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2001 - À propos du numéro 11
« Ce numéro 11 des « HSE » restera comme celui du « Non à l’imposture » d’une certaine « Nouvelle poésie française ». Il faut lire le dossier – très documenté – à propos d’une anthologie et du Magazine Littéraire n°396, de mars 2001, tiré à 30 000 exemplaires, où les bateleurs s’arrogent le haut du pavé médiatique en déclarant « La Poésie, c’est nous, un point c’est tout ». Points d’interrogations, d’exclamations, de suspensions et d’ironie pouffent autour. Libre aux prudents, ignorants et courtisans de se taire, voire d’applaudir. Il faut l’écrire : nous ne sommes pas d’accord. Affaire à suivre, toute mode se démodant, toute provocation se désamorçant, vaincue par l’horloge. » Jacques Simonomis (Le Cri d’os, février 2002).
« Refusant le trompe l’œil, le dossier des « HSE n°11 » sur « La Novpoésie contre la poésie », est salutaire. Le lire permet de se faire une idée juste des enjeux actuels quant à l’avenir de la poésie, laquelle ne veut pas mourir dans la fosse sceptique de l’incommunicable. Au surplus, les poèmes de Patrice Cauda, de Gaston Puel, de Jean-Louis Depierris, de Georges Sédir, d’Alain Simon, illustrent de réels talents aussi divers qu’indéniables. Enfin, les chroniques de Jean Breton, Christophe Dauphin et Paul Farellier ont le mérite de ne pas être caractérisées par la rétention ou le gâteux snobisme. On y sent cet amour de la poésie qui fait mouche. Personnellement, j’ai retrouvé avec joie la précision des notes de lecture de Jean Breton, inégalable. »
Jean-Luc Maxence (Les Cahiers du Sens, juin 2002).
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Lectures :
Je plonge dans ce numéro 60 de la revue Les Hommes sans Épaules, « Dossier : J. V. Foix & le surréalisme catalan ».
Le verbe plonger convient car il s’agit d’un haut-fond poétique de 300 pages. L’ouverture est assurée par un texte de Fernando Arrabal racontant son départ du pays, il y a près de soixante-dix ans. Il nous partage le sentiment propre à l’exil, où, suivant la formule d’Homère, « Celui qui traverse les mers change de ciel mais pas d’esprit. ».
À lire Arrabal, on renoue aussi avec cette écriture travaillée par cette fièvre propre aux surréalistes. Souffle, vitesse, multiplicité de rapports et référents soulèvent l’esprit sans que jamais il ne puisse anticiper l’arrivée du vers. Exemple : « compatriotes censeurs imaginent avec la poussière de leur pierres ». La poésie surréaliste, et Arrabal en est un exemple, est aussi dotée du pouvoir de faire déboucher la phrase sur des points de vue (au sens propre) de vérité intérieure qui frappent par la solidité qu’ils offrent au regard. Exemple : « l’agnostique que je crois être aujourd’hui aspire à devenir un saint en exil ». Ou encore : « Même défunts, Kerouac, Andy Warhol et Ginsberg jouent toujours d’une flûte de soie et de zéphir » Ou enfin : « C’est en exil qu’il est le plus facile de se passer du bonheur ».
Après Arrabal, je vais essayer de décrire les impressions de lecture de J. V. Foix, peut-être à partir d’une proclamation de l’auteur dans un texte intitulé Que vous dirais-je ? : « Arrachez-vous des murs des pleurnicheurs. Filez droit sur le col quand les messieurs à béret de métayer se courbent. Mettez le verrou à la porte quand sonnent ceux que l’envie rouge ». Oui, il est d’abord question de vitalité, de souffle qui fait apparaître le monde à neuf, tel qu’il est depuis le premier jour, depuis la première heure, la première seconde.
La poésie de J. V. Foix pose de manière emblématique la question de la justesse dans le surréalisme. La preuve par trois illustrations. La mer occupe une place prédominante dans la poésie de J. V. Foix. On l’entend rissoler à marée basse sous nombre de ses phrases, qui lui doivent leur rythme et leur force. Or, il s’agit d’une mer un peu étrange, car elle ne s’oppose pas aux champs et aux arbustes mais les épouse, justement. Un regard calembrenatique sur la société, est naturel pour tout poète surréaliste.
J. V. Foix utilise ce don pour réajuster la vérité. Ainsi il propose les « Dernières nouvelles », où seront mis en avant « Ce que ne dit pas Le Monde », justement. Dernière illustration : ses poèmes en vers ou en prose accordent une place significative au dialogue. Pourtant, les uns et les autres ne se répondent pas au sein des poèmes, comme en vrai au demeurant, mais ils rebondissent l’un sur l’autre, peignant involontairement l’étendue spirituelle qui les anime, celle-là même qui cherchent à se dire sans y parvenir – sauf justement à la langue surréaliste, justement. Pour conclure, gardons des derniers extraits proposés, le titre qui les rassemble : « Chroniques d’Outre-songe », justement.
Jordi Pere Cerda (1920 - 2011) est d’une autre trempe, de celle où l’on range les poètes à la langue ferme et rocailleuse, au vers bref comme un regard qui fixe et ne trompe pas. Il y a de la lumière dans sa poésie, garantie par la justesse du rayonnement produit par le verbe. Il y a, ici et là, presque des comptines ou des contes qu’on voudrait écouter assis sur une pierre terre en fin de journée : « Le roi de Vedrinyans / est roi de pauvreté ; / la reine tremblante / semble une branche sèche / qui pend du peuplier ». Ou : « Fondpédrouse / la pierreuse, / Dieu y est passé de nuit. / Il a donné aux pauvres / dix doigts aux mains […] et la source qui jaillit / si pure et glacée, / où ils vont se rafraîchir / leurs désillusions ». Je regarde les femmes et les filles qui défilent dans ses poèmes, quand il leur dit « je sais que tu as des secrets » et qu’il n’ose les « fixer du regard ». Passe un prisonnier, lui-même, puisqu’il précise « prisonnier de mon pays je suis » qui porte sur le dos « sa charge d’homme ».
Nous arrivons maintenant dans la rubrique « Ainsi furent les Wah 1 », à lire sous forme d’un voyage. Rappel utile à ceux qui ne sont pas familiers des HSE : Chaque auteur est présenté par une biographie qui s’intéresse à rendre vivant l’homme à la femme poète. Elle est suivie d’une sélection de poèmes, l’ensemble formant soit une traversée ou une escale, comme vous l’entendez.
Dans ce numéro, la rubrique propose une première traversée avec l’œuvre du poète du Moyen-âge, le franciscain Raymond Lulle, le bien-connu auteur du Livre de l’ami et de l’aimé (réédité en 1987 par Fata Morgana), que j’ai découvert pour ma part par l’intermédiaire de Max Jacob. Ici, Les HSE nous propose des extraits d’un autre ouvrage, l’Arbre de science, qui présente métaphoriquement une conception unifiée du savoir.
L’escale suivante s’opère avec Miguel de Unamo (1864-1936) et son discours contre les franquistes (oct 36) : « Il y a des circonstances où se taire c’est mentir », tenu deux mois avant sa mort. On y trouve cette phrase qui mérite d’être médité intérieurement par chacun : « La haine qui ne fait pas toute sa place à la compassion est incapable de convaincre ». Or la force brutale ne le peut pas car « convaincre signifie persuader ». Derrière, Darmangeat par un extrait de son texte sur la poésie espagnole exprime ce que j’ai souvent ressenti (sourdement) dans la poésie hispanophone (surtout d’Amérique latine) : « La poésie espagnole est dans le même temps sensuelle et pure », j’entends ici « pure » comme idéelle, voire ardue.
Suit maintenant une longue traversée avec Garcia Lorca et sa « Romance de la garde civile espagnole » (mais si, vous connaissez) : « Ô ma ville des gitans, /qui jamais peut t’oublier / Ville de douleur musquée / avec des tours de cannelle », ville fracassée, percés de fusils résonnant et que les flammes encerclent. Puis vient l’évocation d’Hernandez, « Un couteau carnivore / à l’aile douce et meurtrière » ; de Machado, avec son fameux dernier « Ces jours d’azur et ce soleil d’enfance », ou encore avec ce proverbe désabusé, « De ce que les hommes appellent / vertu, justice et bonté / une moitié est de l’envie / et l’autre n’est point charité », ou ces deux vers que je me redis régulièrement, « Voyageur ! il n’est point de chemin, / juste les sillages de la mer ».
Suit l’évocation du passage de Neruda comme consul à Barcelone puis à Madrid durant la guerre d’Espagne, ce poète qui « vivant était un mythe, mort redevient un homme ». On nous raconte que Neruda était peu engagé politiquement jusqu’à la mort de Garcia Lorca ; mais celle-ci transforma sa perception du monde. Dernière escale : Buñuel et des témoignages sur ses premiers films. M’a particulièrement marqué l’évocation de Las Hurdes / Terre sans pain, tourné grâce à un ami qui gagne au loto, des conditions de vie à Las Hurdes : « durant les deux mois de mon séjour là-bas, je n’ai pas entendu la moindre chanson […] appauvrissement, faim […] horrible misère ». Peu après je découvre qu’il a écrit quelques poèmes, très surréalistes et apprends que Dali fut franquiste.
Suis le dossier sur « La Catalogne en poésie » avec une dominante sur le milieu du XXe siècle et sa deuxième partie, en dépit de la chappe de plomb de l’après-guerre. J’y découvre la poète Lucia Sanchez Saornil (1895-1970) qui se veut « une rafale d’air pur pénétrant dans une chambre somnolente », comme le proclame le Manifesto vertical ultraista qu’elle rejoint.
Vient ensuite le dossier « J. V. Foix et le surréalisme catalan », par Boris Monneau. Ce poète, Foix, « que l’on prononce Foch », a écrit sur lui-même une phrase que j’affectionne : « je me refuse aux anecdotes et confidences personnelles que je n’ai jamais eu avec personne, pas même avec moi-même ». L’article bataille, avec brio, pour faire rentrer le poète dans le surréalisme en dépit de qu’il aurait dit : « Dans ce pays je n’ai jamais rencontré qu’un seul homme qui ne fut pas surréaliste, et cet homme, c’est moi ». Mais cet anti-parti pris, cache mille et une familiarités avec le surréalisme, comme cet ergotage qui distinguait le superrealisme du surréalisme local (entendre Paris) ; ou son admiration de Blake, Éluard, Jacob ; ou quand il parle des images hypnagogiques ou laisse des figures fantastiques et mythiques traverser son Journal 1918, etc.
Mais, suffit, lisons ses poèmes des années 30 qui nous sont proposés. Il y règne un onirisme peuplé de monstres, des tableaux fantasques et sexuels, des manifestes, une malice subversive, etc. Le doute n’est pas permis. Je retiens pour finir et pour la méditer une dernière citation : « Il doit exister un langage, mimique ou oral, permettant d’interpréter ce non sombre et de l’adapter aux mécanismes du jours. Son abécédaire nous est inconnu. »
Passé Foix, j’ai lu d’une traite la cinquantaine de pages du dossier. L’effet d’une telle lecture est stupéfiant, au sens précis du terme. La page se dissout : plus de récit, plus de tableau avec gros plans, demi-plans et arrière-fonds, plus de jeux d’allusions savantes et culturelles, mais des formes qui flottent ou vitupèrent, des potacheries, des instants sans fin (avec fin de la trilogie passé-présent-futur). Un bain de pure énergie vous recouvre, quelque chose comme de la lave format salive de chien et des zébrures électriques format chaise électrique. Exemples : « Les grands réveils nikelés / Dont les aiguilles se ruent sur les heures / En forme de cornes / Très fines / De taureau » (Carles Sindreu, 1900-1974) ; « Quel sommeil séculaire de chars à voile, oh brunes marchandes, nous inspirent vos édredons ? ». Ou encore : « La rêverie brûlait un bois si doux / que le jour bleu était pâle d’étoiles » (Sebastia Sanchez-Juan, 1904-1974) ; « Tu continueras d’être le disciple / des épées de pollen / des farines ailées / et des genêts du soleil… » (Augusti Bartra, 1908-1982) ; « Guy d’Yeuse : il pousse sur les arbres fendus, et associé à une autre herbé nommée sylphium, il ouvre tous les verrous. Accroché à un arbre avec une aile d’hirondelle, tous les oiseaux à deux lieux et demi s’y assembleront » (Joan Perucho, 1920-3003). Ou, et pour finir : Recettes secrètes pour changer la vie […]. Un homme et un oiseau. Un fauteuil à bascule dans l’oreille et un moulin à café dans le nez. Une serrure sans clé, deux femmes qui traversent la rue et trois livres de viande maigre. En accompagnement, du malvoisie de Sitges, des pignons de Sant Llorenç et des sardines de L’Escala » (Joseph-Ramon Bach, 1946-2020) ; « Le premier doigt est fils de Marie. / Le deuxième doigt ne m’appartient pas […] Le trentième doigt est en or massif, tiré de la mer avec des restes d’un navire récemment naufragé […] Le trente-sixième doigt est le dernier des trente-six doigts […] » (Benet Rossell, 1937-2016).
La dernière fois qu’une telle impression m’arriva, ce fut – et ce n’est pas un hasard – le numéro consacré à Benjamin Peret par Les HSE. Cette fois-ci, je levais de temps à autre la tête pour reprendre mon souffle dans ce coin de cheminée où de grosses buches d’hiver rougeoyantes se mêlaient aux petits pigments de ma lecture qui s’attardaient dans le coin de l’œil.
Peu à peu la puissance onirique s’apaise un peu ou plutôt se transforme, – si j’en crois l’humble et savante présentation Boris Monneau – avec une prédominance pour une poésie punk et aimant les ready made.
Entre ces textes de franches couleurs, se glissent, comme toujours, ces biographies si vivantes des auteurs présentés. Toute une époque s’éveille et s’anime avec ses villes, ses collèges, ses pères et mères qui meurent souvent bien tôt, les voyages, Paris, les figures tutélaires, les amitiés complices.
De ses présentations surnagent quelques portraits, dont celui de plusieurs pages de Robert Rius restant à Paris durant l’Occupation pour entrer en Résistance et mourir fusillé en 44 après deux semaines de torture. Je garde de lui se vers : « Qu’est-ce que l’amour / la traversée tout yeux éteints du plus beau / des déserts. »
Nous entrons dans le troisième volet de la rubrique « Ainsi furent les Wah ». Un large hommage est consacré à Paul Pugnaud (1912-1995), une des figures les plus étranges et énigmatiques de la poésie française de la deuxième moitié du XXe. Ses poèmes dégagent une mélancolie froide, lointaine : « Jamais les voix perdues / Ne viennent murmurer / Ce qui ne sera plus / La plainte où jaillissait / Toute l’horreur du monde » ; « Insensible à l’image enfermée sous les eaux / Un homme dort sa main tient serrée dans sa paume / Une pierre jadis chauffée par le soleil » ; « Écoute la fontaine / Jaillie de la mémoire / S’écouler dans la nuit » (Merci à Gwen Garnier-Duguy et Emmanuel Baugue pour ce dossier).
Passe un salut à Frankétienne, voix haïtienne disparu cette année (« Mes amours me reviennent amalgame d’utopie et de tendre violence quand je mange mes silences »). Lui succèdent quelques poèmes d’Alain Freixe (« je m’endors j’écris / où les routes sont coupées / et les pas assurer / de s’égarer) ; puis Jaume Pont (« j’invente le temps et son voyage : / poème, sable blanc, encre, dune / ou roche qui affleure au pied des nuages ») ;
ceux de Norbert Paganelli (« Si ma chanson chante clair / Placez-la dans votre poche / juste sous votre mouchoir / Chantez-la si vous voulez / Oubliez-la si bon vous semble ») ; ceux d’André-Louis Alliamet (« La ville d’or, avec ses / banques, la ville âpre et métisse / pour qui Dieu n’est qu’un chancre ») ; ceux d’Aytekin Karaçoban (« Les collines autour d’Ankara / portaient des bidonvilles sur leur dos, / viens voir les tours en béton maintenant, / ces épines de hérisson, / qui piquent même de loin », et celui-là : « Aujourd’hui c’est encore le jour de ton absence / il neige dans mes souvenirs […] Puis je dormirai comme un silex / au sein de mes étincelles ») ; ceux Marie Murski, qui me touche beaucoup et dont j’ai fait une recension de son dernier recueil (Je cherche à mon poignet / la fin des temps / la belle anémone / aux longs doigts violets / refermés / sur mon cœur à l’ouvrage) ; puis, pour finir, ceux de Patrick Tafani (« L’aube jaillissait du torrent, vignes où ton pas hésitait, ton pas patient dans la course de l’orage ») ; ceux Catherine Boudet (« La poésie est votre vêtement intérieur de pureté ».
Et enfin ceux de Frédéric Tison (bien connu des lecteurs des HSE – mais pas seulement) et Jumana Mustafa (dont j’ai aussi recensé le dernier recueil) et Paloma Hermina Hidalgo (aussi recensé) et ardemment défendue par la revue.
La dernière rubrique avant les recensions s’intitule « Les pages des HSE » est consacrée aux poètes de la tribu (si j’ose). Je mettrai en avant cette fois-ci Élodia Turki dont je fus si proche (juste avant, vous signaler le si bel extrait du poème de Jean Rousselot, « Esquisse d’un tombeau pour Federico Garcia Lorca »). J’ai lu avec émotion cet extrait racontant ses premiers mois de vie, tellement Élodia, qui, comme sa mère, fut une des rares personnes rencontrées dont je puis dire : sa vie durant, elle fut une invaincue.
Dans le cahier de recensions – qui porte ce titre extraordinaire : « Dans la moelle des arbres » – on trouve une présentation de L’impossible retour, d’Amélie Nothomb (c’est assez rare de voir cet auteur mis en avant dans une revue de poésie) ; une de l’ouvrage d’Odile Cohen-Abbas consacré à Christophe Dauphin, Les yeux Grands Ouverts ; une d’Ilarie Voronca, Souvenir de la planète Terre (je vais me le procurer) ; une des recueils de Catherine Boudet et Patrick Le Petit.
Dernière rubrique, « Les infos / échos des HSE », je signale la lettre ouverte de Christophe Dauphin, « Lettre au prisonnier politique Khayam Turki qui vient d’être condamnée à 48 ans de prison ». Pour rappel : aux HSE, oui il y a une actualité politique en poésie.
Pierrick de CHERMONT (in recoursaupoeme.fr).
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" Le numéro 60 des Hommes sans Epaules débute par un éditorial de Fernando Arrabal sur l’exil; l’exil, véritable terre des poètes comme des immortels jusqu’à l’arrivée de l’exil de l’exil :
« En exil, la science et l’art font le lien entre l’esprit et la beauté. Serait-il excessif de dire que précisément l’art et la science n’ont nul besoin « d’assis » mais de saints… plutôt même que de révolutionnaires ou de réformateurs avec leurs plans tirés au cordeau ? L’exilé peut être confiné comme une chauve-souris… pour écrire comme un aigle royal. Avec talent, il utilise tout ce dont il se souvient, et avec génie tout ce qu’il oublie. Grâce à cela, il espère se libérer de la dégradante obligation d’être un artiste de son temps. L’art pour l’exilé c’est la patrie qui l’accompagne. L’amour charnel ne l’émeut que lorsqu’il est peint come désastreux ou maladroit. L’exilé n’est pas suspendu au désir stupide de provoquer. La provocation surgit, imprévisible comme le succès ou l’amour. C’est en exil qu’il est le plus facile de se passer du bonheur. L’histoire, plus que le fait, répercute son écho dans la légende. Mais chaque époque se nourrit d’illusions pour ne pas mettre un linceul au présent. Puissé-je jouir toujours de cette immense aurore et de cette patineuse nommée théâtre et poésie ? »
Ce numéro est principalement consacré aux poètes et peintres catalans, notamment à ceux qui luttèrent contre le franquisme. L’exil, de corps ou d’esprit, est ainsi très présent dans leurs œuvres. Au côté de noms familiers comme Miguel de Unamuno, Federico Garcia Lorca ou Antonio Machado, nous découvrons bien des talents peu connus en France.
Le dossier nous présente Josep Vicenç Foix (1893-1987), prononcez « Foch », qui fut proche du surréalisme mais s’en différencia également. Il laissa une œuvre considérable, très variée, à la fois littéraire et politique, saluée surtout dans ses dernières années de vie. Le dossier, dirigé par Boris Monneau rend compte des divers axes de recherches de ce grand penseur.
« Nous désirions la mort en de sombres traverses,
Les bras levés, et nous disions : – Toi, qui es-tu ?
Et lui ? – Puisque nous étions maints, moirés, nous y étions tous.
Voyez : elles aussi, opulemment nues,
Les bras levés, et moirées, au bord
Des abîmes du soir, par des sentiers d’errance,
Cueillant sur l’Arbre Intact le fruit iridescent,
Ou de frêles fils de nuit tissant une maille secrète… »
Il est aussi question du catalanisme roussillonnais avec Jordi Père Cerdà, poète-passeur et passeur tout court pendant la deuxième guerre mondiale quand il fait passer Juifs, résistants et clandestins du côté espagnol entre 1942 et 1944.
« Je me souviendrai de ce jour
où la Gestapo nous suivait
pistant dans la neige le sang tiède.
Je me souviendrai des maisons
qui nous ouvraient leur porte,
brèche dans la nuit glacée.
Je me souviendrai de Mas
passant des gens fuyant la France
un jour de tempête.
Je me souviendrais de Jean,
Josep, Boris et Maurice
qui mourut là-bas à Neuengamme.
L’hiver nous mord l’échine ;
chien fou déchaîné,
hurle le vent comme sirène.
A présent, les camarades entreront
s’enlevant la neige à la porte.
Leurs yeux étincelleront… »
Mais ce n’est là qu’un aspect de la création catalane que nous pouvons découvrir dans ce volume. Tous les domaines de la vie, les domaines d’intensité sont présents à la fois dans les œuvres et dans les parcours de leurs auteurs.
Rémi BOYER (in lettreducrocodile.over-blog.net, 21 octobre 2025).
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2003 - À propos du numéro 13/14
« Les Hommes sans Épaules n°13/14… 216 pages foisonnantes à lire pour l’art subtil de rassembler ce qui est épars avec talent et perspicacité… Un exploit poétique à saluer, et qui renoue en équipe, le fil rouge des grandes revues de poésie contemporaine. » Jean-Luc Maxence (Les Cahiers du Sens n°13, 2003).
« Ce volumineux numéro double des HSE, n°13/14, ne comporte pas moins de 218 pages denses. Présenté par Jean Breton (qui ouvre ses colonnes à Jean Orizet et Thérèse Plantier), il poursuit avec la même verve, les rubriques habituelles (Ainsi furent les Wah : poètes ; Les Porteurs de Feu), dans lesquelles se retrouvent les auteurs « maison » ainsi que de nouveaux venus au talent certain, à la voix déjà travaillée dans le registre des mots. S’affrontent ici, en des joutes fraternelles : Monique Rosenberg et Claude Albarède, André Prodhomme et Jean-Luc Maxence, Herri-Gwilherm Kérouredan et Gabriel Cousin, pour ne citer que les plus attachés aux nuances du langage. Christophe Dauphin présente avec sa force habituelle le grand Albert Ayguesparse, et Jocelyne Curtil : Thérèse Plantier. Paul Farellier, avec « Présence et effacement », se penche sur les livres de poésie d’Yves Bonnefoy…Tout cela représente une somme de lecture considérable, si l’on y ajoute les chroniques. Pour clore ce numéro : une cinquantaine de pages sur « l’Affaire de la Novpoésie sur les débordements qu’elle génère. Les empoignades, si elles sont quelque part salutaires, risquent de favoriser un climat de haine et de mépris réciproque dont la Poésie pourrait bien faire les frais. Deux clans s’affrontent avec leurs partisans et leurs détracteurs et, si les propositions avancées par « Clarté-Poésie » sont pour la plupart utiles et prometteuses, mon petit doigt me dit (je le crois sur parole) que tout n’est pas idyllique dans le meilleur des mondes poétiques. » Jean Chatard (Rimbaud Revue n°31/32, juin 2004)
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2009 – À propos du numéro 28
« Comme toujours, dans ce numéro 28 des HSE, des dossiers très bien ficelés et étonnants (par Fernand Verhesen et Karel Hadek). Celui qui ressort de cette livraison concerne le poète chilien Vicente Huidobro (1893-1948). Il est considéré comme l’un des chefs de file de la poésie latino-américaine contemporaine, au même titre que Pablo Neruda, avec lequel il entretiendra de son vivant une rivalité permanente et exacerbée de sa part. Il a connu une existence assez fracassante où il a mélangé manifestes littéraires et scandales de toutes sortes. Il est assez troublant, comme le pointe Christophe Dauphin, de constater, preuves chronologiques à l’appui, qu’il invente le calligramme trois ans avant Apollinaire, qu’il définit l’image poétique surréaliste avant Pierre Reverdy, et qu’il expérimente le « cadavre exquis » bien avant André Breton et consorts…. Son œuvre principale : Altazor, est comparable aux « Chants de Maldoror ». Vicente Huidobro se révèle un personnage fantasque et tout à fait fascinant. Ce qui laisse le plus perplexe, c’est que sa disparition après-guerre a eu lieu dans le silence le plus total, en France. Les HSE lui rendent un hommage tout à fait mérité. » Jacques Morin (Décharge n°147, septembre 2010).
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Lectures critiques :
Les Hommes sans Épaules, numéro 57 : Poètes bretons pour une baie tellurique : « C’est un très vaste paysage de la poésie bretonne que nous dresse ce numéro de la revue Les HSE : 33 poètes auxquels on peut ajouter sans erreur des poètes présentés dans les rubriques « Porteurs de feu » ou « Ainsi étaient les Wah » inséparables de ce coin de terre, comme Perros, Delabarre et Kenneth White, ou encore Guy Allix, Emmanuel Baugue (quoiqu’un peu Normand), ou André Prodhomme (quoique d’un peu partout). Pour chacun, nous avons droit à une présentation du poète et de son œuvre, marque de fabrique inégalée de cette revue.
Rappelons à cette occasion qu’il n’existe pas d’autres revues (en ligne ou pas) ayant une connaissance aussi intime, si j’ose, d’un si grand nombre de poètes, en particulier ceux nés entre les années 1920 et 1950. Par exemple dans ce numéro, les présentations de Guillevic, Manoll, Robin, Grall, Glemnor, Cadou – pour ne citer qu’eux – méritent d’être lues pour elles-mêmes. Cela rappelé, penchons-nous sur le dossier « Poètes bretons pour une baie tellurique ». Il y a une évidente volonté d’équilibre entre poètes connus, méconnus ou inconnus tout comme entre des poètes du début, du milieu ou de la deuxième moitié du XXe siècle. Évidemment, on lui reprochera — moi le premier ! — tel ou tel auteur absent (pourquoi ne pas avoir retenu Gilles Baudry ? Charles Le Quintrec, qui pourtant publia son Village allumé chez Saint Germain des Prés ?) Mais je concède que le paysage est déjà considérable et qu’il est bon qu’il y ait quelques « injustices » pour ranimer la levée de bocks ou de ballons pris en commun.
Que ressort-il du paysage dressé ? On retrouve une très bonne illustration des grands courants poétiques bretons du siècle écoulé avec la mise en avant des très singulières années 70 et 80, qu’on peut résumer au conflit qui opposa la génération de Jack-Helliaz à celle de Grall, le premier avec son cheval d’orgueil et le second avec son cheval couché. On retient également cette tresse, que je crois propre à la Bretagne, qui rassemble une poésie ancrée, privilégiant plutôt une forme de dépouillement, une poésie « bardique », volontiers vindicative et pamphlétaire (voire guerrière), et qui aime à être mis en musique, et une poésie druidique attirée par le merveilleux et l’alchimique qui plonge volontiers dans la veine surréaliste (ce qu’affectionne particulièrement notre revue). L’élément qui réunit ces trois courants, hormis la Bretagne elle-même, c’est la place incontournable du minéral (le granit, le mica, etc.), pour ne pas dire le tellurique comme le pointe si justement le titre du dossier.
M’a frappé également, à la lecture du dossier, la relative étanchéité qui règne entre la poésie de l’Argoat et celle de l’Armor. Il semble bien qu’en Bretagne deux univers poétiques distincts se côtoient sans se confondre, ainsi que les paysages et les modes de vie. Enfin, et bien sûr ajouterai-je, le dossier permet de mesurer la solide et féconde richesse du terrain éditorial breton grâce au dévouement de quelques maisons d’éditions (pas forcément bretonnes), d’associations culturelles et artistiques très actives (comment ne pas citer « les rencontres de Max ») et de quelques figures tutélaires qui ont su jouer un rôle de découvreur ou de rassembleur (Grall, Guillevic, Brémont, Christien et Geneste aujourd’hui). Pour conclure, et picoter d’iode l’ami Christophe Dauphin, après avoir lu son passionnant édito, je me suis demandé si ce n’était pas un article pro domo pour la poésie… normande. »
Pierrick de CHERMONT (in recoursaupoeme.fr, 6 novembre 2024).
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« Il est généralement éclairant de découvrir notre paysage poétique breton par le regard d’un observateur avisé. Il est également rassurant de constater que nos poètes continuent de susciter intérêt et curiosité, malgré la quasi-disparition des revues en Bretagne. C’est en voisin normand et poète de l’Ouest que Christophe Dauphin aborde les « poètes en Bretagne » dans un copieux numéro de la revue qu’il aime depuis 1997, Les Hommes sans Épaules.
34 poètes sont présentés de façon développée, accompagné d’un choix de textes conséquent. Pierre-Jakez Hélias, Anjela Duval, Glenmor et Xavier Grall y côtoient Gérard Le Gouic et Guénane. En dépit de leur diversité, Christophe Dauphin leur reconnait des points communs qui traversent les générations : la connivence avec les paysages tourmentés de la péninsule armoricaine, un riche imaginaire ouvert sur le monde, « un goût frondeur pour l’indépendance ».
Christophe Dauphin rappelle à bon escient l’attraction régulière de « la matière Bretagne » pour bon nombre de poètes qui n’en sont pas originaires, dont Saint-Pol-Roux, Georges Perros, Kenneth White, Samuel Bréjar et plus récemment Henri Droguet, Gérard Cléry, Colette Wittorski, Joseph Ponthus, Guy Allix, André Prodhomme et Emmanuel Baugue. La Bretagne fut aussi pour Paul Celan, de 1954 à 1961, une terre d’accueil qui lui inspira une série de poèmes dont des extraits sont reproduits dans ce dossier.
Christophe Dauphin met en lumière bon nombre de poètes qui ne figurent habituellement pas dans les ouvrages de références sur la Bretagne : Louis Guillaume, Armand Robin, Norbert Lelubre, Odile Caradec, Jacques Bertin, Danielle Collobert, Alain Morin, Alain Simon, Mérédith Le Dez et Gwen Garnier-Duguy. Il mentionne aussi plusieurs poètes bretons qui furent proches du mouvement surréaliste : Jacques Vaché, Angèle Vannier, Yves Eléouet, Hervé Delabarre. »
Marie-Josée CHRISTIEN (in revue Spered Gouez n°30, 2024).
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La revue Les Hommes sans Épaules consacre son numéro 57 aux « Poètes en Bretagne » et rend hommage à Frédéric Tison, récemment disparu.
L’identité bretonne, préservée malgré les aléas, a permis aussi une poésie bretonne née tant de la géographie que du peuple. Plutôt que de particularismes, Christophe Dauphin, avec Glenmor, préfère parler de caractéristiques des poètes de l’Ouest : « Les habitants de ces contrées semblent avoir toujours été la proie de tentations contradictoires : l’une les presse de confier leur destin à la mer, de lâcher tout pour courir la chance de découvrir d’autres cieux, d’autres terres ; l’autre leur dépeint vivement la douceur du foyer, dans la maison tapie au bout du chemin creux, les avantages d’une existence passée dans la sécurité, que garantissent les traditions et le retour périodique des saisons. De ces contradictions, les meilleurs de ceux dont elles marquèrent le caractère ont toujours su tirer une source d’énergie. »
Louis Bertholom, de Fouesnant, précise : « Je ne sais pas si la Bretagne est une terre de poésie plus qu’ailleurs. Il existe tout de même une sensibilité spécifique des gens de Bretagne qui confère une âme à cette région, proche d’une certaine forme de mélancolie dans le sens artistique du terme. Nous avons tout un légendaire arthurien, une Brocéliande dans nos gènes qui nous poursuit malgré tout. Puis le Barzaz Breiz, les gweerzioù et autre patrimoine chanté, transmis de générations en générations qui alimentent insidieusement notre façon d’être au monde. La poésie celtique est spécifique à son territoire, avec ses connotations celtiques même s’il y a des exceptions. »
C’est la poésie elle-même qui dit le plus sur la Bretagne, ses langues et son peuple. C’est pourquoi ce numéro 57, qui rassemble un grand nombre de poètes, porte une part de l’âme bretonne au lecteur.
Rémi BOYER (in /lettreducrocodile.over-blog.net, 24 mai 2024)
Extrait de « Bretagne est univers » de Saint-Pol-Roux :
« Il ne lui suffit point de distribuer l’oracle
Et d’accroître le globe au jeu de ses timons,
Elle insère l’esprit de son propre miracle
A même la matière des bois et des monts.
Voici le coffre aux joies, le clocher, le calvaire
Et l’auguste fontaine au lipide présent.
Après, l’enchantement créé par le trouvère
Et le prince des mers, celui de l’artisan. »
Extrait de "L’enfant du druide "de Angèle Vannier :
L’enfant du druide ouvrit les vannes du silence
Un chant se répandit longtemps
L’eau le sang le feu
Les trois dans la forêt
Pour bâtir un palais d’automne
Un grand secret faisait la roue sur le parvis
D’un clair-obscur jaillit la fleur miraculeuse
Le double de la pierre philosophale.
L’enfant faisait la chasse à la folie
Il délivrait des plages de cristal
Sous un vieux chêne inconsolable.
La clé de la clé disait mon compagnon
Cet enfant la chantait »
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« Le thème de ce numéro c’est « Poètes en Bretagne » (notez bien EN et pas DE Bretagne). C’est que pour moi ce numéro est sans surprise : j’ai déjà lu (et pas oublié, tous sont de qualité, ont leur originalité) Georges Perros, Hervé Delabarre, Paul Celan, Kenneth White, Henri Droguet, Max Jacob, Guillevic, Manoll, Armand Robin, Cadou (René Guy et Hélène), Jégou, Le Gouic, Marie-Josée Christien, Emmanuelle Le Cam, etc.
Comme dans chaque numéro de la revue Les Hommes sans Épaules, son animateur, Christophe Dauphin est infatigable : chaque auteur est abondamment présenté (bio, biblio, position historique, etc.). Il analyse brillamment les effets et les méfaits de la Celtitude, ne manque pas de pointer les crispations identitaires, le nationalisme étroit : « Il serait plus juste d’inviter les Auvergnats au festival interceltique. La Bretagne n’était pas le centre ancien du monde celtique ». Des citations quand même des moins connus : Jean-Claude Tardif : « Mes yeux accrochent leurs linges – à l’étendoir du ciel – le crépuscule ravaude ses draps » ; Jean-Paul Hameury : « Quand l’emprunte les sentiers – de l’île, mon ombre me quitte – et s’en va sur les chemins d’autrefois » ; Angèle Vannier : « Je suis née de la mer et ne le savais plus – Trop de pavots avaient maculé mes pieds nus » ; Yves Elleouët : « d’accord avec le vent – ils vont en nombre par les routes – travailleurs hagards et malmenés … - je me rassemble autour de mes os » ; et bien sûr Joseph Ponthus : « De quoi rêvent-ils – ceux qui sont aux cuirs – C’est ainsi qu’on appelle ceux qui arrachent les - peaux des bêtes juste après qu’elles aient été tuées ». Proses et nombreuses lectures critiques.
Christian Degoutte (in revue Verso, 2024).
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Ce numéro 57 de la revue Les Hommes sans Épaules, est dédié à Frédéric Tison, poète décédé en novembre 23. Il était lui-aussi un Homme sans Épaules et ce n’est pas peu dire Je me meus dans la marge des livres : c’est moi, le petit visage d’encre qui regarde ailleurs. Un très bel hommage lui est consacré en fin de volume dans la rubrique Les pages des HSE.
Dans son éditorial (qui s’apparente plus à une étude fouillée), Christophe Dauphin nous fait dans l’Éloge de l’Ouest ! le portrait de la Bretagne avec ses forces géopoétiques, historiques et politiques À l’Ouest, les poèmes agissent comme des brûlures, un mouvement incessant les parcourt de bout en bout écrit-il. Le lanceur de flammes est le poète Tristan Corbière j’entendis sa souffrance arpenter le ventre du navire écrit à son propos Jacques Simonomis, suivent Benjamin Péret et André Breton. L’éditorial s’achève sur une présentation de l’artiste Gérard Gwezenneg et de ses secrétions de différentes techniques nées du gravage (ramasser ce que dépose la mer).
Le dossier Les porteurs de feu est consacré à Georges Perros (Linda Lê et Karel Hadek) Il y a un proverbe breton/ Qui dit que la poésie est plus forte / Que les trois choses les plus fortes/ Le mal, le feu et la tempête et Hervé Delabarre (CD)et puis cette voix venue d’ailleurs/qui m’interpelle/je ne suis pas celle que tu crois. Les biographies, très détaillées, et bibliographies, sont suivies de poèmes. Christophe Dauphin nous avait prévenu dans son éditorial : le constat qui s’impose depuis Corbière, c’est que la Bretagne compte plus de poètes que de mégalithes dans ses rues, ses forêts, ses cimetières.
Ainsi, on se s’étonnera pas de l’extrême richesse de cette anthologie. Le dossier Ainsi furent les WAH 1 accueille huit poètes dont Paul Celan, Colette Wittorski chacun fuit/Les rires se taisent/Le lac se vide ou Jacques Bertin. Chaque biographie est suivie d’une bibliographie et d’un choix de poèmes. Le dossier Poètes bretons pour une baie tellurique accueille pas moins de 32 poètes avec entre autres Saint-Pol-Roux, Max Jacob, Jacques Vaché, Anjela Duval… Louis Guillaume ce déraisonnable sage nous dit CD, Longtemps la bouteille voyage/qui la trouve ne sait plus lire, Michel Manoll (il dira de René-Guy Cadou Nous nous embrassions par nos noms), Cadou… Armand Robin Éclaboussant mon instant d’herbes en d’autres vies// Les moutons et les bœufs sous leurs pieds roux et mous/me piétinent sourdement, lourdement, me délivrent/ De ces risibles coquelicots que sont mes livres…Guillevic, Pierre-Jakez Hélias, Alain Jégou…
À ce dossier succède les WAH 2, 11 poètes sont donnés à lire dont Charles Akopian…Marie Murski…Paul Sanda, on retrouvera non sans émotion Joseph Pontus.
Ce cahier littéraire ancré en Bretagne révèle la richesse poétique de cette région. C’est un pan du monde qui est donné à découvrir, l’histoire d’un territoire se fait vibrante, vivante. La pluralité des voix est le signe d’un entêtement lumineux et salutaire : les poètes résistent. L’Ouest chante et avec lui la poésie.
Il faut remercier Christophe Dauphin pour ce travail rigoureux et abouti, d’une extrême qualité littéraire. Signe d’ouverture aux autres, Les Hommes sans Épaules est une revue indispensable.
Marie-Christine MASSET (in revue Phoenix n°43, 2025).
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2003 - À propos du numéro 15
« Nous avons fait l’historique de cette revue dans Multiples n°54, reparlé d’elle dans Multiples n°61, au temps où elle faisait 120 pages et où Alain Castets tentait de regrouper les forces poétiques. Tout allait enfin changer (HSE n°12). Mais la rupture d’avec ce polémiste à tout crin intervient au n°15. Les racontars vont bon train. Aussi les HSE se coupent de ce poète et de son association « Clarté Poésie ». Fin du rêve de puissance. La revue n’en conserve pas moins sa bonne mine, je veux parler de son épaisseur (elle passe de 120 à 160 p.) et de sa qualité. Elle atteint même une sorte de perfection dans l’équilibre, honorant à la fois les grands noms un peu oubliés et les petits jeunes dont s’occupe le vaillant Christophe Dauphin… Les Hommes sans Épaules, une revue de poids. » Henri Heurtebise (Multiples n°65, septembre 2004).
« Les Hommes sans Épaules, c’est plein de bons auteurs. » Christian Degoutte (Verso n°118, septembre 2004).
« Un très beau numéro (n°15) de la nouvelle série avec un dossier « Les Poètes dans la guerre »… Les HSE ont 50 ans. Christophe Dauphin nous dit que les HSE furent au côté de Guy Chambelland pour la création d’une autre revue de grande qualité « Le Pont de l’Epée ». Saluons avec les HSE, la mémoire de Guy Chambelland. A lire avec bonheur, un bonheur qui relève de l’aventure éveillée de la poésie contemporaine. » Jean-Pierre Védrines (Souffles n°203/204, 2004).
« Les Hommes sans Épaules n°15. Un sommaire vraiment époustouflant. » Yves Artufel (Gros Textes n° 40, printemps 2004).
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