Dans la presse

 

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2001 - À propos du numéro 11

     « Ce numéro 11 des « HSE » restera comme celui du « Non à l’imposture » d’une certaine « Nouvelle poésie française ». Il faut lire le dossier – très documenté – à propos d’une anthologie et du Magazine Littéraire n°396, de mars 2001, tiré à 30 000 exemplaires, où les bateleurs s’arrogent le haut du pavé médiatique en déclarant « La Poésie, c’est nous, un point c’est tout ». Points d’interrogations, d’exclamations, de suspensions et d’ironie pouffent autour. Libre aux prudents, ignorants et courtisans de se taire, voire d’applaudir. Il faut l’écrire : nous ne sommes pas d’accord. Affaire à suivre, toute mode se démodant, toute provocation se désamorçant, vaincue par l’horloge. »
    Jacques Simonomis (Le Cri d’os, février 2002).

    « Refusant le trompe l’œil, le dossier des « HSE n°11 » sur « La Novpoésie contre la poésie », est salutaire. Le lire permet de se faire une idée juste des enjeux actuels quant à l’avenir de la poésie, laquelle ne veut pas mourir dans la fosse sceptique de l’incommunicable. Au surplus, les poèmes de Patrice Cauda, de Gaston Puel, de Jean-Louis Depierris, de Georges Sédir, d’Alain Simon, illustrent de réels talents aussi divers qu’indéniables. Enfin, les chroniques de Jean Breton, Christophe Dauphin et Paul Farellier ont le mérite de ne pas être caractérisées par la rétention ou le gâteux snobisme. On y sent cet amour de la poésie qui fait mouche. Personnellement, j’ai retrouvé avec joie la précision des notes de lecture de Jean Breton, inégalable. »

Jean-Luc Maxence (Les Cahiers du Sens, juin 2002).




Lectures critiques :

LES HOMMES SANS EPAULES N°53 : REVUE DU MOIS, MARS 2022

La revue de Christophe Dauphin offre chaque semestre un volume copieux à la tranche épaisse, capable de relier 356 pages, et pas une de moins ! L’axe choisi cette fois tient chaud au cœur de son animateur : autour de la Normandie. Il a déjà écrit deux énormes tomes autour de la question et y revient dans cette livraison avec plaisir.

Son éditorial retrace historiquement la poésie de la normandité, depuis 911 très exactement. Depuis La chanson de Rolland, Tristan et Iseut jusqu’à aujourd’hui, le concept de normandité repose avant tout autour du paradoxe rationalité/sensibilité.

La revue va, dans ce numéro en particulier, grouper notice biographique très fouillée, suivie de la bibliographie exhaustive et extraits d’œuvre. Jacques Prevel d’abord, dont on apprend que ses trois principaux recueils de poèmes ont été publiés à compte d’auteur, avant sa rencontre exceptionnelle avec Artaud qui dura cinq ans, avant qu’il ne meure de tuberculose à l’âge de trente-six ans. Enfant je me suis étonné / De me retrouver en moi-même / D’être quelqu’un parmi les autres / Et de n’être que moi pourtant…

C’est à l’âge de vingt-neuf ans que Jean-Pierre Duprey met fin à sa vie. Il a fréquenté le groupe surréaliste. Que cherchent les regards du ciel au fond du lac / Où dorment des momies ? / Légères se balançant sur le sable bleu / Leurs membres sont des sacs…

On retrouve ensuite l’immense Henri Michaux avec des poèmes écrits à Honfleur. Puis Jean et Melvin McNair, installés à Caen en 1986. Marie-Christine Brière : Je chauffe le poème au soleil des malades // Je pense à eux dans l’air glacé de Pâques / J’offre de ces pommiers la fractale… Marie Murski : On peut fermer la grille / mettre la clé sous son sein / évider les clavicules à bretelles / sans retenir le monde qui s’écroule... André Malartre avec la revue , qui connut deux séries (21 n° de 1951 à 57, puis de 1964 à 69) : un grès ne prend pas peur / il nielle les ongles qui le griffent // […] seule la colère tue la pierre / et son venin conduit le deuil…

Retour au XVIIème siècle avec l’apologie de Claude Le Petit, brulé vif en septembre 1662 pour avoir écrit un libelle libertin et impie. Christophe Dauphin le qualifie aussi bien d’ordurier que raffiné. Puis le dossier : « Pour une falaise du cri ». Avec présentation de la normandité par Léopold Sédar Senghor qui met de son côté l’accent sur l’apport nordique, il cite Flaubert : partir du réalisme pour aller jusqu’à la beauté. Suit toute une galerie de poètes normands : Albert Glatigny mort à trente-trois ans , admiré par Rimbaud et Verlaine ; Paul-Napoléon Roinard, le plus libertaire ; Rémy de Gourmont, mort horriblement d’un lupus ; Gustave Le Rouge et Le Mystérieux Docteur Cornélius (1911) ; Lucie Delarue-Mardrus, phare du Romantisme féminin ; Fernand Fleuret, ami de Guillaume Apollinaire ; Joseph Quesnel et le Pou Qui Grimpe ; Georges Limbour, compagnon de route des surréalistes jusqu’en 1930 ; Jean Follain, mort renversé par une voiture en 1971. Les poèmes de Jean Follain tutoient l’existence dans ce qu’elle paraît avoir de plus infime et de plus singulier mais en définitive de plus vrai… (extrait de la présentation) les grillons des blasons / s’envoleront en cendres… ; Raymond Queneau ; Max-Pol Fouchet entre Saint-Vaast-la-Hougue et Vézelay. La revue Fontaine : 1939-47 et 63 n°. Mort à Avallon en 1980. Michel Héroult au Puits de l’ermite avec Chatard, Lesieur et Momeux puis La Nouvelle Tour de Feu : Mes vaisseaux n’en sont pas détruits pour autant / ils dérivent dans la mémoire d’un oiseau fidèle / emportant mon langage qui me sert de couteau. Michel Besnier : la mer durera / plus longtemps / que les ravaudeurs d’arbres ; Christian Dorrière et le Pavé ; Jean-Claude Touzeil et son humour : J’ai des mots plein la tête / Qui courent et qui se cognent / Et ne sortent jamais… Tout le poème est savoureux. Jacques Moulin : La falaise chute devant elle / Nous par-dedans jusqu’à nos pieds / Nos pieds perdus / Torsion pour eux dans le debout qu’ils portent / Portée de pieds et reculée… ; Bruno Sourdin que nous suivons depuis Grand écart, son Polder en 1994 ; Guy Allix, bien sûr ; Allain Leprest ; Loïc Herry mort à trente-six ans : Toux crescendo des vagues montant sur le rivage. / Cernée de moutons et de mouettes / Une barque au loin dans les creux... Eric Sénécal et l’éthopée ; enfin Yann Sénécal.

Puis Charles Baudelaire avec deux Normands : Gustave Le Vavasseur et Auguste Poulet-Malassis, l’éditeur des Fleurs du mal, puis Eugène Boudin. Ensuite Piero Heliczer, né en 37 à Rome, admire Gregory Corso, crée une maison d’édition : the dead language. Puis les Secrétions de l’artiste J.G. Gwezenneg par Bruno Sourdin.

Puis Gérard Mordillat, poète-archipel, que je n’avais jamais lu et dont l’humour et l’ironie déménagent. Jean-Paul Eloire, une révélation, c’est vrai : Pourtant le ciel s’était appauvri d’une étoile. Ou bien À quoi bon instruire son cœur et ses rides / quand la soirée est comme un gros écureuil / posé sur nos épaules ? Béatrice Pailler ; Émilie Repiquet : si vous lisez ceci, vous allez croire que je suis une fille facile…

Pour clore peut-être : Un dossier « Barrault / Artaud », à travers un carton rempli de papiers découvert par Eric Saint Joannet, à découvrir les cinq actes du dossier. Il reste plein de choses à glaner dans cette revue énorme et pleine de choses passionnantes...

Jacques MORIN (in dechargelarevue.com, 1ermars 2022).

*

Le numéro 52 de Les Hommes sans Epaules la belle revue littéraire dirigée par Christophe Dauphin est consacrée à la Poésie de la Normandité. En effet, il n’existait pas d’anthologie des poètes normands avant l’anthologie parue en 2010 aux éditions clarisse et ce cahier littéraire est la première revue qui propose un dossier original sur ces poètes dont certains sont absents de l’anthologie.

Le choix a été fait de se restreindre à la partie contemporaine à partir du poète Albert Glatigny. La première question que nous nous posons est : y-a-t-il une spécificité normande en poésie ?

La réponse est complexe et tient pour une part à l’histoire de la littérature normande depuis Guillaume le Conquérant : « Le rayonnement des poètes normands a toujours été intense, rappelle Christophe Dauphin, et c’est notamment en normand que s’est élaborée la littérature française, au cours de la période allant de 1066 à 1204, lorsque le duché de Normandie et l’Angleterre étaient unis au sein du royaume anglo-normand, depuis la victoire de Guillaume le Conquérant contre Harold II, roi anglo-saxon usurpateur, en 1066, à la bataille d’Hastings. (…) Le premier chef d’œuvre de la littérature française, La chanson de Rolland, poème épique et chanson de geste de la fin du Xième siècle, attribué à Turolde, est en anglo-normand. »

Depuis, les Normands furent toujours très présents dans la poésie et la littérature jusqu’aux poètes normands modernistes et surréalistes du siècle dernier. C’est Léopold Sédar Senghor, normand de cœur, qui définit la normandité. Il évoque l’artiste normand comme « un créateur intégral » :

« Je dis, affirme-t-il, que les Normands sont des métis culturels dans la mesure où ils ont fait la symbiose entre les tempéraments, donc les cultures, de la Scandinavie et de la France. »

Métissage et blessures ont forgé un esprit normand capable d’intégrer ce qu’il rencontre pour nourrir le feu de la création artistique.

« De la contestation et de la résistance à l’amour, la normandité se manifeste à grand renfort d’humour noir, de dérision et de satire, au besoin de Merveilleux ; caractéristiques que nous pouvons retrouver, peut-être à quelques exceptions, chez tous nos poètes… » conclut Christophe Dauphin.

Ce dossier « normand », très complet et détaillé, est d’une grande variété tant les poètes de la Normandie, qu’ils soient poètes maudits comme Jacques Prével ou reconnus comme Henri Michaux qui aimait séjourner à Honfleur, ont cherché à reculer les limites et explorer les recoins les plus sombres. Nous retrouvons souvent dans les poèmes cette lumière, que les peintres ont aussi recherchée, qui jette un voile sur la crudité de la vie et permet justement une vision intégrale moins douloureuse.

Au choix, un poème de Marie-Christine Brière :

 

Fécamp 3

 

Devant la mer aucun théâtre n’est possible

pas de tréteau face à perpétuité

où lames, ensouples, s’en viennent

les lèvres ne diraient rien les voix

faibliraient

les mouettes crient

comme elles caguent et la nuit

déchirent en groupe leur ventre

aux cheminées. Erinyes à temps plein

sur le luisant des ardoises

losangées de vertige gris

on ne voit que les nuées, le bonheur

le matin les pensées vers toi

 

Rémi BOYER (in incoherismwordpress.com, 29 octobre 2021).

*

« Plus de 350 pages !!! Ce n'est plus une revue mais une encyclopédie !!! Christophe Dauphin, poète de passion et de rigueur est un véritable bourreau de travail. On connaît ses talents d'anthologistes avec des volumes conséquents et érudits, pleins de belles découvertes. Notamment Les Riverains du feu (Le Nouvel Athanor, 2009) ou Riverains des falaises (éditions clarisse, 2010). Est-ce parce que Christophe est né en 1968 qu'il est si doué pour le lancement de ces énormes pavés sous lesquels il y a de bien belles pages. De chauds pavés qui, quand ils sont bien reçus sur la tête et dans le cœur, font un bien fou, nous régénèrent.

Avant cela Christophe Dauphin a donc publié Riverains des falaises mais ce numéro des HSE n'est en rien une redite. Riverains des falaises remontait aux origines. Si on excepte Claude Le Petit, condamné au bûcher le 26 août 1662, l'optique est plus contemporaine dans ce n° 52 et court depuis des poètes nés dans la seconde moitié du XIXe siècle (Glatigny, de Gourmont, Delarue-Mardrus etc.) jusqu'à Yann Sénécal, né en 1978. Et cette anthologie est comme illustrée par l'œuvre, immense (on le saura un jour !), de J.G. Gwezenneg que je présente ailleurs dans "Les invités de Guy Allix" et qui est découverte grâce aux approches de l'ami Bruno Sourdin ("C'est la magie Gwezenneg. Sa passion est d'être porteur de vie") et de Christophe lui-même ("Il fait les poches du réel et lui fait cracher sa part d'angoisse...").

Le tout enrichi de chroniques, de pages consacrées à Baudelaire, de pages libres des HSE avec Obaldia, qui vient de nous quitter, Christophe Dauphin, Paul Farellier, Alain Breton et d'un très juste texte sur la "normandité" de Léopold Sédar Senghor (au sommaire lui aussi de ce numéro, il habitait Verson où j'étais allé l'interviewer en 1982).

Et puis depuis cette fameuse anthologie de 2010, Christophe a pu découvrir encore d'autres poètes, réparer des oublis qu'on pardonne aisément dans ces entreprises prodigieuses. Ainsi avec André Malartre, le poète fondateur de la revue et homme de théâtre par ailleurs (le théâtre d'Ostrelande bien connu des Caennais dans les années 70 et 80) et qui fut aussi un excellent sprinter dans sa jeunesse. Une œuvre à lire et à relire (on peut aussi la découvrir dans une très belle édition en coffret mise au point par Yves Leroy en 2016 - édition Le Vistemboir -).

Petit souvenir avec André, nous avons échangé quelques lettres et il avait fait une émission sur mon club poésie au collège Lavalley à Saint-Lô en présence de quelques élèves. J'habitais à l'époque dans un quartier assez misérable de Carentan dans la Manche au cinq place Malherbe. J'écrivais toujours mon adresse au dos du courrier... Il me retourna l'enveloppe avec la mention sourire "Enfin Malartre vint". L'étourdi proverbial que j'étais et que je suis resté avait écrit "Guy Allix 5, place Malartre" !

Dans les découvertes de Christophe il y a aussi Christian Dorrière que j'ai croisé plusieurs fois lorsque nous étions encore jeunes. Il a beaucoup œuvré pour la poésie à Caen dans les années 70 avant d'être véritablement trahi par un poète qu'il considérait comme un ami. Misère de la poésie, poètes miséreux mais aussi parfois poètes misérables au sens moral du terme quand l'ego étouffe tout amour.

On retrouve aussi deux grands poètes natifs de Seine Maritime : Jacques Prevel et Jean-Pierre Duprey que j'avais découverts à 20 ans dans la belle anthologie de Pierre Seghers Poètes maudits d'aujourd'hui. Deux poètes qui m'avaient bouleversé. Et je citais Duprey dès mon premier recueil à 21 ans. Des "porteurs de feu", oui, et de douleur. Et des maudits encore et toujours : qui en Seine Maritime, même parmi les poètes et les amateurs de poésie a lu ou lit Prevel et Duprey ? Prevel est ici fort bien présenté ici par Gérard Mordillat qui mit en scène En compagnie d'Antonin Artaud avec un fabuleux Sami Frey dans le rôle du momo et Marc Barbé dans celui de Prevel. Duprey, découvert en fait par le flair d'André Breton lui-même, est présenté de belle manière aussi par Christophe Dauphin.

Je ne peux citer tout le monde tant c'est riche mais je veux évoquer simplement les amis. Bruno Sourdin, l'éternel copain, Jean-Claude Touzeil - le père Fonda du printemps poétique de Durcet, capitale mondiale de la poésie qu'on se le dise -, Patrick Lepetit dit Bakou (devinez pourquoi) rencontré chez l'autre ami Hughes Labrusse à qui je dois tant, Marie Murski que j'ai connue sous d'autres noms naguère. Et puis il y a de grands disparus : Loïc Herry et Allain Leprest. Loïc est mort très jeune et il n'avait publié qu'une seule petite plaquette de son vivant chez Motus. L'essentiel de son œuvre, très forte, a été publiée, suite à sa mort, grâce au travail patient et à l'abnégation si émouvante de ses parents Nelly et Guy. On connaît davantage Allain, très grand auteur-compositeur-interprète écorché vif qui s'est suicidé à Antraigues-sur-Volane le 15 août 2011, un an après la mort de son ami Jean Ferrat. C'est le copain François Lemonnnier qui m'avait fait connaître Allain.

Et bien sûr, on retrouve aussi Follain sur l'œuvre de qui je dois retravailler prochainement.

Ce numéro des Hommes sans épaules est vraiment précieux.

 

"Ce que je peux dire

C'est que j'ai vécu sans rien comprendre

C'est que j'ai vécu sans rien chercher

Et ce qui m'a poussé jusqu'à l'extrême mesure

Jusqu'à l'extrême dénuement

C'est en moi je ne sais quelle force

Comme un rire qui transparaîtrait dans un visage tourmenté

Quand on a vu toutes les choses se perdre et mourir

Et quand on est mort comme elles de les avoir aimées

Le vent les feuilles la pluie le froid et l'amour qui leur donnait une mémoire

Je ne pourrai plus jamais sans doute me souvenir

Car je suis passé par toute la misère

Mon espoir fut criblé par toute la misère"

 

Jacques Prevel

 

Guy Allix (in guyallixpoesie.canalblog.com, 10 février 2022).

*

"Chaque semestre, Christophe Dauphin donne à lire des dossiers, des études, des poèmes et des critiques, bref, tout ce qui fait la force et l’exemplarité d’une revue. Après les Porteurs de feu que furent Jean-Pierre Duprey et Jacques Prével, on lira entre autres René de Obaldia et Gérard Mordillat."

Georges Cathalo (in terreaciel.net, février 2022).

*

« Suivez le guide. Christophe Dauphin, dans Les Hommes sans Épaules n°52, nous propose une visite de la Normandie des poètes avec milles détails biographiques.

En vrai, il faudrait dire des Normandies, tant ce territoire est un puzzle de pays : le pays de Caux, le pays de Bray, le pays d’Auge, etc. Tous plein de poètes.

Voici Bolbec et Jacques Prevel « je me retrouve sans forme humaine – Ensanglanté par mes révoltes et par mes luttes – et condamné à vivre des existences dispersées » .  Rouen et Jean-Pierre Duprey « Moi, je n’aurais jamais dû me prendre les pieds dans cette galaxie ». Honfleur où Henri Michaux et Charles Baudelaire sont en villégiature et où Lucie Delarue-Mardrus est née « L’odeur de mon pays était dans une pomme ». Marie-Christine Brière « Fécamp : Devant la mer aucun théâtre n’est possible ». Marie Murski habite dans l’Eure « on crie son sexe dans l’orage – on moucharde les mouettes ». Claude le Petit (Breveuil, commune de Dampierre-en-Bray), Albert Glatigny (Lillebonne), Remi de Gourmont (Bazoches-en-Houlme), Gustave Le Rouge (Valognes), Jean Follain (Canisy), Raymond Queneau (Le Havre), Max-Pol Fouchet (Saint Vaast la Hougue), Christian Dorrière (Caen), Bruno Sourdin (Pontorson), Eric et Yann Sénécal (Dieppe) «  Il y a des jours comme ça – on ne sait plus – par où commencer – avec cette impression de déjà-vu – que quelqu’un parle à notre place – c’est décidé à partir d’aujourd’hui – je ne m’dresse plus la parole ».

Tous normands. A tous, ils font cette normandité qu’explique Léopold Sédar Senghor : « l’artiste normand est un créateur intégral, avec l’accent mis sur la création elle-même. Comme le conseillait Flaubert : il faut partir du réalisme pour aller vers la beauté ».

Dans ce même numéro 52, on lit aussi Gérard Mordillat (poèmes anecdotes) « la trop poilue s’épile le delta – Elle veut faire peau neuve -Naître une seconde fois – Retrouver – Les choses cachées – Depuis la création du monde ». Jean-Pierre Eloire « Le pain perdu dans la forêt, le troupeau des œufs est avec lui » et Emilie Repiquet « Blottie dans une épluchure de liberté, entre les bras de sa maman -… Combien d’enfants noyés sur l’écran de nos tablettes… » Rubriques sur les œuvres plastiques de JG Gwezenneg et Virginia Tentindo. Nombreuses lectures critiques…

Christian DEGOUTTE (in revue Verso n°188, mars 2022).

*

Cette copieuse somme préparée par Christophe Dauphin sur les poètes normands est destinée à compléter et à actualiser son anthologie Riverains des falaises (Ed. Clarisse, 2010) et à pallier l’absence de dossier en revue sur le sujet. Remontant au 11ème siècle, Christophe Dauphin constate qu’ « à travers les âges (…) on retrouve toujours des Normands aux avant-postes ». A la suite de Senghor, normand d’adoption, il définit la « normandité » comme le « fruit d’un métissage entre Scandinaves, Germains et Celtes », portant ensemble rationalité et sensibilité au plus haut degré. 

Marie-Josée Christien, chronique "Revues d'ici... Revues d'ailleurs", du n°28 de la revue "Spered Gouez / l'esprit sauvage" 



Lectures critiques :

LES HOMMES SANS EPAULES N°53 : REVUE DU MOIS, MARS 2022

La revue de Christophe Dauphin offre chaque semestre un volume copieux à la tranche épaisse, capable de relier 356 pages, et pas une de moins ! L’axe choisi cette fois tient chaud au cœur de son animateur : autour de la Normandie. Il a déjà écrit deux énormes tomes autour de la question et y revient dans cette livraison avec plaisir.

Son éditorial retrace historiquement la poésie de la normandité, depuis 911 très exactement. Depuis La chanson de Rolland, Tristan et Iseut jusqu’à aujourd’hui, le concept de normandité repose avant tout autour du paradoxe rationalité/sensibilité.

La revue va, dans ce numéro en particulier, grouper notice biographique très fouillée, suivie de la bibliographie exhaustive et extraits d’œuvre. Jacques Prevel d’abord, dont on apprend que ses trois principaux recueils de poèmes ont été publiés à compte d’auteur, avant sa rencontre exceptionnelle avec Artaud qui dura cinq ans, avant qu’il ne meure de tuberculose à l’âge de trente-six ans. Enfant je me suis étonné / De me retrouver en moi-même / D’être quelqu’un parmi les autres / Et de n’être que moi pourtant…

C’est à l’âge de vingt-neuf ans que Jean-Pierre Duprey met fin à sa vie. Il a fréquenté le groupe surréaliste. Que cherchent les regards du ciel au fond du lac / Où dorment des momies ? / Légères se balançant sur le sable bleu / Leurs membres sont des sacs…

On retrouve ensuite l’immense Henri Michaux avec des poèmes écrits à Honfleur. Puis Jean et Melvin McNair, installés à Caen en 1986. Marie-Christine Brière : Je chauffe le poème au soleil des malades // Je pense à eux dans l’air glacé de Pâques / J’offre de ces pommiers la fractale… Marie Murski : On peut fermer la grille / mettre la clé sous son sein / évider les clavicules à bretelles / sans retenir le monde qui s’écroule... André Malartre avec la revue , qui connut deux séries (21 n° de 1951 à 57, puis de 1964 à 69) : un grès ne prend pas peur / il nielle les ongles qui le griffent // […] seule la colère tue la pierre / et son venin conduit le deuil…

Retour au XVIIème siècle avec l’apologie de Claude Le Petit, brulé vif en septembre 1662 pour avoir écrit un libelle libertin et impie. Christophe Dauphin le qualifie aussi bien d’ordurier que raffiné. Puis le dossier : « Pour une falaise du cri ». Avec présentation de la normandité par Léopold Sédar Senghor qui met de son côté l’accent sur l’apport nordique, il cite Flaubert : partir du réalisme pour aller jusqu’à la beauté. Suit toute une galerie de poètes normands : Albert Glatigny mort à trente-trois ans , admiré par Rimbaud et Verlaine ; Paul-Napoléon Roinard, le plus libertaire ; Rémy de Gourmont, mort horriblement d’un lupus ; Gustave Le Rouge et Le Mystérieux Docteur Cornélius (1911) ; Lucie Delarue-Mardrus, phare du Romantisme féminin ; Fernand Fleuret, ami de Guillaume Apollinaire ; Joseph Quesnel et le Pou Qui Grimpe ; Georges Limbour, compagnon de route des surréalistes jusqu’en 1930 ; Jean Follain, mort renversé par une voiture en 1971. Les poèmes de Jean Follain tutoient l’existence dans ce qu’elle paraît avoir de plus infime et de plus singulier mais en définitive de plus vrai… (extrait de la présentation) les grillons des blasons / s’envoleront en cendres… ; Raymond Queneau ; Max-Pol Fouchet entre Saint-Vaast-la-Hougue et Vézelay. La revue Fontaine : 1939-47 et 63 n°. Mort à Avallon en 1980. Michel Héroult au Puits de l’ermite avec Chatard, Lesieur et Momeux puis La Nouvelle Tour de Feu : Mes vaisseaux n’en sont pas détruits pour autant / ils dérivent dans la mémoire d’un oiseau fidèle / emportant mon langage qui me sert de couteau. Michel Besnier : la mer durera / plus longtemps / que les ravaudeurs d’arbres ; Christian Dorrière et le Pavé ; Jean-Claude Touzeil et son humour : J’ai des mots plein la tête / Qui courent et qui se cognent / Et ne sortent jamais… Tout le poème est savoureux. Jacques Moulin : La falaise chute devant elle / Nous par-dedans jusqu’à nos pieds / Nos pieds perdus / Torsion pour eux dans le debout qu’ils portent / Portée de pieds et reculée… ; Bruno Sourdin que nous suivons depuis Grand écart, son Polder en 1994 ; Guy Allix, bien sûr ; Allain Leprest ; Loïc Herry mort à trente-six ans : Toux crescendo des vagues montant sur le rivage. / Cernée de moutons et de mouettes / Une barque au loin dans les creux... Eric Sénécal et l’éthopée ; enfin Yann Sénécal.

Puis Charles Baudelaire avec deux Normands : Gustave Le Vavasseur et Auguste Poulet-Malassis, l’éditeur des Fleurs du mal, puis Eugène Boudin. Ensuite Piero Heliczer, né en 37 à Rome, admire Gregory Corso, crée une maison d’édition : the dead language. Puis les Secrétions de l’artiste J.G. Gwezenneg par Bruno Sourdin.

Puis Gérard Mordillat, poète-archipel, que je n’avais jamais lu et dont l’humour et l’ironie déménagent. Jean-Paul Eloire, une révélation, c’est vrai : Pourtant le ciel s’était appauvri d’une étoile. Ou bien À quoi bon instruire son cœur et ses rides / quand la soirée est comme un gros écureuil / posé sur nos épaules ? Béatrice Pailler ; Émilie Repiquet : si vous lisez ceci, vous allez croire que je suis une fille facile…

Pour clore peut-être : Un dossier « Barrault / Artaud », à travers un carton rempli de papiers découvert par Eric Saint Joannet, à découvrir les cinq actes du dossier. Il reste plein de choses à glaner dans cette revue énorme et pleine de choses passionnantes...

Jacques MORIN (in dechargelarevue.com, 1ermars 2022).

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Le numéro 52 de Les Hommes sans Epaules la belle revue littéraire dirigée par Christophe Dauphin est consacrée à la Poésie de la Normandité. En effet, il n’existait pas d’anthologie des poètes normands avant l’anthologie parue en 2010 aux éditions clarisse et ce cahier littéraire est la première revue qui propose un dossier original sur ces poètes dont certains sont absents de l’anthologie.

Le choix a été fait de se restreindre à la partie contemporaine à partir du poète Albert Glatigny. La première question que nous nous posons est : y-a-t-il une spécificité normande en poésie ?

La réponse est complexe et tient pour une part à l’histoire de la littérature normande depuis Guillaume le Conquérant : « Le rayonnement des poètes normands a toujours été intense, rappelle Christophe Dauphin, et c’est notamment en normand que s’est élaborée la littérature française, au cours de la période allant de 1066 à 1204, lorsque le duché de Normandie et l’Angleterre étaient unis au sein du royaume anglo-normand, depuis la victoire de Guillaume le Conquérant contre Harold II, roi anglo-saxon usurpateur, en 1066, à la bataille d’Hastings. (…) Le premier chef d’œuvre de la littérature française, La chanson de Rolland, poème épique et chanson de geste de la fin du Xième siècle, attribué à Turolde, est en anglo-normand. »

Depuis, les Normands furent toujours très présents dans la poésie et la littérature jusqu’aux poètes normands modernistes et surréalistes du siècle dernier. C’est Léopold Sédar Senghor, normand de cœur, qui définit la normandité. Il évoque l’artiste normand comme « un créateur intégral » :

« Je dis, affirme-t-il, que les Normands sont des métis culturels dans la mesure où ils ont fait la symbiose entre les tempéraments, donc les cultures, de la Scandinavie et de la France. »

Métissage et blessures ont forgé un esprit normand capable d’intégrer ce qu’il rencontre pour nourrir le feu de la création artistique.

« De la contestation et de la résistance à l’amour, la normandité se manifeste à grand renfort d’humour noir, de dérision et de satire, au besoin de Merveilleux ; caractéristiques que nous pouvons retrouver, peut-être à quelques exceptions, chez tous nos poètes… » conclut Christophe Dauphin.

Ce dossier « normand », très complet et détaillé, est d’une grande variété tant les poètes de la Normandie, qu’ils soient poètes maudits comme Jacques Prével ou reconnus comme Henri Michaux qui aimait séjourner à Honfleur, ont cherché à reculer les limites et explorer les recoins les plus sombres. Nous retrouvons souvent dans les poèmes cette lumière, que les peintres ont aussi recherchée, qui jette un voile sur la crudité de la vie et permet justement une vision intégrale moins douloureuse.

Au choix, un poème de Marie-Christine Brière :

 

Fécamp 3

 

Devant la mer aucun théâtre n’est possible

pas de tréteau face à perpétuité

où lames, ensouples, s’en viennent

les lèvres ne diraient rien les voix

faibliraient

les mouettes crient

comme elles caguent et la nuit

déchirent en groupe leur ventre

aux cheminées. Erinyes à temps plein

sur le luisant des ardoises

losangées de vertige gris

on ne voit que les nuées, le bonheur

le matin les pensées vers toi

 

Rémi BOYER (in incoherismwordpress.com, 29 octobre 2021).

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« Plus de 350 pages !!! Ce n'est plus une revue mais une encyclopédie !!! Christophe Dauphin, poète de passion et de rigueur est un véritable bourreau de travail. On connaît ses talents d'anthologistes avec des volumes conséquents et érudits, pleins de belles découvertes. Notamment Les Riverains du feu (Le Nouvel Athanor, 2009) ou Riverains des falaises (éditions clarisse, 2010). Est-ce parce que Christophe est né en 1968 qu'il est si doué pour le lancement de ces énormes pavés sous lesquels il y a de bien belles pages. De chauds pavés qui, quand ils sont bien reçus sur la tête et dans le cœur, font un bien fou, nous régénèrent.

Avant cela Christophe Dauphin a donc publié Riverains des falaises mais ce numéro des HSE n'est en rien une redite. Riverains des falaises remontait aux origines. Si on excepte Claude Le Petit, condamné au bûcher le 26 août 1662, l'optique est plus contemporaine dans ce n° 52 et court depuis des poètes nés dans la seconde moitié du XIXe siècle (Glatigny, de Gourmont, Delarue-Mardrus etc.) jusqu'à Yann Sénécal, né en 1978. Et cette anthologie est comme illustrée par l'œuvre, immense (on le saura un jour !), de J.G. Gwezenneg que je présente ailleurs dans "Les invités de Guy Allix" et qui est découverte grâce aux approches de l'ami Bruno Sourdin ("C'est la magie Gwezenneg. Sa passion est d'être porteur de vie") et de Christophe lui-même ("Il fait les poches du réel et lui fait cracher sa part d'angoisse...").

Le tout enrichi de chroniques, de pages consacrées à Baudelaire, de pages libres des HSE avec Obaldia, qui vient de nous quitter, Christophe Dauphin, Paul Farellier, Alain Breton et d'un très juste texte sur la "normandité" de Léopold Sédar Senghor (au sommaire lui aussi de ce numéro, il habitait Verson où j'étais allé l'interviewer en 1982).

Et puis depuis cette fameuse anthologie de 2010, Christophe a pu découvrir encore d'autres poètes, réparer des oublis qu'on pardonne aisément dans ces entreprises prodigieuses. Ainsi avec André Malartre, le poète fondateur de la revue et homme de théâtre par ailleurs (le théâtre d'Ostrelande bien connu des Caennais dans les années 70 et 80) et qui fut aussi un excellent sprinter dans sa jeunesse. Une œuvre à lire et à relire (on peut aussi la découvrir dans une très belle édition en coffret mise au point par Yves Leroy en 2016 - édition Le Vistemboir -).

Petit souvenir avec André, nous avons échangé quelques lettres et il avait fait une émission sur mon club poésie au collège Lavalley à Saint-Lô en présence de quelques élèves. J'habitais à l'époque dans un quartier assez misérable de Carentan dans la Manche au cinq place Malherbe. J'écrivais toujours mon adresse au dos du courrier... Il me retourna l'enveloppe avec la mention sourire "Enfin Malartre vint". L'étourdi proverbial que j'étais et que je suis resté avait écrit "Guy Allix 5, place Malartre" !

Dans les découvertes de Christophe il y a aussi Christian Dorrière que j'ai croisé plusieurs fois lorsque nous étions encore jeunes. Il a beaucoup œuvré pour la poésie à Caen dans les années 70 avant d'être véritablement trahi par un poète qu'il considérait comme un ami. Misère de la poésie, poètes miséreux mais aussi parfois poètes misérables au sens moral du terme quand l'ego étouffe tout amour.

On retrouve aussi deux grands poètes natifs de Seine Maritime : Jacques Prevel et Jean-Pierre Duprey que j'avais découverts à 20 ans dans la belle anthologie de Pierre Seghers Poètes maudits d'aujourd'hui. Deux poètes qui m'avaient bouleversé. Et je citais Duprey dès mon premier recueil à 21 ans. Des "porteurs de feu", oui, et de douleur. Et des maudits encore et toujours : qui en Seine Maritime, même parmi les poètes et les amateurs de poésie a lu ou lit Prevel et Duprey ? Prevel est ici fort bien présenté ici par Gérard Mordillat qui mit en scène En compagnie d'Antonin Artaud avec un fabuleux Sami Frey dans le rôle du momo et Marc Barbé dans celui de Prevel. Duprey, découvert en fait par le flair d'André Breton lui-même, est présenté de belle manière aussi par Christophe Dauphin.

Je ne peux citer tout le monde tant c'est riche mais je veux évoquer simplement les amis. Bruno Sourdin, l'éternel copain, Jean-Claude Touzeil - le père Fonda du printemps poétique de Durcet, capitale mondiale de la poésie qu'on se le dise -, Patrick Lepetit dit Bakou (devinez pourquoi) rencontré chez l'autre ami Hughes Labrusse à qui je dois tant, Marie Murski que j'ai connue sous d'autres noms naguère. Et puis il y a de grands disparus : Loïc Herry et Allain Leprest. Loïc est mort très jeune et il n'avait publié qu'une seule petite plaquette de son vivant chez Motus. L'essentiel de son œuvre, très forte, a été publiée, suite à sa mort, grâce au travail patient et à l'abnégation si émouvante de ses parents Nelly et Guy. On connaît davantage Allain, très grand auteur-compositeur-interprète écorché vif qui s'est suicidé à Antraigues-sur-Volane le 15 août 2011, un an après la mort de son ami Jean Ferrat. C'est le copain François Lemonnnier qui m'avait fait connaître Allain.

Et bien sûr, on retrouve aussi Follain sur l'œuvre de qui je dois retravailler prochainement.

Ce numéro des Hommes sans épaules est vraiment précieux.

 

"Ce que je peux dire

C'est que j'ai vécu sans rien comprendre

C'est que j'ai vécu sans rien chercher

Et ce qui m'a poussé jusqu'à l'extrême mesure

Jusqu'à l'extrême dénuement

C'est en moi je ne sais quelle force

Comme un rire qui transparaîtrait dans un visage tourmenté

Quand on a vu toutes les choses se perdre et mourir

Et quand on est mort comme elles de les avoir aimées

Le vent les feuilles la pluie le froid et l'amour qui leur donnait une mémoire

Je ne pourrai plus jamais sans doute me souvenir

Car je suis passé par toute la misère

Mon espoir fut criblé par toute la misère"

 

Jacques Prevel

 

Guy Allix (in guyallixpoesie.canalblog.com, 10 février 2022).

*

"Chaque semestre, Christophe Dauphin donne à lire des dossiers, des études, des poèmes et des critiques, bref, tout ce qui fait la force et l’exemplarité d’une revue. Après les Porteurs de feu que furent Jean-Pierre Duprey et Jacques Prével, on lira entre autres René de Obaldia et Gérard Mordillat."

Georges Cathalo (in terreaciel.net, février 2022).

*

« Suivez le guide. Christophe Dauphin, dans Les Hommes sans Épaules n°52, nous propose une visite de la Normandie des poètes avec milles détails biographiques.

En vrai, il faudrait dire des Normandies, tant ce territoire est un puzzle de pays : le pays de Caux, le pays de Bray, le pays d’Auge, etc. Tous plein de poètes.

Voici Bolbec et Jacques Prevel « je me retrouve sans forme humaine – Ensanglanté par mes révoltes et par mes luttes – et condamné à vivre des existences dispersées » .  Rouen et Jean-Pierre Duprey « Moi, je n’aurais jamais dû me prendre les pieds dans cette galaxie ». Honfleur où Henri Michaux et Charles Baudelaire sont en villégiature et où Lucie Delarue-Mardrus est née « L’odeur de mon pays était dans une pomme ». Marie-Christine Brière « Fécamp : Devant la mer aucun théâtre n’est possible ». Marie Murski habite dans l’Eure « on crie son sexe dans l’orage – on moucharde les mouettes ». Claude le Petit (Breveuil, commune de Dampierre-en-Bray), Albert Glatigny (Lillebonne), Remi de Gourmont (Bazoches-en-Houlme), Gustave Le Rouge (Valognes), Jean Follain (Canisy), Raymond Queneau (Le Havre), Max-Pol Fouchet (Saint Vaast la Hougue), Christian Dorrière (Caen), Bruno Sourdin (Pontorson), Eric et Yann Sénécal (Dieppe) «  Il y a des jours comme ça – on ne sait plus – par où commencer – avec cette impression de déjà-vu – que quelqu’un parle à notre place – c’est décidé à partir d’aujourd’hui – je ne m’dresse plus la parole ».

Tous normands. A tous, ils font cette normandité qu’explique Léopold Sédar Senghor : « l’artiste normand est un créateur intégral, avec l’accent mis sur la création elle-même. Comme le conseillait Flaubert : il faut partir du réalisme pour aller vers la beauté ».

Dans ce même numéro 52, on lit aussi Gérard Mordillat (poèmes anecdotes) « la trop poilue s’épile le delta – Elle veut faire peau neuve -Naître une seconde fois – Retrouver – Les choses cachées – Depuis la création du monde ». Jean-Pierre Eloire « Le pain perdu dans la forêt, le troupeau des œufs est avec lui » et Emilie Repiquet « Blottie dans une épluchure de liberté, entre les bras de sa maman -… Combien d’enfants noyés sur l’écran de nos tablettes… » Rubriques sur les œuvres plastiques de JG Gwezenneg et Virginia Tentindo. Nombreuses lectures critiques…

Christian DEGOUTTE (in revue Verso n°188, mars 2022).

*

Cette copieuse somme préparée par Christophe Dauphin sur les poètes normands est destinée à compléter et à actualiser son anthologie Riverains des falaises (Ed. Clarisse, 2010) et à pallier l’absence de dossier en revue sur le sujet. Remontant au 11ème siècle, Christophe Dauphin constate qu’ « à travers les âges (…) on retrouve toujours des Normands aux avant-postes ». A la suite de Senghor, normand d’adoption, il définit la « normandité » comme le « fruit d’un métissage entre Scandinaves, Germains et Celtes », portant ensemble rationalité et sensibilité au plus haut degré. 

Marie-Josée Christien, chronique "Revues d'ici... Revues d'ailleurs", du n°28 de la revue "Spered Gouez / l'esprit sauvage" 




Lectures :

*

Ce beau numéro de la revue fondée par Jean Breton en 1953 est consacré aux Damnées et Damnés de la poésie.Voici quelques extraits de l’éditorial puissant de Christophe Dauphin qui appelle à un Manifeste de l’Emotivisme :

« La création est pour le poète la blessure originelle. Son poème est habité, vécu, y compris dans la dimension onirique : un enjeu d’être total, et pour tout dire, émotiviste, car l’émotion est l’équation du rêve et de la réalité ; qui met le sujet hors de soi. »

« La poésie c’est l’être et non le paraître, un vivre et non un dire. Dans cet enjeu d’être total, ils sont nombreux, ceux qui, connus, inconnus, méconnus, ont laissé jusqu’à leur vie : les grands gisants d’intime défenestration, écrit Roger-Arnould Rivière, qui ajoute : je sais que la détonation contient le même volume sonore – que les battements du cœur qui bâtissent toute une vie. »

« La damnation, la malédiction du poète, c’est aussi ces livres qui se lisent peu ou pas, dont la diffusion est complexe et dont personne ne parle, qu’à titre confidentiel. Au mépris de la société répond souvent, plus cinglant, le mépris ou l’incompréhension de l’entourage. Le mépris, c’est-à-dire, l’indifférence. En somme le poète est un invisible, il n’existe pas. On l’aime mort après une vie malheureuse. »

« Il faut bien dire cette solitude, ce désarroi, ce désespoir, qui entourent le poète. Il n’était pas, il n’est toujours pas facile de vivre dans la peau d’un poète, qui doit exister en face de gens qui nient purement et simplement son existence… »

Pourtant, aucun misérabilisme chez Christophe Dauphin mais une juste lucidité qui s’accompagne de sagesse, d’une science du combat et d’un art de l’être.

« La poésie est l’unique réponse aux mascarades mensongères du monde, l’expression la plus intime et la plus intense de l’être. »

Il ne s’agit pas seulement de résistance à l’oppression mais bien d’un chemin intime de libération, ce qu’illustre le dossier consacré à Edouard J. Maunick, « le poète ensoleillé vif », dont la poésie s’épanouit entre île et exil, la condition même de l’être, exilé dans l’humain, et qui se constitue comme île.

« Pour moi, dit-il, la parole poétique n’est pas du tout différente de la parole physique, c’est-à-dire de ce mécanisme de vie qui commence au ventre, au plexus solaire, traverse la colonne, la trachée et sur lequel, au moment où l’expiration va se produire, l’homme appose une rumeur intelligible. C’est cela la parole. Je n’ai jamais pu corroborer l’expression coup au cœur – pour moi, il s’agit toujours d’un coup au ventre. Le poème étant la parole exigée, toute parole prononcée par l’homme et qui ne ressort pas au quotidien domestique, est poème. Par quotidien domestique, entendons ce que les civilisations nous ont donné comme manières, nous ont créé de verbiages, etc. »

 

Testament d’un errant (extrait)

 

… si meurt le poème/

le bluff littéraire

l’aura emporté

sur une autre Passion

sans les trente deniers

mais payées en nègres/

sans Gethsemani

pour dernière prière

mais l’île de Gorée

pour station maudite/

triste embarcadère

d’une ébène de chair

vers l’Outre-Atlantique/

Golgotha de mer

dans le Sanhédrin

ni de Ponce Pilate/

mais docteur-es-Traite/

sans couronnes d’épines

mais chaînes et carcans/brûlures de fouet

pour flagellation.

Reste la mise en exil :

Si meurt le poème/comment conjurer Gorée ? »

 

Rémi BOYER (in incoherism.wordpress.com, juin 2022).

*

« Je parle de l’île comme je parle du ventre, parce que c’est à partir du ventre que j’ai été lâché dans la merveille » (Edouard J. Maunick). Trois parties (je simplifie) composent ce numéro 53 de Les Hommes sans Épaules.

Une première partie : Edouard J. Maunick (un dossier « Le Poète ensoleillé vif » de Christophe Dauphin, avec les contributions de Jean Breton - un formidable entretien avec Maunick - et Léopold Sédar Senghor) et les poètes des îles Mascareignes (Océan Indine : Réunion, Maurice, Rodrigues)). Du plus ancien, Evariste Parny : « Le lit de feuilles est préparé ; je l’ai parsemé de fleurs et d’herbes odoriférantes ; il est digne de tes charmes, Nahandove, ô belle Nahandove ! », à la plus récente, Catherine Boudet : « Mon verbe est celui d’un marronnage blanc – Silencieux poussant cru – Contre l’ortie des hontes – Le bétel du raisonnable », en passant par Malcolm de Chazal et Boris Gamaleya : « ibis – ibiscus – le ciel a ramené au peuple ses rivages – ses racines d’éclats – son corail bec d’oiseau – écoutez-moi – et cette mer en son ancienneté ».

La deuxième partie « Pour les Damnés » (par Christophe Dauphin) dresse une géographie de l’enfer ordinaire sur terre et convoque des poètes mis à la torture par la misère, la maladie, la mort, le sexisme, la guerre, etc. « Ah ! je t’ai bien connue, Misère, j’étais de ceux que tu encenses… » (Ilarie Voronca), « je suis toujours l’individu perdu dans sa propre foule » (André de Richaud), « Une fille et un garçon – la mère préfère – le garçon à la fille – car le garçon épaulera la mère – quand viendront les mauvais jours – et la fille enfantera un autre garçon – qui l’épaulera à son tour » (Ashraf Fayad, emprisonné et condamné à mort pour blasphème en Arabie Saoudite), Laurent Thinès, Joseph Ponthus, Marie Murski, Taslima Nasreen et Claude de Burine : « …ils ont l’air, eux, de tout savoir – parce qu’ils dansent – Les notaires – Les dentistes – Les plombiers – Les chirurgiens-dentistes de fesses – Nous, nous sommes les enfants du malheur ».

La troisième partie, c’est l’anthologique, avec Edith Brick revenue des camps de la mort : « c’est difficile d’être un survivant », Nathalie Swan (l’amour, rien que l’amour) : « Tes coups de reins scrutent mon visage… J’y dévalerai ton éboulis. Quand tu creuses ma faille, la lumière s’avance en aveugle. Deux anges retiennent les mains d’un cri qui voudrait tout oublier », Mathilde Rouyau : « Ton corps muet au bord des nuits, c’est candeur – tes cheveux quand ils infusent dans les bassines de lait de la pleine lune, alors la nacre – tes clavicules trop – fines – tes jambes à peine cuites… » Jennifer Grousselas : « chat suicidé ressuscité – J’ai saisi la tige à boire – qui me poussait l’esprit – me suis deux fois entendue lumière – accouchée par la voix du saint «  et enfin un homme (et quel homme !) : Jean-Pierre Lesieur : « On n’apprend pas bien dans les livres – quand on ne sait pas lire les lignes de la vie – ni le sgraffitis qui fleurissent un peu là où – on ne les attend pas – naître pauvre ne facilite pas l’insouciance… » Sinon, plein d’autres choses (pensez 356 pages !) : lectures critiques, regards sur l’art, etc. Voyvez le site : www.leshommessansepaules.com

Christian DEGOUTTE (in revue Verso n°190, septembre 2022).



Lectures :

*

Ce beau numéro de la revue fondée par Jean Breton en 1953 est consacré aux Damnées et Damnés de la poésie.Voici quelques extraits de l’éditorial puissant de Christophe Dauphin qui appelle à un Manifeste de l’Emotivisme :

« La création est pour le poète la blessure originelle. Son poème est habité, vécu, y compris dans la dimension onirique : un enjeu d’être total, et pour tout dire, émotiviste, car l’émotion est l’équation du rêve et de la réalité ; qui met le sujet hors de soi. »

« La poésie c’est l’être et non le paraître, un vivre et non un dire. Dans cet enjeu d’être total, ils sont nombreux, ceux qui, connus, inconnus, méconnus, ont laissé jusqu’à leur vie : les grands gisants d’intime défenestration, écrit Roger-Arnould Rivière, qui ajoute : je sais que la détonation contient le même volume sonore – que les battements du cœur qui bâtissent toute une vie. »

« La damnation, la malédiction du poète, c’est aussi ces livres qui se lisent peu ou pas, dont la diffusion est complexe et dont personne ne parle, qu’à titre confidentiel. Au mépris de la société répond souvent, plus cinglant, le mépris ou l’incompréhension de l’entourage. Le mépris, c’est-à-dire, l’indifférence. En somme le poète est un invisible, il n’existe pas. On l’aime mort après une vie malheureuse. »

« Il faut bien dire cette solitude, ce désarroi, ce désespoir, qui entourent le poète. Il n’était pas, il n’est toujours pas facile de vivre dans la peau d’un poète, qui doit exister en face de gens qui nient purement et simplement son existence… »

Pourtant, aucun misérabilisme chez Christophe Dauphin mais une juste lucidité qui s’accompagne de sagesse, d’une science du combat et d’un art de l’être.

« La poésie est l’unique réponse aux mascarades mensongères du monde, l’expression la plus intime et la plus intense de l’être. »

Il ne s’agit pas seulement de résistance à l’oppression mais bien d’un chemin intime de libération, ce qu’illustre le dossier consacré à Edouard J. Maunick, « le poète ensoleillé vif », dont la poésie s’épanouit entre île et exil, la condition même de l’être, exilé dans l’humain, et qui se constitue comme île.

« Pour moi, dit-il, la parole poétique n’est pas du tout différente de la parole physique, c’est-à-dire de ce mécanisme de vie qui commence au ventre, au plexus solaire, traverse la colonne, la trachée et sur lequel, au moment où l’expiration va se produire, l’homme appose une rumeur intelligible. C’est cela la parole. Je n’ai jamais pu corroborer l’expression coup au cœur – pour moi, il s’agit toujours d’un coup au ventre. Le poème étant la parole exigée, toute parole prononcée par l’homme et qui ne ressort pas au quotidien domestique, est poème. Par quotidien domestique, entendons ce que les civilisations nous ont donné comme manières, nous ont créé de verbiages, etc. »

 

Testament d’un errant (extrait)

 

… si meurt le poème/

le bluff littéraire

l’aura emporté

sur une autre Passion

sans les trente deniers

mais payées en nègres/

sans Gethsemani

pour dernière prière

mais l’île de Gorée

pour station maudite/

triste embarcadère

d’une ébène de chair

vers l’Outre-Atlantique/

Golgotha de mer

dans le Sanhédrin

ni de Ponce Pilate/

mais docteur-es-Traite/

sans couronnes d’épines

mais chaînes et carcans/brûlures de fouet

pour flagellation.

Reste la mise en exil :

Si meurt le poème/comment conjurer Gorée ? »

 

Rémi BOYER (in incoherism.wordpress.com, juin 2022).

*

« Je parle de l’île comme je parle du ventre, parce que c’est à partir du ventre que j’ai été lâché dans la merveille » (Edouard J. Maunick). Trois parties (je simplifie) composent ce numéro 53 de Les Hommes sans Épaules.

Une première partie : Edouard J. Maunick (un dossier « Le Poète ensoleillé vif » de Christophe Dauphin, avec les contributions de Jean Breton - un formidable entretien avec Maunick - et Léopold Sédar Senghor) et les poètes des îles Mascareignes (Océan Indine : Réunion, Maurice, Rodrigues)). Du plus ancien, Evariste Parny : « Le lit de feuilles est préparé ; je l’ai parsemé de fleurs et d’herbes odoriférantes ; il est digne de tes charmes, Nahandove, ô belle Nahandove ! », à la plus récente, Catherine Boudet : « Mon verbe est celui d’un marronnage blanc – Silencieux poussant cru – Contre l’ortie des hontes – Le bétel du raisonnable », en passant par Malcolm de Chazal et Boris Gamaleya : « ibis – ibiscus – le ciel a ramené au peuple ses rivages – ses racines d’éclats – son corail bec d’oiseau – écoutez-moi – et cette mer en son ancienneté ».

La deuxième partie « Pour les Damnés » (par Christophe Dauphin) dresse une géographie de l’enfer ordinaire sur terre et convoque des poètes mis à la torture par la misère, la maladie, la mort, le sexisme, la guerre, etc. « Ah ! je t’ai bien connue, Misère, j’étais de ceux que tu encenses… » (Ilarie Voronca), « je suis toujours l’individu perdu dans sa propre foule » (André de Richaud), « Une fille et un garçon – la mère préfère – le garçon à la fille – car le garçon épaulera la mère – quand viendront les mauvais jours – et la fille enfantera un autre garçon – qui l’épaulera à son tour » (Ashraf Fayad, emprisonné et condamné à mort pour blasphème en Arabie Saoudite), Laurent Thinès, Joseph Ponthus, Marie Murski, Taslima Nasreen et Claude de Burine : « …ils ont l’air, eux, de tout savoir – parce qu’ils dansent – Les notaires – Les dentistes – Les plombiers – Les chirurgiens-dentistes de fesses – Nous, nous sommes les enfants du malheur ».

La troisième partie, c’est l’anthologique, avec Edith Brick revenue des camps de la mort : « c’est difficile d’être un survivant », Nathalie Swan (l’amour, rien que l’amour) : « Tes coups de reins scrutent mon visage… J’y dévalerai ton éboulis. Quand tu creuses ma faille, la lumière s’avance en aveugle. Deux anges retiennent les mains d’un cri qui voudrait tout oublier », Mathilde Rouyau : « Ton corps muet au bord des nuits, c’est candeur – tes cheveux quand ils infusent dans les bassines de lait de la pleine lune, alors la nacre – tes clavicules trop – fines – tes jambes à peine cuites… » Jennifer Grousselas : « chat suicidé ressuscité – J’ai saisi la tige à boire – qui me poussait l’esprit – me suis deux fois entendue lumière – accouchée par la voix du saint «  et enfin un homme (et quel homme !) : Jean-Pierre Lesieur : « On n’apprend pas bien dans les livres – quand on ne sait pas lire les lignes de la vie – ni le sgraffitis qui fleurissent un peu là où – on ne les attend pas – naître pauvre ne facilite pas l’insouciance… » Sinon, plein d’autres choses (pensez 356 pages !) : lectures critiques, regards sur l’art, etc. Voyvez le site : www.leshommessansepaules.com

Christian DEGOUTTE (in revue Verso n°190, septembre 2022).




2003 - À propos du numéro 13/14

     « Les Hommes sans Épaules n°13/14… 216 pages foisonnantes à lire pour l’art subtil de rassembler ce qui est épars avec talent et perspicacité… Un exploit poétique à saluer, et qui renoue en équipe, le fil rouge des grandes revues de poésie contemporaine. »
    Jean-Luc Maxence (Les Cahiers du Sens n°13, 2003).

     « Ce volumineux numéro double des HSE, n°13/14, ne comporte pas moins de 218 pages denses. Présenté par Jean Breton (qui ouvre ses colonnes à Jean Orizet et Thérèse Plantier), il poursuit avec la même verve, les rubriques habituelles (Ainsi furent les Wah : poètes ; Les Porteurs de Feu), dans lesquelles se retrouvent les auteurs « maison » ainsi que de nouveaux venus au talent certain, à la voix déjà travaillée dans le registre des mots. S’affrontent ici, en des joutes fraternelles : Monique Rosenberg et Claude Albarède, André Prodhomme et Jean-Luc Maxence, Herri-Gwilherm Kérouredan et Gabriel Cousin, pour ne citer que les plus attachés aux nuances du langage. Christophe Dauphin présente avec sa force habituelle le grand Albert Ayguesparse, et Jocelyne Curtil : Thérèse Plantier. Paul Farellier, avec « Présence et effacement », se penche sur les livres de poésie d’Yves Bonnefoy…Tout cela représente une somme de lecture considérable, si l’on y ajoute les chroniques. Pour clore ce numéro : une cinquantaine de pages sur « l’Affaire de la Novpoésie sur les débordements qu’elle génère. Les empoignades, si elles sont quelque part salutaires, risquent de favoriser un climat de haine et de mépris réciproque dont la Poésie pourrait bien faire les frais. Deux clans s’affrontent avec leurs partisans et leurs détracteurs et, si les propositions avancées par « Clarté-Poésie » sont pour la plupart utiles et prometteuses, mon petit doigt me dit (je le crois sur parole) que tout n’est pas idyllique dans le meilleur des mondes poétiques. »
Jean Chatard (Rimbaud Revue n°31/32, juin 2004)




2009 – À propos du numéro 27

    « Une des meilleures revues que je connaisse pour entrer en poésie contemporaine. L’érudition de son directeur, Christophe Dauphin y est pour quelque chose. Ce numéro 27 des Hommes sans Épaules, s’ouvre sur un dossier consacré à deux monuments de la poésie contemporaine, Georges-Emmanuel Clancier dont le succès populaire de roman tel Le Pain noir ont un peu éclipsé l’œuvre poétique pourtant de premier plan, et Werner Lambersy, prolifique auteur belge qui ne déçoit jamais. Suit un imposant dossier sur la poésie magyare qui nous replonge dans les turbulences du XXe siècle. Plus contemporain, un coup de projecteur sur l’œuvre de Claudine Bohi. »
Yves Artufel (Gros-textes, Arts et Résistance n°2, avril 2010).

    « HSE 27. Une belle revue, complète et diverse. Déjà, l’éditorial de Christophe Dauphin nous donne à lire et en particulier à propos du poète hongrois Attila Jozsef… Un dossier de 64 pages lui est consacré. Suivi d’une étude par Paul Farellier de l’œuvre de Claudine Bohi (avec, comme toujours, en ce qui la concerne, sa photo ; merci !)… Mais Farellier nous présente aussi G.E. Clancier, W. Lambersy et A. Bouchez. Quand à Claudia Sperry-Fontanille, elle s’interroge sur « Langage, poésie et magie avec Octavio Paz ». »
    Alain Lacouchie (Friches n°104, avril 2010).

    « Dans ce numéro 27 des HSE, la poésie comme forme de résistance est revendiquée contre l’humiliation, l’horreur et l’injustice. G.E. Clancier en ouvre les premières pages… Et Lambersy de poursuivre… Un dossier important de C. Dauphin et K. Hadek est consacré à la poésie magyare et au grand poète Attila Jozsef : « Ce n’est pas moi qui crie, c’est la terre qui gronde »…. Aux « meurtrissures d’être », F.Y. Caroutch, J. Blot, Y. Colley, A. D’Urso opposent leur manière singulière d’écrire, tantôt avec retenue, tantôt avec un regard corrosif sur le monde. A travers la lecture de P. Farellier nous parvient la voix grave, profonde, amoureuse de C. Bohi : « Le désir clair – monte des chevilles – je n’ai de vraie parole – qu’à mes deux bouches ensemble. » Et A. Bouchez lance un appel « qui ravaude le soleil ». Entre hommages (à A. Miguel par Jean Chatard, à Octavio Paz par C. Sperry-Fontanille), dossiers fournis, poèmes, notes de lectures, les Hommes sans Epaules cheminent, résistent, renaissent, tentent de donner sens « au petit tas de vivre » (P. Farellier). Le lecteur est appelé de toutes parts, parfois se perd tant est grande la diversité et la densité des propos. Mais n’appartient-il pas à chacun de trouver ses propres chemins ? »
Jacqueline Persini-Panorias (Poésie/première n°47, juillet/octobre 2010).




Lectures critiques :

Tchicaya U TAM’SI dans Les Hommes sans Épaules : ce cri superbe qui déchire la bêtise de notre époque.

C’est un numéro exceptionnel que nous offre Christophe Dauphin dans lequel nous retrouvons Léopold Sédar Senghor, Aimé Césaire, Patrice Lumumba, Tchicaya U TAM’SI, Jacques Rabemananjara, Nimrod et de nombreux autres penseurs et poètes. Au cœur de ce livre, l’invention de la « race » et la cascade de souffrances qui en découle.

« J’ai découvert, nous dit René Depestre en introduction, du point de vue sémantique, d’où venait le mot « race ». C’est à l’origine un terme de vénerie qu’on n’employait pas à propos des hommes. : il y a eu une extension : on l’a appliqué aux hommes, à une époque où il y avait une manie de classifier, légitime dans les sciences naturelles avec Linné, Buffon et tous les autres savants du XVIIIème siècle. Mais on a voulu aussi classifier les hommes, au point de voir des « Rouges » ici, là des « Noirs », des « Blancs » : tout cela relevait de la pure fantaisie. J’ai fait le rapprochement avec le carnaval. Un beau jour on a décidé que certains étaient des « Indiens », que les autres étaient des « Noirs », que c’était une façon générique de simplifier cavalièrement les choses. Sion devait tenir compte de chaque ethnie africaine et des religions, on n’en sortait pas. Donc, on avait en face de soi le « Noir » : c’était aussi une façon de discréditer, de diminuer l’être qu’on opprimait. C’est une tentation diabolique qui est venue à l’esprit des colonisateurs d’ajouter ce malheur à tous les autres malheurs de la colonisation et de l’esclavage… »

Beaucoup de noms présents dans ces pages sont inconnus de la majorité d’entre nous. Tous portent une parole puissante et bénéficient d’un portrait suffisamment développé pour que leurs paroles ne soient pas qu’une émanation sans chair. Tout au contraire, l’histoire de ces poètes, qui sont autant de grands témoins, rend la parole manifeste.

Le dossier est consacré à Tchicaya U Tam’si, « le poète écorché du fleuve Congo », « fils révolté » de Senghor, plutôt que disciple, nous dit Christophe Dauphin. Tchicaya U Tam’si cherche à balayer préjugés et illusions. Il ne veut rien laisser auquel se raccrocher afin de laisser la possibilité de se construire hors des adhérences. Il a cru cependant en Patrice Lumumba. Nous connaissons la suite.

Tchicaya U Tam’si propose une contre-histoire de l’Afrique, contribution à une identité africaine, n’hésitant pas pour cela à faire éclater les identités factices nées de la colonisation.

« Son lyrisme étincelant et tragique, écrit Christophe Dauphin, est avant tout une quête passionnée et perpétuelle de l’identité. Un cri bouleversant. En rupture avec la poésie de la négritude, il propose des poèmes éclatés, à la syntaxe désarticulée, travaillés par des ruptures de tons, de collages baroques, qui juxtaposent le prosaïque et le sublime, provoquant ainsi une tension, qui, à son tour, provoque l’intranquillité du lecteur. »

 

Place au poème :

 

Natte à Tisser

 

Il venait de livrer le secret du soleil

et voulut écrire le poème de sa vie

pourquoi les cristaux dans son sang

pourquoi les globules dans son rire

il avait l’âme mûre

quand quelqu’un lui cria

sale tête de nègre

depuis il lui reste l’acte suave de son rire

et l’arbre géant d’une déchirure vive

qu’était ce pays qu’il habite en fauve

derrière des fauves devant derrière des fauves

 

Nous ne pouvons rendre compte de la richesse et de l’importance, quasi vitale, de ce numéro. Insistons simplement sur la nécessité de se procurer ce cri superbe qui déchire la bêtise de notre époque.

 

Rémi BOYER (in incoherism.wordpress.com, 24 octobre 2022).

*

« La race est un carnaval ». C’est ce qu’écrit René Depestre dans son intro au n°54 de Les Hommes sans Épaules. il prend son pays comme exemple pour expliquer « la couleur de peau est un masque » auquel la société du moment nous astreint (même si certains sont plus astreints que d’autres). En Haïti, suivant le dictateur, on sera ostracisé selon que l’on tire plus sur le blanc ou plus sur le noir. Il poursuit : « J’ai toujours été très attaché à Césaire, même quand j’avais des réserves sur la « négritude » parce que je craignais qu’en partant d’une idéologie qui met l’accent sur la race… Il y aavit un risque qu’un aventurier s’en empare et en fasse un intégrisme… »

 

Outre Léopold Sédar Senghor (portrait par Christophe Dauphin, les souvenirs de son ami Aimé Césaire, poèmes choisis), ce n°54 de Les Hommes sans Épaules, est consacré à la poésie francophone d’Afrique, de Madagascar (avec un rappel des ignominies et des horreurs commises par le capitalisme colonial au nom de la France).

 

Donc aux précurseurs David Diop, Lamine Diakhaté (« Je ferai le voyage par ls routes anciennes – le père de Grand-père était maître de science – Il asséchait mers et fleuves – Il pliait les routes à l’ombre – De son aisselle droite…, 1963), J.-B. Tati-Loutard (« Baobab ! je suis venu replanter mon être près de toi – Et râcler mes racines à tes racines d’ancêtre…, 1968), Marc Rombaut, Breyten Breytenbach, Yambo Ouologuem (le héros du Goncourt de Mohammed Mbougar Sarr), Valentin-Yves Mudimbé, Amadou Lamine Sall (« Mon pays m’est un baobab nocturne – une herbe noire une fleur froide – un fruit anémique une terre agenouillée…, inédit), Jacques Rabemamanjara  (« Mais ce soir la mitrailleuse – racle le ventre du sommeil – La mort rôde – parmi les champs lunaires des lys – La grande nuit de la terre – Madagascar… »).

 

Et aussi un gros dossier consacré à Tchicaya U Tam’si : les relations Léopold Sédar Senghor / Jean-Félix Tchicaya (le père du poète) et suivant les relations Léopold Sédar Senghor / Tchicaya U Tam’si racontées par Nimrod, une présentation conséquente, enthousiaste en minitieuse (comme toujours) par Christophe Dauphin, la reprise d’un entretien Tchicaya U Tam’si / Jean Breton. « J. B. : Vous êtes un oiseleur. c’est à flot que els images s’envolent de vos poèmes. T. U. : En ce moment, j’écris moins parce que j’ai tendance à être moraliste : ça me gêne » ;

 

et une belle volée de poèmes : « Il venait de livrer le secret du soleil – et voulut écrire le poème de  sa vie – pourquoi les cristaux de son sang – pourquoi les globules de son rire – il avait l’âme mûre – quand quelqu’un lui cria – sale tête de nègre… » Et la francophonie d’aujourd’hui pour clore ce super-riche numéro : Nimrod, Abdourahman Wabéri, Jean-Luc Raharimanana, patrice Nganang et Alain Mabanckou : « Choisis tes mots – N’emprunte pas ceux des autres – L’indépendance commence – Par le choix – Et s’arrête avec l’adhésion ». Et bien d’autres trucs encore…

 

Christian DEGOUTTE (in revue Verso n°192, 2023).



Lectures critiques :

Tchicaya U TAM’SI dans Les Hommes sans Épaules : ce cri superbe qui déchire la bêtise de notre époque.

C’est un numéro exceptionnel que nous offre Christophe Dauphin dans lequel nous retrouvons Léopold Sédar Senghor, Aimé Césaire, Patrice Lumumba, Tchicaya U TAM’SI, Jacques Rabemananjara, Nimrod et de nombreux autres penseurs et poètes. Au cœur de ce livre, l’invention de la « race » et la cascade de souffrances qui en découle.

« J’ai découvert, nous dit René Depestre en introduction, du point de vue sémantique, d’où venait le mot « race ». C’est à l’origine un terme de vénerie qu’on n’employait pas à propos des hommes. : il y a eu une extension : on l’a appliqué aux hommes, à une époque où il y avait une manie de classifier, légitime dans les sciences naturelles avec Linné, Buffon et tous les autres savants du XVIIIème siècle. Mais on a voulu aussi classifier les hommes, au point de voir des « Rouges » ici, là des « Noirs », des « Blancs » : tout cela relevait de la pure fantaisie. J’ai fait le rapprochement avec le carnaval. Un beau jour on a décidé que certains étaient des « Indiens », que les autres étaient des « Noirs », que c’était une façon générique de simplifier cavalièrement les choses. Sion devait tenir compte de chaque ethnie africaine et des religions, on n’en sortait pas. Donc, on avait en face de soi le « Noir » : c’était aussi une façon de discréditer, de diminuer l’être qu’on opprimait. C’est une tentation diabolique qui est venue à l’esprit des colonisateurs d’ajouter ce malheur à tous les autres malheurs de la colonisation et de l’esclavage… »

Beaucoup de noms présents dans ces pages sont inconnus de la majorité d’entre nous. Tous portent une parole puissante et bénéficient d’un portrait suffisamment développé pour que leurs paroles ne soient pas qu’une émanation sans chair. Tout au contraire, l’histoire de ces poètes, qui sont autant de grands témoins, rend la parole manifeste.

Le dossier est consacré à Tchicaya U Tam’si, « le poète écorché du fleuve Congo », « fils révolté » de Senghor, plutôt que disciple, nous dit Christophe Dauphin. Tchicaya U Tam’si cherche à balayer préjugés et illusions. Il ne veut rien laisser auquel se raccrocher afin de laisser la possibilité de se construire hors des adhérences. Il a cru cependant en Patrice Lumumba. Nous connaissons la suite.

Tchicaya U Tam’si propose une contre-histoire de l’Afrique, contribution à une identité africaine, n’hésitant pas pour cela à faire éclater les identités factices nées de la colonisation.

« Son lyrisme étincelant et tragique, écrit Christophe Dauphin, est avant tout une quête passionnée et perpétuelle de l’identité. Un cri bouleversant. En rupture avec la poésie de la négritude, il propose des poèmes éclatés, à la syntaxe désarticulée, travaillés par des ruptures de tons, de collages baroques, qui juxtaposent le prosaïque et le sublime, provoquant ainsi une tension, qui, à son tour, provoque l’intranquillité du lecteur. »

 

Place au poème :

 

Natte à Tisser

 

Il venait de livrer le secret du soleil

et voulut écrire le poème de sa vie

pourquoi les cristaux dans son sang

pourquoi les globules dans son rire

il avait l’âme mûre

quand quelqu’un lui cria

sale tête de nègre

depuis il lui reste l’acte suave de son rire

et l’arbre géant d’une déchirure vive

qu’était ce pays qu’il habite en fauve

derrière des fauves devant derrière des fauves

 

Nous ne pouvons rendre compte de la richesse et de l’importance, quasi vitale, de ce numéro. Insistons simplement sur la nécessité de se procurer ce cri superbe qui déchire la bêtise de notre époque.

 

Rémi BOYER (in incoherism.wordpress.com, 24 octobre 2022).

*

« La race est un carnaval ». C’est ce qu’écrit René Depestre dans son intro au n°54 de Les Hommes sans Épaules. il prend son pays comme exemple pour expliquer « la couleur de peau est un masque » auquel la société du moment nous astreint (même si certains sont plus astreints que d’autres). En Haïti, suivant le dictateur, on sera ostracisé selon que l’on tire plus sur le blanc ou plus sur le noir. Il poursuit : « J’ai toujours été très attaché à Césaire, même quand j’avais des réserves sur la « négritude » parce que je craignais qu’en partant d’une idéologie qui met l’accent sur la race… Il y aavit un risque qu’un aventurier s’en empare et en fasse un intégrisme… »

 

Outre Léopold Sédar Senghor (portrait par Christophe Dauphin, les souvenirs de son ami Aimé Césaire, poèmes choisis), ce n°54 de Les Hommes sans Épaules, est consacré à la poésie francophone d’Afrique, de Madagascar (avec un rappel des ignominies et des horreurs commises par le capitalisme colonial au nom de la France).

 

Donc aux précurseurs David Diop, Lamine Diakhaté (« Je ferai le voyage par ls routes anciennes – le père de Grand-père était maître de science – Il asséchait mers et fleuves – Il pliait les routes à l’ombre – De son aisselle droite…, 1963), J.-B. Tati-Loutard (« Baobab ! je suis venu replanter mon être près de toi – Et râcler mes racines à tes racines d’ancêtre…, 1968), Marc Rombaut, Breyten Breytenbach, Yambo Ouologuem (le héros du Goncourt de Mohammed Mbougar Sarr), Valentin-Yves Mudimbé, Amadou Lamine Sall (« Mon pays m’est un baobab nocturne – une herbe noire une fleur froide – un fruit anémique une terre agenouillée…, inédit), Jacques Rabemamanjara  (« Mais ce soir la mitrailleuse – racle le ventre du sommeil – La mort rôde – parmi les champs lunaires des lys – La grande nuit de la terre – Madagascar… »).

 

Et aussi un gros dossier consacré à Tchicaya U Tam’si : les relations Léopold Sédar Senghor / Jean-Félix Tchicaya (le père du poète) et suivant les relations Léopold Sédar Senghor / Tchicaya U Tam’si racontées par Nimrod, une présentation conséquente, enthousiaste en minitieuse (comme toujours) par Christophe Dauphin, la reprise d’un entretien Tchicaya U Tam’si / Jean Breton. « J. B. : Vous êtes un oiseleur. c’est à flot que els images s’envolent de vos poèmes. T. U. : En ce moment, j’écris moins parce que j’ai tendance à être moraliste : ça me gêne » ;

 

et une belle volée de poèmes : « Il venait de livrer le secret du soleil – et voulut écrire le poème de  sa vie – pourquoi les cristaux de son sang – pourquoi les globules de son rire – il avait l’âme mûre – quand quelqu’un lui cria – sale tête de nègre… » Et la francophonie d’aujourd’hui pour clore ce super-riche numéro : Nimrod, Abdourahman Wabéri, Jean-Luc Raharimanana, patrice Nganang et Alain Mabanckou : « Choisis tes mots – N’emprunte pas ceux des autres – L’indépendance commence – Par le choix – Et s’arrête avec l’adhésion ». Et bien d’autres trucs encore…

 

Christian DEGOUTTE (in revue Verso n°192, 2023).




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