complète du peintre -, a été séduit, envoûté par l’imagerie coutaldienne. Lui seul, comme l’a écrit Jean Binder, pouvait ressentir aujourd’hui encore toute la poésie et la surréalité de l’univers d’un peintre qui fut reconnu et admiré par les plus grands peintres et poètes de son temps (Picasso, Brauner, Labisse, Tanguy, Dominguez, Hérold, Éluard, Lely…) Car l’œuvre de Lucien Coutaud est une mythologie magistrale de la vie sensible ; une mythologie qui découle d’un monde profondément ancré dans la mémoire et l’imaginaire du peintre… Lucien Coutaud, qui évolua en marge du surréalisme (il n’a jamais participé à la vie du groupe, préférant toujours côtoyer les individus), est l’un des peintres les plus singuliers et les plus féconds du XXe siècle ; un peintre qui excelle dans tous les domaines… La peinture de Coutaud, ce novateur exceptionnel au niveau de la conception de l’image, affirme l’être, soleil de pur bleu fracassant le réel.

Rémi BOYER (La Lettre du crocodile, 2009).

"Après l’essai remarqué de Christophe Dauphin intitulé Le peintre de l’Eroticomagie, publié chez le même éditeur, Lucien Coutaud est de nouveau à l’honneur avec l’exposition qui s’est tenue à Gaillac, au Musée des Beaux-Arts des 27 juin au 21 septembre 2014 et le catalogue très riche qui l’accompagne.

Lucien Coutaud (1904 – 1977) est un personnage complexe, « l’un des peintres les plus singuliers et les plus féconds du XXème siècle nous dit Christophe Dauphin dans son étude introductive sur les rapports du peintre, et poète, avec le mouvement d’André Breton. Son œuvre demeure mystérieuse à bien des égards même si des périodes peuvent être déterminées, culminant dans une période dite « métaphysique », pendant laquelle, poursuit Christophe Dauphin, « la création de Coutaud prend toute son ampleur, se diversifie, s’impose par ses recherches et la puissance de sa thématique. Cette période reflète les angoisses du peintre et le traumatisme de la guerre. »

« La peinture de Lucien Coutaud active autant notre conscience que nos émotions. Ses images se présentent à nous chargées de désirs et d’angoisses, réclamant une éclatante matérialisation de l’espace ; elles brisent les cadres usés de la réalité pour faire apparaître le réellement vrai, dont l’expression la plus directe est l’image éroticomagique, qui, en vertu du pouvoir qui lui est conféré d’objectiver l’union de tous les éléments, aussi opposés qu’ils soient, dans des ensembles insolites, inattendus, pousse l’intellect à une audace culminant avec l’absolu discrédit de la raison statique. »

Christophe Dauphin évoque à propos de cette œuvre une association entre pensée magique et pensée pragmatique, une dialectique, non sans tension, entre inconscient et conscient.

La relation entre Lucien Coutaud et le surréalisme ne va pas de soi, elle fut et demeure interrogée. Lucien Coutaud a fréquenté les membres du groupe, sans fréquenter le groupe. Il fait partie de ces artistes, assez nombreux, qui passèrent dans l’orbite du groupe sans se laisser happer, refusant d’appartenir et libres de la reconnaissance. Le surréalisme ne fut pour lui qu’une tentation suggère Jean Binder qui retrace à travers les œuvres la quête initiatrice du peintre-poète.

La puissance d’évocation des œuvres est renversante. Elle met à terre les représentations courantes et désigne les espaces inexplorés, inexplorables pour certains, comme les dimensions de l’esprit dans l’érotisme. S’il traverse une période dite ésotérique dans les années 30, c’est surtout trente ans plus tard qu’il s’intéressera aux cathares et aux templiers, notamment au mythe entretenu autour de Gisors.

L’association par la désassociation, l’union par la déstructuration, la présence absolue des éléments absents, concourent chez Coutaud à une traversée, à un « transparaître » qui conduit à l’essentiel. Un presque rien infiniment signifiant."

incoherism.wordpress.com, novembre 2014.




Critiques

" Des poèmes à vivre, des poèmes de l'humain. Un poète qui porte le feu de la nuit. Du grand art ! A lire absolument. "

Revue la main millénaire n°5, 2013.

 

" Ces textes d'André Prodhomme, d'une écriture limpide, au sens directement accessible, aident à Boire un verre entre vieux copains / Tendre l'oreille à un vieux phono / Sourire à un étranger / Sans trop de manières.Cette manière d'apostropher son prochain n'aime pas la tisane, mais plutôt l'Armagnac fort de l'humanisme fraternel ! Les mots osent ici la liberté et la magie, fredonnent à l'oreille du coeur, cherchent en douceur à laisser filer le silence. Cette poésie est arc-en-ciel dont on se souvient longtemps. "

Jean-Luc Maxence (in revues Les Cahiers du Sens, 2013).

 

" Dans sa vie comme dans ses poèmes, l’humain prédomine, écrit Christophe Dauphin en introduction de sa préface. C’est dire si, déjà, la barre est haute, le soleil de vie, brûlant. Christophe Dauphin qui connaît bien André Prodhomme, nous dit tout ou presque tout de ce qu’il faut savoir sur l’œuvre de  l’auteur de L’Innocence avec rage.  L’œuvre est constituée de huit livres de poèmes d’Au soleil d’or (1983) à Il me reste la rivière (2009) en passant par Poèmes ferroviaires (1986), Surtout quand je n’ai pas soif (1989), L’Innocence avec rage (1996), Poèmes fatigués (2000), Dans la couleur des merles - poèmes à deux voix écrits avec son ami Jean-Claude Tardif (2003). Christophe Dauphin nous dit également que Prodhomme se rattache au courant de la Poésie pour vivre (voir le manifeste de Jean Breton et Serge Brindeau) de la poésie contemporaine. Sans oublier que le jazz, écrit encore Christophe Dauphin, innerve, alimente la vie et la création du poète. Ainsi, Prodhomme écrira L’Emeute, long poème de quatre- vingt pages où l‘auteur allie son amour des mots et des notes. On retrouve dans  Poèmes accordés, d’ailleurs, l’hommage vibrant du poète au jazz et à ses musiciens : Monk, Coltrane, Billie Holiday, Lester Young, Charlie Parker… Avec "Poèmes à vivre" et "Le dire du silence", dédié à Jean Breton s’ouvre le temps de la douleur ( Ma souffrance le chiffon qui lustre le désespoir / Lorsqu’il s’ennuie), de la mère (Chaque mot qu’elle m’a donné aspire sa propre sève / Jusqu’au tarissement du sens) Le livre est écrit sans une fausse note,  l’essentiel y est dit, simplement, humblement avec des mots de tous les jours, des mots qui glissent à la lecture, comme si la musique de jazz s’interpénétrant avec le poème, tout ruisselait d’un bonheur sensible, aigu, vertigineusement profond. La même veine poétique nous fait cheminer tout au long du livre de cette ville  faite pour l’enfant/ qui ne porte pas le nom de son père à ce très beau poème de la beauté d’être. La mélopée des images, cette manière d’être du poète - à la fois  présent et regardant- ne cesse de nous étonner : J’ai dans la tête l’automne Ses couleurs quand son visage y semble un achèvement. Arrivant au bout du livre, le poète n’abdique rien. Il est au plus près de sa création, qu’il nous parle de Chagall, d’Apollinaire ou de Villon. Ses mots rendent compte de la vie vécue, des rencontres, de son travail à mains nues. Mais sous son regard,  l’écriture s’ouvre à une dimension insoupçonnée : Il dessine avec ses doigts avec son souffle / L’inconnaissable / Il dit quelque chose / Que je n’avais jamais entendu. Poésie du feu et de l’âme, chant noir basculant dans l’aurore, la poésie d’André Prodhomme nous hisse vers les sommets. Du grand art.

Jean-Pierre Védrines (in revue Les Hommes sans Epaules n°36, 2013).

 

" Les Poèmes accordés, lettre à Laurent (Epstein, pianiste de jazz), suivi de l’Innocence avec rage, m’a permis de renouer avec le jazz qui a hanté mes années d’errance dans un Bruxelles où cette musique était presque une signature de la ville avec Django, Jean Omer ou Fud Candrix… André Prodhomme, passionné d’une génération encore plus proche, avec Coltrane et Miles Davis, fait suivre ces premiers textes de deux autres ensembles : Poèmes à vivre et Un peu d’innocence se vole avec rage, qui auraient pu dignement figurer dans le titre. C’est que mes souvenirs, avec les rencontres des surréalistes bruxellois et le groupe Cobra font partie de cette part importante de ma vie où je naviguais sans visibilité au travers des sons et de ma parole en ne refusant aucune marginalité si elle restait musicale et créatrice. Et j’ai peu changé. Prodhomme lui aussi écrit et criez ses textes comme un saxo chante. Dauphin présente le tout avec rage."

Paul Van Melle (in Inédits Nouveau n°264, La Hulpe, Belgique, septembre 2013).

 

« La poésie n’a pas de raison d’être, pas de projet, pas d’obligation. Elle est rien, n’aspire à rien. Née d’un excès de liberté, elle vit et meurt en chaque poète et cela lui suffit. Cet excès de liberté la rend disponible, mystérieusement  disponible ; et qui répondra à son invite s’éprouvera vivre, vivre tout simplement. Ces mots me viennent en souvenir de la lecture de Poèmes accordés, lettre à Laurent d’André Prodhomme. Le recueil dégage bien d’autres réflexions sur la poésie alors que ce n’est aucunement son propos. Par exemple, la simplicité qui se dégage de ses poèmes vient-elle de son (apparente) simplicité  formelle ? Faut-il, pour être simple, n’avoir aucun souci formel ? Ces réflexions, ces questions n’ont pas grande importance, en fait. Elles cherchent simplement à prolonger le plaisir de la rencontre et visent à partager ce qui relève d’un moment d’intimité comme en produit la poésie d’André Prodhomme. Quelques vers m’ont touché, comme ceux sur le jazz : « Quand j’approche d’un disque de Monk (…) / je réponds à un appel / venu comme une averse » ; ou bien « nos corps balancent doucement » ; ou encore « il est l’heure de faire un saut vers l’enfance » ; ou enfin « Ce soir-là à Argyl Street / Maguy et moi buvions des bières » (notez l’outrecuidance des trois « a » du premier vers qui m’apparaissent comme une moquerie de la première phrase de Salammbô : « C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar »). Comme il est bon d’être au côté du poète et de l’écouter nous dire l’heure qui passe en lui. La vie est si grande quand elle est rendue à sa simplicité première. A noter dans ce recueil, la préface de Christophe Dauphin qui met en perspective la filiation d’André Prodhomme à la communauté de la « Poésie pour vivre » qui se regroupa autour de Jean Breton et Serge Brindeau. La citation qui sert d’ouverture montre que la simplicité n’est pas sans un engagement profond du poète : « Capter le choc du vécu avant de lui obéir et de le restituer. » La simplicité de vivre est la vertu des âmes fortes et humbles. »

Pierrick de CHERMONT (in revue Nunc n°31, octobre 2013).




Lecture

"L'exercice de l'humour nécessite un recul et une perspective morale ; il charge le rire de gravité, voire de larmes, car le tragique y fait souvent son lit ; il compte autant sur les stratégies que sur les délires de l'imagination.

Drôles de rires est une anthologie de textes d'humour enrichie par de nombreux dessins de Chaval, Piem, Serre... Des pensées d'humour (ou aphorismes) accompagnent les textes - nombre d'elles inédites, les autres nous ont semblé relever du meilleur du genre. L'oeuvre d'humour, mêlant scepticisme et idéalisme, propose des niveaux de survie, ou la vie quotidienne et le fanstastique, la tendresse et la cruauté, le ridicule et l'étrange s'aboutonnent."

Mirela Papachlimintzou (in revue Contact n°81, Athènes, Grèce, mars 2018).

*

Les Hommes sans Épaules éditions publie régulièrement des anthologies. Des volumes généreux, à la couverture blanche, et des mines de diamants taillés par Christophe Dauphin. Il édifie le parcours d’un auteur à travers les œuvres convoquées, dont les étapes sont motivées par ses choix éditoriaux. Ceux-ci sont expliqués dans une préface et une postface, dont il est l’auteur, ou bien qui sont signées par un de ses nombreux  collaborateurs. 

Le lecteur peut alors apprécier les extraits proposés, les replacer dans u contexte illustré par des documents iconographiques d’une grande richesse, eux aussi. Une immersion dans l’univers d’un auteur, qui est à découvrir ou à comprendre dans la globalité d’une démarche exposée dans le déroulé temporel de ses productions, en lien avec une existence dont certains moments sont éclairés par la mise en œuvre.

Ces anthologies sont élaborées autour de thématiques. Drôles de rires signée Alain Breton et Sébastien Colmagro nous propose un florilège de morceaux choisis parmi les productions d’auteurs tels Sacha Guitry, Alphonse Allais…Un tour d’horizon d’Aphorismes, contes et fables, Une anthologie de l’humour de Allais Alphonse à Allen Woody, avec en ouverture une belle préface des auteurs, et un extrait du Rire de Bergson. Pour clausule un Après rire… Un groupement de textes d’un grande richesse, qui interroge l’ancrage historique et social de l’humour, problématique bien sûr relevée par le paratexte. Et comme pour chaque volume du genre, pléthore de documents iconographiques établissent un dialogisme riche et pertinent avec les textes. 

En plus d’un moment jubilatoire, le lecteur peut réfléchir sur la question du rire, car ce groupement de textes propose un cadre de réflexion dont les enjeux nous sont montrés par le paratexte. Mystification, dérision, non-sens, ironie, parodie, la liste peut-être longue, et ces modalités humoristiques sont à prendre très au sérieux. A  la fin du dix-neuvième siècle le comique a été le premier moyen d’expression d’une crise du sens, bien avant que l’absurdité ne soit la trame féconde d’oeuvres plus sérieuses… 

Carole MESROBIAN (cf. "Les anthologies à entête des Hommes sans Épaules" in recoursaupoeme.fr, 4 janvier 2019).



Lecture

"L'exercice de l'humour nécessite un recul et une perspective morale ; il charge le rire de gravité, voire de larmes, car le tragique y fait souvent son lit ; il compte autant sur les stratégies que sur les délires de l'imagination.

Drôles de rires est une anthologie de textes d'humour enrichie par de nombreux dessins de Chaval, Piem, Serre... Des pensées d'humour (ou aphorismes) accompagnent les textes - nombre d'elles inédites, les autres nous ont semblé relever du meilleur du genre. L'oeuvre d'humour, mêlant scepticisme et idéalisme, propose des niveaux de survie, ou la vie quotidienne et le fanstastique, la tendresse et la cruauté, le ridicule et l'étrange s'aboutonnent."

Mirela Papachlimintzou (in revue Contact n°81, Athènes, Grèce, mars 2018).

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Les Hommes sans Épaules éditions publie régulièrement des anthologies. Des volumes généreux, à la couverture blanche, et des mines de diamants taillés par Christophe Dauphin. Il édifie le parcours d’un auteur à travers les œuvres convoquées, dont les étapes sont motivées par ses choix éditoriaux. Ceux-ci sont expliqués dans une préface et une postface, dont il est l’auteur, ou bien qui sont signées par un de ses nombreux  collaborateurs. 

Le lecteur peut alors apprécier les extraits proposés, les replacer dans u contexte illustré par des documents iconographiques d’une grande richesse, eux aussi. Une immersion dans l’univers d’un auteur, qui est à découvrir ou à comprendre dans la globalité d’une démarche exposée dans le déroulé temporel de ses productions, en lien avec une existence dont certains moments sont éclairés par la mise en œuvre.

Ces anthologies sont élaborées autour de thématiques. Drôles de rires signée Alain Breton et Sébastien Colmagro nous propose un florilège de morceaux choisis parmi les productions d’auteurs tels Sacha Guitry, Alphonse Allais…Un tour d’horizon d’Aphorismes, contes et fables, Une anthologie de l’humour de Allais Alphonse à Allen Woody, avec en ouverture une belle préface des auteurs, et un extrait du Rire de Bergson. Pour clausule un Après rire… Un groupement de textes d’un grande richesse, qui interroge l’ancrage historique et social de l’humour, problématique bien sûr relevée par le paratexte. Et comme pour chaque volume du genre, pléthore de documents iconographiques établissent un dialogisme riche et pertinent avec les textes. 

En plus d’un moment jubilatoire, le lecteur peut réfléchir sur la question du rire, car ce groupement de textes propose un cadre de réflexion dont les enjeux nous sont montrés par le paratexte. Mystification, dérision, non-sens, ironie, parodie, la liste peut-être longue, et ces modalités humoristiques sont à prendre très au sérieux. A  la fin du dix-neuvième siècle le comique a été le premier moyen d’expression d’une crise du sens, bien avant que l’absurdité ne soit la trame féconde d’oeuvres plus sérieuses… 

Carole MESROBIAN (cf. "Les anthologies à entête des Hommes sans Épaules" in recoursaupoeme.fr, 4 janvier 2019).




Lectures :

Je suivrai la découpe en quatre parties de cette œuvre.

1 – « Brûlant l’été ». Il y a dans l’écriture de Paul Farellier ce que l’on serait tenté d’appeler, telle une source de signes et d’appels sous-jacents, une imagerie musicale. Je ne parle pas de sonorité, mais bien d’une émanation des images, des constructions poétiques, métaphoriques, associatives, autant de parties qui, par une jonction supérieure entre la vue et une ouïe absolue, métaphysique, et qui ne tranche pas, dispensent de très justes, nouvelles et lisibles harmonies.

Ces sons d’images nous pénètrent et changent notre rapport à la lettre et à notre posture, créant à notre insu un imperceptible mouvement spirituel. Nous sommes en état d’écoute totale, d’engagement manifeste ; en désir d’écoute sacrée. La maison, loin dans le parc, / fenêtre ouverte à la harpe, / à des mains en pente de lumière. Voilà un flux qui se retrouve, se reprend sans fin à son début. Écoute le corps, le corps blessé, exténué du poète dans le mystère du ciel, de la vie et de la mort. Pas n’importe quel corps, le corps donné, trop éprouvé, subtilisé, du poète, offrande et quête, celui-ci toujours à la tâche, soucieux, secret, liturgique, hiératique, éthéré, intemporel.

Tant d’absences, de séparations, de sanctions d’être gisent en lui ! Aussi sommes-nous en état de miroir sublimé, de miroir rituel. Quel dieu sans paupière / dans le regard des morts ? / Quel jamais dessillé ? / La main tremble encore / d’avoir fermé ce bleu. Paul Farellier a un sens si altier de l’être poétique que tout en lui, les mots durs sur le temps qui passe, les angoisses solennelles sur les jours qui s’amenuisent, sur l’exposant sensible des disparitions, le constat insatiable sur le sens de sa vie en écriture et l’exigence d’en rendre compte dans sa claire et douce tonalité, tout en lui est dignité de la langue et célébration.

Il est bon de capter la noblesse, les étincelles lyriques de son parcours intérieur. Il est bon de les faire siennes, de les laisser rallumer la chaleur du cœur. Le faux, le mensonge, la lâcheté, le refus de se voir en héros tout autant qu’en vaincu, le feu pur de ses mots les aura dissipés. Et dans ce feu, qui ne voudrait s’y entendre nommer ? Partager la tragédie du vrai avec lui. Paul Farellier, ce n’est pas un feu qui s’épuise en un livre. C’est celui dont il nous fait don et qui se propage en nos propres assises. La trace ? Une très sensible et presque en larmes reconnaissance. Ce bref recueil est d’un bout à l’autre un champ d’honneur poétique. 

2 – « Dessiné dans le noir et dans le blanc ». Et le voici à nouveau dans cette exténuation du vivre et du dire qui sollicite de nouvelles forces en lui. Je ne connais rien de plus admirable que ce poète à bout de tout qui, dans une majesté, un soulèvement quasi biblique, une tension de pauvre, de défait et d’invulnérable, une puissance poétique hors d’atteinte, inaltérable, défie les lois et les décrets de l’existence. Figure mythique, c’est au moment où tout fait clôture ici, / tout est serré dans ce poing / qui pourtant n’enferme que le vide / oblige à des riens d’ombre, à des façons de taire, que ces forces tant espérées, et au-delà, lui sont conférées, car ce que

Paul Farellier énonce ainsi, retranché de tout énoncé fautif et impur, est lumière. Plus son propos s’obscurcit, plus jaillit un point lumineux immesurable, infinissable, et ce seul point nous aurait suffi pour concevoir et recevoir toute sa clarté, si ce n’est qu’il s’allonge sans cesse, varie, se fluidifie tant que notre souffle, notre savoir et notre expérience, peuvent l’appréhender. Nous avons entendu les temps riches, les temps mornes, infinis, du combat, mais la splendeur du vrai qu’il nous transmet, cette beauté nue, cette communion incorruptible, cette joie que nous concevons de cette transmission, l’entend-il ? Sa solitude est notre présent / futur, notre totalité, notre envergure.

3 – « Approches ».  Deux mondes, deux horizons temporels se font face, beaucoup plus subtils, plus éthérés que la distinction entre passé et avenir, ou alors dans le sens où ils seraient devenus deux nébuleuses consacrées, deux textes saints sur les fins et les crépuscules de la connaissance. Partout des saisies de mystère s’esquissent, s’agrègent, des avènements mystiques, certains sans prise, ni forme, ni habit qui ont eu le temps cependant de nous enchanter, de laisser une empreinte éblouie dans le mouvement de notre pensée. Mais il y a une modestie suprême dans l’âme du poète Paul Farellier, qui laisse les trésors à leur place et refuse de s’en emparer. L‘itinéraire est doublé : / il faut errer sur les deux bords. / C’est cela, les anciens, qui nous donne / des glissades au regard / - demi-sourire, / demi-larme. 4 – « Le pas de l’heure ».

Nous avons vu que l’amour des évocations, des questions et réponses dans des échanges éblouissants de style, de tension, de chants neufs et aveugles, s’éludait parce que l’élévation innocente de l’auteur, pour que se perpétue cette élévation, les avait conçus ainsi, jusqu’à ce que dans « Le pas de l’heure » l’interrogation consente à naître dans son entièreté, et que la mort animale – symétrique – prête son flanc à l’animal poétique. Mais cette fois avec la main, les armes et les larmes du poète nous y sommes préparés. Abolition du mode vivant, litanie des disparus, doutes sur les fondements même de l’origine, lave, ruines, sentier brûlé d’oubli, tout émerge enfin de la sidération et de la douleur de survivre, et la pensée s’affine, s’aiguise, devient comme un stylet, une main rituelle pour dévoiler le sacré, laisser sa trace dans le sillon de l’inconnu.

« Le pas de l’heure » résiliant le cauchemar, le contrat du faux pas, est cette lisière où la surprise, l’étonnement, le foudroiement de l’homme et de l’être se régénèrent partiellement et attendent le passeur / passant tout au bout de cette route… / si même il reste une route. / Toi qui dors, flottant sous ta fenêtre, - es-tu le songe - d’une barque adossée à l’orage ? - Sens-tu mourir cette heure où la mer - soudain te freine, - affale sa voile dans ton souffle ? - Puisse l’éclair te prêter une aube : - brise ta vitre, - sois l’enfant des désordres du ciel.  

Pierrick de Chermont (in revue Les Hommes sans Epaules n°59, mars 2025).

*

C’est tout le jeu des polarités peu sereines de la vie qui est condensée dans la poésie de Paul Farellier. Un précipité d’incertitudes qui devrait nous angoisser et qui pourtant nous libère. L’épure du verbe de Paul Farellier est aussi épure de l’expérience humaine. Il rend ainsi l’essentiel accessible. Les mots, par « leur pointe aiguisée », retrouvent leur puissance.

 

Vivre n’a pas suffi

à te frayer le passage.

 

Et rien n’est visible encore

dans ta vitre embuée.

 

En travers de ta porte,

un dragon reste couché.

 

Au loin peut-être

                              et plus tard,

ton pas sur le sentier.

 

L’ouvrage, porté par les monotypes de Béatrice Cazaubon qui appellent à une méditation tranquille, sans objet et sans sujet, rassemble deux ensembles de poèmes, Chemin de buées puis Le pas de l’heure, un titre qui a lui seul évoque aussi bien la mort que l’éternité.

 

Quel dieu sans paupière

dans le regard des morts ?

 

Quel jamais dessillé ?

 

La main tremble, encore

d’avoir fermé ce bleu.

 

C’est l’intensité de l’instant présent, fusse-t-il un combat perdu d’avance, qui ouvre un intervalle enchanté, une porte lumineuse au cœur de l’obscur. Rien ne peut empêcher la beauté des mots de révéler l’innommable, le « vrai visage ». Nous sommes touchés par la lente irradiation des mots.

 

Quelle absence as-tu creusée

 

pour n’y trouver que la peur,

n’en exhumer que le cri ?

 

Va plus loin dans ton mur d’ombre,

 

franchis l’embrasure,

dépasse le rideau qu’entaillent les vents,

 

Reprends-leur la main de ta mémoire,

 

entends-la qui souffle sur le seuil

dans les mille voix de sa feuillure,

 

A deux battants de lumière

qui t’ouvre ses portes bleues

 

Dans l’œil et l’oubli futurs.

 

Pour l’ensemble de son œuvre, Paul Farellier a reçu en 2015 le Grand Prix de Poésie de la Société des gens de lettres couronnant son livre L’Entretien devant la nuit, Poèmes 1968-2013.

Rémi BOYER (in lettreducrocodile.over-blog.net, janvier 2025).

*

Juriste international et poète, Paul Farellier, né en 1934, a publié son premier livre L’Intempérie douce, au Pont de L’Épée de Guy Chambelland, en 1984. Il est membre du comité de rédaction de la revue Les Hommes sans Épaules, que dirige Christophe Dauphin.

C’est dans la collection « Peinture et Parole », que paraît son dernier livre, Le pas de l’heure, dont le titre est aussi celui de la dernière section.

L’ensemble est ponctué d’énigmatiques monotypes de bris, effacements et griffures : vestiges d’impressions ombrées, en déshérence, de Béatrice Cazaubon. Poésie en vers libres d’une musicalité subtile, la parole de Paul Farellier sonde la difficulté d’être et la fugacité du passage de l’âge d’homme à) la fin sur le mode métaphorique : « Vivre, - ce n’était plus qu’une saison, - l’épuisement d’une aile, - ce jardin de cendres : / à l’épais du feuillage / brûlant l’été – le vert écobuage / du soleil enseveli. »

L’écrit singulier pourtant demeure : « Il ne reste que les mots, - leur pointe aiguisée ; / le flanc percé de la parole, - poussière et sang… » Bouteille à la mer, encre ou buée sur la vitre, sans espoir de salut : « sac de gravats – que l’on jette en travers de la selle ». Dernier galop avant le saut dans le vide, la nuit éternelle : « N’as-tu fait que durer, / n’as-tu rien pelleté que ce petit tas du vivre ? »

Pourtant la quête du sens, jusqu’au bout continue : « Passé le poste frontière, / le temps n’est plus fléché, - ta course est un vide. / Tu vis sur parole : - ton fin mot est chemin… » Vers le haut qui exige effort et concentration, le regard avide : « Cette lumière – à gravir, l’œil serré sur la soif – tel un silence de plus en plus aride, - efface le chemin… »

Gravir encore, se dépasser enfin, résister à l’écroulement, « à l’absence promise » : « S’agripper là, - à flanc de roche ? / Se poursuivre seul – sur l’étroite rive ? » (Approches).

Dans cette même section du livre, le poète réunit tous les arts dans sa démarche de célébration de la beauté partout où il l’accueille : « A des moments – j’étais, dit-il, le peintre – affolé de lumière, - et à d’autres le graveur – qui tentait d’inaugurer les ombres, / puis même le musicien, - le madrigaliste, - quand j’ai descendu et remonté – la bruissante échelle – qu’on voyait appuyée sur le ciel. »

Dans Le Pas de l’heure, le vieux poète sommeillant rêve : « es-tu le songe – d’une barque adossée à l’orage ? » En un sursaut d’ardeur, il s’exclame : « Puisse l’éclair te prêter une aube : - brise ta vitre, - sois l’enfant des désordres du ciel. »

L’absence des disparus, de l’amour perdu, ravive « le sourd sanglot » : « Seul à seule étiez-vous – seule à seul a-t-il fui – le dieu d’entre vos souffles » Il anticipe sa propre disparition tel un Exode : « j’ouvre un chemin, - je surprends une autre terre ».

Suit ce combat contre la mort, glaçant, esquissé au réveil : « Toute la nuit, j’ai lutté – contre quelqu’un qui voulait – m’arracher de ma peau ; / C’était comme un vêtement, / un drap que l’on tirait de mon corps, - une dépouille, un filet de vie, / le tissu de mon nom. »

Livre d’adieu : « Pose le crayon, n’ajoute rien à l’épure… » Lyrisme sobre, chant profond.

Michel MENACHE (in revue Europe n°1153, mai 2025).

*

Il y a une forme d'indécence à parler de ce dernier recueil de Paul Farellier, à entrer à sa suite au plus intime d'un être, à l'écouter dans son ultime dialogue avec la mort, qui est ce Pas de l'heure. Oui, il y a une gravité dans cette voix déjà au loin - et comme l'heure est soudainement immense tandis que la main amie que vous teniez dans la vôtre s'efface et s'indistingue dans la lumière qui l'ensevelit ! « La maison, loin dans le parc, / fenêtre ouverte à la harpe / à des mains en pente de lumière, / à des voix qu'il fut donné de perdre. » Ainsi débute le recueil, s'ouvrant sur l'été et son « jardin de cendres » où les mots avec « leur pointe aiguisée » brillent comme des « tessons » et où l'on demeure perdu avec les « yeux de ton silence».

Nous le regardons, nous voudrions l'assurer de notre présence, offrir à son regard le nôtre. Sans nous voir, il nous interroge : « Dites I...] Y a-t-il un chemin [...] Est-il une fin / où vont les pas / hors limite / avalés par le vide ? » Puis, après un silence, la voix se prolonge en un solitaire monologue: « Vivre n'a pas suffi / à te frayer un passage » et ici « même la lumière est sans sépulture », et l'on n'est qu'« un songe à l'urne glacée ».

Alors, commencent l'exode et la lutte « contre quelqu'un qui voulait / m'arracher la peau » ; et à qui désormais il s'adresse et se confie : oui, j'ai rêvé « l'immérité d'un signe », attendu « de tremblantes nouvelles ». Oui j'ai cherché un mouillage sur l'île « où il reste à vivre », même si, ultime ironie railleuse, vivre alors ne signifie que « dormir sous un nom de pierre ». Au dernier poème, « Pose le crayon, n'ajoute rien à l'épure » tandis que « la rive te délivre et tu vas » vers « une ignorance neuve ».

Peut-être que toute la poésie de Paul Farellier, dont Les Hommes sans Epaules avaient publié en 2014 une anthologie, L'Entretien avec la nuit, ne visait qu'à préparer ces ultimes poèmes qui s'avancent si près de la rive intérieure où il ne sait « s'il rajeunit ou s'il meurt » tandis que, penché en lui, se laisse découvrir « le sombre du vrai visage ».

Pierrick de CHERMONT (in revue Possibles n° 36, 2025).

 




Lectures critiques :

Enveloppe ouverte, on croit un moment halluciner ! Une nouvelle livraison de la revue Le Cri d’os, pourtant disparue en 2003 ! La couverture est un peu plus étroite et le papier différent, avec ici photo couleur et pelliculage… En fait, elle ressuscite pour un n° spécial consacré entièrement à feu son animateur, le poète Jacques Simonomis, grâce à Christophe Dauphin et aux Hommes sans Épaules éditions.

On est donc aux confins du numéro de revue et de la monographie. La revue a existé dix ans entre 2003 et 2013, s’est arrêtée au n° 40 (moitié trimestrielle, moitié semestrielle). Et Jacques Simonomis s’est éteint, il y a dix ans tout juste.

Cette présentation en trompe l’œil et pour rire ferait presque oublier que Simonomis fut surtout un poète avant d’être, une décennie durant, un revuiste incontournable. L’hommage qui lui est rendu remet les choses en perspective. Christophe Dauphin, dans une première partie fournie, s’attarde chronologiquement sur la vie et l’œuvre du poète, en s’intéressant à chacun de ses recueils. Ainsi qu’à son engagement libertaire et humaniste, qui lui fera consacrer des études à Tristan Corbière et Gaston Couté... Pacifiste aussi puisqu’il connut la guerre d’Algérie pendant vingt-huit mois, comme toute cette génération de poètes qui en fut profondément marquée. Simonomis reste original, puisque sa poésie, et au-delà son écriture, sont difficilement classables. Gravité et légèreté se croisent, réalisme et imagination voisinent, fantastique, fantaisie et humour cohabitent, le tout dans une langue où le lexique n’a pas de limite. Simonomis qui a fait de son nom un palindrome, a trouvé un style, une plume et un ton pour le moins singuliers.

Nous qui ne sommes pas « nés » / gens sans terre sans fortune / petit peuple qu’on range / d’un coup de trompe ou de langue / avec la meute... Il a su faire de son socle prolétarien un tremplin pour un imaginaire débridé, insolite et fantaisiste. On a / volé le tapis volant / reflétri le roseau pensant / coupé la bosse au dromadaire / fait la guerre au propriétaire.  Avec grand appétit de vie et conquête du temps : je ne crois plus à mon déclin j’appartiens à la route / j’ai faim.  Son sens du merveilleux se marie parfaitement à l’érotisme dont le poète est friand : De mes poings sortent des oiseaux. Autour de tes seins, je tatoue des poèmes que tu ne peux pas lire.

Jacques Simonomis est à lire, ou découvrir. « J’écris pour ne pas me rendre », écrit-il. Poète plus complexe qu’il ne paraît, il a su couler sa poésie si personnelle dans l’éventail des formes, de l’aphorisme à l’histoire courte pour chaque fois faire mouche :

Perfectionniste, il raturait ses ratures.

LE CLANDESTIN

Le train s’arrêta. Je sautai sur le ballast et longeai les wagons plombés à la recherche d’un signe. Un ver luisant me prit la main. Nous évitions les aiguillages où le destin bascule car nous voulions toucher le bout des nuits, là où la solitude, la liberté et la mort étendent sur le champ le drap du jour nouveau.

Jacques MORIN ("La revue du mois" in dechargelarevue.com, mai 2015).

*

"Dans le travail d’information que mène Ent’revues, repérer les revues naissantes est la moindre des choses. Aviser de la fin d’une revue est moins évident : la revue s’arrête-t-elle, est elle arrêtée, empêchée, agonisante ? Et puis un dernier numéro peut apparaître, épuisant les inédits, fonds de tiroirs, de rédaction. Il ne s’agit pas de cela ici. Le Cri d’os, achevé d’imprimer cet avril 2015, est le « no 41/42 et ultime dernier ». Cette revue fut créée en 1993 et publiée jusqu’en 2003 sous la direction de Jacques Simonomis. Sous ce palindrome spéculaire se cache – à peine – un autodidacte atypique, poète truculent et combatif, « [de] la lignée d’un Corbière, d’un Alfred Jarry ou d’un Paul Vincensini ». D’ailleurs, il écrit :
« JE SUIS SIMONOMIS ho hisse
 mon nom claque sur mes cuisses
 avec mes mains
 rieuses paysannes. »
Il est mort il y a dix ans : Les Hommes sans Épaules éditions lui rendent hommage en publiant cette livraison singulière. Il s’agit de la réédition d’un essai de Christophe Dauphin paru en 2001, revu et augmenté, et complété d’un important choix de textes et poèmes reflétant l’œuvre multiple, foisonnante.

Laissons la parole à celui qui fut aussi un animateur de Soleil des loups (1985-1992) :
« Je ne veux pas mourir dans la peau d’un revuiste, mais dans celle d’un poète indépendant. J’aurais acquis, dans cette aventure, un immense respect pour les responsables de revues, même celles que je n’aime pas ou qui m’ont été hostiles. J’ai fait ce que j’ai pu, comme j’ai pu, avec ce que j’avais. En définitive, Le Cri d’os m’aura apporté plus d’emmerdements que de joie. Mais il est trop tôt pour dresser un bilan. »

À noter, Les Hommes sans Épaules seront présents au 25e Salon de la revue, et présenteront sur leur stand la revue Le Cri d’os."

ENT’REVUES, le journal des revues culturelles (in entrevues.org, mai 2015).

*

" Un remarquable et inattendu hommage au maître d’œuvre de la revue Le Cri d’os qui parut de 1993 à 2003, soit la même époque que Gros Textes. Ce numéro met également l’accent sur le poète Simonomis. L’ensemble est une passionnante page d’histoire littéraire de la marge et nous donne à lire quelques échantillons de la langue riche d’un qui apprit le métier chez Corbière, Couté ou Richepin. "

Yves ARTUFEL (in grostextes.over-blog.com, 11 mai 2015).

*

« Jacques Simonomis nous a quittés en 2005, deux ans après avoir publié le dernier numéro de la revue Le Cri d’os, fondée en 1993. Nous devons à Christophe Dauphin ce numéro exceptionnel et inattendu d’une revue emblématique en hommage à son fondateur. Le Cri d’os, annonce-t-il, ce sont « neuf cents notes de lecture, trois cents auteurs différents, quatre-vingts illustrateurs » plus « de nombreux numéros spéciaux consacrés à Max Jacob, L’école la poésie, François Jacqmin, L’Homme et l’œuvre, Jean Cassou, Le surréalisme américain, Norbert Lelubre, Théodore Koenig, Luc Decaunes, L’Erotisme…) ». Une œuvre énorme, tranchante et puissante comme seuls les poètes savent le faire.

Cet ultime numéro est composé de deux parties, un long portrait, presque une biographie avisée, dressé par Christophe Dauphin, compagnon de route de Jacques Simonomis, et un ensemble de textes et poèmes choisis de Jacques Simonomis. Et d’abord ces mots de Christophe Dauphin qui donne un sens aigu au nom de la revue, Le Cri d’os : « Simonomis dévorait la vie avec excès, comme pour conjurer les blessures et les frustrations d’une jeunesse bafouée et mal vécue. Simonomis, c’était le fils du peuple et de la mère-caresse, de la mère-douleur et du père volage qui dépensait sans compter l’argent du ménage. Une enfance mutilée jusque dans les rides de la mère. Simonomis, c’était le jeune homme au regard d’abîme, au dossard illisible, qui dut gagner son pain d’adolescent. C’était l’autodidacte total, parfait et rageur, l’homme de la culture intégrale, y compris et surtout populaire, les plaies du réel, la marche sur le fil du rasoir. Simonomis – il me l’a dit à plusieurs reprises –, n’avait pas peur de la mort. (…) Simonomis invente son monde et son univers, qui débouchent sur une mythologie personnelle. En cela, dans un monde aussi étriqué que le nôtre, l’aventure du Cri d’os créa-t-elle un espace de liberté et d’ouverture en libérant un précieux oxygène. Derrière la bonhommie de l’ours, comme derrière son rire énorme, il y avait tant de fêlures. Tout était à vif. Simonomis était parfois entêté, emporté et maladroit, susceptible, mais toujours fraternel et entier. »

Et de citer Jean Despert : « il faut l’avoir vu se hérisser lorsqu’on tente de se mettre en travers de sa liberté d’homme et de poète. Car, il y a le poète, le narrateur, le critique, le polémiste, l’homme aux quelque trente ouvrages drus comme lui, chargés d’humour et de dynamite de tendresse pour les uns, d’acide décapant pour les autres, avec cette sensibilité à vif de peau et de cœur qui vous entre dans la poitrine et le cerveau pour y creuser un chemin qui vous mènera parfois plus loin qu’il ne le souhaitait… »

L’homme, talentueux, est attachant et ne laisse pas indifférent, il secoue, il réveille. Les témoignages recueillis pour ce numéro ultime concordent sur un point essentiel, ceux qui le côtoient se sentent davantage vivants.

Jacques Simonomis a commencé à écrire tôt pour n’être publié qu’à trente-cinq ans. Bien sûr, il se heurta à l’indifférence et à la bêtise du milieu littéraire dans lequel il ne connaissait personne. Son premier recueil, Les Sirènes avec nous, paraîtra en 1975, une poésie troubadouresque qui précèdera une trilogie de jeunesse au caractère très vital. Il commence à fréquenter les poètes mais à part Jean Cassou, ces rencontres ne seront pas décisives et se révèleront plutôt décevantes. Avant de fonder Le Cri d’os, il collaborera à de nombreuses revues et en animera certaines comme Soleil des loups de 1985 à 1991.

Son œuvre est marquée par la gravité, notamment quand il traite de la guerre : il a vécu la guerre d’Algérie. Jacques Simonomis ne laisse passer aucune des turpitudes humaines même s’il sait aussi faire preuve de légèreté, s’exerçant à la caricature ou au burlesque. L’œuvre est sombre. Mais plane toujours dans ses poèmes la lumière, même pâle, qu’apportent la révolte et l’inconditionnalité. Et l’amour, toujours présent à travers sa compagne et muse, Yvette Demay.

Le flibustier laisse son œuvre comme un hymne à la liberté. Il appelle au combat permanent. Il a cherché des mots pour se battre, il les a trouvés, il nous les a laissés pour que nous poursuivions le combat."

Rémi BOYER (in incoherism.wordpress.com, 7 juin 2015).

*

« Après nous, un dossier encore pour Simonomis. Avant tout le dernier numéro 41/42, posthume hélas, du « Cri d’os », hommage imposant et essentiel de Christophe dauphin au grand Jacques, plus que complet, grâce aux documents prêtés par sa chère Yvette et les souvenirs encore si vivants de l’impossible et si humain et authentique anar. »

Paul VAN MELLE (in Inédit Nouveau n°275, juillet 2015, La Hulpe, Belgique).

*

"Ce fort volume de 240 pages, donné comme l’ultime dernier de la revue Le Cri d’os [1993-2003], cependant édité par Les Hommes sans Épaules, s’avère un régal. La première moitié du volume est consacrée à une présentation du poète Simonomis, 37 ouvrages parus, un prix obtenu en 1993 auprès de la SGDL, un poète peu connu donc, présentation signée Christophe Dauphin. Et la seconde moitié fournit un copieux choix de poèmes qui retient plus que l’attention.

La présentation, riche d’informations sur la vie poétique des cinquante dernières années, est conduite avec adresse, lucidité, et une confraternité du meilleur aloi. C’est une analyse de l’œuvre et un témoignage à la fois dont les cinq parties se lisent d’une traite. Cela commence par le vif portrait d’un « jeune homme au regard d’abîme, au dossard illisible, qui dut gagner son pain adolescent ». Au travail, en effet, dès l’âge de 17 ans, le poète a acquis sa culture en autodidacte. Il pourra écrire, ne publiant son premier volume qu’à 35 ans, « ma poésie ne sort pas des livres ». Péguy, rapporte Gérard Cléry dans sa préface à ce livre, notait qu’un « mot n’est pas le même selon un écrivain ou un autre : l’un se l’arrache du ventre, l’autre le tire de son pardessus ». Simonomis écrivait à peau nue. C’est sans doute en partie pourquoi « le milieu le reçut à bras fermés » et pourquoi cet ouvrage est si émouvant.

Christophe Dauphin, qui a de même présenté Jean Breton ou la poésie pour vivre en 2003, rappelle sans ambiguïté : « La poésie fait-elle autre chose que fouiller cette plaie qu’est l’homme ? » Le critique a des trouvailles, c’est-à-dire un style : « les images glapissent […] le poète se bonifie livre après livre […] il a l’humour d’attaque ». Il a su prendre le pouls de l’œuvre de Simonomis consignant cette grave facétie : « La vie n’est pas sérieuse, la preuve c’est qu’on en meurt. »

Le critique distingue trois plaques tectoniques dans cette œuvre. La première, dans le temps, s’apparente à la poésie des sans-grade, d’un pessimisme actif. Lui succède une poésie picrocholine que Dauphin préfère d’ailleurs rattacher à la nature des contes. Enfin il y a toute une part proche de Vincensini, si naturelle qu’elle parle aux enfants, et qui, dans de courts poèmes en prose, rejoint parfois Godeau. Ces trois axes s’interpénètrent. Ce sont en fait les frontières qui varient.

Le choix de poèmes, nourri, procurant une belle anthologie sur 120 pages, illustre bien ce que le critique a su lire et donner l’envie de lire. Un des premiers poèmes publiés, "Le Puits", en 1976 fait qu’on ne peut mieux dire : « Mi-larmes, mi-colère / mécontent de ce bas bonheur / je descendais dans le cafard / nu, sans poignard, cigale à folie noire […] Je ne crois plus à mon déclin, j’appartiens à la route / j’ai faim. » À ce cycle faut-il rattacher les poèmes sur la guerre d’Algérie, dans un choix établi par Jean Breton et publié en 1999 sous le titre La Villa des roses ? Le très beau poème qui donne son titre à ce volume devrait en tout cas être étudié au collège. Donner à partager la nature même de l’injustice, la plaie de l’homme, quoi de plus nécessaire ? Simonomis ne conciliait-il pas ce qu’attend la jeunesse : « Donnez-moi les mots pour me battre » en même temps que « la tactique de mon cœur / était de vous aimer ». On lit encore ce cri d’os, comme il disait : « j’ai voulu vivre sans mentir » et, les illusions consumées, « les yeux ne sont pas faits pour se regarder écrire ».

Un fort beau volume, donc, qui confère à ses auteurs, l’un vif et la mémoire de l’autre lui devant de le rester, une pleine et entière reconnaissance. Puissiez-vous, qui passez, la partager à votre tour !"

 Pierre PERRIN (in recoursaupoeme.fr, août 2015).

*


"Le Cri d'os a cessé de paraître en mai 2003 avec son n° 39/40… Et voici que Christophe Dauphin publie un hommage à Simononomis, l'animateur de cette revue, décédé en février 2005; un n° 41/42 et ultime dernier qui se présente comme les précédents à peu de choses près, les amateurs reconnaîtront. Cet hommage regroupe une préface de Gérard Cléry, un essai de Christophe Dauphin (intitulé Comme un cri d'os, Jacques Simonomis, paru en 2001 sous un autre titre et ici revu et complété), un choix de textes et de poèmes de Simonomis et une bibliographie de ce dernier. Le livre est complété par de nombreuses illustrations et une liste des poètes et des illustrateurs publiés dans Le Cri d'os de mai 1993 à mai 2003.

J'ai toujours dans ma bibliothèque les livres de Jacques Simonomis, ceux que j'ai achetés comme ceux que j'ai reçus en service de presse de sa part ou de celle de son épouse Yvette après sa disparition… L'un d'entre eux me fit une telle impression, La Villa des roses (publié en 1999 par la Librairie-Galerie Racine) que je le place aux côtés de La Question d'Henri Alleg (ouvrage que celui-ci complétera en 2001 par un entretien co-édité par Le Temps des cerises et Aden)…  J'avoue que j'ai ouvert à nouveau La Villa des roses : l'impression est toujours la même…

L'essai est une bonne introduction à l'œuvre de Simonomis qui pourrait apparaître hétérogène à ses nouveaux lecteurs : de l'humour au conte en passant par la dénonciation et l'indignation ! C'est que, comme le souligne Christophe Dauphin il n'y a chez lui "aucune trace du politiquement correct". On peut lire aussi dans cet essai un intéressant développement sur le poème en prose et une comparaison avec l'utilisation de la prose par Benjamin Péret qui vise à mettre en évidence l'originalité de Jacques Simonomis : "… les petites histoires de Simonomis ne relèvent pas, même si certaines  s'en approchent  fortement, du poème en prose" et "Le conte de Péret relève de l'écriture automatique, du surréel. Le conte de Simonomis, d'une réalité qui dérape, pour gagner les terres de l'imaginaire, du burlesque et de l'humour". Le plus beau et le plus intéressant chapitre de cet essai est sans doute celui consacré à la guerre d'Algérie et à la publication de La Villa des roses. C'est le constat implacable de la démarche d'un appelé du contingent, non politisé et qui n'est pas encore poète : comment Simonomis réagit à ce qu'il voit et à ce qu'il subit. La Villa des roses est un très beau livre, un livre utile comme disait Paul Éluard… Un livre toujours d'actualité : on peut relever dans ce qu'écrit Christophe Dauphin ces mots : "On le sait, nombreux sont ceux qui n'accepteront pas et n'acceptent toujours pas d'avoir dû lâcher leurs privilèges", mots qui renvoient à l'article paru sur le site internet La Faute à Diderot qui rappelle que la nostalgérie (1) est toujours de mise… Façon de dire ici que La Villa des roses est toujours à lire ou à relire.

Christophe Dauphin illustre son essai par un choix de poèmes qui permet de se faire une idée précise du talent de Simonomis : presque tous les recueils sont représentés. Cette anthologie est une épreuve de rattrapage pour tous ceux qui n'auraient pas encore lu le poète… Certes, le "politiquement correct" est absent de cette poésie. Mais ce sont les poèmes de l'époque 1954-1962, écrits pendant la guerre d'Algérie, qui ont ma préférence : peut-être est-ce dû aux bruits de bottes, aux explosions, aux miaulements des shrapnels et autres fantaisies guerrières qui dominent actuellement le monde… Pour ne pas désespérer des hommes."

 Lucien WASSELIN (in recoursaupoeme.fr, août 2015).

 Note 1: Nostalgérie. L'interminable histoire de l'OAS. Christian Langeois a lu le dernier livre d'Alain Ruscio.

*

" Une belle photographie de couverture offre au lecteur la bienvenue chez Jacques Simonomis, qui ouvre une porte en guise d’accueil poétique. Une façon aimable de convier à la lecture de ce brillant essai signé Christophe Dauphin ; essai de 150 pages suivi d’une sélection des principaux ouvrages de Simonomis. Tous les textes majeurs sont bien entendu au rendez-vous et l’on peut lire et relire les extraits les plus représentatifs de ce poète utilement secondé par une épouse admirable (le fameux « colibri ») qui fit beaucoup pour sa notoriété et qui poursuit encore aujourd’hui les retombées d’une oeuvre trop tôt interrom-pue. Tout, chez Jacques Simonomis, était prétexte à poème ; tout tournait autour de la poésie, en tout premier lieu la revue Le Cri d’os, qu’il fonda après avoir fait ses « humanités » dans d’autres publications poétiques. Ce coup d’essai fut un coup de maître (40 numéros parus) et sa grande facilité d’élocution fit beaucoup pour la revue, mais également pour l’oeuvre personnelle du poète. Il savait « payer de sa personne » et n’hésitait pas à prendre la parole en public, à faire une conférence ; ce qui lui procurait une certaine audience, qui se répercutait sur le nombre croissant de ses lecteurs. Christophe Dauphin a su, en cet essai, privilégier le côté « grand public » de Simonomis, son désir d’être le plus près possible des gens. Le présent volume (Le Cri d’os n°41/42) consacre plus de 100 pages à une sélection très « pointue » des oeuvres du poète. Les photographies y abondent, en compagnie de différentes personnalités du monde poétique. Détail émouvant : la tombe de Jacques Simonomis au cimetière du Père-Lachaise, à Paris :

AMIS

Amis
aidez-moi de vos voix lointaines
quand mon corps hésite

Caressez-moi de mots que nous aimons ensemble
tous unis
contre la varlope
de la mort qui chante

Le bruit insidieux
de son atelier
ne faiblit jamais
la cheminée
crache des visages

Le mot de vie
c’est un prénom de femme

Mon amour
embrassons-nous toujours
sur la route froide

L’invincible silence
a piégé la nuit

Jean CHATARD (in revue Les Hommes sans Epaules n°40, octobre 2015).

*

" Venu d'outre-tombe la revue Le Cri d'os n°41/42 ressuscitée pour un seul numéro par Christophe Dauphin. Ayant bien connu et apprécié Simonomis, je me réjouis de ce retour temporaire et vous invite vivement à aller vous requinquer à la lecture de ce numéro gargantuesque."

Jean-Pierre LESIEUR (in Comme en poésie n°63, septembre 2015).

*

"Christophe Dauphin est le maître d'oeuvre de cet ultime numéro de la revue Le Cri d'os, créée et animée de 1993 à 2003 par Jacques Simonomis. L'ouvrage, illustré de nombreuses photos, se compose d'une présentation de l'homme (décédé en 2005) et du poète à l'oeuvre protéiforme par Gérard Cléry; d'un essai bien documenté de Christophe Dauphin qui fait découvrir le critique et le revuiste sans concession, l'aventure de la revue et un ensemble de poèmes choisis, sous le titre : La poésie n'a pas de barreaux."

Marie-Josée CHRISTIEN (in Spered Gouez n°21, ocotobre 2015).

*

"Dans la lignée d’un Tristan Corbière, d’un Alfred Jarry ou d’un Paul Vincensini, la poésie de Jacques Simonomis est teintée de l’humour d’attaque, de la dérision. Elle est taillée d’un seul tenant dans les méandres mystérieux de la vie, avec son ton, son style, ses différents registres."

Electre, Livres Hebdo, 2015.



Lectures critiques :

Enveloppe ouverte, on croit un moment halluciner ! Une nouvelle livraison de la revue Le Cri d’os, pourtant disparue en 2003 ! La couverture est un peu plus étroite et le papier différent, avec ici photo couleur et pelliculage… En fait, elle ressuscite pour un n° spécial consacré entièrement à feu son animateur, le poète Jacques Simonomis, grâce à Christophe Dauphin et aux Hommes sans Épaules éditions.

On est donc aux confins du numéro de revue et de la monographie. La revue a existé dix ans entre 2003 et 2013, s’est arrêtée au n° 40 (moitié trimestrielle, moitié semestrielle). Et Jacques Simonomis s’est éteint, il y a dix ans tout juste.

Cette présentation en trompe l’œil et pour rire ferait presque oublier que Simonomis fut surtout un poète avant d’être, une décennie durant, un revuiste incontournable. L’hommage qui lui est rendu remet les choses en perspective. Christophe Dauphin, dans une première partie fournie, s’attarde chronologiquement sur la vie et l’œuvre du poète, en s’intéressant à chacun de ses recueils. Ainsi qu’à son engagement libertaire et humaniste, qui lui fera consacrer des études à Tristan Corbière et Gaston Couté... Pacifiste aussi puisqu’il connut la guerre d’Algérie pendant vingt-huit mois, comme toute cette génération de poètes qui en fut profondément marquée. Simonomis reste original, puisque sa poésie, et au-delà son écriture, sont difficilement classables. Gravité et légèreté se croisent, réalisme et imagination voisinent, fantastique, fantaisie et humour cohabitent, le tout dans une langue où le lexique n’a pas de limite. Simonomis qui a fait de son nom un palindrome, a trouvé un style, une plume et un ton pour le moins singuliers.

Nous qui ne sommes pas « nés » / gens sans terre sans fortune / petit peuple qu’on range / d’un coup de trompe ou de langue / avec la meute... Il a su faire de son socle prolétarien un tremplin pour un imaginaire débridé, insolite et fantaisiste. On a / volé le tapis volant / reflétri le roseau pensant / coupé la bosse au dromadaire / fait la guerre au propriétaire.  Avec grand appétit de vie et conquête du temps : je ne crois plus à mon déclin j’appartiens à la route / j’ai faim.  Son sens du merveilleux se marie parfaitement à l’érotisme dont le poète est friand : De mes poings sortent des oiseaux. Autour de tes seins, je tatoue des poèmes que tu ne peux pas lire.

Jacques Simonomis est à lire, ou découvrir. « J’écris pour ne pas me rendre », écrit-il. Poète plus complexe qu’il ne paraît, il a su couler sa poésie si personnelle dans l’éventail des formes, de l’aphorisme à l’histoire courte pour chaque fois faire mouche :

Perfectionniste, il raturait ses ratures.

LE CLANDESTIN

Le train s’arrêta. Je sautai sur le ballast et longeai les wagons plombés à la recherche d’un signe. Un ver luisant me prit la main. Nous évitions les aiguillages où le destin bascule car nous voulions toucher le bout des nuits, là où la solitude, la liberté et la mort étendent sur le champ le drap du jour nouveau.

Jacques MORIN ("La revue du mois" in dechargelarevue.com, mai 2015).

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"Dans le travail d’information que mène Ent’revues, repérer les revues naissantes est la moindre des choses. Aviser de la fin d’une revue est moins évident : la revue s’arrête-t-elle, est elle arrêtée, empêchée, agonisante ? Et puis un dernier numéro peut apparaître, épuisant les inédits, fonds de tiroirs, de rédaction. Il ne s’agit pas de cela ici. Le Cri d’os, achevé d’imprimer cet avril 2015, est le « no 41/42 et ultime dernier ». Cette revue fut créée en 1993 et publiée jusqu’en 2003 sous la direction de Jacques Simonomis. Sous ce palindrome spéculaire se cache – à peine – un autodidacte atypique, poète truculent et combatif, « [de] la lignée d’un Corbière, d’un Alfred Jarry ou d’un Paul Vincensini ». D’ailleurs, il écrit :
« JE SUIS SIMONOMIS ho hisse
 mon nom claque sur mes cuisses
 avec mes mains
 rieuses paysannes. »
Il est mort il y a dix ans : Les Hommes sans Épaules éditions lui rendent hommage en publiant cette livraison singulière. Il s’agit de la réédition d’un essai de Christophe Dauphin paru en 2001, revu et augmenté, et complété d’un important choix de textes et poèmes reflétant l’œuvre multiple, foisonnante.

Laissons la parole à celui qui fut aussi un animateur de Soleil des loups (1985-1992) :
« Je ne veux pas mourir dans la peau d’un revuiste, mais dans celle d’un poète indépendant. J’aurais acquis, dans cette aventure, un immense respect pour les responsables de revues, même celles que je n’aime pas ou qui m’ont été hostiles. J’ai fait ce que j’ai pu, comme j’ai pu, avec ce que j’avais. En définitive, Le Cri d’os m’aura apporté plus d’emmerdements que de joie. Mais il est trop tôt pour dresser un bilan. »

À noter, Les Hommes sans Épaules seront présents au 25e Salon de la revue, et présenteront sur leur stand la revue Le Cri d’os."

ENT’REVUES, le journal des revues culturelles (in entrevues.org, mai 2015).

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" Un remarquable et inattendu hommage au maître d’œuvre de la revue Le Cri d’os qui parut de 1993 à 2003, soit la même époque que Gros Textes. Ce numéro met également l’accent sur le poète Simonomis. L’ensemble est une passionnante page d’histoire littéraire de la marge et nous donne à lire quelques échantillons de la langue riche d’un qui apprit le métier chez Corbière, Couté ou Richepin. "

Yves ARTUFEL (in grostextes.over-blog.com, 11 mai 2015).

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« Jacques Simonomis nous a quittés en 2005, deux ans après avoir publié le dernier numéro de la revue Le Cri d’os, fondée en 1993. Nous devons à Christophe Dauphin ce numéro exceptionnel et inattendu d’une revue emblématique en hommage à son fondateur. Le Cri d’os, annonce-t-il, ce sont « neuf cents notes de lecture, trois cents auteurs différents, quatre-vingts illustrateurs » plus « de nombreux numéros spéciaux consacrés à Max Jacob, L’école la poésie, François Jacqmin, L’Homme et l’œuvre, Jean Cassou, Le surréalisme américain, Norbert Lelubre, Théodore Koenig, Luc Decaunes, L’Erotisme…) ». Une œuvre énorme, tranchante et puissante comme seuls les poètes savent le faire.

Cet ultime numéro est composé de deux parties, un long portrait, presque une biographie avisée, dressé par Christophe Dauphin, compagnon de route de Jacques Simonomis, et un ensemble de textes et poèmes choisis de Jacques Simonomis. Et d’abord ces mots de Christophe Dauphin qui donne un sens aigu au nom de la revue, Le Cri d’os : « Simonomis dévorait la vie avec excès, comme pour conjurer les blessures et les frustrations d’une jeunesse bafouée et mal vécue. Simonomis, c’était le fils du peuple et de la mère-caresse, de la mère-douleur et du père volage qui dépensait sans compter l’argent du ménage. Une enfance mutilée jusque dans les rides de la mère. Simonomis, c’était le jeune homme au regard d’abîme, au dossard illisible, qui dut gagner son pain d’adolescent. C’était l’autodidacte total, parfait et rageur, l’homme de la culture intégrale, y compris et surtout populaire, les plaies du réel, la marche sur le fil du rasoir. Simonomis – il me l’a dit à plusieurs reprises –, n’avait pas peur de la mort. (…) Simonomis invente son monde et son univers, qui débouchent sur une mythologie personnelle. En cela, dans un monde aussi étriqué que le nôtre, l’aventure du Cri d’os créa-t-elle un espace de liberté et d’ouverture en libérant un précieux oxygène. Derrière la bonhommie de l’ours, comme derrière son rire énorme, il y avait tant de fêlures. Tout était à vif. Simonomis était parfois entêté, emporté et maladroit, susceptible, mais toujours fraternel et entier. »

Et de citer Jean Despert : « il faut l’avoir vu se hérisser lorsqu’on tente de se mettre en travers de sa liberté d’homme et de poète. Car, il y a le poète, le narrateur, le critique, le polémiste, l’homme aux quelque trente ouvrages drus comme lui, chargés d’humour et de dynamite de tendresse pour les uns, d’acide décapant pour les autres, avec cette sensibilité à vif de peau et de cœur qui vous entre dans la poitrine et le cerveau pour y creuser un chemin qui vous mènera parfois plus loin qu’il ne le souhaitait… »

L’homme, talentueux, est attachant et ne laisse pas indifférent, il secoue, il réveille. Les témoignages recueillis pour ce numéro ultime concordent sur un point essentiel, ceux qui le côtoient se sentent davantage vivants.

Jacques Simonomis a commencé à écrire tôt pour n’être publié qu’à trente-cinq ans. Bien sûr, il se heurta à l’indifférence et à la bêtise du milieu littéraire dans lequel il ne connaissait personne. Son premier recueil, Les Sirènes avec nous, paraîtra en 1975, une poésie troubadouresque qui précèdera une trilogie de jeunesse au caractère très vital. Il commence à fréquenter les poètes mais à part Jean Cassou, ces rencontres ne seront pas décisives et se révèleront plutôt décevantes. Avant de fonder Le Cri d’os, il collaborera à de nombreuses revues et en animera certaines comme Soleil des loups de 1985 à 1991.

Son œuvre est marquée par la gravité, notamment quand il traite de la guerre : il a vécu la guerre d’Algérie. Jacques Simonomis ne laisse passer aucune des turpitudes humaines même s’il sait aussi faire preuve de légèreté, s’exerçant à la caricature ou au burlesque. L’œuvre est sombre. Mais plane toujours dans ses poèmes la lumière, même pâle, qu’apportent la révolte et l’inconditionnalité. Et l’amour, toujours présent à travers sa compagne et muse, Yvette Demay.

Le flibustier laisse son œuvre comme un hymne à la liberté. Il appelle au combat permanent. Il a cherché des mots pour se battre, il les a trouvés, il nous les a laissés pour que nous poursuivions le combat."

Rémi BOYER (in incoherism.wordpress.com, 7 juin 2015).

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« Après nous, un dossier encore pour Simonomis. Avant tout le dernier numéro 41/42, posthume hélas, du « Cri d’os », hommage imposant et essentiel de Christophe dauphin au grand Jacques, plus que complet, grâce aux documents prêtés par sa chère Yvette et les souvenirs encore si vivants de l’impossible et si humain et authentique anar. »

Paul VAN MELLE (in Inédit Nouveau n°275, juillet 2015, La Hulpe, Belgique).

*

"Ce fort volume de 240 pages, donné comme l’ultime dernier de la revue Le Cri d’os [1993-2003], cependant édité par Les Hommes sans Épaules, s’avère un régal. La première moitié du volume est consacrée à une présentation du poète Simonomis, 37 ouvrages parus, un prix obtenu en 1993 auprès de la SGDL, un poète peu connu donc, présentation signée Christophe Dauphin. Et la seconde moitié fournit un copieux choix de poèmes qui retient plus que l’attention.

La présentation, riche d’informations sur la vie poétique des cinquante dernières années, est conduite avec adresse, lucidité, et une confraternité du meilleur aloi. C’est une analyse de l’œuvre et un témoignage à la fois dont les cinq parties se lisent d’une traite. Cela commence par le vif portrait d’un « jeune homme au regard d’abîme, au dossard illisible, qui dut gagner son pain adolescent ». Au travail, en effet, dès l’âge de 17 ans, le poète a acquis sa culture en autodidacte. Il pourra écrire, ne publiant son premier volume qu’à 35 ans, « ma poésie ne sort pas des livres ». Péguy, rapporte Gérard Cléry dans sa préface à ce livre, notait qu’un « mot n’est pas le même selon un écrivain ou un autre : l’un se l’arrache du ventre, l’autre le tire de son pardessus ». Simonomis écrivait à peau nue. C’est sans doute en partie pourquoi « le milieu le reçut à bras fermés » et pourquoi cet ouvrage est si émouvant.

Christophe Dauphin, qui a de même présenté Jean Breton ou la poésie pour vivre en 2003, rappelle sans ambiguïté : « La poésie fait-elle autre chose que fouiller cette plaie qu’est l’homme ? » Le critique a des trouvailles, c’est-à-dire un style : « les images glapissent […] le poète se bonifie livre après livre […] il a l’humour d’attaque ». Il a su prendre le pouls de l’œuvre de Simonomis consignant cette grave facétie : « La vie n’est pas sérieuse, la preuve c’est qu’on en meurt. »

Le critique distingue trois plaques tectoniques dans cette œuvre. La première, dans le temps, s’apparente à la poésie des sans-grade, d’un pessimisme actif. Lui succède une poésie picrocholine que Dauphin préfère d’ailleurs rattacher à la nature des contes. Enfin il y a toute une part proche de Vincensini, si naturelle qu’elle parle aux enfants, et qui, dans de courts poèmes en prose, rejoint parfois Godeau. Ces trois axes s’interpénètrent. Ce sont en fait les frontières qui varient.

Le choix de poèmes, nourri, procurant une belle anthologie sur 120 pages, illustre bien ce que le critique a su lire et donner l’envie de lire. Un des premiers poèmes publiés, "Le Puits", en 1976 fait qu’on ne peut mieux dire : « Mi-larmes, mi-colère / mécontent de ce bas bonheur / je descendais dans le cafard / nu, sans poignard, cigale à folie noire […] Je ne crois plus à mon déclin, j’appartiens à la route / j’ai faim. » À ce cycle faut-il rattacher les poèmes sur la guerre d’Algérie, dans un choix établi par Jean Breton et publié en 1999 sous le titre La Villa des roses ? Le très beau poème qui donne son titre à ce volume devrait en tout cas être étudié au collège. Donner à partager la nature même de l’injustice, la plaie de l’homme, quoi de plus nécessaire ? Simonomis ne conciliait-il pas ce qu’attend la jeunesse : « Donnez-moi les mots pour me battre » en même temps que « la tactique de mon cœur / était de vous aimer ». On lit encore ce cri d’os, comme il disait : « j’ai voulu vivre sans mentir » et, les illusions consumées, « les yeux ne sont pas faits pour se regarder écrire ».

Un fort beau volume, donc, qui confère à ses auteurs, l’un vif et la mémoire de l’autre lui devant de le rester, une pleine et entière reconnaissance. Puissiez-vous, qui passez, la partager à votre tour !"

 Pierre PERRIN (in recoursaupoeme.fr, août 2015).

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"Le Cri d'os a cessé de paraître en mai 2003 avec son n° 39/40… Et voici que Christophe Dauphin publie un hommage à Simononomis, l'animateur de cette revue, décédé en février 2005; un n° 41/42 et ultime dernier qui se présente comme les précédents à peu de choses près, les amateurs reconnaîtront. Cet hommage regroupe une préface de Gérard Cléry, un essai de Christophe Dauphin (intitulé Comme un cri d'os, Jacques Simonomis, paru en 2001 sous un autre titre et ici revu et complété), un choix de textes et de poèmes de Simonomis et une bibliographie de ce dernier. Le livre est complété par de nombreuses illustrations et une liste des poètes et des illustrateurs publiés dans Le Cri d'os de mai 1993 à mai 2003.

J'ai toujours dans ma bibliothèque les livres de Jacques Simonomis, ceux que j'ai achetés comme ceux que j'ai reçus en service de presse de sa part ou de celle de son épouse Yvette après sa disparition… L'un d'entre eux me fit une telle impression, La Villa des roses (publié en 1999 par la Librairie-Galerie Racine) que je le place aux côtés de La Question d'Henri Alleg (ouvrage que celui-ci complétera en 2001 par un entretien co-édité par Le Temps des cerises et Aden)…  J'avoue que j'ai ouvert à nouveau La Villa des roses : l'impression est toujours la même…

L'essai est une bonne introduction à l'œuvre de Simonomis qui pourrait apparaître hétérogène à ses nouveaux lecteurs : de l'humour au conte en passant par la dénonciation et l'indignation ! C'est que, comme le souligne Christophe Dauphin il n'y a chez lui "aucune trace du politiquement correct". On peut lire aussi dans cet essai un intéressant développement sur le poème en prose et une comparaison avec l'utilisation de la prose par Benjamin Péret qui vise à mettre en évidence l'originalité de Jacques Simonomis : "… les petites histoires de Simonomis ne relèvent pas, même si certaines  s'en approchent  fortement, du poème en prose" et "Le conte de Péret relève de l'écriture automatique, du surréel. Le conte de Simonomis, d'une réalité qui dérape, pour gagner les terres de l'imaginaire, du burlesque et de l'humour". Le plus beau et le plus intéressant chapitre de cet essai est sans doute celui consacré à la guerre d'Algérie et à la publication de La Villa des roses. C'est le constat implacable de la démarche d'un appelé du contingent, non politisé et qui n'est pas encore poète : comment Simonomis réagit à ce qu'il voit et à ce qu'il subit. La Villa des roses est un très beau livre, un livre utile comme disait Paul Éluard… Un livre toujours d'actualité : on peut relever dans ce qu'écrit Christophe Dauphin ces mots : "On le sait, nombreux sont ceux qui n'accepteront pas et n'acceptent toujours pas d'avoir dû lâcher leurs privilèges", mots qui renvoient à l'article paru sur le site internet La Faute à Diderot qui rappelle que la nostalgérie (1) est toujours de mise… Façon de dire ici que La Villa des roses est toujours à lire ou à relire.

Christophe Dauphin illustre son essai par un choix de poèmes qui permet de se faire une idée précise du talent de Simonomis : presque tous les recueils sont représentés. Cette anthologie est une épreuve de rattrapage pour tous ceux qui n'auraient pas encore lu le poète… Certes, le "politiquement correct" est absent de cette poésie. Mais ce sont les poèmes de l'époque 1954-1962, écrits pendant la guerre d'Algérie, qui ont ma préférence : peut-être est-ce dû aux bruits de bottes, aux explosions, aux miaulements des shrapnels et autres fantaisies guerrières qui dominent actuellement le monde… Pour ne pas désespérer des hommes."

 Lucien WASSELIN (in recoursaupoeme.fr, août 2015).

 Note 1: Nostalgérie. L'interminable histoire de l'OAS. Christian Langeois a lu le dernier livre d'Alain Ruscio.

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" Une belle photographie de couverture offre au lecteur la bienvenue chez Jacques Simonomis, qui ouvre une porte en guise d’accueil poétique. Une façon aimable de convier à la lecture de ce brillant essai signé Christophe Dauphin ; essai de 150 pages suivi d’une sélection des principaux ouvrages de Simonomis. Tous les textes majeurs sont bien entendu au rendez-vous et l’on peut lire et relire les extraits les plus représentatifs de ce poète utilement secondé par une épouse admirable (le fameux « colibri ») qui fit beaucoup pour sa notoriété et qui poursuit encore aujourd’hui les retombées d’une oeuvre trop tôt interrom-pue. Tout, chez Jacques Simonomis, était prétexte à poème ; tout tournait autour de la poésie, en tout premier lieu la revue Le Cri d’os, qu’il fonda après avoir fait ses « humanités » dans d’autres publications poétiques. Ce coup d’essai fut un coup de maître (40 numéros parus) et sa grande facilité d’élocution fit beaucoup pour la revue, mais également pour l’oeuvre personnelle du poète. Il savait « payer de sa personne » et n’hésitait pas à prendre la parole en public, à faire une conférence ; ce qui lui procurait une certaine audience, qui se répercutait sur le nombre croissant de ses lecteurs. Christophe Dauphin a su, en cet essai, privilégier le côté « grand public » de Simonomis, son désir d’être le plus près possible des gens. Le présent volume (Le Cri d’os n°41/42) consacre plus de 100 pages à une sélection très « pointue » des oeuvres du poète. Les photographies y abondent, en compagnie de différentes personnalités du monde poétique. Détail émouvant : la tombe de Jacques Simonomis au cimetière du Père-Lachaise, à Paris :

AMIS

Amis
aidez-moi de vos voix lointaines
quand mon corps hésite

Caressez-moi de mots que nous aimons ensemble
tous unis
contre la varlope
de la mort qui chante

Le bruit insidieux
de son atelier
ne faiblit jamais
la cheminée
crache des visages

Le mot de vie
c’est un prénom de femme

Mon amour
embrassons-nous toujours
sur la route froide

L’invincible silence
a piégé la nuit

Jean CHATARD (in revue Les Hommes sans Epaules n°40, octobre 2015).

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" Venu d'outre-tombe la revue Le Cri d'os n°41/42 ressuscitée pour un seul numéro par Christophe Dauphin. Ayant bien connu et apprécié Simonomis, je me réjouis de ce retour temporaire et vous invite vivement à aller vous requinquer à la lecture de ce numéro gargantuesque."

Jean-Pierre LESIEUR (in Comme en poésie n°63, septembre 2015).

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"Christophe Dauphin est le maître d'oeuvre de cet ultime numéro de la revue Le Cri d'os, créée et animée de 1993 à 2003 par Jacques Simonomis. L'ouvrage, illustré de nombreuses photos, se compose d'une présentation de l'homme (décédé en 2005) et du poète à l'oeuvre protéiforme par Gérard Cléry; d'un essai bien documenté de Christophe Dauphin qui fait découvrir le critique et le revuiste sans concession, l'aventure de la revue et un ensemble de poèmes choisis, sous le titre : La poésie n'a pas de barreaux."

Marie-Josée CHRISTIEN (in Spered Gouez n°21, ocotobre 2015).

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"Dans la lignée d’un Tristan Corbière, d’un Alfred Jarry ou d’un Paul Vincensini, la poésie de Jacques Simonomis est teintée de l’humour d’attaque, de la dérision. Elle est taillée d’un seul tenant dans les méandres mystérieux de la vie, avec son ton, son style, ses différents registres."

Electre, Livres Hebdo, 2015.




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