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12 décembre 2013 Dans Rimbaud revue

"Auteur de quelques vingt-sept ouvrages de poésie, prose poétiques ou souvenirs publiés depuis un quart de siècle, Jacques Simonomis n’attendait qu’un commentateur pour que son œuvre connaisse vraiment le rayonnement auquel ses qualités humaines la destinaient. C’est maintenant chose faite par la grâce d’un Christophe Dauphin particulièrement bien inspiré, qui analyse, ausculte une par une et dans tous les domaines les qualités et l’évolution d’un langage haut en couleur, chargé de tendresse humaine et d’authentique révolte face au monde que nous connaissons. Simonomis le sensible nous apparaît plus accessible encore, à travers Sa vérité qui n’est pas celle de tous, son rythme de poète qui casse et brise les tabous, son humour, parfois grinçant, qui met au pilori et les hommes et leurs œuvres, sans oublier le fondateur et l’animateur depuis une bonne décennie du fameux Cri d’os, ouvert à toute œuvre de qualité… Complété par de larges extraits de l’œuvre de Simonomis, cet ouvrage est un tout qu’on ne peut négliger lorsqu’on se penche sur l’œuvre du fondateur du Cri d’os."

Jehan Despert (Rimbaud Revue n°27, 2002).




Sur TOTEMS AUX YEUX DE RASOIR

"Quel beau titre et quel beau poète. Un fort livre de plus de 350 pages. Ce qui est dramatique, ici, c’est que j’aimerai tout citer. Christophe Dauphin est la quintessence même de la poésie actuelle. Il a réussi à prendre tout ce qui était à prendre de meilleur dans les différents courants littéraires précédents et nous les restituent à sa manière… Inimitable. Il y a de la virtuosité et une poésie qui coule comme une rivière et vous emporte, avec vos mots, qui sont ceux que le poète met dans vos yeux, vers des émotions pures. Christophe Dauphin, un grand poète de l’émotivisme, de la passion, un grand poète tout simplement."

Jean-Pierre LESIEUR (Comme en poésie n°44, décembre 2010).

 


"L'oreille de Van Gogh, la voix de Duprey, celled e Prevel, les murmures de Cadou, les rideaux ébréchés de la mémoire, les pommiers rouge sang du bocage normand, Voronca les bras en croix, les visions d'Oradour et la pourriture de Dieu (tandis que l'homme est beau comme un cri), Prends garde - aux mots qui poussent dans le béton - aux mots qui payent leurs dettes dans le vomi de vivre - aux lèvres éclatées par le cri..., un poète qui gueule, un poète majeur."

Yves ARTUFEL (Gros-Textes n°3, décembre 2010).

 


"Quel poète ! Christophe Dauphin est introduit ici par le regretté Sarane Alexandrian et ce n'est pas une préface de complaisance ni même d'amitié, mais le salut d'un maître du surréalisme à l'un des successeurs de la grande époque. Non pas un survivant, mais un renouveleur des thèmes, des images et des théories puisqu'il a tenté d'implanter un émotivisme, dont il reste le seul représentant, puisque nous ne sommes plus au temps des ismes. Il n'empêche que le ton de Dauphin dans ces Totems aux yeux de rasoir (poèmes 2011-2008) est très neuf. Il ne tente pas de se faire surréaliste. Il est lui-même et c'est assez! De plus, il a, je le constate au fil des années, le talent, et même plutôt le don, de mélanger les cris et révoltes de la poésie "engagée" et celle des images souvent involontaires (mais sans être le moins du monde automatiques selon l'expérience du groupe de Paris et la mode qu'utilisent encore uelques dévoyés ou nostalgiques). Au total ce qui apparaît le plus, c'est une puissance de verbe et une imagination contrôlée qui laisse le lecteur pantois, se demandant de quel univers il est question, entre les dérives et malfaisances de la société du fric-roi et un humanisme fougueux où se retrouvent les leçons du passé et les nouvelles approches sociologiques encore en formation. Un grand poète, ce Christophe Dauphin. Qui restera comme ses aînés des années autour de 1930, puis d'un après-guerre encore plus internationaliste."

Paul VAN MELLE (Revue Inédit Nouveau n°248, décembre 2010).

 

"Une poésie vivement imagée, qui cherche, comem le dit Sarane Alexandrian das sa préface, à "procurer des émorions - fortes ou fines - par l'intermédiaire du Verbe. Dieu y est plus d'une fois malmené et le désespoir hante les pages, mai aussi, plus fort, le désir de vivre."

Alina REYES (Blog A mains nues, 18 décembre 2010).

 


"Christophe Dauphin n'a pas fini de m'étonner. Poète, essayiste, érudit, critique littéarire dévoreur de livres, directeur de la revue Les Hommes sans Epaules, il a à son actif un nombre impressionnant d'ouvrages et est le maître d'oeuvres d'anthologies remarquables (et remarquées), notamment celle dans laquelle (Les Riverains du feu) il rassemble des poètes très divers sous le totem poétique par lui nommé émotivisme. Quant à Riverains des falaises (éditions clarisse), son anthologie monumentale des poètes en Normandie du XIe siècle à nos jours, elle constitue désormais un ouvrage de référence. Bref, Christophe Dauphin est à maints égards, époustouflant. il nous offre ici un gros ensemble de huit recueils écrits en huit ans. Deux d'entre eux ont déjà été publiés, les autres sont inédits. S'inscrivant à la fois dans la poursuite du mouvement surréaliste et dans le renouveau de l'humanisme, Christophe Dauphin écrit des poèmes comme on élève des barricades ainsi que le dit si justement le regretté Sarane Alexandrian, dans sa belle préface. Grand voyageur terrestre, Christophe Dauphin est aussi (avant tout !) un grand voyageur intérieur. Prince des images, magicien du verbe, c'est un boulimique des mots, un assoifé du langage. il nous rend ivres et en quasi état hallucinatoire."

Roland NADAUS ("Notes de lectures", in site internet de La Maison de la Poésie de Saint-Quentin-en-Yvelines, 13 avril 2011).

 


"Christophe Dauphin, directeur de publication de la revue Les Hommes sans Epaules, est un grand lecteur et un grand voyageur. Ces lectures et ces voyages imprègnent cette poésie torrentielle marquée par le Surréalisme, un surréalisme à la manière d'André Breton (Pays aux lèvres d'orage, p.251; Dans une nuit que boivent les loups, p.284), d'un Bunuel (cf. le titre), faisant fi des contradictions (dans le vent porcelaine, p.70; ses ailes barbelées, p.267). Christophe Dauphin a des images de cruauté (Ton sexe que j'épure comme une plaie, p.114; des affirmations rabelaisiennes, Moi j'ai des poèmes plein les couilles, p.155), pastichant au besoin les aînés, Henri Pichette par exemple: Je te charbon - tu me pétrole, p.230. Cette écriture volcanique, sans vouloir éviter le mauvais goût et l'humour (Leurs veines transparentes - s'ouvrent au fil à couper le beurre, p.149; Une viande d'arbre, p.206; Vos dents pleurent de froid - Elles n'ont plus de cheveux, p.262) s'apaise, parfois dans le même poème, oui par là volcanique, en des formules qui sont de véritables trouvailles (Oh! Seigneur qui n'existez pas - N'existez pas, p.151). La beauté y éclate : Le bleu lointain des panthères, P.133; Les granges de l'amour brûlent avec l'été, P;142; Le fruit du monde s'ouvre en deux, p.144; Pour bâtir l'atelier du soleil, p.166. On ne sétonnera pas qu'Yves Bonnefoy écrive: "Il y a dans les poèmes de Christophe Dauphin, la lumière de quelques grandes images pour raviver comme iil le faut, et comme c'est si rare aujourd'hui, la parole." On ne s'étonnera pas non plus que Christophe Dauphin figure dans l'Anthologie-9 de Multiples. L'homme est aussi généreux qu'abondant. on lui doit des études sérieuses sur le Patron, Jean Breton (Jean Breton ou la poésie pour vivre), sur Simonomis (Jacques Simonomis, l'imaginaire comme une plaie à vif), sur Lucien Coutaud (le peintre de l'éroticomagie) et récemment une énorme anthologie, intitulée: Les Riverains des falaises, 518 pages!"

Henri HEURTEBISE (Revue Multiples n°78, 1er semestre 2011).

 

" Nous sommes heureux de présenter ce livre rempli de livres. Car nous connaissons son auteur, Christophe Dauphin, depuis de nombreuses années, du temps où nous étions engagés dans la belle aventure revuistique Supérieur Inconnu que fonda et dirigea Sarane Alexandrian jusqu'à sa mort. C'est d'ailleurs lui, Sarane Alexandrian, qui signe la préface de ces Totems aux yeux de rasoir, ensemble de 8 recueils - infini vertical -  de poèmes composés entre 2001 et 2008. L'engagement de Dauphin, pour qui suit de près le coeur battant des publications poétiques, n'est plus à présenter. Il s'est fermement opposé aux formalismes qui sclérosent le poème et se l'approprient pour mieux l'enfermer dans d'ineptes dépendances privées. Son point de vue sur l'importance du poème comme relevant d'un bien commun indispensable à l'humanité, nous le partageons. Le poème doit engager l'être profond. C'est ainsi qu'il a formalisé la théorie de l'émotivisme.  Les totems qu'il nous donne à lire sont donc la mise en acte de ses vues intellectuelles, la théorie appliquée à l'art poétique pourrait-on peut-être dire. Et comme être poète est d'abord un état de l'être, les poèmes de Dauphin sont ceux surgis de sa vie primordiale, de sa vie d'homme plongé dans son siècle, voyageur révolté et inquiet, attentif aux êtres, aux choses, aux signes omniprésents qui lui rentrent par les pores de la vie pour se métamorphoser en Poème.  Nous n'allons pas ici présenter chacune des huit marches de ce beau livre mais évoquer en particulier son recueil central, celui qui inspire son titre à l'ensemble. Il s'agit des Totems émotivistes. Les totems sont ici des poèmes. Qu'est-ce qu'un totem ? Un poteau scupté, dressé près de l'habitat des tribus primitives, appelant la protection des esprits et de l'âme animale, ou contenant la présence des ancêtres. Les totems de Dauphin sont donc des poèmes protecteurs et propitiatoires, conférant au langage sa charge magique initiale, celle par qui se construit ou se détruit le monde, Verbe à travers lequel se tisse le trésor de l'aventure humaine ou se détrame sa chair. "Le totémisme, écrit Freud dans Totem et tabou, est tout à fait étranger à notre manière de sentir actuelle. Il est une institution depuis longtemps disparue et remplacée par de nouvelles formes religieuses et sociales."  Dès lors, les totems de Dauphin ont une fonction dans la cité, à l'intérieur du groupe humain, à l'intérieur de l'individu même. Le poème devient l'acte verbal protecteur, l'action hautement empreinte d'esprit, poème-totem mué en parole oraculaire pour nos temps techniciens ayant perdu le paradis de la connaissance ancienne.  Le livre, comme l'imaginaire de Dauphin tramé au fil luisant de l'émotion capitale, est riche. On y est pénétré par des poèmes à fleur de peau, par des torsions grammaticales, par des tours de force sémantiques. On y voyage en Europe, principalement en Europe de l'Est à laquelle le poète voue une passion pulsionnelle au sens cardiaque du terme. La parole de ces Totems, en un mot, est Belle."

Gwen Garnier-Duguy (in Recours au poème, juillet 2012).

CHRISTOPHE DAUPHIN ET LA GEOPOESIE DE L’EMOTION

par Monique W. Labidoire

La poésie de Christophe Dauphin est le support d’une relation intime entre les lieux, les personnes, les échanges, les événements du monde et de la société. Ainsi sa passion pour certains pays de l’est de l’Europe abrite des multitudes de lieux à explorer pour le poème. Ce sont ces lieux traversés, ces voyages vers d’autres espaces qui permettent au poète d’approcher des territoires inconnus ou connus du poète qui s’apprennent les uns les autres, s’apprivoisent les uns les autres. Son regard sur Prague, Budapest ou Paris, son ressenti des cafés de la vieille Europe, quelques lieux « sacrés », de sa poésie comme le cimetière juif de Prague ou les bords du Danube tout autant que certains quartiers de Paris et de sa banlieue, poursuit tous les exilés du siècle dans leur nouvelle demeure. Ils l’aident à comprendre, à partager un environnement plus proche qui prend sa source dans la Normandie où Christophe Dauphin est né, jusqu’à Kakos cette île lointaine, imaginaire et idéale dans laquelle doit renaître le poète, la poésie et l’humain.

Chez Christophe Dauphin, les lieux, les personnes et les événements se fondent dans ce qu’il nomme lui-même « l’émotivisme ». Il les nomme afin qu’ils griffent avec force les murs de notre conscience et résistent à tout oubli façonnant ainsi l’émotion à l’aide des suggestions de notre affect qui puisent dans la mémoire, le rêve, la révolte et l’amour. Pour nous bousculer, voire nous déconcerter, le poète n’hésite pas à utiliser de sales mots inventés par la laideur même de certains concepts imaginés par le genre humain, des mots et des expressions issus d’une société injuste, barbare, égoïste et qui génère la sale misère du monde, le sale ennui du monde. Par exemple des mots comme « égorger », « tortionnaire », ou encore « puanteur du genre humain », ou plus loin « putanisme ». On imagine aisément que ces mots ne sont jamais d’usage gratuit et qu’ils sont, au contraire, de première nécessité pour le poète.

Dans un de ces poèmes, il met en scène trois lettres devenues un mot que chacun d’entre nous peut mettre immédiatement en images, ce mot, c’est HLM.  Cette HLM où le poète a vécu son adolescence et d’où il cherchera, pour lui et pour les autres la lumière, une lumière qui n’est pas seulement celle du soleil mais celle de la connaissance, de la fraternité et de la poésie. C’est donc très tôt que Christophe Dauphin acquière une conscience de classe qui dit-il ne l’a jamais complètement quittée même si pour lui aujourd’hui, ses propres conditions de vie ont totalement changé.  Dans cette adversité, le jeune futur poète cherche sa propre identité « moitié poète, moitié voyou » écrit-il à l’instar d’un Rimbaud et l’on peut aussi entendre et pour Rimbaud c’est sûr et pour Christophe Dauphin c’est probable « moitié voyou moitié voyant ». Il va devoir forcer les barbelés qui l’entourent pour, « ouvrir une fenêtre sur l’azur ».

L’azur et la lumière éclairent un paysage surréel, des zones de vie que le futur poète ne connaît pas encore mais qu’il imagine à sa façon, dans l’exaltation du jeune âge mais aussi dans une vision déjà juste du monde réel dans lequel il vit. Ce monde que très vite il vilipende et rejette, instinctivement, avant même d’en démonter le mécanisme. La lumière, il la trouve dans le poème mais aussi, dans une prise de conscience du monde contemporain, ce monde dans lequel la vie, par hasard, l’a plongé, un monde qui n’échappe toujours pas aux guerres, à la barbarie, à l’injustice.

 Dans le choix judicieux des poèmes réunis dans son dernier ouvrage Totems aux yeux de rasoir (Poèmes de 2001 à 2008 à la LGR avec une très belle préface de Sarane Alexandrian), on sent toute la révolte qui est la sienne, la rage libertaire, anti-militariste, anti-cléricale, anti-colonialiste, anti-crétiniste surtout. Qu’y voit-on ? Un poète à la fois romantique à la façon d’un Baudelaire qui affirme « Qui dit romantisme dit art moderne » ou encore idéaliste dans son désir de changer le monde, déterminé dans son engagement, surréaliste aussi quand il se réfugie dans un imaginaire rêvé qu’il considère sans doute plus apte à changer au moins son propre monde ; mais s’il est avant tout un poète « émotiviste » selon sa propre terminologie, nous pouvons dire aussi qu’il est un poète qui réunit simplement tous les états de la matière poétique à laquelle il donne forme et sens.

C’est justement dans la géopoésie de l’émotion que nous voulons reconnaître Christophe Dauphin. Par les choix et les fréquentations poétiques qu’il propose en accompagnement à ses propres identités, des noms émergent et cheminent à ses côtés et pas des moindres. Léopold Sedar Senghor avec lequel il partage la « normandité », Guy Chambelland, Sarane Alexandrian, Jean Breton, Yves Martin, André Laude, ses contemporains paternels et fraternels, mais aussi ceux qu’il n’approche qu’à travers leurs œuvres, Georgio de Chirico, Frida Khalo, André Breton, Attila Joszef, Paul Celan, Max Jacob, Ilarie Voronca, Walt Whitman, Che Guevara… Des hommes au destin tragique pour quelques-uns d’entre eux et engagés dans la lutte, qu’elle soit de l’écriture ou du terrain social et politique.

Dans ces huit années de poèmes que nous offre Totems aux yeux de rasoir, le terrain poétique de Christophe Dauphin ne fait pas que s’esquisser. Il s’expose avec audace dans ses humeurs, dans ses sonorités, dans ses révoltes comme dans son chant intime. C’est que le poète joue de bien des instruments : du violon pour Tristan, de la batterie pour Dubrovnik, du cymbalum pour Budapest et il se fabrique un instrument très personnel pour Alban Berg dont la partition imaginaire ne semble pas encore déchiffrée ! « À bon entendeur salut » nous lance le poète avec humour.

Ou pourrait-il dire : à bon lecteur, bonjour ! Devant cette œuvre qu’on peut certes qualifier de surréaliste — et elle en est tout imprégnée et Christophe Dauphin en revendique les valeurs, rêve, révolte, amour, liberté — recommencerons-nous à nous poser cette question sans fin du « Qu’est-ce que la poésie ? » Et allons-nous répondre, la poésie c’est ceci et cela, mais c’est aussi autre chose. Oui, dit Guillevic « La poésie c’est autre chose » mais c’est aussi ce que chaque poète, dans sa liberté et sa fougue veut qu’elle soit.

La poésie chez Christophe Dauphin c’est « Le tournesol de Van Gogh balaie son minuit crépitant » ou « Les feux rouges sont des SDF », mais aussi « Dieu est vivant/Nietzsche est mort » ou encore ce très beau vers « Une femme de pluie danse sur mes paupières ». Nous voici donc devant une diversité d’intention, d’autres façons de vivre le poème et surtout sans esclavage et beaucoup de générosité. « Les mots poussent dans le béton » écrit le poète, les mots poussent et naissent de la rue, de cette galère moderne vécue par trop de gens. Que peut faire le poète d’autre que le poème ? Sa révolte, Christophe Dauphin doit la crier, il peut énoncer et dénoncer et c’est ce qu’il fait en s’engageant totalement.

Par à coups, la partition peut changer même si le fond bien en place tapisse toujours la page du poème. Le poète peut quitter le flou de la nuit pour faire une entrée fracassante dans la conscience du jour et cela avec un seul vers. Par exemple le premier vers de son beau poème « Budapest » : « Brodée de dentelles en fleurs de mitrailles » ;  le locuteur revit la douleur d’une ville, il la ressent dans son corps et dans son cœur, il saigne d’une blessure pas encore cicatrisée. Des robes de bal de l’Empire aux Croix de feu jusqu’aux décombres du Kremlin, le poète est là, partageant une souffrance : il est bien dans la réalité d’événements historiques, concrets, vécus, même si la forme du poème et l’association des mots restent surréalistes.

Ce qui frappe chez ce poète, c’est la vérité d’une émotion qui s’expose dans la beauté comme dans ce qui est moins beau. Une vérité qui émerge du consentement comme de la révolte et qui s’affiche dans l’écriture. La langue est claire et les mots utilisés sont ceux de notre parler quotidien sauf que le poète est un magicien qui dans le secret de sa grotte primitive sait faire sortir les étoiles d’une rivière et les serpents du ciel. Rien n’est à sa place et pourtant tout se construit, s’assemble, se répond : « Le langage : une fuite de gaz qui te monte à la tête » écrit-il.

Les premiers poèmes ne se posent pas la question de l’écriture, ils vivent la brutalité d’un environnement donné, d’un vécu immédiat et d’une nécessité absolue. Au cours du temps, l’interrogation se précise entre le fait d’écrire ou de vivre la poésie. À quoi bon écrire ? Ne serait-il pas plus jubilatoire de vivre, ressentir, saisir les instants de poésie que peut nous offrir le monde ? La plupart des poètes se sont posé la question, la page blanche, le désert, le « à quoi bon » et souvent ces questions s’associent ontologiquement : vie, mort, écriture, vers quoi, pour qui :

…À quoi bon écrire ?
Aucune montagne de mots ne vaudra jamais la vie
Vivre d’abord
Écrire après
Peut-être
Un poème que l’émotion t’abandonne
Agite dans le vent de tes veines comme une langue…

 Selon Christophe Dauphin — mais nous sommes heureusement nombreux à penser comme lui — le poème ne peut venir que du désir, ce désir toujours inachevé et qui surgit, écrit-il d’ « un coup de revolver mental », coup de revolver mental qui le rattache bien aux surréalistes. Ces interrogations parfois impromptues dans le déroulement de l’écriture partagent l’espace du poème avec des explosions de colère, des vindictes assénées sans autres armes que les mots et qui impriment fortement nos propres consciences. Le passage à l’acte est bien l’acte d’écriture pour Christophe Dauphin. Une écriture tranchante, tailladée au rasoir car il suffit de la regarder pour y voir le sang, les plaies, les couteaux, les poignards, le rasoir. Le poète avance à coup de machette, il déblaie les marécages et éparpille les cendres. Il lui faut trancher dans la mort comme dans le vif pour mieux atteindre l’horizon car écrit-il « seul l’horizon est indispensable », même si ailleurs il nous parle d’horizon pourri mais toujours le poète garde les yeux ouverts. Voir au loin, voir au-delà des apparences, les traverser, les repousser afin d’atteindre ce réel, cette vérité, bonne ou mauvaise que le poète veut regarder sans ciller. C’est vrai que parfois la réalité dépasse l’imaginaire pour devenir surréel, au-delà des mots. Christophe Dauphin ne cesse d’allumer le feu à nos cœurs et à nos tripes, il brûle lui-même de mots et de rythmes comme dans ce magnifique « Poème pour quatuor à cordes » qui s’incarne dans le même phrasé que l’œuvre de Bartok, en particulier avec son sixième quatuor. (New York/Bartok). Comme Bartok il réussit à réunir audace, modernisme et tradition, nous offrant dans son poème toute l’émotion qu’il suscite et à laquelle nous avons droit.

« L’émotivisme » est une des conditions qui permet à Christophe Dauphin d’ôter ses gants et mettre ses mains d’écriture à nu. Mais quels sont ces gants qui traversent l’œuvre d’une façon récurrente. Le gant de l’imaginaire, le gant du boxeur, le gant du rêve, le gant qui mendie la main, le gant de givre. Il y a là une vraie saga du gant. Et puis il y a Kakos qui est à la fois le nom d’une île imaginaire et le nom du poète idéal rêvé à moins que ce ne soit un terme tiré du Kakoscope, boule de cristal dans laquelle de grands mages peuvent lire l’avenir et l’on sait que les poètes eux aussi peuvent être prémonitoires.

Tout reste à vivre ! crie le poète. Tout reste à revivre, autrement. Dans un monde où l’on n’assassinerait plus les hommes, dans un monde ou les viols, les épidémies, les génocides ne seraient même plus des mots en usage dans le vocabulaire universel. Combat bien connu d’un Don Quichotte contre les moulins à vent ? La jeunesse donne encore tous les droits d’espérer. Espérer du monde et des hommes, espérer de la poésie, espérer de l’art et de la création. Sommes-nous dans l’Utopie avec un grand U ?

Mais si la géopoésie de l’émotion de Christophe Dauphin nous touche fortement,  il y a aussi dans ses poèmes beaucoup de sensualité et d’amour qui nous bouleversent. Les désirs d’aimer et d’écrire sont également associés à des lieux, à l’exemple de Prague, de ses rues habitées par une femme à aimer et qui grave la mémoire d’images et de sensations. Chaque poème est autonome dans l’œuvre de Christophe Dauphin, mais on distingue bien un ensemble cohérent quand on lit les recueils ; on peut y trouver aussi un morceau de poème repris pour un titre comme « la banquette arrière des vagues » extrait du poème « Habana ». C’est dire si l’idée persiste, si les mots habitent le poète. Il y a bien interférence, suivi poétique, connexion.

Nous ne pourrions conclure sans souligner le travail réalisé depuis une dizaine d’années par Christophe Dauphin. Ses essais importants sur Jacques Simonomis, James Douglas Morrison, Jean Breton, Sarane Alexandrian, Marc Patin, Guy Chambelland, Verlaine et sa belle anthologie des poètes contemporains « émotivistes », préfacée par Jean-Luc Maxence « Les Riverains du feu » et dans laquelle on peut trouver Jean Rousselot, Léon Gontran Damas, Joyce Mansour, Jean-Pierre Siméon ou André Prodhomme. Il vient également de signer un essai sur le peintre Lucien Coutaud, encore mal connu et l’on sent en lisant cet essai combien la passion de mettre au jour des artistes dont on parle moins ou qu’on aurait tendance à oublier trop vite, tient chez lui du défi et de la passion. Ce livre sur Lucien Coutaud est fort documenté et en relatant la vie de ce peintre, Christophe Dauphin nous fait traverser les trois-quarts du vingtième siècle du monde des arts. Dans cet excellent essai, il nous dit, parlant de Lucien Coutaud, que « sa peinture est toujours intensément liée aux lieux » tout comme il semble bien que la poésie de Christophe Dauphin soit, elle aussi, intensément liée aux lieux, une poésie attachée à la géographie du paysage qu’il ne dissocie pas des peuples qui l’habitent et en lesquels il croit, ainsi écrit-il : « La poésie a toujours des destinataires ».

Nous avons besoin de poètes comme Christophe Dauphin qui écrit dans une langue directe et claire, — qui ne manque pas d’associations inédites, de jeux de langues, de belles surprises —, un poète qui nous bouscule, qui nous dérange en même temps qu’il nous réconforte par la force de ses convictions et le courage, oui, il faut un certain courage pour oser dire et s’exposer. Il est conduit par le désir et l’émotion et sa sensibilité est au service des artistes en général et des poètes en particulier et nous l’espérons au service de sa propre poésie qu’il ne doit pas oublier. Enfin, il vit la poésie et pas seulement dans les recueils de poèmes.

À l’image des hommes d’aujourd’hui, trop peu de poètes osent s’affronter aux réalités du monde d’autant plus qu’elles ne sont pas si jolies. Christophe Dauphin nous offre un kaléidoscope dans lequel l’alternance du réel et de l’imaginaire donne à sa poésie la substance indispensable pour devenir objet/sujet même de cet imaginaire. Il est loin d’être au terme de son chemin en poésie. Il lui reste à franchir une longue distance sur laquelle, il trouvera d’autres pistes, des brèches et des sillons à creuser toujours plus profonds. Accompagnons-le autant que nous le pourrons dans son avancée et ses découvertes. 

Monique. W. LABIDOIRE

(in Les Hommes sans Epaules n°32, octobre 2011).




A propos de René Iché

René Iché (1897-1954) fait partie de cette génération marquée à jamais par la Première Guerre mondiale. Engagé volontaire devançant l'appel en 1915, il est plusieurs fois blessé et termine la guerre avec la Légion d'honneur, la Médaille militaire et de solides convictions antimilitaristes. Ses premières oeuvres sont censurées pour pacifisme ou indécence, à cause de leurs évocations parfois explicites de l'homosexualité. Proche du groupe surréaliste, il commence à percer au milieu des années 20. Ce n'est qu'après la Seconde Guerre mondiale - où il perd plusieurs proches, dont son gendre, le poète surréaliste Robert Rius (qui édita le poème Liberté d'Eluard), assassiné par la Gestapo - qu'il connaît la notoriété et devient la figure même de l'artiste engagé. En 1954, le gouvernement polonais lui commande ainsi un monument aux déportés d'Auschwitz. Il ne verra jamais le jour, l'artiste décédant d'une leucémie le 23 décembre de la même année.
 
CHEVASSUS-AU-LOUIS NICOLAS (in Libération, 18/09/2007).




Critique

Subtile, féline parfois, exigeante et concise, cette poésie impose une noblesse assez rare. Ce partage des mots est peuplé d'émotions fortes et féminines, on y sent « le cristal d'une présence », mieux qu'une lumière floue « dans laquelle se perdre », comme « l'hésitation d'un rêve ». Si l'on compte le nombre de mots utilisés, cela peut paraître court. Mais, à relire dans le silence, on aime ces « gestes en paroles », ces « rêves en éveil », cette voix de brûlures fascinantes comme « des soleils dans tes yeux » (sic). Oui, voilà bien une magie, des secrets dérobés, des arabesques de velours, du sang de poète authentique qui coule...

Jean-Luc Maxence

(La Nouvel Lanterne n°4, in lenouvelathanor.com, juin 2012).



Dans 7 a dire

"J'avais écrit qu'était mauve l'écriture d'Elodia Turki; qu'elle était haute et lisse; qu'elle s'égouttait doute à doute en des poèmes prunes, violets, bordeaux ou lilas. Comme la gazelle qu'elle demeure, dame de grands cours et d'interminables courses, assoifée d'errance, en sans cesse partance, enjambeuse de méditerranées, danseuse de sa vie, aérienne et libre de tout lieu. Et voilà que celle qui souvent chnate pour ne plus s'entendre penser dans l'une ou l'autre des sept ou huit langues qui dansent dans sa tête était passée au rouge. S'était mise à aimer en anglais et rouge. Ce fut Ily Olum. Puis elle avait repris l'écheveau de son existence pour nous tricoter La Chiqueta afin de retrouver les couleurs de la vie, de sa vie. Pour tenter d'oublier le reste. Or voici que resurgit ici le poème, en sa précise et vive langue de poésie. Dont notre revue sut orner ses pages au long de quatre numéros, égrenant une quinzaine de textes de haute tenue. Mains d'ombre est tirée de la mer de la mémoire qui n'arrête pas ses allers venues de marées chez Elodia Turki. La mer dessinée par ma soif - portera tes vaisseaux nous dit-elle d'entrée, se définissant comme l'enfant illégitime - d'une grotte... - et d'une étoile. Elodia Turki expose ici comment la légende d'un grand et fort passé survit à l'histoire: C'était de tous les souvenirs - le plus doucement triste - Quelque chose rouge - quelque chose fort - dans mes doigts dénoués... Dans un passé qu'elle repousse en un ailleurs, du bout de bras où s'expriment ses mains: Mes mains aveugles... - Mes mains sombre mémoire. On sent l'amour aller vers cet ailleurs qu'elle imagine mais ne veut pas savoir: Mon regard aligné sur la nonchalance de ton - renoncement - Ainsi se noyant - dans le lointain de toi - perdant les choses sues... Au passé bien enfui se mêle le désespoir d'une espérance qui appelle encore, avec son lot de promesses, de rêves et d'offrandes, d'utopies peut-être. Puis le toi devient lui: J'avais pour toi - pour lui - lissé tous les chemins dans le brouillon du soir... Jusqu'à préciser.... poser sur ta personne - la sienne - l'ocre de ma terre brûlée. Elle pose alors le bilan de cette histoire avant de souligner: J'étais celle - qui de lui qui de toi - attendait - dans les pointillés du jour - l'étreinte. Avant de conclure, ainsi qu'à l'issue d'un rapport, sachant enfin inoubliable son oubli: Ainsi lui parlait-elle - à même son oubli. Comme nouvellement sortie d'affaire, de l'affaire. Mais on sent, on sait que le rouge reste mis. De la poésie de juste noblesse et de la précise allure. inimitable Elodia."

Jean-Marie GILORY (in revue 7 à dire n°53, novembre 2012).




critique

"Prose poétique, exacte, rythmée, musicale, toujours belle. On y chante juste « l'inépuisable intérêt de Dieu ». Le poète suit la lumière des yeux, « lance un chant aux étoiles », et sait relancer dans une certaine joie secrète le fil interrompu de sa singularité. Un sens du Sacré qui impose le respect. Un verbe suspendu, parfois de façon énigmatique, « entre les sautes d'un jour ». « Avec la faim comme bâton », Pierrick de Chermont est un pèlerin qui marche vers ce Dieu fidèle et jamais vu. "

Jean-Luc Maxence (La Nouvelle Lanterne n°9, octobre 2013, in lenouvelathanor.com)

"D'aucuns penseront que je suis bien placé pour parler de cette plaquette de Pierrick de Chermont puisque, seul, un abîme nous sépare, lui le croyant et moi l'athée !  Ils n'ont pas tout à fait tort dans la mesure où je suis sensible à la parole qui parcourt ces quinze chants. Des chants qui sont comme des laisses de versets, comme on dit des laisses de mer : des versets comme des mots drossés sur la page par la foi religieuse du poète. Et comme la mer est toujours recommencée, l'enjambement, parfois présent, souligne une pensée coulant comme une source qui, jamais, ne se tarit…

Pierrick de Chermont célèbre à sa façon un monde dans lequel il déambule, un monde pris dans sa diversité : ville/nature, violence/douceur… Mais il n'en reste pas moins que des passages comme "Demain, ouvrir au feu le silence, au verbe la présence, tel autrefois le chant de Siméon, puits de lumière dans un puits de lumière", même s'il me donne une idée du projet de Pierrick de Chermont, reste obscur au mécréant que je suis qui ignore tout de ce Siméon sans doute biblique… De même le mécréant laisse de côté toutes les occurrences des mots Dieu, âme, chapelet, psaume… (du moins dans le sens que leur donne l'auteur) pour ne s'intéresser qu'à la célébration du monde qui traverse ces chants.

Un poème comme le chant IX est révélateur à la fois de la démarche de Pierrick de Chermont et de la lecture que je peux en faire. Si Pierrick de Chermont annonce clairement sa quête de sens dans des expressions comme "Une lumière pleine de lenteur perce les flancs de mon âme" (on pense au Christ crucifié dont un soldat de Pilate perce le flanc de sa lance) ou "Par la foi, satisfaction de faire tomber les âges d'or, de fabriquer de l'histoire toutes portes ouvertes",  je peux lire cet autre passage en me passant de l'hypothèse de Dieu : "La pluie sur un parc zoologique, la pluie sur les rues de la ville. Chacun se rapproche et se renouvelle, // Se revêt de milliers d'étoiles et recommence, avec le trouble d'avoir été visité dans ses profondeurs". L'un nomme Dieu ce trouble, l'autre le nomme mystère ou beauté du monde. Reste que les deux ont été sensibles à la même réalité. Et je pourrais multiplier les exemples, au risque de lasser le lecteur. C'est que Pierrick de Chermont se confronte au monde, au réel, tout comme les matérialistes. Il en tire sa conclusion alors que Guillevic, pour ne puiser que dans cette œuvre, en tirera une autre par son attention aux êtres et aux choses les plus humbles : "Oui, coquelicot, / Tu es l'empereur / De ton royaume. // Je ne sais pas t'imiter, / Mais continue à régner / Sur toi comme sur moi." (in Quotidiennes) ou, à propos d'un modeste jardin : "Rien que le temps / Qui s'est retiré là / Et n'attend rien." (in Creusement).

Les images de Dinah Diwan qui accompagnent le texte de Pierrick de Chermont sont en harmonie avec le ton prophétique du poète et sa volonté de décrypter le réel (à sa façon, faut-il le redire ?). Il s'agit de collages sur un texte soigneusement raturé et ainsi rendu illisible : métaphore de la révélation ? Ou quoi d'autre ?

En tout cas, si la poésie est un outil pour atteindre Dieu ("Poésie, tu nous élèves à l'opiniâtre décision de vivre. Poésie, mer éternelle du sans-horizon - je cueille au matin la rose, // Tu m'affilies à la terre, à la promesse de mon Dieu…"), elle est aussi pour le mécréant ou le mystique sans dieu une simple façon de dire le monde, dans toute sa complexité et dans tout son mystère, un mystère dont la science ne fait que reculer les limites. "


Lucien Wasselin (in Recours au poème, décembre 2013).

"Une écriture inspirée dans l’écrin de délicatesse des mots, qui n’exclut ni la transgression ni la surprise. Ce beau livre, texte et illustrations, transporte. Quelle est la réalité de la réalité, que ce soit dans le quotidien qui s’étend ou la transcendance de l’instant qui persiste ?

Extraits :

« Sonnerie dans un préau vide. Une lumière, le feutre roux des platanes, un trottoir ravi de son mutisme.

Ah, si je connaissais les sources du vent, je leur dédierais l’été pour qu’elles le relancent avec une forêt

De nuages ! Nuages que je goûte en riant seul, peinture, croupes, crinière que les enfants empoignent,

Figures du libre qui s’épargnent et se prolongent comme une mémoire ayant choisie de se taire !

Le soir, à nouveau les faux de l’indicible : un halo de lune, une voiture qui manœuvre dans un présent immobile.

Finie la journée, fini le dehors où Dieu est le grand cherché ; voici la nuit avec ses escaliers et ses langues oubliées... »

« … Je vous rejoins, apprends vos mœurs où l’on s’approche par la distance, où l’on pèlerine seuls et ensemble, ébranlés et fraternels ;

L’abeille n’est-elle pas l’égale de l’astre quand elle le couvre de frémissements ? Et tous ces chants et tous ces mystères qui nous unissent !

Boire à la sainte nudité du jour, chair à chair s’ouvrir à la plénitude, où, par une mesure sans mesure,

Nos âmes aspirent et tètent le monde. Oui, par une libre admiration, se métamorphoser en prosodies intérieures.

Au bout du bout, je disparaîtrai. T’embrasserai-je alors, Homme-dieu, du plein baiser de notre terre ? »

Poète et dramaturge, Pierrick de Chermont, allie l’originalité avec la rigueur de l’ordonnancement des mots. Il explore le monde comme intériorité, l’intériorité comme poésie, la poésie comme monde. Ce ternaire libère la pensée et révèle une joie secrète propre à la vie qui demeure.

Rémi Boyer (in incoherism.wordpress.com, décembre 2013).




Lectures :

"Christophe Dauphin a pris l'heureuse initiative de publier dans cet ouvrage non pas l'intégralité de l'oeuvre d'Hervé Delabarre mais une grande partie de celle-ci en réunissant les titres épuisés (soit huit au total) à l'exception des Dits du Sire de Baradel et en ajoutant plusieurs inédits. Hervé Delabarre, poète et peintre, né à Saint-Malo en 1938, rencontre André Breton en 1963 qui avait salué ses poèmes de manière enthousiaste: "J'aime ces poèmes que vous m'avez fait lire, le mouvement qui les anime est le seul que je tienne pour apte à changer la vie, leur ardeur est ce que je continue à mettre le plus haut".

Sa découverte du surréalisme, vers le début des années soixante, est pour Hervé Delabarre une manière de vivre et de sentir: "Benjamin Péret: je m'en nourris, je m'en délecte... Amour, révolte, humour s'y retrouvaient exprimés dans une intransigeance et uen liberté absolue qui me menaient enfin à respirer le large, déclarait-il dans un entretien en 2014. Christophe Dauphin le souligne dans sa préface : avec Péret... Hervé Delabarre "est probablement le poète dont l'oeuvre porte le plus l'empreinte de l'automatisme". Même s'il ne s'agit pas toujours d'un automatisme pur sa poésie possède un pouvoir insurrectionnel qui entretient un rapport direct avec le merveilleux et l'humour noir entre lesquels elle oscille en permanence. Le climat particulier qui se dégage de cette poésie relève, comme l'écrit Jean-Pierre Guillon, "de l'humour spectral etd'un érotisme chargé d'attentions tout en même temps délicates et perverses."

Depuis le recueil Dits du Sire de Baradel, illustré par Jorge Camacho et édité en 1968 par Jehan Mayoux (éd. Péralta), jusque dans les tout derniers poèmes, la tendresse et le violence rythment le lyrisme des images: Dans les pages arrachées d'un carnet de bal - Des lèvres imprégnées de sang - S'efforcent en vain - D'étreindre un dernier serment.

Gérard ROCHE (in Cahiers Benjamin Péret n°5, septembre 2016).

*

« C’est vers 1963 qu’Hervé Delabarre est entré en contact avec André Breton qui l’a invité à participer aux activités du mouvement surréaliste. Et depuis, il n’a pas cessé aussi bien d’affirmer la subversive pertinence du projet surréaliste que d’explorer et d’interroger par les moyens de l’écriture (et aussi, quelque peu, de la peinture et du collage – mais de façon si discrète !) le « fonctionnement réel de la pensée » dans ses rapports avec les souveraines injonctions du désir comme avec les dérobades, si séduisantes ou si égarantes, du réel devant les fragiles puissances du langage. Les jalons de cette aventure poétique, si farouchement éloignée – est-il besoin de le préciser ? – des diverses casernes littéraires, sont autant de paliers dans l’assez énigmatique tour, non d’ivoire, mais bien de guet, à la pierre d’angle jadis (c’était en 1968) blasonnée aux armes du sire de Baradel, et qui se dresse – sans que l’on n’en ait encore vraiment mesuré l’ombre portée – sur le paysage sensible que le surréalisme, depuis la mort de Breton, s’obstine à dévoiler comme la face utopique du réel. Ces paliers furent, au fil du temps, de nombreux recueils de poèmes, parus à l’enseigne de divers petits éditeurs, le plus souvent en province ; il faut remercier Christophe Dauphin et les éditions Les Hommes sans Epaules d’avoir rassemblé en un volume de plus de 300 pages tous ces titres devenus pour la plupart introuvables et que complète des inédits.

Cet ensemble court de 1962 à 2014, et quoiqu’il me paraisse jouer sur trois tessitures différentes, c’est bien la même voix qui signifie, toujours avec l’audace orphique, les injonctions du désir, lumineuses ou noires, pour que le langage exalte sa puissance métamorphique. Cette voix, Hervé Delabarre en a, dès sa découverte du surréalisme, éprouvé ce que l’écriture automatique pouvait lui offrir, non seulement comme ressource, mais aussi comme repère fixe pour mener ses investigations lyriques.

Ainsi, alternant avec des proses automatiques, comme par exemple Marrakech (Notes d’hôtel), dont le burlesque n’est pas sans  rappeler Benjamin Péret, se succèdent des poèmes dans lesquels la dictée de l’inconscient est, semble-t-il, suffisamment ralentie pour que l’attention puisse aussi se porter fragmentairement sur le monde environnant, quitte alors à ce qu’en réponse l’accent soit alors impérativement mis sur l’humour ou la révolte et le blasphème puisque « les cycles Lucifer, vous dis-je, il n’y a rien de mieux. »

Et viennent enfin, portés par une troisième tessiture, une série de poèmes, tels Les Paroles de Dalila ou Avide d’elle avilie, dans lesquels l’urgence déchirée-déchirante du désir envers la femme aimée se résout en une lancinante suite de brefs éclats de silex, suite fantasmatique où Au carrefour des cris – S’érige un corps – Labouré de nuit. Hervé Delabarre, ne ces moments où l’œil dans la calebasse – continue de frire semble situable au voisinage de Georges Bataille, mais contrairement à celui-ci, qui les qualifiait en termes de haine, les dangers de cette poésie érotique sont surmontés dans sa propre minutie à confronter le drame intime non seulement avec le miroir mémorial, mais aussi et surtout avec ce qui étincelle Au plus noir – Du cri d’Eurydice : non pas la mort mais encore une voix voilée – Venue du plus loin de la nuit des pôles.  

D’un poème à l’autre, en ces divers élans, Hervé Delabarre a su, comme peu d’autres, rester à l’écoute de cette voix. Et aujourd’hui, il me plait que le poème qui donne son titre à ce volume commence sardoniquement par cet impératif : Pas de crème fraiche pour les martyrs. »

Guy GIRARD (in Infosurr n°120, 2015).

*

"Un ouvrage dont le format et l’épaisseur rompent avec ceux de la plupart des recueils poétiques. Le lecteur est plutôt habitué à trouver ces 328 pages regroupées sous l’indication générique du roman. Et sur la couverture rien n’indique d’ailleurs à quoi il doit s’attendre. Un titre discret laisse place à la reproduction d’une toile abstraite de Jacques Hérold, et les couleurs pastel du dispositif contribuent à créer le cadre d’un recueil qui suscite toutes les interrogations. Ce n’est qu’en feuilletant ses pages que l’évidence d’une parole dévolue à la poésie apparaît car des vers courts et justifiés à gauche se suivent entrecoupés par des titres qui rythment l’ensemble. Quelques moments dédiés à la prose n’en démentent pas l’horizon d’attente : il s’agit bien de poésie. Et ce livre imposant s’organise autour de chapitres et de parties bien délimitées et reprises en index. Le titre, Prolégomènes pour un ailleurs, convoque le métalangage de la philosophie et sonne presque comme un oxymore. Et ce qu’il annonce n’est certes pas démenti, tant il est vrai que se dévoile au fil de la lecture une poésie inédite qui met au service d’une trame diégétique la puissance d’un langage dévolu à la création d’un univers fantasmagorique. Soutenu par un appareil tutélaire foisonnant, les poèmes et textes d’Hervé Delabarre se succèdent en suivant une chronologie presque linéaire car leur date de création est indiquée pour chaque ensemble. Des personnages féminins se dessinent et le poète leur confère une dimension charnelle toute particulière.

 « Le rêve défriche la charmille des yeux
Ecaille les géographies amoureuses

Inquiétantes et friables
A la lisière des paumes
Sur les mâchicoulis où les nerfs entendent leur monstrueux
cérémonial
Il y a tant à découvrir
Dans leur tracé voluptueux
Jusqu’aux abords de la mort électrique et rose »

 Ces amantes croisées dont il évoque le souvenir s’inscrivent près de noms de personnages contemporains de l’auteur, ou bien jouxtent l’évocation de noms appartenant à l’histoire, telle Jeanne d’Arc à laquelle il consacre un poème. Le lecteur est ainsi convié à entrer dans cet univers prégnant qui absorbe la matière du réel pour la donner à entendre au fil de textes façonnés avec un langage plus prosodique que poétique, mais dont la puissance évocatoire à force de rythme et de jeux avec l’espace scriptural donne vie à une poésie inédite. Et ces souvenirs amoncelés comme un puzzle grâce à la rémanence de sensations sous-tendent également les pages où la prose ne cède en rien à la qualité évocatoire de la langue d’Hervé Delabarre. Les femmes à nouveau sont la matière de l’écriture. Mais est-ce là tout ce qu’il est permis d’entendre aux Prolégomènes pour un ailleurs ? Il semble que dans cette pulsion vitale énoncée grâce à la force d’un langage lourd de sensations et ancré aux trames du réel le poète va sonder la désespérance, celle d’un corps dont la mort est inévitable.

 « Des lèvres agonisantes
Dans les couloirs

Où l’ombre se nourrit
De sanglots
Et s’exténue enfin

Près de la porte
Là-bas
Au bout
Où tout se joue »

 Ce désespoir est également prégnant dans l’évocation de la disparition de la mère du poète, qui apparaît à plusieurs reprises. Une poésie dont la profondeur ne s’énonce que grâce au poids de ce qui n’est que suggéré, et dont toute concession à un lyrisme compatissant est exclu.

 « Pas de crème fraîche pour les martyrs
Un ventre vaut mieux qu’un sac à main

pour s’abriter de la pluie.
La mort, elle-même, ronge son frein,
se désespère de ne plus pouvoir venir à bout d’elle-même.

Alors que faire,
sinon se précipiter à la gare,

et s’engouffrer dans un train
enfoui au cœur des herbes folles
et des itinéraires froissés jusqu’à la nuit des pôles. »

Carole MESROBIAN (cf. "Fil de lectures in www.recoursaupoeme.fr, mars 2016).

*

"Hervé Delabarre, né à Saint-Malo en 1938, est peintre et poète qui s’inscrit dans l’esprit du surréalisme tout en portant une originalité qui lui est propre. Tout comme André Breton, sa poésie est un véhicule pour traverser les voiles qui dissimulent le réel.

 Dans une longue et riche préface, Christophe Dauphin dit toute l’importance de l’œuvre qui fascina André Breton.

« Hervé Delabarre est un poète dont chaque œuvre est un défi à l’abstraction, une plongée dans le concret, le merveilleux. Ses poèmes possèdent un pouvoir insurrectionnel qui n’est pas sans rapport direct, avec le Merveilleux, l’humour noir, le mystère, l’amour, certes, mais avant tout avec l’être et ces fêlures… »

Au cœur de la démarche de ce « Chevalier du Merveilleux », la femme est à la fois inspiratrice et initiatrice, celle qui introduit la merveille dans la réalité pour mieux révéler l’être en ses intensités. Dans un long poème dédié à l’actrice Louise Lagrange, c’est la queste du Féminin libre et secret qu’il invoque. Extrait :

 Vos lèvres tachées

 Vos lèvres peintes

 Soigneusement tracées au crayon

 Vos regards tristes

 Mouillés d’araignées mauves sous le parasol blanc du songe

 Surgissent dans l’une de ces rues

 Où je suis la ligne de cœur

 L’émotion du désir fait refluer le sang de votre visage

 Les narines pincées sous l’étau des yeux d’hommes

 Vous essayez de découvrir

 Sous le déferlement des oiseaux de proie

 Sous les ailes séchées des corbeaux et des papillons carnassiers

 Le tableau peint de toute éternité dans le midi du noir

 Quand le glaive y descend pour entrouvrir les fruits

 Où dorment emprisonnées les femmes…

Hervé Delabarre développe un rapport particulier au langage. Il rend étrangement vivants les mots qui tendent à devenir cadavres sous les chaînes du conformisme. En libérant la langue, c’est le monde qu’il délie. Ainsi, avec l’ouverture des Portraits-Flashs :

 Contrairement à ce qui se dit

 On n’a jamais vécu ici d’amour et d’eau fraîche

 

Le tabernacle ne contient plus que des cendres

 L’encens s’épand dans l’air comme une cicatrice

 Si la poésie d’Hervé Delabarre est initiatique, si elle rapproche de l’être, c’est par discipline, la discipline de l’arcane, presque naturelle au poète, qu’il décrit ainsi à Jean-Claude Tardif :

« Encore faut-il faire le vide, m’éloigner de toute réflexion, de toute pensée contrôlée, rejeter tout jugement critique, demeurer en état de réceptivité, à l’écoute. Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, cela nécessite aussi un labeur, une discipline, ouvrant une brèche qui nous relie à cette voix intérieure et nous permet de rester « branchés », d’aucuns diraient « connectés ». »

 Roncevaux

 Un ciboire peut en cacher un autre

 A même de nous enivrer

 Et la Bible n’est plus désormais

 Que le versant doré d’un corps

 

Les lèvres saignent de trop aimer

 Tandis qu’un cœur

 S’ouvre comme une blessure

 Et nous conduit tout droit aux enfers

 

Il n’y a pas ici de nautonier

 C’est Roncevaux

 Roncevaux vous dis-je

 Avec à son extrémité

 La belle Aude pour nous accueillir

 

Rémy BOYER (in incoherism.wordpress.com, octobre 2015).

*

"Le mot Prolégomènes est connoté : André Breton n'a-t-il pas écrit (en 1942) Prolégomènes à un troisième manifeste du surréalisme ou non ? Les Prolégomènes (le terme s'emploie toujours au pluriel) désignent une longue et ample préface ou l'ensemble des notions préliminaires à une science… Ce n'est sans doute pas un hasard si Hervé Delabarre a titré son florilège Prolégomènes pour un ailleurs car il appartient au surréalisme. De 1960 à 2014, il a publié 18 recueils et la présente anthologie rassemble 8 titres épuisés et 6 ensembles inédits, étroitement imbriqués aux précédents pour respecter un ordre chronologique. C'est dire, qu'actuellement, avec un peu de chance, le lecteur intéressé peut trouver en librairie (ou sur internet) toutes les œuvres de Hervé Delabarre et que Prolégomènes pour un ailleurs représente (pour reprendre les paroles de Christophe Dauphin, le préfacier) le Grand Œuvre du poète ; c'est en tout cas "le livre le plus important et le plus ambitieux publié à ce jour [2015] par Hervé Delabarre" (p 22).

Hervé Delabarre, qui est né en 1938, appartient à la constellation surréaliste. Christophe Dauphin rappelle dans sa préface qu'il rencontra André Breton au début des années 60 du siècle dernier et qu'il lui remit un manuscrit de poèmes fin 1962. Breton le salue alors comme un véritable surréaliste et publie la photographie de Louise Lagrange (qui était une actrice de cinéma, chose que Delabarre ignorait en ces années) et le "Poème à Louise Lagrange" du même Delabarre dans le n° 5 de La Brèche (1963), la grande revue du surréalisme à l'époque. Breton reçoit alors Hervé Delabarre dans son atelier mythique de la rue Fontaine à Paris ; le devenir littéraire de ce dernier est désormais fixé. De fait, cette photographie "rencontrée par hasard" fut pour Delabarre "un merveilleux privilège". On peut affirmer, sans risque d'erreur, que Louise Lagrange fut pour Hervé Delabarre ce que Nadja fut pour André Breton…

Hervé Delabarre semble reprendre -sur un autre registre, celui du poème- la problématique qui avait poussé André Breton à écrire son essai des Prolégomènes de 1942. Mais son premier livre publié est daté de 1962 : d'où, pour lui, l'impression que tout est réglé, que le surréalisme est toujours vivant (comme Breton qui l'illustre bec et ongles) autant que nécessaire. L'histoire littéraire a montré que d'autres expériences étaient possibles, y compris les plus réactionnaires. Mais Hervé Delabarre écrit fermement à la mode surréaliste car le combat est toujours à continuer. D'où cette poésie si reconnaissable entre mille. Trois expressions surréalistes la caractérisent : le hasard objectif, l'amour fou et l'écriture automatique. Hervé Delabarre n'est pas un écrivain réaliste qui expérimente ce qu'il écrit, qui écrit ce qu'il vient de faire. Il écrit ce qu'il vit, y compris sur le plan fantasmatique. Les fantasmes se cachent, se disent, éclatent dans sa poésie. Tout ce qui est écrit peut s'interpréter : "Elle prend plaisir à savourer l'intrus / Venu desceller l'huis" (p 154). Tout concourt à suggérer un paysage érotique : "Harnachée pour susciter le rêve et le désir / Elle s'offre au premier gémissement venu / Aux larmes venues la bénir // Altière / Elle préfère la cravache à la chambrière" (Id).

Quelle plus belle illustration du hasard objectif que cette rencontre inopinée de la photographie de Louise Lagrange que ne connaît ni d'Adam ni d'Ève, pourrait-on dire, Delabarre ? Découverte-rencontre qui va orienter définitivement son destin poétique. Louise Lagrange est bien la Nadja du poète sur laquelle se fixent ses fantasmes. Mais il y a plus dès lors qu'on décrypte attentivement la notion d'amour fou dans ces poèmes. C'est un amour fou plutôt noir et déchiré comme on le rencontre dans un certain romantisme. La mort, la torture, la souffrance en sont les faces cachées (encore qu'elles s'étalent dans les poèmes non sans un certain goût de la provocation) que symbolisent le fouet, la cravache, le fer rouge, les clous qu'on rencontre souvent dans les vers de Delabarre. Est-ce la traduction de l'impossibilité d'un amour calme, sans cruauté ? On ne sait. Mais le goût du blasphème (il faut noter la présence des mots prie-dieu ou profanation dans les poèmes) vient relever cette tendance et contribue à dessiner cet érotisme si particulier. Reste l'écriture automatique. Christophe Dauphin place Hervé Delabarre aux côtés de Benjamin Péret pour l'empreinte de l'automatisme dans l'œuvre. Soit ! Les exemples ne manquent pas, il faut laisser le soin aux lecteurs de les découvrir. Mais un exemple : "De mes lèvres à l'Etna du réveil" (p 201), ce vers, s'il rappelle les rêves éveillés, est cependant une belle expression automatique comme celle-ci, qui ne va pas sans jeu sur les mots : "Les larmes ne savent plus à quels seins se vouer" (p 207…

Ce livre trouvera ses lecteurs et intéressera les spécialistes ou les amateurs du surréalisme. L'éditeur a eu la bonne idée de clore l'ouvrage sur un texte (datant de 2005) de Jean-Pierre Guillon qui fut un proche de Hervé Delabarre. Jean-Pierre Guillon parle, à propos de ce dernier, d'automatisme radical et il termine son article par ces mots : "La littérature ne gagne rien à cette dictée d'un nouveau genre, mais c'est la poésie qui y trouve son compte, dans une alliance d'avant et d'après-jouir, de la fantaisie, de l'humour spectral et d'un érotisme chargé d'attentions tout en même temps délicates et perverses". Ce qui est bien vu. Mais d'autres lecteurs relèveront le contraste très fort entre l'écriture de Delabarre et les photographies illustrant l'ouvrage : elles montrent un homme dans un intérieur plutôt bourgeois. Heureusement Delabarre tire sur une énorme bouffarde (p 29), ce qui prouve qu'il est politiquement incorrect dans ce monde si soucieux des apparences…"

Lucien WASSELIN (cf. "Fil de lecture" in www.recoursaupoeme.fr, novembre 2015).

*

"Une anthologie des poèmes de l'auteur, accompagnée de textes inédits et de contes. Composés de 1962 à 2014, ils sont marqués par une esthétique surréaliste, entre écriture automatique, éloge de l'amour fou, érotisme et propos blasphématoires. "

Electre, Livres Hebdo, 2015.




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