René Iché, l'ultime décade

Collection Les HSE


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René Iché, l'ultime décade

Christophe DAUPHIN
René ICHÉ

Art

ISBN : 9782243043105
30 pages - 15 x 21 cm
12 €

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Catalogue de l'exposition « René Iché, l'ultime décade, sculptures et oeuvres sur papier » : 2006, Librairie-Galerie Racine (Paris). Texte et poème de Christophe Dauphin. Dans sa vie comme dans son oeuvre, René Iché est droit comme le I qui tient son nom. L'homme est d'une envergure assez rare, et son oeuvre le reflète. « Les Lutteurs » émergent de la pierre, de la masse, et déploient une énergie malaxée par les pulsions humaines. Ils luttent pour la vie et pour un monde meilleur. « Père et fils » est une oeuvre poignante, dans laquelle l'artiste se représente en serrant de toutes ses forces et de tout son amour, le fils qu'il n'a pas encore, mais qu'il trouvera en la personne de son gendre : le poète surréaliste Robert Rius. L'Humain est tout entier son sujet. L oeuvre de René Iché est un journal de bord sculpté ; un journal aux pages de marbre, de pierre, de plâtre et de bronze. Iché sculpte avant tout le déchirement de l'être dans l'être, de l'être dans la vie, de l'être dans la douleur et jusqu'au cri, certes, mais aussi et surtout dans l'amour et la passion. Ses nus baignent dans la sensualité et la tendresse : « Etude n°2 », « Etude n°3 », « Etude n°4 », mais aussi « La Jeune Tarentine », sont autant de sculptures qui nous renvoient à la poésie. Plus tard, Iché ira jusqu'au charnel avec « Le couple ». Car ce sont bien des poèmes que sculptent Iché. Il sculpte le mouvement (qui n'est jamais gratuit), dans des oeuvres, tour à tour, d'une composition rigoureuse, fragmentaire, lisse, épurée ; il sculpte l'homme mis à nu. La traduction du sentiment rapproche alors la sculpture de la peinture et du poème.

 

HOMME SUCCOMBANT SOUS LE POIDS DE SON CADAVRE
(Extrait)

   
(..)

Ce n’est pas la pluie
Ce n’est pas l’orage
Ni le fusil
Ni la balle
Mais un opéra de sang

Le vent est le domino de son haleine
qui croise les jambes sur le squelette de la vie

Ne nomme pas cet homme
Avec qui tu traverses la nuit barbelée
Une plage qui se caille comme le lait noir de l’aube

Ne nomme pas cet homme
C’est toi succombant sous le poids de ton propre cadavre

(..)


Christophe DAUPHIN

(Extrait de poème, in René Iché, l'ultime décade, Les Hommes sans Epaules, 2006).


A propos de René Iché

René Iché (1897-1954) fait partie de cette génération marquée à jamais par la Première Guerre mondiale. Engagé volontaire devançant l'appel en 1915, il est plusieurs fois blessé et termine la guerre avec la Légion d'honneur, la Médaille militaire et de solides convictions antimilitaristes. Ses premières oeuvres sont censurées pour pacifisme ou indécence, à cause de leurs évocations parfois explicites de l'homosexualité. Proche du groupe surréaliste, il commence à percer au milieu des années 20. Ce n'est qu'après la Seconde Guerre mondiale - où il perd plusieurs proches, dont son gendre, le poète surréaliste Robert Rius (qui édita le poème Liberté d'Eluard), assassiné par la Gestapo - qu'il connaît la notoriété et devient la figure même de l'artiste engagé. En 1954, le gouvernement polonais lui commande ainsi un monument aux déportés d'Auschwitz. Il ne verra jamais le jour, l'artiste décédant d'une leucémie le 23 décembre de la même année.
 
CHEVASSUS-AU-LOUIS NICOLAS (in Libération, 18/09/2007).