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Lectures :
Lyrisme assumé, lumineux, en dialogue avec les peintures (collages parfois ?), saisissantes de justesse abstraite et d’intuition. L’ensemble irradie le souvenir d’une beauté sans cesse recommencée, captée au vol à son insu, comme si l’on se retrouvait enfermé quelques minutes (heures, jours, années-lumière : leur confusion bienvenue) dans un jardin hors du temps.
Le vol d’un oiseau, son ombre fugace, la mélodie d’un ruisseau, le friselis d’une robe - rien de tout cela n’est à proprement parler décrit et pourtant : on en ressort avec la sensation d’émerger du rêve d’un mage, un peu sonnés de devoir retrouver le RER matinal et les escalators d’acier.
Demeure la lumière. Merci Alain Breton.
Adeline BALDACCHINO, 25 juin 2026.
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Le Grand Cerf est un mythème mystérieux et révélateur, commun à plusieurs traditions. Arbre de vie reliant la terre et le ciel, sa solarité en fait un symbole de l’avènement de la lumière. En alchimie, il est le Mercure, pendant de la Licorne, associée au Soufre. Ce couple signifie aussi l’union de l’esprit et de l’âme. Il est significatif que l’œuvre d’Alain Breton, textes et peintures nous accompagne en attendant la parole du Grand Cerf. D’ailleurs, en sous-titre, n’a-t-il pas discrètement glissé le mot « miracles ». Alain Breton fait de l’Apparaître, ce qui se donne à « Voir » une matière de Liberté, mots et images, poèmes et pentures, parfois témoignages, parfois cris, parfois invocations…
Que la forêt soit, qu’elle conduise le ciel vers le gouffre des arbres, vers les plaies invisibles du jour : que la pluie soit aimante, que la lumière obéisse au canard, grand hurleur facile, qu’elle vacille, s’exalte.
Le soir, entend-elle la voix qui meurt dans les ramiers ?
Outre le Grand Cerf, il y a aussi le Chat, animal psychopompe, qui fait pont entre le visible et l’invisible, inattendu, insaisissable, mais toujours présent, témoin ancien de nos pérégrinations.
Et aussi l’arbre, la forêt, la nuit, l’étoile, la pluie, le baiser, le poète, la femme, l’homme… dans une longue méditation qui est aussi une marche, libre, vers la beauté.
Hâte-toi, pressé par la nuit délétère. Sois son compagnon au fragile tabac.
Marche sans repère – l’azur t’accueillera.
Chaque rameau sera la rencontre.
Un ruisseau dans le soir entama le chemin.
Alain Breton transforme chaque instant en miracle. Question d’attention, de disponibilité, de regard, d’intensité… Ici, la Nature et la Conscience ne sont qu’un.
Viendra l’aube, l’heure des chiens. Un seul chêne les connaîtra et de sera la montagne tranquille.
Une abeille dénoncera les fleurs. Un vent nous sera confié, une eau nous attendra – celle du torrent, fier de sa démesure.
Quelques nuages montreront comment bien faire au soleil.
Le seigneur sera, dans sa lumière extrême, le chant d’un oiseau.
L’ouvrage, très initiatique, est un véritable manifeste de l’instant présent, ce véhicule invisible de l’être qu’il nous faut sans cesse reconquérir pour que se réalise le miracle d’une seule Chose.
Rémi BOYER (in lettreducrocodile.over-blog.net, 6 août 2025).
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Avec Alain Breton – qui a reçu le prix Mallarmé en 2024 pour son livre Je ne rendrai pas le feu –, la poésie retrouve son pouvoir d’enchantement. Sa puissance évocatrice est dans le pacte intime qu’il noue entre les mots et la nature, rendue à sa pureté originelle. On est là, comme le « Grand Cerf » mythique du titre semble l’indiquer, dans une sorte de pratique chamanique de l’écriture qui révèle, derrière les apparences, un monde sacralisé et harmonieux où les animaux parlent, où les arbres sont des complices bienveillants, où le ruisseau est un ami, où l’herbe est accueillante.
Ce qu’il évoque, dans sa méditation active, relève d’une sorte de mystique immanente du lieu où il vit, avec ses murets, sa rivière, ses talus, son chat, les arbres, la neige parfois, la pluie, le vent, le jour, la nuit, autant d’entités vivantes – rien d’abstrait – qui l’accompagnent dans sa quête.
Son illumination, qui n’est pas sans rappeler celle décrite par Rimbaud dans « Aube », éclaire sans chercher à la résoudre l’énigme d’être au monde : le mystère doit demeurer mystère, mais se donne à saisir charnellement derrière le sens par une sensibilité constamment aux aguets.
Il se dégage de ces poèmes, qui sont de véritables hymnes à la nature, une intense volupté qui irradie et tend à devenir cosmique, d’autant plus qu’on y sent la présence de la femme aimée, du moins son souvenir et l’espoir de son retour.
Un extrait sera le mieux à même de rendre l’esprit de ce livre, par ailleurs superbement illustré par les peintures de l’auteur : « Notre aurore s’effaçait dans les fleurs errantes. Nous avions souri au monde facile : les sources se donnaient à nos regards, des criquets accordaient des audiences ; les herbes recevaient. Même l’araignée fit un pacte avec la fougère. / Juste dire merci lorsque merci est une offrande. » Il y a comme ça des livres qui ont encore à voir avec la merveille.
Alain ROUSSEL (in en-attendant-nadeau.fr, 19 septembre 2025).
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Deux approches critiques
Comme des meilleurs vins millésimés, Paul Farellier a sélectionné pour chaque année écoulée, et depuis 1968, une bouteille de son excellent cru poétique. Publiés ici où là, les textes qu’il nous offre dans cette rigoureuse anthologie sont choisis pour leur représentativité, leur qualité, le goût subtil de leur longévité et, quelque part, leur tendresse donnée au temps qui court. Choisir un extrait de texte dans cette superbe sélection est dénaturer le message initial car la plupart des poèmes représentés ici le sont dans un contexte pourvoyeur d’instants privilégiés. Chaque âge a son destin, chaque vers son empire.
« cette sorte de voix mate et sans écho, ce faible cri de lanterne, une étoile sourde qu’on distingue à peine
au vent venu de la nuit. »
La démarche qui accompagne ce poème fascine, car c’est le regard même que Paul Farellier privilégie entre tous, opérant sur un choix qui importe déjà un choix supplémentaire où ne surnagent, en fin de compte que les seuls grands textes douloureux des « bonnes années », alors qu’il ne reste
« plus rien qu’un soleil ras pour faucher les pluies glaçantes. »
Un petit livre tendre et pathétique.
Jean CHATARD, note (mars 2009) pour la revue Le Mensuel littéraire et poétique.
Paul Farellier est un poète du souffle et de la distance. Ces poèmes naissent du creusement, du travail, de soins et d’attente. Ils maturent dans la grande cuve à poèmes, nous offrant des millésimes qui selon le poète lui-même peuvent varier selon la terre, le soleil, les pluies, l’attention du vendangeur. Quarante poèmes pour quarante années, le choix du poète a dû être bien difficile. Un peu de hasard a pu s’inscrire dans ce choix mais certaines années sont d’une qualité rare et c’est sans attendre que nous devons déguster ces poèmes. Des instants, des lumières, un regard sur un vécu, l’oiseau qui s’envole, le silence toujours en recherche dans l’œuvre de Paul Farellier, tout cela impose un moment poétique dense et questionnant. « J’écosse la mémoire » écrit le poète qui tente peut-être de ne pas laisser s’égarer le moindre tremblement dans ce que nous pourrions relier à un vers précédent : «Tout le métier d’aimer». C’est que le poème de Paul Farellier ne semble pas vouloir rester dans la solitude même si les apparences sont parfois trompeuses chez ce poète assez secret. Son espace poétique s’appuie sur la réflexion philosophique et métaphysique tout autant que sur les éléments du monde et de la nature accomplissant par son poème une symbiose qui nous conduit à vivre avec lui la matière du monde comme son néant. Ainsi par l’union du paysage et de la lumière comme connaissance d’une finitude acceptée, nous pouvons lire ces très beaux vers :
« il a gelé blanc et la lumière est prise ».
Silence, beauté, lumière, des étoiles que Paul Farellier ne doit plus chercher. Elles nous semblent véritablement atteintes dans ce recueil.
Monique W. LABIDOIRE, in revue Poésie sur Seine, n° 68, printemps 2009.
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Sur TOTEMS AUX YEUX DE RASOIR
"Quel beau titre et quel beau poète. Un fort livre de plus de 350 pages. Ce qui est dramatique, ici, c’est que j’aimerai tout citer. Christophe Dauphin est la quintessence même de la poésie actuelle. Il a réussi à prendre tout ce qui était à prendre de meilleur dans les différents courants littéraires précédents et nous les restituent à sa manière… Inimitable. Il y a de la virtuosité et une poésie qui coule comme une rivière et vous emporte, avec vos mots, qui sont ceux que le poète met dans vos yeux, vers des émotions pures. Christophe Dauphin, un grand poète de l’émotivisme, de la passion, un grand poète tout simplement."
Jean-Pierre LESIEUR (Comme en poésie n°44, décembre 2010).
"L'oreille de Van Gogh, la voix de Duprey, celled e Prevel, les murmures de Cadou, les rideaux ébréchés de la mémoire, les pommiers rouge sang du bocage normand, Voronca les bras en croix, les visions d'Oradour et la pourriture de Dieu (tandis que l'homme est beau comme un cri), Prends garde - aux mots qui poussent dans le béton - aux mots qui payent leurs dettes dans le vomi de vivre - aux lèvres éclatées par le cri..., un poète qui gueule, un poète majeur."
Yves ARTUFEL (Gros-Textes n°3, décembre 2010).
"Quel poète ! Christophe Dauphin est introduit ici par le regretté Sarane Alexandrian et ce n'est pas une préface de complaisance ni même d'amitié, mais le salut d'un maître du surréalisme à l'un des successeurs de la grande époque. Non pas un survivant, mais un renouveleur des thèmes, des images et des théories puisqu'il a tenté d'implanter un émotivisme, dont il reste le seul représentant, puisque nous ne sommes plus au temps des ismes. Il n'empêche que le ton de Dauphin dans ces Totems aux yeux de rasoir (poèmes 2011-2008) est très neuf. Il ne tente pas de se faire surréaliste. Il est lui-même et c'est assez! De plus, il a, je le constate au fil des années, le talent, et même plutôt le don, de mélanger les cris et révoltes de la poésie "engagée" et celle des images souvent involontaires (mais sans être le moins du monde automatiques selon l'expérience du groupe de Paris et la mode qu'utilisent encore uelques dévoyés ou nostalgiques). Au total ce qui apparaît le plus, c'est une puissance de verbe et une imagination contrôlée qui laisse le lecteur pantois, se demandant de quel univers il est question, entre les dérives et malfaisances de la société du fric-roi et un humanisme fougueux où se retrouvent les leçons du passé et les nouvelles approches sociologiques encore en formation. Un grand poète, ce Christophe Dauphin. Qui restera comme ses aînés des années autour de 1930, puis d'un après-guerre encore plus internationaliste."
Paul VAN MELLE (Revue Inédit Nouveau n°248, décembre 2010).
"Une poésie vivement imagée, qui cherche, comem le dit Sarane Alexandrian das sa préface, à "procurer des émorions - fortes ou fines - par l'intermédiaire du Verbe. Dieu y est plus d'une fois malmené et le désespoir hante les pages, mai aussi, plus fort, le désir de vivre."
Alina REYES (Blog A mains nues, 18 décembre 2010).
"Christophe Dauphin n'a pas fini de m'étonner. Poète, essayiste, érudit, critique littéarire dévoreur de livres, directeur de la revue Les Hommes sans Epaules, il a à son actif un nombre impressionnant d'ouvrages et est le maître d'oeuvres d'anthologies remarquables (et remarquées), notamment celle dans laquelle (Les Riverains du feu) il rassemble des poètes très divers sous le totem poétique par lui nommé émotivisme. Quant à Riverains des falaises (éditions clarisse), son anthologie monumentale des poètes en Normandie du XIe siècle à nos jours, elle constitue désormais un ouvrage de référence. Bref, Christophe Dauphin est à maints égards, époustouflant. il nous offre ici un gros ensemble de huit recueils écrits en huit ans. Deux d'entre eux ont déjà été publiés, les autres sont inédits. S'inscrivant à la fois dans la poursuite du mouvement surréaliste et dans le renouveau de l'humanisme, Christophe Dauphin écrit des poèmes comme on élève des barricades ainsi que le dit si justement le regretté Sarane Alexandrian, dans sa belle préface. Grand voyageur terrestre, Christophe Dauphin est aussi (avant tout !) un grand voyageur intérieur. Prince des images, magicien du verbe, c'est un boulimique des mots, un assoifé du langage. il nous rend ivres et en quasi état hallucinatoire."
Roland NADAUS ("Notes de lectures", in site internet de La Maison de la Poésie de Saint-Quentin-en-Yvelines, 13 avril 2011).
"Christophe Dauphin, directeur de publication de la revue Les Hommes sans Epaules, est un grand lecteur et un grand voyageur. Ces lectures et ces voyages imprègnent cette poésie torrentielle marquée par le Surréalisme, un surréalisme à la manière d'André Breton (Pays aux lèvres d'orage, p.251; Dans une nuit que boivent les loups, p.284), d'un Bunuel (cf. le titre), faisant fi des contradictions (dans le vent porcelaine, p.70; ses ailes barbelées, p.267). Christophe Dauphin a des images de cruauté (Ton sexe que j'épure comme une plaie, p.114; des affirmations rabelaisiennes, Moi j'ai des poèmes plein les couilles, p.155), pastichant au besoin les aînés, Henri Pichette par exemple: Je te charbon - tu me pétrole, p.230. Cette écriture volcanique, sans vouloir éviter le mauvais goût et l'humour (Leurs veines transparentes - s'ouvrent au fil à couper le beurre, p.149; Une viande d'arbre, p.206; Vos dents pleurent de froid - Elles n'ont plus de cheveux, p.262) s'apaise, parfois dans le même poème, oui par là volcanique, en des formules qui sont de véritables trouvailles (Oh! Seigneur qui n'existez pas - N'existez pas, p.151). La beauté y éclate : Le bleu lointain des panthères, P.133; Les granges de l'amour brûlent avec l'été, P;142; Le fruit du monde s'ouvre en deux, p.144; Pour bâtir l'atelier du soleil, p.166. On ne sétonnera pas qu'Yves Bonnefoy écrive: "Il y a dans les poèmes de Christophe Dauphin, la lumière de quelques grandes images pour raviver comme iil le faut, et comme c'est si rare aujourd'hui, la parole." On ne s'étonnera pas non plus que Christophe Dauphin figure dans l'Anthologie-9 de Multiples. L'homme est aussi généreux qu'abondant. on lui doit des études sérieuses sur le Patron, Jean Breton (Jean Breton ou la poésie pour vivre), sur Simonomis (Jacques Simonomis, l'imaginaire comme une plaie à vif), sur Lucien Coutaud (le peintre de l'éroticomagie) et récemment une énorme anthologie, intitulée: Les Riverains des falaises, 518 pages!"
Henri HEURTEBISE (Revue Multiples n°78, 1er semestre 2011).
" Nous sommes heureux de présenter ce livre rempli de livres. Car nous connaissons son auteur, Christophe Dauphin, depuis de nombreuses années, du temps où nous étions engagés dans la belle aventure revuistique Supérieur Inconnu que fonda et dirigea Sarane Alexandrian jusqu'à sa mort. C'est d'ailleurs lui, Sarane Alexandrian, qui signe la préface de ces Totems aux yeux de rasoir, ensemble de 8 recueils - infini vertical - de poèmes composés entre 2001 et 2008. L'engagement de Dauphin, pour qui suit de près le coeur battant des publications poétiques, n'est plus à présenter. Il s'est fermement opposé aux formalismes qui sclérosent le poème et se l'approprient pour mieux l'enfermer dans d'ineptes dépendances privées. Son point de vue sur l'importance du poème comme relevant d'un bien commun indispensable à l'humanité, nous le partageons. Le poème doit engager l'être profond. C'est ainsi qu'il a formalisé la théorie de l'émotivisme. Les totems qu'il nous donne à lire sont donc la mise en acte de ses vues intellectuelles, la théorie appliquée à l'art poétique pourrait-on peut-être dire. Et comme être poète est d'abord un état de l'être, les poèmes de Dauphin sont ceux surgis de sa vie primordiale, de sa vie d'homme plongé dans son siècle, voyageur révolté et inquiet, attentif aux êtres, aux choses, aux signes omniprésents qui lui rentrent par les pores de la vie pour se métamorphoser en Poème. Nous n'allons pas ici présenter chacune des huit marches de ce beau livre mais évoquer en particulier son recueil central, celui qui inspire son titre à l'ensemble. Il s'agit des Totems émotivistes. Les totems sont ici des poèmes. Qu'est-ce qu'un totem ? Un poteau scupté, dressé près de l'habitat des tribus primitives, appelant la protection des esprits et de l'âme animale, ou contenant la présence des ancêtres. Les totems de Dauphin sont donc des poèmes protecteurs et propitiatoires, conférant au langage sa charge magique initiale, celle par qui se construit ou se détruit le monde, Verbe à travers lequel se tisse le trésor de l'aventure humaine ou se détrame sa chair. "Le totémisme, écrit Freud dans Totem et tabou, est tout à fait étranger à notre manière de sentir actuelle. Il est une institution depuis longtemps disparue et remplacée par de nouvelles formes religieuses et sociales." Dès lors, les totems de Dauphin ont une fonction dans la cité, à l'intérieur du groupe humain, à l'intérieur de l'individu même. Le poème devient l'acte verbal protecteur, l'action hautement empreinte d'esprit, poème-totem mué en parole oraculaire pour nos temps techniciens ayant perdu le paradis de la connaissance ancienne. Le livre, comme l'imaginaire de Dauphin tramé au fil luisant de l'émotion capitale, est riche. On y est pénétré par des poèmes à fleur de peau, par des torsions grammaticales, par des tours de force sémantiques. On y voyage en Europe, principalement en Europe de l'Est à laquelle le poète voue une passion pulsionnelle au sens cardiaque du terme. La parole de ces Totems, en un mot, est Belle."
Gwen Garnier-Duguy (in Recours au poème, juillet 2012).
CHRISTOPHE DAUPHIN ET LA GEOPOESIE DE L’EMOTION
par Monique W. Labidoire
La poésie de Christophe Dauphin est le support d’une relation intime entre les lieux, les personnes, les échanges, les événements du monde et de la société. Ainsi sa passion pour certains pays de l’est de l’Europe abrite des multitudes de lieux à explorer pour le poème. Ce sont ces lieux traversés, ces voyages vers d’autres espaces qui permettent au poète d’approcher des territoires inconnus ou connus du poète qui s’apprennent les uns les autres, s’apprivoisent les uns les autres. Son regard sur Prague, Budapest ou Paris, son ressenti des cafés de la vieille Europe, quelques lieux « sacrés », de sa poésie comme le cimetière juif de Prague ou les bords du Danube tout autant que certains quartiers de Paris et de sa banlieue, poursuit tous les exilés du siècle dans leur nouvelle demeure. Ils l’aident à comprendre, à partager un environnement plus proche qui prend sa source dans la Normandie où Christophe Dauphin est né, jusqu’à Kakos cette île lointaine, imaginaire et idéale dans laquelle doit renaître le poète, la poésie et l’humain.
Chez Christophe Dauphin, les lieux, les personnes et les événements se fondent dans ce qu’il nomme lui-même « l’émotivisme ». Il les nomme afin qu’ils griffent avec force les murs de notre conscience et résistent à tout oubli façonnant ainsi l’émotion à l’aide des suggestions de notre affect qui puisent dans la mémoire, le rêve, la révolte et l’amour. Pour nous bousculer, voire nous déconcerter, le poète n’hésite pas à utiliser de sales mots inventés par la laideur même de certains concepts imaginés par le genre humain, des mots et des expressions issus d’une société injuste, barbare, égoïste et qui génère la sale misère du monde, le sale ennui du monde. Par exemple des mots comme « égorger », « tortionnaire », ou encore « puanteur du genre humain », ou plus loin « putanisme ». On imagine aisément que ces mots ne sont jamais d’usage gratuit et qu’ils sont, au contraire, de première nécessité pour le poète.
Dans un de ces poèmes, il met en scène trois lettres devenues un mot que chacun d’entre nous peut mettre immédiatement en images, ce mot, c’est HLM. Cette HLM où le poète a vécu son adolescence et d’où il cherchera, pour lui et pour les autres la lumière, une lumière qui n’est pas seulement celle du soleil mais celle de la connaissance, de la fraternité et de la poésie. C’est donc très tôt que Christophe Dauphin acquière une conscience de classe qui dit-il ne l’a jamais complètement quittée même si pour lui aujourd’hui, ses propres conditions de vie ont totalement changé. Dans cette adversité, le jeune futur poète cherche sa propre identité « moitié poète, moitié voyou » écrit-il à l’instar d’un Rimbaud et l’on peut aussi entendre et pour Rimbaud c’est sûr et pour Christophe Dauphin c’est probable « moitié voyou moitié voyant ». Il va devoir forcer les barbelés qui l’entourent pour, « ouvrir une fenêtre sur l’azur ».
L’azur et la lumière éclairent un paysage surréel, des zones de vie que le futur poète ne connaît pas encore mais qu’il imagine à sa façon, dans l’exaltation du jeune âge mais aussi dans une vision déjà juste du monde réel dans lequel il vit. Ce monde que très vite il vilipende et rejette, instinctivement, avant même d’en démonter le mécanisme. La lumière, il la trouve dans le poème mais aussi, dans une prise de conscience du monde contemporain, ce monde dans lequel la vie, par hasard, l’a plongé, un monde qui n’échappe toujours pas aux guerres, à la barbarie, à l’injustice.
Dans le choix judicieux des poèmes réunis dans son dernier ouvrage Totems aux yeux de rasoir (Poèmes de 2001 à 2008 à la LGR avec une très belle préface de Sarane Alexandrian), on sent toute la révolte qui est la sienne, la rage libertaire, anti-militariste, anti-cléricale, anti-colonialiste, anti-crétiniste surtout. Qu’y voit-on ? Un poète à la fois romantique à la façon d’un Baudelaire qui affirme « Qui dit romantisme dit art moderne » ou encore idéaliste dans son désir de changer le monde, déterminé dans son engagement, surréaliste aussi quand il se réfugie dans un imaginaire rêvé qu’il considère sans doute plus apte à changer au moins son propre monde ; mais s’il est avant tout un poète « émotiviste » selon sa propre terminologie, nous pouvons dire aussi qu’il est un poète qui réunit simplement tous les états de la matière poétique à laquelle il donne forme et sens.
C’est justement dans la géopoésie de l’émotion que nous voulons reconnaître Christophe Dauphin. Par les choix et les fréquentations poétiques qu’il propose en accompagnement à ses propres identités, des noms émergent et cheminent à ses côtés et pas des moindres. Léopold Sedar Senghor avec lequel il partage la « normandité », Guy Chambelland, Sarane Alexandrian, Jean Breton, Yves Martin, André Laude, ses contemporains paternels et fraternels, mais aussi ceux qu’il n’approche qu’à travers leurs œuvres, Georgio de Chirico, Frida Khalo, André Breton, Attila Joszef, Paul Celan, Max Jacob, Ilarie Voronca, Walt Whitman, Che Guevara… Des hommes au destin tragique pour quelques-uns d’entre eux et engagés dans la lutte, qu’elle soit de l’écriture ou du terrain social et politique.
Dans ces huit années de poèmes que nous offre Totems aux yeux de rasoir, le terrain poétique de Christophe Dauphin ne fait pas que s’esquisser. Il s’expose avec audace dans ses humeurs, dans ses sonorités, dans ses révoltes comme dans son chant intime. C’est que le poète joue de bien des instruments : du violon pour Tristan, de la batterie pour Dubrovnik, du cymbalum pour Budapest et il se fabrique un instrument très personnel pour Alban Berg dont la partition imaginaire ne semble pas encore déchiffrée ! « À bon entendeur salut » nous lance le poète avec humour.
Ou pourrait-il dire : à bon lecteur, bonjour ! Devant cette œuvre qu’on peut certes qualifier de surréaliste — et elle en est tout imprégnée et Christophe Dauphin en revendique les valeurs, rêve, révolte, amour, liberté — recommencerons-nous à nous poser cette question sans fin du « Qu’est-ce que la poésie ? » Et allons-nous répondre, la poésie c’est ceci et cela, mais c’est aussi autre chose. Oui, dit Guillevic « La poésie c’est autre chose » mais c’est aussi ce que chaque poète, dans sa liberté et sa fougue veut qu’elle soit.
La poésie chez Christophe Dauphin c’est « Le tournesol de Van Gogh balaie son minuit crépitant » ou « Les feux rouges sont des SDF », mais aussi « Dieu est vivant/Nietzsche est mort » ou encore ce très beau vers « Une femme de pluie danse sur mes paupières ». Nous voici donc devant une diversité d’intention, d’autres façons de vivre le poème et surtout sans esclavage et beaucoup de générosité. « Les mots poussent dans le béton » écrit le poète, les mots poussent et naissent de la rue, de cette galère moderne vécue par trop de gens. Que peut faire le poète d’autre que le poème ? Sa révolte, Christophe Dauphin doit la crier, il peut énoncer et dénoncer et c’est ce qu’il fait en s’engageant totalement.
Par à coups, la partition peut changer même si le fond bien en place tapisse toujours la page du poème. Le poète peut quitter le flou de la nuit pour faire une entrée fracassante dans la conscience du jour et cela avec un seul vers. Par exemple le premier vers de son beau poème « Budapest » : « Brodée de dentelles en fleurs de mitrailles » ; le locuteur revit la douleur d’une ville, il la ressent dans son corps et dans son cœur, il saigne d’une blessure pas encore cicatrisée. Des robes de bal de l’Empire aux Croix de feu jusqu’aux décombres du Kremlin, le poète est là, partageant une souffrance : il est bien dans la réalité d’événements historiques, concrets, vécus, même si la forme du poème et l’association des mots restent surréalistes.
Ce qui frappe chez ce poète, c’est la vérité d’une émotion qui s’expose dans la beauté comme dans ce qui est moins beau. Une vérité qui émerge du consentement comme de la révolte et qui s’affiche dans l’écriture. La langue est claire et les mots utilisés sont ceux de notre parler quotidien sauf que le poète est un magicien qui dans le secret de sa grotte primitive sait faire sortir les étoiles d’une rivière et les serpents du ciel. Rien n’est à sa place et pourtant tout se construit, s’assemble, se répond : « Le langage : une fuite de gaz qui te monte à la tête » écrit-il.
Les premiers poèmes ne se posent pas la question de l’écriture, ils vivent la brutalité d’un environnement donné, d’un vécu immédiat et d’une nécessité absolue. Au cours du temps, l’interrogation se précise entre le fait d’écrire ou de vivre la poésie. À quoi bon écrire ? Ne serait-il pas plus jubilatoire de vivre, ressentir, saisir les instants de poésie que peut nous offrir le monde ? La plupart des poètes se sont posé la question, la page blanche, le désert, le « à quoi bon » et souvent ces questions s’associent ontologiquement : vie, mort, écriture, vers quoi, pour qui :
…À quoi bon écrire ? Aucune montagne de mots ne vaudra jamais la vie Vivre d’abord Écrire après Peut-être Un poème que l’émotion t’abandonne Agite dans le vent de tes veines comme une langue…
Selon Christophe Dauphin — mais nous sommes heureusement nombreux à penser comme lui — le poème ne peut venir que du désir, ce désir toujours inachevé et qui surgit, écrit-il d’ « un coup de revolver mental », coup de revolver mental qui le rattache bien aux surréalistes. Ces interrogations parfois impromptues dans le déroulement de l’écriture partagent l’espace du poème avec des explosions de colère, des vindictes assénées sans autres armes que les mots et qui impriment fortement nos propres consciences. Le passage à l’acte est bien l’acte d’écriture pour Christophe Dauphin. Une écriture tranchante, tailladée au rasoir car il suffit de la regarder pour y voir le sang, les plaies, les couteaux, les poignards, le rasoir. Le poète avance à coup de machette, il déblaie les marécages et éparpille les cendres. Il lui faut trancher dans la mort comme dans le vif pour mieux atteindre l’horizon car écrit-il « seul l’horizon est indispensable », même si ailleurs il nous parle d’horizon pourri mais toujours le poète garde les yeux ouverts. Voir au loin, voir au-delà des apparences, les traverser, les repousser afin d’atteindre ce réel, cette vérité, bonne ou mauvaise que le poète veut regarder sans ciller. C’est vrai que parfois la réalité dépasse l’imaginaire pour devenir surréel, au-delà des mots. Christophe Dauphin ne cesse d’allumer le feu à nos cœurs et à nos tripes, il brûle lui-même de mots et de rythmes comme dans ce magnifique « Poème pour quatuor à cordes » qui s’incarne dans le même phrasé que l’œuvre de Bartok, en particulier avec son sixième quatuor. (New York/Bartok). Comme Bartok il réussit à réunir audace, modernisme et tradition, nous offrant dans son poème toute l’émotion qu’il suscite et à laquelle nous avons droit.
« L’émotivisme » est une des conditions qui permet à Christophe Dauphin d’ôter ses gants et mettre ses mains d’écriture à nu. Mais quels sont ces gants qui traversent l’œuvre d’une façon récurrente. Le gant de l’imaginaire, le gant du boxeur, le gant du rêve, le gant qui mendie la main, le gant de givre. Il y a là une vraie saga du gant. Et puis il y a Kakos qui est à la fois le nom d’une île imaginaire et le nom du poète idéal rêvé à moins que ce ne soit un terme tiré du Kakoscope, boule de cristal dans laquelle de grands mages peuvent lire l’avenir et l’on sait que les poètes eux aussi peuvent être prémonitoires.
Tout reste à vivre ! crie le poète. Tout reste à revivre, autrement. Dans un monde où l’on n’assassinerait plus les hommes, dans un monde ou les viols, les épidémies, les génocides ne seraient même plus des mots en usage dans le vocabulaire universel. Combat bien connu d’un Don Quichotte contre les moulins à vent ? La jeunesse donne encore tous les droits d’espérer. Espérer du monde et des hommes, espérer de la poésie, espérer de l’art et de la création. Sommes-nous dans l’Utopie avec un grand U ?
Mais si la géopoésie de l’émotion de Christophe Dauphin nous touche fortement, il y a aussi dans ses poèmes beaucoup de sensualité et d’amour qui nous bouleversent. Les désirs d’aimer et d’écrire sont également associés à des lieux, à l’exemple de Prague, de ses rues habitées par une femme à aimer et qui grave la mémoire d’images et de sensations. Chaque poème est autonome dans l’œuvre de Christophe Dauphin, mais on distingue bien un ensemble cohérent quand on lit les recueils ; on peut y trouver aussi un morceau de poème repris pour un titre comme « la banquette arrière des vagues » extrait du poème « Habana ». C’est dire si l’idée persiste, si les mots habitent le poète. Il y a bien interférence, suivi poétique, connexion.
Nous ne pourrions conclure sans souligner le travail réalisé depuis une dizaine d’années par Christophe Dauphin. Ses essais importants sur Jacques Simonomis, James Douglas Morrison, Jean Breton, Sarane Alexandrian, Marc Patin, Guy Chambelland, Verlaine et sa belle anthologie des poètes contemporains « émotivistes », préfacée par Jean-Luc Maxence « Les Riverains du feu » et dans laquelle on peut trouver Jean Rousselot, Léon Gontran Damas, Joyce Mansour, Jean-Pierre Siméon ou André Prodhomme. Il vient également de signer un essai sur le peintre Lucien Coutaud, encore mal connu et l’on sent en lisant cet essai combien la passion de mettre au jour des artistes dont on parle moins ou qu’on aurait tendance à oublier trop vite, tient chez lui du défi et de la passion. Ce livre sur Lucien Coutaud est fort documenté et en relatant la vie de ce peintre, Christophe Dauphin nous fait traverser les trois-quarts du vingtième siècle du monde des arts. Dans cet excellent essai, il nous dit, parlant de Lucien Coutaud, que « sa peinture est toujours intensément liée aux lieux » tout comme il semble bien que la poésie de Christophe Dauphin soit, elle aussi, intensément liée aux lieux, une poésie attachée à la géographie du paysage qu’il ne dissocie pas des peuples qui l’habitent et en lesquels il croit, ainsi écrit-il : « La poésie a toujours des destinataires ».
Nous avons besoin de poètes comme Christophe Dauphin qui écrit dans une langue directe et claire, — qui ne manque pas d’associations inédites, de jeux de langues, de belles surprises —, un poète qui nous bouscule, qui nous dérange en même temps qu’il nous réconforte par la force de ses convictions et le courage, oui, il faut un certain courage pour oser dire et s’exposer. Il est conduit par le désir et l’émotion et sa sensibilité est au service des artistes en général et des poètes en particulier et nous l’espérons au service de sa propre poésie qu’il ne doit pas oublier. Enfin, il vit la poésie et pas seulement dans les recueils de poèmes.
À l’image des hommes d’aujourd’hui, trop peu de poètes osent s’affronter aux réalités du monde d’autant plus qu’elles ne sont pas si jolies. Christophe Dauphin nous offre un kaléidoscope dans lequel l’alternance du réel et de l’imaginaire donne à sa poésie la substance indispensable pour devenir objet/sujet même de cet imaginaire. Il est loin d’être au terme de son chemin en poésie. Il lui reste à franchir une longue distance sur laquelle, il trouvera d’autres pistes, des brèches et des sillons à creuser toujours plus profonds. Accompagnons-le autant que nous le pourrons dans son avancée et ses découvertes.
Monique. W. LABIDOIRE
(in Les Hommes sans Epaules n°32, octobre 2011).
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Critique
La rencontre de Christophe Dauphin avec l’œuvre de Lucien Coutaud (1904-1977), est l’histoire d’un coup de foudre. Christophe Dauphin – qui nous offre la monographie la plus complète du peintre -, a été séduit, envoûté par l’imagerie coutaldienne. Lui seul, comme l’a écrit Jean Binder, pouvait ressentir aujourd’hui encore toute la poésie et la surréalité de l’univers d’un peintre qui fut reconnu et admiré par les plus grands peintres et poètes de son temps (Picasso, Brauner, Labisse, Tanguy, Dominguez, Hérold, Éluard, Lely…) Car l’œuvre de Lucien Coutaud est une mythologie magistrale de la vie sensible ; une mythologie qui découle d’un monde profondément ancré dans la mémoire et l’imaginaire du peintre… Lucien Coutaud, qui évolua en marge du surréalisme (il n’a jamais participé à la vie du groupe, préférant toujours côtoyer les individus), est l’un des peintres les plus singuliers et les plus féconds du XXe siècle ; un peintre qui excelle dans tous les domaines… La peinture de Coutaud, ce novateur exceptionnel au niveau de la conception de l’image, affirme l’être, soleil de pur bleu fracassant le réel.
Rémi BOYER (La Lettre du crocodile, 2009).
"Après l’essai remarqué de Christophe Dauphin intitulé Le peintre de l’Eroticomagie, publié chez le même éditeur, Lucien Coutaud est de nouveau à l’honneur avec l’exposition qui s’est tenue à Gaillac, au Musée des Beaux-Arts des 27 juin au 21 septembre 2014 et le catalogue très riche qui l’accompagne.
Lucien Coutaud (1904 – 1977) est un personnage complexe, « l’un des peintres les plus singuliers et les plus féconds du XXème siècle nous dit Christophe Dauphin dans son étude introductive sur les rapports du peintre, et poète, avec le mouvement d’André Breton. Son œuvre demeure mystérieuse à bien des égards même si des périodes peuvent être déterminées, culminant dans une période dite « métaphysique », pendant laquelle, poursuit Christophe Dauphin, « la création de Coutaud prend toute son ampleur, se diversifie, s’impose par ses recherches et la puissance de sa thématique. Cette période reflète les angoisses du peintre et le traumatisme de la guerre. »
« La peinture de Lucien Coutaud active autant notre conscience que nos émotions. Ses images se présentent à nous chargées de désirs et d’angoisses, réclamant une éclatante matérialisation de l’espace ; elles brisent les cadres usés de la réalité pour faire apparaître le réellement vrai, dont l’expression la plus directe est l’image éroticomagique, qui, en vertu du pouvoir qui lui est conféré d’objectiver l’union de tous les éléments, aussi opposés qu’ils soient, dans des ensembles insolites, inattendus, pousse l’intellect à une audace culminant avec l’absolu discrédit de la raison statique. »
Christophe Dauphin évoque à propos de cette œuvre une association entre pensée magique et pensée pragmatique, une dialectique, non sans tension, entre inconscient et conscient.
La relation entre Lucien Coutaud et le surréalisme ne va pas de soi, elle fut et demeure interrogée. Lucien Coutaud a fréquenté les membres du groupe, sans fréquenter le groupe. Il fait partie de ces artistes, assez nombreux, qui passèrent dans l’orbite du groupe sans se laisser happer, refusant d’appartenir et libres de la reconnaissance. Le surréalisme ne fut pour lui qu’une tentation suggère Jean Binder qui retrace à travers les œuvres la quête initiatrice du peintre-poète.
La puissance d’évocation des œuvres est renversante. Elle met à terre les représentations courantes et désigne les espaces inexplorés, inexplorables pour certains, comme les dimensions de l’esprit dans l’érotisme. S’il traverse une période dite ésotérique dans les années 30, c’est surtout trente ans plus tard qu’il s’intéressera aux cathares et aux templiers, notamment au mythe entretenu autour de Gisors.
L’association par la désassociation, l’union par la déstructuration, la présence absolue des éléments absents, concourent chez Coutaud à une traversée, à un « transparaître » qui conduit à l’essentiel. Un presque rien infiniment signifiant."
incoherism.wordpress.com, novembre 2014.
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Critiques
" Des poèmes à vivre, des poèmes de l'humain. Un poète qui porte le feu de la nuit. Du grand art ! A lire absolument. "
Revue la main millénaire n°5, 2013.
" Ces textes d'André Prodhomme, d'une écriture limpide, au sens directement accessible, aident à Boire un verre entre vieux copains / Tendre l'oreille à un vieux phono / Sourire à un étranger / Sans trop de manières.Cette manière d'apostropher son prochain n'aime pas la tisane, mais plutôt l'Armagnac fort de l'humanisme fraternel ! Les mots osent ici la liberté et la magie, fredonnent à l'oreille du coeur, cherchent en douceur à laisser filer le silence. Cette poésie est arc-en-ciel dont on se souvient longtemps. "
Jean-Luc Maxence (in revues Les Cahiers du Sens, 2013).
" Dans sa vie comme dans ses poèmes, l’humain prédomine, écrit Christophe Dauphin en introduction de sa préface. C’est dire si, déjà, la barre est haute, le soleil de vie, brûlant. Christophe Dauphin qui connaît bien André Prodhomme, nous dit tout ou presque tout de ce qu’il faut savoir sur l’œuvre de l’auteur de L’Innocence avec rage. L’œuvre est constituée de huit livres de poèmes d’Au soleil d’or (1983) à Il me reste la rivière (2009) en passant par Poèmes ferroviaires (1986), Surtout quand je n’ai pas soif (1989), L’Innocence avec rage (1996), Poèmes fatigués (2000), Dans la couleur des merles - poèmes à deux voix écrits avec son ami Jean-Claude Tardif (2003). Christophe Dauphin nous dit également que Prodhomme se rattache au courant de la Poésie pour vivre (voir le manifeste de Jean Breton et Serge Brindeau) de la poésie contemporaine. Sans oublier que le jazz, écrit encore Christophe Dauphin, innerve, alimente la vie et la création du poète. Ainsi, Prodhomme écrira L’Emeute, long poème de quatre- vingt pages où l‘auteur allie son amour des mots et des notes. On retrouve dans Poèmes accordés, d’ailleurs, l’hommage vibrant du poète au jazz et à ses musiciens : Monk, Coltrane, Billie Holiday, Lester Young, Charlie Parker… Avec "Poèmes à vivre" et "Le dire du silence", dédié à Jean Breton s’ouvre le temps de la douleur ( Ma souffrance le chiffon qui lustre le désespoir / Lorsqu’il s’ennuie), de la mère (Chaque mot qu’elle m’a donné aspire sa propre sève / Jusqu’au tarissement du sens) Le livre est écrit sans une fausse note, l’essentiel y est dit, simplement, humblement avec des mots de tous les jours, des mots qui glissent à la lecture, comme si la musique de jazz s’interpénétrant avec le poème, tout ruisselait d’un bonheur sensible, aigu, vertigineusement profond. La même veine poétique nous fait cheminer tout au long du livre de cette ville faite pour l’enfant/ qui ne porte pas le nom de son père à ce très beau poème de la beauté d’être. La mélopée des images, cette manière d’être du poète - à la fois présent et regardant- ne cesse de nous étonner : J’ai dans la tête l’automne Ses couleurs quand son visage y semble un achèvement. Arrivant au bout du livre, le poète n’abdique rien. Il est au plus près de sa création, qu’il nous parle de Chagall, d’Apollinaire ou de Villon. Ses mots rendent compte de la vie vécue, des rencontres, de son travail à mains nues. Mais sous son regard, l’écriture s’ouvre à une dimension insoupçonnée : Il dessine avec ses doigts avec son souffle / L’inconnaissable / Il dit quelque chose / Que je n’avais jamais entendu. Poésie du feu et de l’âme, chant noir basculant dans l’aurore, la poésie d’André Prodhomme nous hisse vers les sommets. Du grand art.
Jean-Pierre Védrines (in revue Les Hommes sans Epaules n°36, 2013).
" Les Poèmes accordés, lettre à Laurent (Epstein, pianiste de jazz), suivi de l’Innocence avec rage, m’a permis de renouer avec le jazz qui a hanté mes années d’errance dans un Bruxelles où cette musique était presque une signature de la ville avec Django, Jean Omer ou Fud Candrix… André Prodhomme, passionné d’une génération encore plus proche, avec Coltrane et Miles Davis, fait suivre ces premiers textes de deux autres ensembles : Poèmes à vivre et Un peu d’innocence se vole avec rage, qui auraient pu dignement figurer dans le titre. C’est que mes souvenirs, avec les rencontres des surréalistes bruxellois et le groupe Cobra font partie de cette part importante de ma vie où je naviguais sans visibilité au travers des sons et de ma parole en ne refusant aucune marginalité si elle restait musicale et créatrice. Et j’ai peu changé. Prodhomme lui aussi écrit et criez ses textes comme un saxo chante. Dauphin présente le tout avec rage."
Paul Van Melle (in Inédits Nouveau n°264, La Hulpe, Belgique, septembre 2013).
« La poésie n’a pas de raison d’être, pas de projet, pas d’obligation. Elle est rien, n’aspire à rien. Née d’un excès de liberté, elle vit et meurt en chaque poète et cela lui suffit. Cet excès de liberté la rend disponible, mystérieusement disponible ; et qui répondra à son invite s’éprouvera vivre, vivre tout simplement. Ces mots me viennent en souvenir de la lecture de Poèmes accordés, lettre à Laurent d’André Prodhomme. Le recueil dégage bien d’autres réflexions sur la poésie alors que ce n’est aucunement son propos. Par exemple, la simplicité qui se dégage de ses poèmes vient-elle de son (apparente) simplicité formelle ? Faut-il, pour être simple, n’avoir aucun souci formel ? Ces réflexions, ces questions n’ont pas grande importance, en fait. Elles cherchent simplement à prolonger le plaisir de la rencontre et visent à partager ce qui relève d’un moment d’intimité comme en produit la poésie d’André Prodhomme. Quelques vers m’ont touché, comme ceux sur le jazz : « Quand j’approche d’un disque de Monk (…) / je réponds à un appel / venu comme une averse » ; ou bien « nos corps balancent doucement » ; ou encore « il est l’heure de faire un saut vers l’enfance » ; ou enfin « Ce soir-là à Argyl Street / Maguy et moi buvions des bières » (notez l’outrecuidance des trois « a » du premier vers qui m’apparaissent comme une moquerie de la première phrase de Salammbô : « C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar »). Comme il est bon d’être au côté du poète et de l’écouter nous dire l’heure qui passe en lui. La vie est si grande quand elle est rendue à sa simplicité première. A noter dans ce recueil, la préface de Christophe Dauphin qui met en perspective la filiation d’André Prodhomme à la communauté de la « Poésie pour vivre » qui se regroupa autour de Jean Breton et Serge Brindeau. La citation qui sert d’ouverture montre que la simplicité n’est pas sans un engagement profond du poète : « Capter le choc du vécu avant de lui obéir et de le restituer. » La simplicité de vivre est la vertu des âmes fortes et humbles. »
Pierrick de CHERMONT (in revue Nunc n°31, octobre 2013).
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12 décembre 2013
Dans Rimbaud revue
"Auteur de quelques vingt-sept ouvrages de poésie, prose poétiques ou souvenirs publiés depuis un quart de siècle, Jacques Simonomis n’attendait qu’un commentateur pour que son œuvre connaisse vraiment le rayonnement auquel ses qualités humaines la destinaient. C’est maintenant chose faite par la grâce d’un Christophe Dauphin particulièrement bien inspiré, qui analyse, ausculte une par une et dans tous les domaines les qualités et l’évolution d’un langage haut en couleur, chargé de tendresse humaine et d’authentique révolte face au monde que nous connaissons. Simonomis le sensible nous apparaît plus accessible encore, à travers Sa vérité qui n’est pas celle de tous, son rythme de poète qui casse et brise les tabous, son humour, parfois grinçant, qui met au pilori et les hommes et leurs œuvres, sans oublier le fondateur et l’animateur depuis une bonne décennie du fameux Cri d’os, ouvert à toute œuvre de qualité… Complété par de larges extraits de l’œuvre de Simonomis, cet ouvrage est un tout qu’on ne peut négliger lorsqu’on se penche sur l’œuvre du fondateur du Cri d’os."
Jehan Despert (Rimbaud Revue n°27, 2002).
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