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Sur MARC PATIN
"Cet essai est un véritable document d’histoire littéraire du vingtième siècle. Certes il s’agit de redonner vie à un poète oublié, Marc Patin, mais aussi de refaire vivre cette période incroyable qu’a vécue la poésie entre les deux guerres, notamment à travers le surréalisme qui a tant marqué notre écriture contemporaine. Christophe Dauphin nous livre avec feu ses convictions et ses documents. On en oublierait presque Marc Patin dont on découvre, ébaudi, la vie, la traînée de foudre. La biographie du poète révèle un être sensible, doué d’une belle écriture, indissolublement liée au surréalisme. On nous apprend qu’il est sinon un des initiateurs, pour le moins un fervent contributeur des revues Réverbères et La Main à plume. Une part du livre est consacrée aux rapprochements qu’on faits les critiques entre Marc Patin et Paul Éluard, rapprochement fondé et étayé par l’auteur, textes à l’appui… Marc patin meurt jeune. A l’aide, là encore de documents exceptionnels, Christophe Dauphin nous raconte les derniers moments de la vie du poète, qui en peut échapper au STO et qui mourra d’une pneumonie à vingt-quatre ans, dans un Berlin à feu et à sang… Christophe Dauphin nous éblouit d’informations sur les conditions de travail à Berlin, sur les déportés qui s’y trouvent… C’est dire si le portrait que nous dresse Christophe Dauphin de Marc Patin nous laisse pantois : quel poète avons-nous perdu ! Il ne reste plus qu’à le lire, et l’auteur s’y emploie qui donne de larges extraits de ses œuvres dans son essai, mais aussi en deuxième partie de son livre, soit plus de cent pages."
Bernard FOURNIER (Aujourd’hui Poème, avril 2007)
"Cette biographie bien construite et fervente, est sans conteste l'ouvrage de référence sur Marc Patin, poète surréaliste, lequel mérite de sortir du purgatoire. Christophe Dauphin a su faire revivre magistralement toute une époque, avec discernement et émotion. De plus, une anthologie des poèmes de Marc Patin (1938-1944) complète son beau travail et rend plus poignant encore cette évocation d'un idéaliste transcendé par l'amour fusionnel et visionnaire de la femme magique."
Jean-Luc MAXENCE (Monde et vie n°773, 13 janvier 2007).
"Comment passer sous silence le remarquable travail réalisé par Christophe Dauphin pour faire sortir Marc Patin de l'ombre, poète trop vite disparu, à 24 ans, en 1944, à Berlin, emporté par la maladie alors qu'il avait été enrôlé pour le STO ? L'auteur rend hommage à un des poètes essentiels à l'histoire du du surréalisme, une sorte de chaînon manquant (il fut l'un des co-fondateurs de La main à plume, intérim du surréalisme dans le Paris occupé, en l'absnce d'André Breton, le maître), chantre de l'amour absolu et fusionnel, dans la lignée, mais non dans l'imitation, de son ami (pour trop peu de temps) Paul Eluard. Mais aussi, et c'est peut-être là l'essentiel du travail de l'auteur, il nous restitue l'ambiance de ces années difficiles qu'on ne saurait imginer (la clandestinité, les ruses pour contourner les lois sur la restrcition du papier d'imprimerie, les réunions nocturnes, les arrestations...). La dure réalité de la vie en usine à Berlin sous les bombes anglaises et dans le manque de tout, nous est rendue par les extraits des lettres de Marc Patin qui, apprenant le cosmopolitisme de la vi(lle)e - compagnons de douleur russes et espagnols, découverte du peuple allemand, en souffrance aussi - jusqu'au bout, veut croire en l'homme (J'ai trouvé dans la foule même, si vivante et si vile parfois, des raisons urgentes d'expérer. Lettre du 19 février 1944). C'est aussi cette position incomprise par ses pairs, qui lui valut le définitif rejet du groupe sous l'impulsion du plus frénétique de tous, Noël Arnaud, qui, à l'instar de Breton, savait condamner et excommunier. Christophe Dauphin prend position pour le poète qui n'eut jamais d'autre passion que l'amour. Et il (le) fait bien. L'ouvrage est complété par une éclairante et touchante postface due à Jacques Kober, et par un choix de poèmes couvrant toute la période d'écriture de Patin, de 1938 (Le poète a abattu les quatre murs de sa maion et n'oublie pas - qu'il lui reste encore à venger ceux qui aiment), à 1944 (Nous prendrons par la main les rues qui mènent au matin)."
Jacques FOURNIER (Revue ici è là n°6, mars 2007).
"A l'exception de quelques amateurs éclairés, Marc Patin n'évoque, pour la plupart, qu'un nom vaguement lié au surréalisme. Robert Sabatier lui-même, dans sa monumentale Histoire de la poésie, le nomme à trois reprises seulement, parmi les poètes rattachés au Mouvement d'André Breton et à la revue La Main à plume. C'est dire que l'étude que lui consacre Christophe Dauphin arrive à point nommé pour réparer cet oubli ou cette indifférence de la postérité à l'égard d'un poète d'envergure injustement occulté. Sur plus de 150 pages, l'actif directeur de la revue Les Hommes sans Epaules s'attache à présenter ce poète, mort en Allemagne (alors qu'il n'avait que 24 ans) et une oeuvre poétique de plus de 700 poèmes, dont plus de 100 figurent dans le présent ouvrage, couvrant la période de 1938 à 1944. Après Verlaine ou les bas-fonds du sublime (éd. de Saint-Mont) et Sarane Alexandrian ou le grand défi de l'imagianire (L'Âge d'Homme), tous deux publiés en 2006, Christophe Dauphin nous offre cet essai remarquable, pour saluer ce "frère" de la lumière. La poésie de Marc Patin porte en elle les traces d'un surréalisme inventif et coloré d'uen grande modernité et d'une aussi grande virtuosité (Dehors un seul arbre - Où les longs bras de la lumière - Cueillent tous les oiseaux). Il importe de donner à cette poésie la place qu'elle mérite grâce aux trouvailles et à l'enthousiasme d'un créateur hanté par les images, parfois morbides (Minuit - La passante séduite - Se glisse dans une robe d'ossements) et d'autres fois ensoleillées: Elle rit comme on s'esquive - Et se déshabille - Comme une pierre dans l'eau. Un livre important qui se doit de figurer dans votre bibliothèque, aux côtés de ceux de Breton et des aventuriers lumineux du surréalisme."
Jean CHATARD (Le Mensuel littéraire et poétique n°347, Bruxelles, février 2007).
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Critique
Jeanne MAILLET, in revue L’Estracelle, n° 4 – 2006 :
" On ne saurait imaginer l’auteur de Tes rives finir que vivant dans la nuance, le froissement d’un temps de vivre entre « arbres d’espérance », « alerte de plaisir » et obsession, presque, d’un vide existentiel. D’où ce mouvement de balancier qu’expriment les textes de ce recueil : un pas en avant, on « ose » dire ce qu’on cherche, puis un temps de recul, par crainte d’entendre ce qu’on ne souhaitait pas. Et justement ceci : que les ruines rognent toujours la vie, que les rêves s’effritent ; bref que nous sommes condamnés à être « flagellés d’instants ». Plongée des regards sur les paysages, soupir « lentement soulevé comme un sein de falaise » (la belle, la puissante image !), et l’aube sans reproche, nette, claire, promise où l’imagination se perd, nous sommes entraînés malgré nous par les images comme un troupeau affolé (mais attentif) vers quelque catastrophe imminente. On frémit, on tremble un peu avec le poète de ce manque de certitude, de cette fuite des autres, lui qui souhaiterait tant trouver « pensé de distance » les mots définitifs qui seraient délivrance. Le texte qui clôt l’ouvrage est, nous semble-t-il, explicite et livre même discrètement, la clef de l’énigme : et si « mémoire et souffle » (ce qui nous constitue donc) n’étaient que « longs recommencements » ? Dans les difficiles définitions du temps, ce serait comme une révélation géographique et métaphysique ! Des millénaires de souvenirs ployés comme les strates d’une montagne et l’écho, en infinie résonance ! De quoi égarer le raisonnement et alimenter la « foi ». "
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critique
"Prose poétique, exacte, rythmée, musicale, toujours belle. On y chante juste « l'inépuisable intérêt de Dieu ». Le poète suit la lumière des yeux, « lance un chant aux étoiles », et sait relancer dans une certaine joie secrète le fil interrompu de sa singularité. Un sens du Sacré qui impose le respect. Un verbe suspendu, parfois de façon énigmatique, « entre les sautes d'un jour ». « Avec la faim comme bâton », Pierrick de Chermont est un pèlerin qui marche vers ce Dieu fidèle et jamais vu. "
Jean-Luc Maxence (La Nouvelle Lanterne n°9, octobre 2013, in lenouvelathanor.com)
"D'aucuns penseront que je suis bien placé pour parler de cette plaquette de Pierrick de Chermont puisque, seul, un abîme nous sépare, lui le croyant et moi l'athée ! Ils n'ont pas tout à fait tort dans la mesure où je suis sensible à la parole qui parcourt ces quinze chants. Des chants qui sont comme des laisses de versets, comme on dit des laisses de mer : des versets comme des mots drossés sur la page par la foi religieuse du poète. Et comme la mer est toujours recommencée, l'enjambement, parfois présent, souligne une pensée coulant comme une source qui, jamais, ne se tarit…
Pierrick de Chermont célèbre à sa façon un monde dans lequel il déambule, un monde pris dans sa diversité : ville/nature, violence/douceur… Mais il n'en reste pas moins que des passages comme "Demain, ouvrir au feu le silence, au verbe la présence, tel autrefois le chant de Siméon, puits de lumière dans un puits de lumière", même s'il me donne une idée du projet de Pierrick de Chermont, reste obscur au mécréant que je suis qui ignore tout de ce Siméon sans doute biblique… De même le mécréant laisse de côté toutes les occurrences des mots Dieu, âme, chapelet, psaume… (du moins dans le sens que leur donne l'auteur) pour ne s'intéresser qu'à la célébration du monde qui traverse ces chants.
Un poème comme le chant IX est révélateur à la fois de la démarche de Pierrick de Chermont et de la lecture que je peux en faire. Si Pierrick de Chermont annonce clairement sa quête de sens dans des expressions comme "Une lumière pleine de lenteur perce les flancs de mon âme" (on pense au Christ crucifié dont un soldat de Pilate perce le flanc de sa lance) ou "Par la foi, satisfaction de faire tomber les âges d'or, de fabriquer de l'histoire toutes portes ouvertes", je peux lire cet autre passage en me passant de l'hypothèse de Dieu : "La pluie sur un parc zoologique, la pluie sur les rues de la ville. Chacun se rapproche et se renouvelle, // Se revêt de milliers d'étoiles et recommence, avec le trouble d'avoir été visité dans ses profondeurs". L'un nomme Dieu ce trouble, l'autre le nomme mystère ou beauté du monde. Reste que les deux ont été sensibles à la même réalité. Et je pourrais multiplier les exemples, au risque de lasser le lecteur. C'est que Pierrick de Chermont se confronte au monde, au réel, tout comme les matérialistes. Il en tire sa conclusion alors que Guillevic, pour ne puiser que dans cette œuvre, en tirera une autre par son attention aux êtres et aux choses les plus humbles : "Oui, coquelicot, / Tu es l'empereur / De ton royaume. // Je ne sais pas t'imiter, / Mais continue à régner / Sur toi comme sur moi." (in Quotidiennes) ou, à propos d'un modeste jardin : "Rien que le temps / Qui s'est retiré là / Et n'attend rien." (in Creusement).
Les images de Dinah Diwan qui accompagnent le texte de Pierrick de Chermont sont en harmonie avec le ton prophétique du poète et sa volonté de décrypter le réel (à sa façon, faut-il le redire ?). Il s'agit de collages sur un texte soigneusement raturé et ainsi rendu illisible : métaphore de la révélation ? Ou quoi d'autre ?
En tout cas, si la poésie est un outil pour atteindre Dieu ("Poésie, tu nous élèves à l'opiniâtre décision de vivre. Poésie, mer éternelle du sans-horizon - je cueille au matin la rose, // Tu m'affilies à la terre, à la promesse de mon Dieu…"), elle est aussi pour le mécréant ou le mystique sans dieu une simple façon de dire le monde, dans toute sa complexité et dans tout son mystère, un mystère dont la science ne fait que reculer les limites. "
Lucien Wasselin (in Recours au poème, décembre 2013).
"Une écriture inspirée dans l’écrin de délicatesse des mots, qui n’exclut ni la transgression ni la surprise. Ce beau livre, texte et illustrations, transporte. Quelle est la réalité de la réalité, que ce soit dans le quotidien qui s’étend ou la transcendance de l’instant qui persiste ?
Extraits :
« Sonnerie dans un préau vide. Une lumière, le feutre roux des platanes, un trottoir ravi de son mutisme.
Ah, si je connaissais les sources du vent, je leur dédierais l’été pour qu’elles le relancent avec une forêt
De nuages ! Nuages que je goûte en riant seul, peinture, croupes, crinière que les enfants empoignent,
Figures du libre qui s’épargnent et se prolongent comme une mémoire ayant choisie de se taire !
Le soir, à nouveau les faux de l’indicible : un halo de lune, une voiture qui manœuvre dans un présent immobile.
Finie la journée, fini le dehors où Dieu est le grand cherché ; voici la nuit avec ses escaliers et ses langues oubliées... »
« … Je vous rejoins, apprends vos mœurs où l’on s’approche par la distance, où l’on pèlerine seuls et ensemble, ébranlés et fraternels ;
L’abeille n’est-elle pas l’égale de l’astre quand elle le couvre de frémissements ? Et tous ces chants et tous ces mystères qui nous unissent !
Boire à la sainte nudité du jour, chair à chair s’ouvrir à la plénitude, où, par une mesure sans mesure,
Nos âmes aspirent et tètent le monde. Oui, par une libre admiration, se métamorphoser en prosodies intérieures.
Au bout du bout, je disparaîtrai. T’embrasserai-je alors, Homme-dieu, du plein baiser de notre terre ? »
Poète et dramaturge, Pierrick de Chermont, allie l’originalité avec la rigueur de l’ordonnancement des mots. Il explore le monde comme intériorité, l’intériorité comme poésie, la poésie comme monde. Ce ternaire libère la pensée et révèle une joie secrète propre à la vie qui demeure.
Rémi Boyer (in incoherism.wordpress.com, décembre 2013).
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Critiques
"Un livre tout d’abord à regarder, comme un objet, tant les couleurs ocres de la couverture mettent à l’honneur la délicatesse du dessin qui la compose pour moitié. Le titre, Mains d’ombre, discrètement déposé au-dessus, dans un vert pastel, vient discrètement s’harmoniser avec ces couleurs, et annonce les tonalités aériennes de l’iconographie liminaire. Le recueil s’ouvre en effet sur un dessin de même facture, reproduit en couleur. Dès l’abord Elodia Turki sollicite le regard, et prépare le lecteur à la découverte de ces magnifiques lignes tracées en arabe littéraire qui ornent les pages de son recueil et proposent une traduction de ses textes, assumée par Habib Boulares. Le vis à vis rythme le livre, et les caractères orientaux dessinent des vagues de dentelle en regard de textes courts pour majorité écrits en italique sur les pages de droite. Ainsi cette version bilingue place l’écriture à un double niveau de réception, celui de la lecture proprement dite, et celui d’une réception sémantique de l’image. « De gestes en paroles » Elodia Turki invite le lecteur sur la quatrième de couverture à entrer dans cet univers plurisémantique. Là nous rencontrons une énonciatrice qui évoque sa difficulté à être, et suggère les épreuves traversées avec une pudeur et une discrétion non démenties. Un pronom personnel à peine incarné apparaît parfois, mais c’est dans la pudeur de l’évocation des étapes rencontrées.
« Tremblée défaite et rire comme un manque à rêver
Je-suave tourbillon- fleur lacérée-dessin- jasminée repentie silence pire
C’est ce que je sentais »
Une parole féminine qui suggère les difficultés de l’affirmation de soi-même mais aussi les ombres dessinées par les êtres rencontrés et aimés.
« Autour de ses poignets d’autres mains d’autres gestes elle et toi immenses arlequins sur le pont sans rive
Tu m’avais oubliée ne retenant de moi que l’ombre de mon chant que le son de mes doigts sur tes jours ne retenant de moi que toi sans moi »
Faut-il pour autant affirmer que ce recueil n’évoque qu’une expérience personnelle ? Loin s’en faut, car l’auteure fait partager au lecteur ses interrogations sur la matière de ses textes et sur l’acte d’écrire.
« Sa main-la tienne telle une ombre jalouse dans la fleur innombrable de ma peur
Peut-être eut-il suffit-il que la lenteur des yeux épelle en fin le trouble pour que toujours soit l’improbable partage »
Mains d’ombre n’est donc pas uniquement le lieu d’une parole personnelle, et la volonté d’opérer un syncrétisme artistique soutient cette réflexivité sur le travail de l’écriture. L’iconographie qui entoure les textes ainsi que la graphie magnifique de l’écriture arabe forment écho à la récurrence de l’évocation de la musique. Et il faut comprendre la convocation de ces vecteurs artistiques comme métaphore de ce désir de mener l’humanité à la source de paix d’une communauté enfin unie dans le verbe mais aussi dans le silence, ainsi que l’énonce si magnifiquement l’épigraphe d’œuvre signée Omar Khayyam :
« There was a Door to which i found no Key There was a Veil through which I could not see Some little Talk awhile of Me and Thee there was And then no more of Thee and Me
Omar Khayyam (Quatrains) »
Carole MESROBIAN (cf. "Fil de lectures" in www.recoursaupoem.fr, mars 2016).
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"Ce livre bilingue, arabe et français, d’une poésie magnifique, est disponible alors que Habib Boulares, essayiste, historien, poète et homme de théâtre tunisien, est décédé. Il a fait davantage que traduire la poésie d’Elodia Turki, il l’a inscrite dans l’écrin de la langue arabe qui est en poésie en soi. « Ici, nous dit Elodia Turki, nous sommes, comme pour toujours, perdus retrouvés dans notre souffle, entourés de murmures, les mains ouvertes sur le vide apparent qui nous enveloppe. Nous hésitons : sommes-nous seuls ? Sommes-nous avec les autres ? Sommes-nous l’autre ? Tous les autres ? Qui parle à qui quand nous parlons ? Et à travers nous, qui parle ? De gestes en paroles, de rêves en éveil, le monde nous entraîne dans sa ronde… Certaines choses que l’on dit… Certaines choses que l’on nous dit, puis… plus rien de ce que l’on s’est dit. » La mer dessinée par ma soif portera mes vaisseaux
Tout sera car je suis fantastique animale Enfant illégitime d’une grotte… et d’une étoile
La beauté, la grâce, la profondeur… le silence. Le lieu de la langue est le reflet du cœur, de l’intime. La poésie se fait queste, un fragile esquif, insubmersible toutefois sur l’océan de la vie. Le monde à travers moi se crée
Si je vis Tu existes Et Tu meurs si je meurs
A l’intérieur de moi un domaine effrayant martèle mes secondes
J’ai recousu l’entaille Enfermé ce moteur et ma peur et dans le lisse et la beauté de mes masques
j’ai chanté !
Rémy BOYER (in incoherism.wordpress.com, 16 août 2015).
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"De courts poèmes plein de ferveur et d'amour qui se lisent avec tranquillité."
Jean-Pierre LESIEUR (in Comme en poésie n°63, septembre 2015).
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Subtile, féline parfois, exigeante et concise, cette poésie impose une noblesse assez rare. Ce partage des mots est peuplé d'émotions fortes et féminines, on y sent « le cristal d'une présence », mieux qu'une lumière floue « dans laquelle se perdre », comme « l'hésitation d'un rêve ». Si l'on compte le nombre de mots utilisés, cela peut paraître court. Mais, à relire dans le silence, on aime ces « gestes en paroles », ces « rêves en éveil », cette voix de brûlures fascinantes comme « des soleils dans tes yeux » (sic). Oui, voilà bien une magie, des secrets dérobés, des arabesques de velours, du sang de poète authentique qui coule...
Jean-Luc Maxence
(La Nouvel Lanterne n°4, in lenouvelathanor.com, juin 2012).
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Dans 7 a dire
"J'avais écrit qu'était mauve l'écriture d'Elodia Turki; qu'elle était haute et lisse; qu'elle s'égouttait doute à doute en des poèmes prunes, violets, bordeaux ou lilas. Comme la gazelle qu'elle demeure, dame de grands cours et d'interminables courses, assoifée d'errance, en sans cesse partance, enjambeuse de méditerranées, danseuse de sa vie, aérienne et libre de tout lieu. Et voilà que celle qui souvent chnate pour ne plus s'entendre penser dans l'une ou l'autre des sept ou huit langues qui dansent dans sa tête était passée au rouge. S'était mise à aimer en anglais et rouge. Ce fut Ily Olum. Puis elle avait repris l'écheveau de son existence pour nous tricoter La Chiqueta afin de retrouver les couleurs de la vie, de sa vie. Pour tenter d'oublier le reste. Or voici que resurgit ici le poème, en sa précise et vive langue de poésie. Dont notre revue sut orner ses pages au long de quatre numéros, égrenant une quinzaine de textes de haute tenue. Mains d'ombre est tirée de la mer de la mémoire qui n'arrête pas ses allers venues de marées chez Elodia Turki. La mer dessinée par ma soif - portera tes vaisseaux nous dit-elle d'entrée, se définissant comme l'enfant illégitime - d'une grotte... - et d'une étoile. Elodia Turki expose ici comment la légende d'un grand et fort passé survit à l'histoire: C'était de tous les souvenirs - le plus doucement triste - Quelque chose rouge - quelque chose fort - dans mes doigts dénoués... Dans un passé qu'elle repousse en un ailleurs, du bout de bras où s'expriment ses mains: Mes mains aveugles... - Mes mains sombre mémoire. On sent l'amour aller vers cet ailleurs qu'elle imagine mais ne veut pas savoir: Mon regard aligné sur la nonchalance de ton - renoncement - Ainsi se noyant - dans le lointain de toi - perdant les choses sues... Au passé bien enfui se mêle le désespoir d'une espérance qui appelle encore, avec son lot de promesses, de rêves et d'offrandes, d'utopies peut-être. Puis le toi devient lui: J'avais pour toi - pour lui - lissé tous les chemins dans le brouillon du soir... Jusqu'à préciser.... poser sur ta personne - la sienne - l'ocre de ma terre brûlée. Elle pose alors le bilan de cette histoire avant de souligner: J'étais celle - qui de lui qui de toi - attendait - dans les pointillés du jour - l'étreinte. Avant de conclure, ainsi qu'à l'issue d'un rapport, sachant enfin inoubliable son oubli: Ainsi lui parlait-elle - à même son oubli. Comme nouvellement sortie d'affaire, de l'affaire. Mais on sent, on sait que le rouge reste mis. De la poésie de juste noblesse et de la précise allure. inimitable Elodia."
Jean-Marie GILORY (in revue 7 à dire n°53, novembre 2012).
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"Pour reprendre les mots de Pierrick de Chermont dans son étude « L’appel de la muse chez Elodia Turki », cette dernière « est née dans une prison espagnole à la fin de la guerre d’Espagne, où sa mère antifranquiste militante était enfermée et condamnée à mort. Au bout de dix mois, elles rejoignirent la Tunisie où son père se trouvait déjà ». Ce qui explique peut-être son goût pour la culture arabe et, en partie, la présente publication de « Mains d’ombre » (déjà édité en 2011 à la Librairie-Galerie Racine) où ses poèmes en français dialoguent avec la traduction en arabe due à Habib Boulares.
« Mains d’ombre » est un chant d’amour. Un chant d’amour à la graphie arabe car Elodia Turki écrit dans son avant-propos (qui est un hommage à Habib Boulares) à cette édition : « Je sais que la traduction qu’il a faite des poèmes de mon recueil "Mains d’ombre" est non seulement fidèle, mais, aux dires de ceux qui ont comparé les textes dans les deux langues, il y a tellement de poésie dans sa proposition que l’on oublie très vite qui a écrit et qui a traduit ». Nous voilà loin du vieil adage qui assimile la traduction à une trahison. Ne connaissant pas l’arabe, je n’ai rien à ajouter à ces mots…
Mais chant d’amour également dans les poèmes d’Elodia Turki dont l’écriture rend fidèlement une perception originale de l’amour. Si l’obscurité n’est pas absente de ces textes, le dialogue amoureux que le lecteur devine traduit la vocation ultime de la femme qui est l’amour. Là encore, la culture arabe (et je suis conscient que cette dernière expression manque de précision) qui érige l’amour en règle n’est pas loin : Elodia Turki a publié en 1999 un recueil intitulé « Al Ghazal », ce qui rappelle au lecteur occidental qui est familiarisé aux genres poétiques définis par des règles de construction très strictes que le ghazal (dépositaire de la poésie amoureuse dans la culture arabe) ne renvoie pas aux formes comme dans la poésie occidentale mais au thème abordé. D’où l’extrême liberté de ton d’Elodia Turki.
Mais il faut aussi s’arrêter à l’iconographie de ce recueil. Pour remarquer tout d’abord que l’illustration de couverture (reprise sur la page de titre) est différente, quant au style, du frontispice. Ce qui prouve que la culture arabe n’existe pas, mais qu’il existe des cultures arabes… Cependant ces deux illustrations représentent un couple, amoureux (?) dans un jardin. Dans les deux cas, la femme tient un flacon ou une carafe. Sur la couverture, la femme a dans la main droite une coupe dans laquelle elle semble avoir servi un peu du breuvage de la carafe pour l’offrir à l’homme face à elle. Comment interpréter ces éléments visuels ? Il faut se souvenir que dans la culture arabe, on trouve de nombreux jardins dédiés au plaisir et de nombreuses représentations de ces jardins. On n’est pas loin, dans certains, cas, du jardin d’amour auquel font penser ces illustrations. Si chez les musulmans l’alcool est frappé d’interdit, le vin est considéré comme la récompense suprême au Paradis : « Les Purs seront abreuvés d’un vin rare » (Le Coran, Sourate LXXXIII, 25). Et dans l’histoire, les époques où les poètes (Omar Khayyam en est un bel exemple), chantèrent le vin et l’ivresse ne sont pas rares.
De là à penser que ce recueil s’inscrit dans cette tradition particulière, il n’y a qu’un pas facile à franchir… Elodia Turki ne nomme jamais l’objet ou le sujet de son amour. Et elle se situe comme l’égale de l’homme : « Tu succombais aux mots / je t’offrais l’hésitation du rêve ». Ces mains d’ombre sont des mains faites pour la caresse, pour l’interrogation. Ce que résume admirablement ce vers « Elle vers lui avançait une esquisse ». Pierrick de Chermont dit d’Elodia Turki qu’elle a « une foi sans Dieu ». Ses poèmes ruissellent d’une foi très forte mais quant au Dieu, ne parle-t-elle pas de « croix sans Christ » ? Au-delà de ces affirmations, « Mains d’ombre » est un beau livre à la poésie subtile, en même temps qu’un bel objet… "
Lucien WASSELIN (cf. Chemins de lecture in revue-texture.fr, 2016)
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Lecture
"L'exercice de l'humour nécessite un recul et une perspective morale ; il charge le rire de gravité, voire de larmes, car le tragique y fait souvent son lit ; il compte autant sur les stratégies que sur les délires de l'imagination.
Drôles de rires est une anthologie de textes d'humour enrichie par de nombreux dessins de Chaval, Piem, Serre... Des pensées d'humour (ou aphorismes) accompagnent les textes - nombre d'elles inédites, les autres nous ont semblé relever du meilleur du genre. L'oeuvre d'humour, mêlant scepticisme et idéalisme, propose des niveaux de survie, ou la vie quotidienne et le fanstastique, la tendresse et la cruauté, le ridicule et l'étrange s'aboutonnent."
Mirela Papachlimintzou (in revue Contact n°81, Athènes, Grèce, mars 2018).
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Les Hommes sans Épaules éditions publie régulièrement des anthologies. Des volumes généreux, à la couverture blanche, et des mines de diamants taillés par Christophe Dauphin. Il édifie le parcours d’un auteur à travers les œuvres convoquées, dont les étapes sont motivées par ses choix éditoriaux. Ceux-ci sont expliqués dans une préface et une postface, dont il est l’auteur, ou bien qui sont signées par un de ses nombreux collaborateurs.
Le lecteur peut alors apprécier les extraits proposés, les replacer dans u contexte illustré par des documents iconographiques d’une grande richesse, eux aussi. Une immersion dans l’univers d’un auteur, qui est à découvrir ou à comprendre dans la globalité d’une démarche exposée dans le déroulé temporel de ses productions, en lien avec une existence dont certains moments sont éclairés par la mise en œuvre.
Ces anthologies sont élaborées autour de thématiques. Drôles de rires signée Alain Breton et Sébastien Colmagro nous propose un florilège de morceaux choisis parmi les productions d’auteurs tels Sacha Guitry, Alphonse Allais…Un tour d’horizon d’Aphorismes, contes et fables, Une anthologie de l’humour de Allais Alphonse à Allen Woody, avec en ouverture une belle préface des auteurs, et un extrait du Rire de Bergson. Pour clausule un Après rire… Un groupement de textes d’un grande richesse, qui interroge l’ancrage historique et social de l’humour, problématique bien sûr relevée par le paratexte. Et comme pour chaque volume du genre, pléthore de documents iconographiques établissent un dialogisme riche et pertinent avec les textes.
En plus d’un moment jubilatoire, le lecteur peut réfléchir sur la question du rire, car ce groupement de textes propose un cadre de réflexion dont les enjeux nous sont montrés par le paratexte. Mystification, dérision, non-sens, ironie, parodie, la liste peut-être longue, et ces modalités humoristiques sont à prendre très au sérieux. A la fin du dix-neuvième siècle le comique a été le premier moyen d’expression d’une crise du sens, bien avant que l’absurdité ne soit la trame féconde d’oeuvres plus sérieuses…
Carole MESROBIAN (cf. "Les anthologies à entête des Hommes sans Épaules" in recoursaupoeme.fr, 4 janvier 2019).
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Lectures critiques :
Il est parfois impossible de commenter un texte par crainte de le profaner. C’est le cas pour ce long et superbe poème, enlacement de deux êtres et de deux textes au-delà de la mort et au plus profond de la psyché.
Le titre de l’ouvrage essentiel de Leonardo Coimbra, La joie, la douleur et la grâce, titre qui fait procès, évoque parfaitement ce que nous rencontrons dans le chant et le cri d’Anne Peslier.
Un extrait est préférable à tout autre commentaire :
« Cette nuit-là je querelle mon corps
effacé devenu blanc et ton désir en plain visage
étonne ma peine d’être belle
comment pourrais-je te dire
que le désir abruti d’absence
fige le corps dans du marbre
C’est bien ton visage là et ton nom
tu me suis jusqu’à mes instants
je suis installée sur une pierre
telle une sentinelle ne voyant aucun ciel
l’intérieur sous la peau suffit à me diriger
mais l’heure est une épée et
notre chair saigne dans l’écorce de Mars
et ta forêt n’y peut rien tant d’heures
à dérouler ta face dans l’abrutissement de
la nuit
pour tenter d’effacer épuise nos sortilèges
comme un glacier dérive sans jamais
trépasser
Quand j’ai repris le fil de ma naissance j’ai rêvé
que tu m’avais diablement envoûtée
et que mon portrait avait échoué dans la vie pour cette seule raison
deviner ton corps alors
Je me brise parfois pour voir ton
visage jaillir d’une flaque au ciel
partout je suis née et morte sur les
murs où je passe en fille rageuse
nettoyée par plusieurs orages
inerte comme si la vie avait écrasé
ma peau, mais dans quelle mer
plonger pour être sûre de gagner
le naufrage
C’est bien après six mois d’agonie
que tu pleures ta dernière heure
il reste une année avant que l’eau se mêle à ton sang
comme la mer-océan se mêle
ton cœur parlait deux fois
et je n’écoutais que l’âme
pensant qu’un être-mort se noue facilement
à son amante et que cette prison ne s’achève jamais
car chaque parcelle est reconstituée à chaque
endroit du corps qui reste
Rémi BOYER (in incoherism.wordpress.com, mai 2021).
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Lectures critiques :
Il est parfois impossible de commenter un texte par crainte de le profaner. C’est le cas pour ce long et superbe poème, enlacement de deux êtres et de deux textes au-delà de la mort et au plus profond de la psyché.
Le titre de l’ouvrage essentiel de Leonardo Coimbra, La joie, la douleur et la grâce, titre qui fait procès, évoque parfaitement ce que nous rencontrons dans le chant et le cri d’Anne Peslier.
Un extrait est préférable à tout autre commentaire :
« Cette nuit-là je querelle mon corps
effacé devenu blanc et ton désir en plain visage
étonne ma peine d’être belle
comment pourrais-je te dire
que le désir abruti d’absence
fige le corps dans du marbre
C’est bien ton visage là et ton nom
tu me suis jusqu’à mes instants
je suis installée sur une pierre
telle une sentinelle ne voyant aucun ciel
l’intérieur sous la peau suffit à me diriger
mais l’heure est une épée et
notre chair saigne dans l’écorce de Mars
et ta forêt n’y peut rien tant d’heures
à dérouler ta face dans l’abrutissement de
la nuit
pour tenter d’effacer épuise nos sortilèges
comme un glacier dérive sans jamais
trépasser
Quand j’ai repris le fil de ma naissance j’ai rêvé
que tu m’avais diablement envoûtée
et que mon portrait avait échoué dans la vie pour cette seule raison
deviner ton corps alors
Je me brise parfois pour voir ton
visage jaillir d’une flaque au ciel
partout je suis née et morte sur les
murs où je passe en fille rageuse
nettoyée par plusieurs orages
inerte comme si la vie avait écrasé
ma peau, mais dans quelle mer
plonger pour être sûre de gagner
le naufrage
C’est bien après six mois d’agonie
que tu pleures ta dernière heure
il reste une année avant que l’eau se mêle à ton sang
comme la mer-océan se mêle
ton cœur parlait deux fois
et je n’écoutais que l’âme
pensant qu’un être-mort se noue facilement
à son amante et que cette prison ne s’achève jamais
car chaque parcelle est reconstituée à chaque
endroit du corps qui reste
Rémi BOYER (in incoherism.wordpress.com, mai 2021).
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