Les Hommes sans Épaules


Dossier : LA POESIE ET LES ASSISES DU FEU : Pierre Boujut et La Tour de Feu

Numéro 51
352 pages
03/03/2021
17.00 €


Sommaire du numéro



Communiqué des HSE : "La disparition d’Elodia TURKI, notre Femme sans Épaules et de cœur", Poèmes de Elodia TURKI

Editorial : "Les Assises du Feu", par Christophe DAUPHIN

Les Porteurs de Feu : Edmond HUMEAU, par Paul FARELLIER, René de OBALDIA, par Christophe DAUPHIN, Poèmes de Edmond HUMEAU, René de OBALDIA

Ainsi furent les Wah 1, Poèmes de : Alain BRETON, Odile CONSEIL, Paul RODDIE, Michel LAMART, Béatrice PAILLER, Claire BOITEL

Une Voix, une oeuvre : "Les univers imaginaires de Matei VISNIEC", par Christophe DAUPHIN, Poèmes de Matei VISNIEC

Dossier : "La poésie et les Assises du Feu : Pierre BOUJUT et La Tour de Feu", par Christophe DAUPHIN, Poèmes de Pierre BOUJUT, Claude ROY

La mémoire, la poésie : "Adrian MIATLEV, la clé du Feu sous la porte de la Tour", par Christophe DAUPHIN, Poèmes de Adrian MIATLEV, Pierre CHABERT

Ainsi furent les Wah 2, Poèmes de : Hervé DELABARRE, Daniel ABEL, Jean-Pierre ELOIRE, Maurice CURY, Facinet CISSE, Frédéric TISON

Les pages des Hommes sans Epaules, Poèmes de : Elodia TURKI, Christophe DAUPHIN, Paul FARELLIER, Alain BRETON, Odile COHEN-ABBAS

Ainsi furent les Wah 3, Poèmes de : Anne BARBUSSE, Pasqualino BONGIOVANNI, Alain BRISSIAUD, Alexandre BONNET-TERRILE, Maurice COUQUIAUD

Avec la moelle des arbres, Notes de lecture de : Christophe DAUPHIN, Daniel ABEL, Nicole HARDOUIN, Odile COHEN-ABBAS, Eric CHASSEFIERE

Infos / Echos des HSE, Textes et poèmes de : César BIRÈNE, Frédéric Jacques TEMPLE, Karel HADEK, Monique W. LABIDOIRE, Richard ROGNET, Paul FARELLIER, Claude VIGEE, Christophe DAUPHIN, René DEPESTRE, Odile COHEN-ABBAS, Virginia TENTINDO, Edouard J. MAUNICK

Tribune : "Nous sommes Samuel PATY & Nos Montagnes, l’ARTSAKH !", par Christophe DAUPHIN, Samuel PATY, ARTSAKH


Revue de presse

Lectures critiques :

Le numéro 51 débute par une triste nouvelle, « La disparition d’Elodia Turki, notre Femme sans Épaules et de cœur ». Nous avons déjà évoqué le talent et l’œuvre d’Elodia Turki dans La Lettre du Crocodile. Voici quelques mots extraits du bel hommage de l’équipe des HSE à Elodia : « L’œuvre d’Elodia est un inlassable chant d’amour aérien, dont certaines pièces n’auraient sans doute pas été renié par Hâfez, le grand maître de la poésie persane, lui-même. Langage épuré, image sensuelle et soigneusement ciselée, vocabulaire précis ; chez Elodia, l’amour côtoie le doute, la solitude, l’attente, l’absence et le questionnement de soi. »

Et quelques mots d’Elodia Turki qui démontrent son intuition de l’essence :

 

Le monde à travers moi se crée

Si je vis Tu existes

Et Tu meurs si je meurs

A l’intérieur de moi

un domaine effrayant

martèle mes secondes

 

J’ai recousu l’entaille

enfermé ce moteur et ma peur

et dans le lisse et la beauté

de mes masques

 

J’ai chanté !

 

Un sommaire foisonnant dont le dossier est consacré à Pierre Boujut qui fonda en 1946 et anima la revue La Tour du Feu, Revue internationale de création poétique, résolument optimiste opposé à l’existentialisme et à toute forme de nihilisme. « Si vous n’aimez pas la vie, n’en dégoûtez pas les autres. Si votre existence n’a pas de sens, ne généralisez pas. » dit Pierre Boujut, ou encore : « A contre destin, sois toi. » La revue est poétique et politique : « Tout impérialisme – capitalisme ou égalitaire – écrit-il, est abject et absurde. Il s’agit de recréer une mentalité de paix et d’arracher les peuples aux envoûtements guerriers que certains se plaisent encore à pratiquer. »

Pendant trois décennies, la revue va célébrer la vie, la créativité, la fraternité, l’amitié… Les poètes se rendent à Jarnac, où Pierre Boujut demeure, pour participer à ce mouvement humaniste et libertaire. Jusqu’à cent poètes, témoigne son fils, participent à ces rencontres.

Christophe Dauphin rappelle les « sacrements » de la revue : « 1/ Le sacrement du divorce, c’est-à-dire la désertion ; le droit de refuser ce que notre conscience réprouve. 2/ Le sacrement de la canonisation, le droit de dresser des statues aux amis et le devoir de le faire pendant qu’ils sont encore vivants. 3/ Le sacrement de l’illumination, c’est-à-dire de l’instant béni de la création qui met le poète en communion avec l’univers. Le quatrième sacrement aurait pu être le sacrement de la contradiction, tellement celle-ci (la contradiction) est au cœur des débats du groupe. »

Cette revue, conservée précieusement par ceux qui ont su se la procurer, fut marquante pour beaucoup. Pierre Boujut a lui-même publié une vingtaine de recueils de poésie. Voici un poème extrait de La vie sans recours (1958), véritable profession de foi.

 

Le baptême du poète

 

Il s’est jeté au feu avec nous

et maintenant il ne pourra plus

retourner chez les serpents

chez les glissants, chez les rampants

chez les fuyants entre deux eaux.

 

Il a la marque sur son front

il a la fièvre dans ces veines

et sur ses lèvres dévorantes

il a posé le pur charbon.

 

Quoi qu’il arrive à son navire

quoi qu’il décide en son sommeil

il est signé de notre amour

il est choisi pour un bonheur

qui s’élève à notre horizon

et le compas des solitudes

n’aura plus centre en son cœur.

 

Ô mes amis, plus haut que moi

formons l’essaim de vérité

et sans redouter les prophètes

écouter naître le passage

de l’arbre à l’hirondelle

de l’étoile au poème

et de la Tour de Feu au retour éternel.

 

« La poésie est un moyen de salut individuel et de transformation à la fois magique et révolutionnaire du monde, nous dit encore Christophe Dauphin. Qu’après avoir sauvé le poète, elle soit capable de sauver d’autres hommes, voilà pour Pierre Boujut le plus sûr critère de sa valeur. Pour lui, les poètes sont des prophètes, non pas des meneurs. »

Rémi BOYER (in incoherism.wordpress.com, avril 2021).

*

Tout d’abord signaler que ce numéro du premier semestre 2021 est dédié à une grande poétesse disparue en 2020 à qui il rend hommage, Elodia Turki, dont ces quelques mots introduisent le volume :

« Je n’accorde à rien ni à personne le droit de ressentir à ma place… »

« Quand le cœur devient l’unique occupant d’un corps et se pend au gibet de sa gorge, se fait lourd, outre veloutée et tiède qui menace de choir… alors la main spontanément se tend, s’arrondit pour recevoir, protéger, caresser, protéger, aimer. Et cette émotion suspendue, le temps d’un étonnement, comme un éclair domestiqué, abrite et habite, Hôte absolu, l’Autre, dans une reconnaissance éperdue. »

Elodia Turki, Inédits.

Ce volume, comme les autres, est une somme inouïe avec cette fois-ci pour thématique “La poésie et les assises du feu”. Dans son édito Christophe Dauphin évoque Pierre Chabert et La revue La tour de feu, “fédération de tempéraments, c’est à dire d’hommes-symboles”. Suivent les portraits de ces Porteurs de feu : Edmond Humeau évoqué par Paul Farellier et René de Obaldia par Christophe Dauphin. Une longue présentation, contextuelle autant que littéraire précède de long extraits des œuvres de ces deux poètes. Remarquable déjà.

“Une voix un œuvre” est une des rubriques habituelles de la revue. Elle nous présente Les univers imaginaires de Matei Visniec, puis place au dossier La poésie et les assises du feu. Pierre Boujut et la tour de feu, présenté par Christophe Dauphin, accompagné par un poème de Claude Roy. Un panorama aussi bien historique que didactique, et de nombreux poèmes sont là pour accompagner le propos.

Adrian Miatlev fait suite à Pierre Boujut. Dans un article “la mémoire, la poésie”, Christophe Dauphin évoque la vie et le “feu” qui a tracé le chemin du poème pour cet homme dont l’œuvre est révélée par ces pages riches et denses.

Les articles ainsi que le dossier proposé dans ce numéro sont ponctués par des poèmes d’auteurs qui s’inscrivent dans la rubrique “Ainsi furent les WAH 1, 2, puis 3, car ces plages poétiques ponctuent le volume. Des auteurs comme  Alain Breton, Odile Conseil, Paul Roddie, Michel Lamart, Béatrice Pailler, Claire Boitel, Alain Brissiaud, Anne Barbusse, et d’autres,  enrichissent cette somme à chaque fois impressionnante. 350 pages pour ce n° 51, où le lecteur peut découvrir des auteurs, mais aussi parcourir des étendues immenses de poésie, de mondes poétiques, de lieux où se sont écrites les pages de l’histoire d’une littérature dont Les Hommes sans épaules témoignent tant il est vrai que cette revue est le lieu d’une parole exégétique sans pour autant perturber la réception des œuvres qui sont présentées par les propos qui guident la lecture plutôt qu’ils n’en restreignent la réception.

Des notes de lecture ainsi qu’une rubrique “Infos/echos” et “Tribune” viennent clore cet impressionnant volume.

Carole MESROBIAN (in recousraupoeme.fr, 6 avril 2021).