Dans la presse

 

Tri par titre
A-Z  /   Z-A
Tri par auteur
A-Z  /   Z-A
Tri par date
 

Page : <1 2  3 4 5 6 7 8 9  ... 14 15 >

Lectures critiques

" Comment rendre compte d'une telle somme ? Paul Farellier a regroupé dans ce gros volume de presque 700 pages, 12 périodes s'échelonnant de 1968 à 2013 ; des œuvres quasi-complètes donc : mais en est-on vraiment sûr ? Quasi car Paul Farellier est toujours vivant et sans doute continue-t-il d'écrire et parce que, peut-être, certains poèmes ont-ils été écartés de L'Entretien devant la nuit… Si l'étude de Pierrick de Chermont publiée en postface met bien en évidence les caractéristiques de la poésie de Paul Farellier telle qu'on peut la découvrir dans cet ouvrage, il manque une approche scientifique établissant la correspondance entre les poèmes ici reproduits et les recueils publiés au fil des années. Mais le lecteur ne doit pas s'attendre à trouver dans cette édition un ersatz de la Pléiade ! L'Entretien devant la nuit contient les dix livres publiés entre 1984 et 2010 mais aussi des inédits anciens et Chemin de buées qui regroupe des inédits de la période 2009-2013. Pour les curieux, on peut affirmer, sans risque de se tromper, que Paul Farellier remet en cause la notion de poètes maudits (chère à un certain romantisme et popularisée par Paul Verlaine dans un ouvrage éponyme) puisqu'il suivit les cours de Sciences Politiques à Paris, qu'il est titulaire d'un Doctorat d'état en droit public et qu'il travailla sa vie durant dans l'industrie comme juriste international ! Mais Alain Borne ne fut-il pas avocat ?

Si Pierrick de Chermont dans sa postface, partant de réflexions sur la poésie contemporaine, met bien en évidence les caractéristiques de celle de Paul Farellier (un certain classicisme formel, une grande attention au proche et au présent, un attachement à la nature, une volonté affirmée d'honorer le simple et une attirance pour le mystère du monde et de la présence de l'humain dans ce monde), le lecteur peut être sensible à d'autres aspects de cette écriture. C'est ce qui va être mis en évidence dans les lignes qui suivent. Une grande part d'autobiographie est présente dans ces poèmes : ainsi le "Faux" Bonnard (avec son piano, l'étude et l'élève) rappelle-t-il que Paul Farellier a étudié le piano avec Fernand Lamy, parallèlement à ses études de droit). Il serait fastidieux de relever systématiquement tous ces ancrages dans la vie du poète, mais ils sont nombreux. Une certaine synesthésie n'est pas absente de certains poèmes, ainsi cette ductilité sonore dans Paroles du sourcier (1). Le monde est étrange, être au monde est étrange. C'est dans les poèmes "obscurs" que se dit le mieux cette étrangeté ; mais on y décèle une nostalgie angoissée face à une partie de l'être humain ; "l'éternité respire" constate Paul Farellier dès son premier recueil (vers qu'il faut mettre en regard de ces deux autres "le scandale permanent / de notre brièveté") ; c'est que le poète s'émerveille aussi de la splendeur singulière du monde. La notation est brève, si brève parfois que la pensée devient lapidaire ; ainsi, deux vers, par exemple, font sentence ou proverbe : "Qui chante juste / habite la poussière."

Quand on referme ce gros volume, on se dit que Paul Farellier maîtrisait sa voix dès ses premiers poèmes, aussi bien que son attitude face au monde qui, si elle a évolué, n'est pas radicalement différente, elle s'est seulement approfondie. La langue reste la même : à ces mots (p 59) "avéré, dans ma fibre de chose, je me reste, gravé sur mes yeux, incisé à quelque dur plaisir" font écho ces vers (p 654) "moins qu'une larme du temps, / une buée de retard // sur l'infime part du monde / qu'aura frôlée le regard." Même modestie de la vision, de l'écriture, même si la gravité est là : le poème de la page 653 ("Le temps venu / où tu comptes pour amis / moins de vivants que de morts…") exprime parfaitement cette gravité : effet de l'âge ?

Tout cela ne va pas sans une certaine préciosité dans l'agencement des mots : "Une aile captive joue dans l'absence unanime" (p 83), une préciosité de bon aloi qui amènera le lecteur à se demander quels rapports entretient Paul Farellier avec le surréalisme (même si ces mots sont extraits d'un poème de En ce qui reste d'été, des carnets écrits en 1979-1982 et publiés en 1984). L'émotion n'est jamais bien loin dans les poèmes de Farellier : "Ce cœur, tu le retiens pour plus large ; pour y bercer le plus vaste. Oui, tu l'ouvriras jusqu'à l'absence" (p 98). Le lecteur pensera alors à l'émotivisme défendu par Les Hommes sans épaules, pour dire vite…

D'autres seront interpellés par cette vision du monde présente dans la poésie de Paul Farellier, une vision parfois hallucinée mais toujours particulière, où l'obscur féodal de la fuite le dispute à l'aléatoire du feu, où la montée, par le travers des brandes, conduit à ce que le poète désigne comme le Jugement dernier (p 125). C'est que le monde physique est complexe, tout comme la métaphysique. Le poème se suspend devant l'inconnu, les mots manquent : "Quelque chose parfois s'éloigne, sans voix, sans permission ; creusant l'éternité soudaine. Du familier pourtant ; mais qui, déjà, ne trouvera plus son nom" (p 149). Ce n'est pas le moindre charme de cette poésie… On n'en finirait pas de relever ainsi la spécificité chatoyante de la démarche de Paul Farellier : mais il faut laisser aux lecteurs le plaisir de la découverte…

Reste à expliquer (?) le titre de ce volume qui doit servir de point commun à ces poèmes d'une vie… On a l'impression que Paul Farellier n'en finit pas de s'adresser à la face cachée de lui-même, au mystère d'être au monde, un monde qu'il interroge sans cesse. D'où cet entretien devant la nuit. Une nuit si présente dans les poèmes, un exemple, un seul : "Il est temps encore. Tu peux fuir dans la nuit libre. // Pour moi, les mots sont tissés ; le regard, piégé. Je suis un arbre arrêté dans les étoiles" (p 116). Ce qui n'empêche pas l'émerveillement devant le monde…

Au terme de la rédaction de cette note de lecture, je suis tout à fait conscient de la légèreté de mes propos : il faudrait plus d'espace pour une approche sérieuse de l'œuvre de Paul Farellier (qui mériterait un essai complet). Et, en plus, il restera au lecteur à articuler ses propres remarques, éventuellement aux miennes ou à contredire ces dernières, pour découvrir l'expérience intérieure (qui peut prendre différents aspects mais qui reste profondément humaine) dont parlent Gérard Bocholier et Gilles Lades (en quatrième de couverture) : et ce ne sont pas là simplement paroles de lecteurs, fussent-ils poètes… Page 653, toujours, Paul Farellier écrit : "bientôt il ne t'étonne plus / d'aller ainsi de compagnie / dans les chemins du jugement. // C'est ton pas qui s'alourdit / et la terre qui s'allège / ou plutôt se divise"… Je pense alors au dernier recueil d'Aragon, Les Adieux, et à ces vers : "Un jour vient que le temps ne passe plus / Il se met en travers de notre gorge / On croirait avoir avalé du plomb / Qu'est-ce en nous qui fait ce soufflet de forge". Toute œuvre ne se termine-t-elle pas ainsi ? "

Lucien WASSELIN (Cf. "Fil de lecture" in recoursaupoeme.fr, novembre 2015).

*

"Ce livre de près de 700 pages réunit, en douze recueils, l’œuvre poétique de Paul Farellier de 1968 à 2013. Un tel ouvrage, qui s’est vu décerner le Grand Prix de la Société des Gens de Lettres 2015, inspire un sentiment d’accomplissement et d’exemplarité, tant s’y trouvent réalisées toutes les dimensions de l’engagement poétique.

Cette écriture détient dès l’origine sa forme : précise et déliée, sobre mais sans excessive ellipse. Homme et poète déjà construits. Et, pour parapher l’ouvrage, une adresse au lecteur à voix haute, délivrant les secrets de la diction, du souffle et de l’inflexion : ainsi l’œuvre prendra-t-elle le large, pour toujours animée.

La poésie de Paul Farellier réalise le paradoxe d’une extrême urgence et d’une extrême patience. C’est par une transgression positive que le poète accède à l’être :

« L’eau germe / dans la pierre de ta soif ».

 Sage aux lèvres minces, il s’en remet à « la communauté de la nuit ». Comment ne pas penser à Georges de la Tour :

 « Une bougie restée seule / tout le silence dans sa flamme droite » ?

Recueillement et dépouillement, articulés au socle de l’être, à la mémoire de l’œuvre humaine, se donnent pour mission de dire « l’intense déploiement de l’immobile ». Et le regard est d’abord un révélateur : la neige devient « lumière de l’obscurité », le poème « fenêtre noire ».

 Un temps, le poète se délie de la verticalité en épousant l’espace – « l’adorable frémissement des herbes » –, le plus cher de son histoire personnelle (évoquant ses parents :

« à jamais tu te relèves / entre leurs deux présences »).

Mais il se relance bientôt vers les limites :

« l’heure où l’on voit plus loin que sa vue ».

Dans cette poésie, et c’est un de ses secrets, chaque clivage permet de progresser vers une plus exacte densité. À l’extrême, l’intériorisation s’accentue au péril du néant :

« Prison refermée. Lapidation de la lumière ».

 Elle voisine cependant avec les germes d’espérance :

 « Ce ti-tit d’insistance / douce d’un oiseau qui ne dit pas son nom ».

 À l’évidement, à l’amenuisement, succède dans les derniers recueils un chant plus lié, plus ample :

 « Et toi que fige soudain / dans ta prière la peur / d’éveiller l’invisible,… rêves-tu déjà les étoiles / d’une secrète épaule ? »"

L’image, loin d’être enchaînée à l’image suivante, monte vers la pensée. La parole, invariablement inscrite dans sa mesure (chaque poème semble fait pour la page), confronte le passé médité, contemplé, au rebelle présent : « toi, le flagellé d’instants ». La tension, toujours à l’œuvre, comme celle de l’alpiniste qui va de prise en prise, se résout en interrogation face à l’absolu :

« Est-il une fin / où vont les pas // hors limite, avalés par le vide ? »

Gilles LADES, in revue Friches, n° 119, septembre 2015.

*

"Ce gros recueil des œuvres de Paul Farellier donne au lecteur le sens de l’œuvre, le sens aussi de ce qu’est une œuvre, de sa puissance, entre émergence, disparition et résurgence.

Dans une postface élégante, Pierrick de Chermont évoque à son sujet une poésie de l’anonymat, dans un pays, la France, qui ignore la poésie. Cet anonymat pourrait être finalement plus qu’une chance ou une opportunité mais une véritable fortune. En effet, souligne Pierrick de Chermont :

« Sans aucune autre contrainte que son art inutile, entièrement consacré à lui, prêt à toutes les aventures de l’esprit, à tous les voyages, circulant seul ou presque dans la grande forêt de la poésie mondiale, n’ayant de compte à rendre à personne, le poète est la figure fantasmée de l’art contemporain. L’invisibilité de son art est donc une des sources de cette liberté. Elle le revêt d’une protection dont ne disposent pas les autres arts, qui eux sont exposés. »

Cette liberté, payée très cher le plus souvent par le poète, garde vierge l’espace de la création.

Sans prétendre à l’exhaustivité, Pierrick de Chermont retient cinq traits caractéristiques de la poésie de Paul Farellier. Tout d’abord un certain classicisme formel fait de « précision et exigence formelle » mais aussi d’une « économie de moyens ». Viennent ensuite « une attention au proche et au présent, un attachement à la nature et une volonté de dialoguer avec elle, une volonté d’honorer le simple et une attirance pour le mystère que recèle le monde ».

La saisie de ce qui se donne à voir, de l’instant présent, porteur d’une ouverture infinie, est au cœur de la poésie de Paul Farellier qui exprime une grandeur de la banalité, une beauté du quotidien, un abîme aussi de la limite, de ce qui nous borne dans l’apparaître des choses."

Rémi BOYER (in incoherism.wordpress.com, 3 novembre 2014).

*

" Sous la direction magnifiquement tutélaire de Christophe Dauphin, Les HSE (Les Hommes sans Epaules éditions) poursuivent leur travail éditorial considérable en poésie. Outre la revue ‒ dont chaque livraison est à elle seule un livre‒ elles éditent, rééditent, restituent, récapitulent.

Ainsi de cet ouvrage de 659 pages : qui n’aime pas Paul Farellier ne le lira pas… Mais qui ne connaît pas Paul Farellier s’y précipitera : à ce prix-là (25€) on peut se permettre de découvrir un poète ‒ qui importe plus qu’un navet au cinéma, ou les tripatouillages politico-érotiques d’un(e) pipole dont on aura oublié le nom plus vite que celui de Paul Farellier.

Visionnaire.
Compagnon du Mystère ‒ et cependant du « chaotidien ».
Célébrant ‒ mais pris de silence comme on peut être « pris de Parole ».

Né à Paris en 1934 (comme Jean Chatard !), Paul Farellier collabore à de nombreuses revues, comme poète bien sûr mais aussi comme chroniqueur et critique. Il est membre du comité de rédaction de la revue Les Hommes Sans Épaules. Membre du jury du Prix du poème en prose Louis Guillaume.

Mais il est d’abord, et avant tout, poète. Certains diraient « prolixe ». Moi j’écris :«fécond ». Ce bel ouvrage « L’ entretien devant la nuit » paraît donc pour l’anniversaire du poète en 2014. C’est une somme, une part de sa vie et de son écriture. Mais ainsi qu’il l’écrit lui-même page 116 : «Il est temps encore. Tu peux fuir dans la nuit libre. »
Je vous conseille, ainsi qu’il le dit achevant ce poème, de le suivre :

« Je suis un arbre arrêté dans les étoiles »."

Roland NADAUS (cf. rubrique "Ici et là", in site de la Maison de la Poésie de St-Quentin-en-Yvelines).

*

"Depuis près d’un demi-siècle, Paul Farellier poursuit une œuvre poétique dispersée, comme c’est souvent le cas, dans plusieurs maisons d’édition (L’Arbre à Paroles, la Bartavelle, Le Pont de l’Épée…). La réunion de ces poèmes en un fort volume est pour le lecteur un vrai bonheur et pour l’amateur (ne parlons pas de critique pour la poésie…) une excellente manière de déceler les lignes de force de ces recueils. On a beaucoup galvaudé, dans les grandes tendances de la poésie contemporaine, l’expression « poésie du quotidien », lorsque l’on puise l’inspiration dans le monde qui nous entoure plutôt que dans la culture classique ou les grands mythes du passé. Car il y a mille façons de regarder le monde : une évocation de sa beauté et de sa singularité, une approche de la plénitude par le fragment, du fugace par l’éternel, l’irruption d’une formule foudroyante, une expérience quasi mystique de la dépossession de soi par la communion au monde… On retrouve un peu de tout cela chez Paul Farellier, mais sans cette systématisation qui transforme l’émerveillement spontané en procédé. « J’écoute vivre », glisse-t-il : le taillis, la cigale, un doigt, un sourire, une étoile… Tout est porte d’entrée dans le monde créé par le regard, et le mot.

Le mot, plutôt que la formule. Trop souvent, le poète succombe au bonheur d’expression, à l’image fulgurante. Un mot suffit à Paul Farellier pour la transmutation du réel. Le « procès d’une fin de jour », la « montée maigre du sentier », « l’affrètement d’éclairs du soir », et nous voyons par son regard, nous sentons, nous palpons, nous entendons… Et soudain « l’oiseau a sauté hors du texte ».

Entre l’éclat et l’infini, l’œil a souvent besoin d’un cadre : s’il y a chez le poète un appel vers l’horizon, le ciel, la nuit, le vent, l’océan, le silence, tout ce qui ne conçoit pas de limite, et si le tremplin du minuscule nous permet d’y sauter à pieds joints, il y a souvent un plan intermédiaire, un cadre, une fenêtre,

Car tout fait clôture ici,

tout est serré dans ce poing

qui pourtant n’enferme que le vide,

oblige à des riens d’ombre, à des façons de taire

Et c’est ce double mouvement, du tremplin de l’infime au cadre de la fenêtre puis à l’infini de l’horizon, qui donne le vertige au lecteur. Le vertige d’une expérience partagée, d’un arrachement à soi. On plonge, « heureux comme on pourrait l’être dans l’oubli de soi » : la poésie a produit son effet, et l’on peut refermer les yeux, apaisé dans cette communion subtile (« nous, ce plaisir habitable »…), conscient d’être le monde et le poème : « je dors, superflu sous ma paupière »."

Jean Claude BOLOGNE (in jean-claude.bologne.pagesperso-orange.fr/#site)

*

"Mes préférences

Paul Farellier fait paraître L’Entretien devant la nuit (Les Hommes sans Épaules éditions) qui rassemble ses poèmes de 1968 à 2013. Dans sa postface fort intéressante, Pierrick de Chermont situe le poète dans ce qu’il appelle « la poésie de l’anonymat », un courant majeur de la poésie d’aujourd’hui. Il dégage cinq traits emblématiques de cette poésie, tous présents chez Paul Farellier : « un certain classicisme formel, une attention au proche et au présent, un attachement à la nature, une volonté d’honorer le simple et une attirance pour le mystère que recèle le monde. » Il faut entrer dans cet univers de nuit où la nudité de l’écriture s’applique rigoureusement à la nudité des choses. Rien n’est fermé, l’évasion vers le plus inaccessible hante toujours l’homme des frontières :

 

Ce qui s’est joué sur des frontières,

leur passage,

ta fuite au sentier de nuit,

 

n’y retourne pas,

mais prolonge plutôt la dernière étoile,


le secret qui recommence."


Gérard BOCHOLIER (in revue ARPA, n° 112, 1er trimestre 2015).

*

" Paul Farellier est un poète qu’il faut lire dans la durée. C’est le chemin lancinant qu’il emprunte qui lui donne toute sa force. Ce poète est un chercheur qui pose sa parole devant la nuit. Plus que les réponses, il voudrait constamment parfaire sa question. Quelqu’un a écrit qu’il ne nous prenait pas à témoin. Lecteur depuis quelques années de la poésie de Paul Farellier, où je retrouve ici des poèmes que je connais comme ceux de Tes rives finir ou d’Une odeur d’avant la neige, je ne le ressens pas de cette façon. Dans cette somme que propose l’édition des Hommes sans Épaules, on est emmené par le poète dans une méditation qui touche par sa patience et sa cohérence. La respiration et les silences sont aussi importants que les mots eux-mêmes. Il s’agit d’accéder à la vérité intérieure. La seule qui permette d’aller vers le lecteur en évitant pose et malentendu. L’imaginaire du quotidien est installé dans sa réalité, l’importance des proches est là dans son évidence, et comme le dit avec justesse Pierrick de Chermont, il se manifeste là une présence étrange. J’oserai dire dans une certaine lumière. Mais c’est bien l’ombre, cette «somptueuse» qui est recherchée. Les derniers poèmes éclatent de fraternité exigeante. Le poète est arrivé au moment de sa vie où il continue sa quête, le père, peintre, n’est pas loin, avec la compagnie des disparus. Cette somme poétique, exemplaire de la nécessité poétique contemporaine, nous dit Pierrick de Chermont dans sa postface, en est un fleuron. "

André PRODHOMME (in Les Hommes sans Epaules n°39, mars 2015).

*

"Dans ce livre admirable, c’est un chemin de vie que Paul Farellier nous offre, avec justesse et retenue. Des interrogations sans réponses et du constat d’une vie reportée à plus tard qui se font jour dans les recueils du début, en passant par de courts tableaux dans lesquels le poète interprète ce qui s’offre à sa vue, recherche une enfance perdue et dit ses craintes d’un temps dévastateur, nous parvenons à des poèmes où Farellier, en quête d’un monde inconnu, s’interroge sur l’acte même d’écrire avec des mots qui savent à peine nommer.
 Quand on interroge Paul Farellier sur ce qui lui a fait tantôt choisir le poème en vers, tantôt le poème en prose, il avoue qu’il existe une sorte de nécessité et que « le vers descend tout armé de son rythme dans la main qui l’écrit, car nous n’avons plus la férule de la rime, donc le rythme est indispensable ». Et Farellier conclut : le vers est dans l’espace d’un chant. Notre poète aime aller à la nature, car pour lui le paysage n’est pas une abstraction, « c’est un ailleurs dans l’ici ». On y apprivoise le provisoire, car l’on y apprend ce qui va mourir. On peut dire que dans sa poésie il y a une appropriation quasi charnelle du paysage : « le silence venant à l’épaule comme un suint de l’été ». Mais les terres vraies de Paul Farellier sont le plus souvent cachées, le « tu » qu’il utilise peut être celui de l’amour, mais ce peut être aussi le pronom de la prière. La plupart de ses poèmes sont écrits au présent, le passé est invisible nous dit le poète, mais il porte une trace évolutive : « je suis un flagellé d’instants, j’ai voulu sortir du tourbillon de l’agenda des vivants » et il ajoute : « je n’ai pas fait que subir le temps, je l’ai aussi aimé d’une sombre ferveur ». « Nous voulons la naissance des flammes, non le charbon ressaisi ».
Aussi dirons-nous, sans conclure, car ce livre étonnant est celui d’un visionnaire que l’on aimera lire et relire : Paul Farellier est un véritable alchimiste qui sait déceler des couleurs sous la nuit. Pensant à ses chers parents disparus, il sait nous rendre sensible: « Leur visite, chaque soir, l’entretien devant la nuit. » "

 Sylvestre CLANCIER

 (Texte présentant Paul Farellier, lauréat du Grand Prix de Poésie, au nom du Jury, à la SGDL, 23 juin 2015).

*

"L’Entretien devant la nuit rassemble en plus de 600 pages des poèmes de près de cinquante ans de poésie. Certains sont inédits, d’autres, la plupart, ont déjà été publiés. Ce gros recueil témoigne, selon la juste expression de Pierrick de Chermont dans la postface, d’une « poésie de l’anonymat », même si l’expression personnelle se fait plus sensible au fil du temps, par exemple dans des confidences discrètes sur l’insomnie d’hôpital, / le couloir d’urgences (« Heures », 1998) ou dans  « Maintenant, visage fixé », qui date de 2003 et est dédiée à son « père, qui était peintre ». Dans « La nuit passante » (1999), l’interrogation sur le temps et sur soi, se fait plus pressante. Mais ce qui reste stable dans cette traversée d’un demi-siècle est plus frappant que ce qui change. La qualité essentielle de ces poèmes est peut-être ce que l’on pourrait résumer par le terme de « délicatesse ». Délicatesse des sentiments, une pudeur constante qui évite tout excès sentimental, même quand la nostalgie ou une « pensée déchirante » menacent l’équilibre. Le « je » cède le plus souvent la place à un « on », qui renvoie sans doute à des circonstances et des personnes particulières, mais élargit à l’humaine condition, comme l’infinitif déracine ce qui serait trop précis : Poindre / au plus effacé du songe. Délicatesse des notations attentives à saisir l’instant où un oiseau s’envole, une cigale chante, la neige recouvre un paysage, les liserons se penchent sous la pluie… C’est la tâche du poète que de les dire pour défendre la beauté : une beauté de feuilles, d’oiseaux, de cascades, / j’ai rassemblé ces choses / dont je suis encore le lien secret. À la délicatesse s’adjoint la douceur : Seule monte la lueur de ce front / à la douce conquête de l’ombre. […] la douce insistance de l’heure. Le temps se décline à travers les saisons et les mois, avec, semble-t-il, une préférence pour l’hiver, la neige, le blanc, qui annulent toute aspérité. La sobriété qui caractérise le ton de ces poèmes va de pair avec leur brièveté qui fait parfois songer au haïku : La table de ce côté./ Le couvert pour traiter l’ombre./ Nous dînerons d’une pensée déchirante. Le vers libre, le plus souvent très court, alterne avec des poèmes en prose, le plus souvent faits d’un seul bloc. La disposition sur la page est, selon les dires de l’auteur, liée à un souci d’oralité. Et il est vrai que c’est une voix qui nous murmure que la poésie est « immense en peu de mots ». « J’écoute vivre », dit Paul Farellier. Vivre, en dépit de tout et de l’absurde toujours menaçant : l’arbre gagné par la nuit continue à se dresser."

Joëlle GARDES (note à la revue Phœnix, hiver 2015, n° 16).

*

"Quarante-cinq ans de poésie. 684 pages de texte. Une postface de Pierrick de Chermont. Le récent ouvrage de Paul Farellier est sans aucun doute un événement dans la vie poétique d’aujourd’hui. Ce superbe pavé regroupe les poèmes publiés de 1968 à 2013.

La postface tout d’abord, qui décortique avec autant de talent que de soin, la poésie qui se pratique de nos jours.

Ce qui intéresse au plus haut point dans ces textes c’est l’explication qu’en fournit Pierrick de Chermont qui ne se contente pas d’évoquer la technicité naturelle de Paul Farellier mais qui, globalement, explicite la poésie qui se crée aujourd’hui.

Quant à la poésie de Paul Farellier elle emporte l’adhésion, dès le premier texte repris d’un recueil publié en 1968. Cette masse imposante (plus de 650 pages !) ne comporte que des pièces de haute qualité dans lesquelles la syntaxe privilégie la métaphore. À l’endroit où l’envolée fait image et l’image à la fois couleur et douleur.

D’un quotidien assez quelconque, Paul Farellier extrait des sensations et des ancrages aux limites du Surréalisme. Dans tous les cas, des vers d’une audace mesurée dans leur lyrisme naturel se côtoient dans la fraternité de la création.

« Le jour qui monte retourne à l’oubli. La minute

blanche, ailée, s’est piquée au plus fort du courant »

Dès les premiers poèmes publiés, il semble que Paul Farellier ait adopté un rythme tout personnel créant ainsi un univers à sa mesure où les idées sont véhiculées dans un cadre défini dans lequel il évolue avec une aisance admirable. Poésie du bonheur et poésie de la mélancolie. Poésie dans laquelle chaque mot est irremplaçable.

Cette impressionnante publication démontre une nouvelle fois que la poésie est en effervescence et que les poètes actuels chantent avec talent sur la plus haute branche.

À lire absolument."

Jean CHATARD (note à la revue Diérèse, n° 64, automne-hiver 2014/2015).

*

"Compilation de poèmes en vers libres ou en prose mus par une même volonté de célébrer l'instant présent, la nature et les plaisirs simples de la vie. Grand prix SGDL de poésie 2015 décerné à P. Farellier pour l'ensemble de son oeuvre. "

Electre, Livres Hebdo, 2015.




Lectures

« Je m'assiérai sur le pas de vos portes»

 "Excellence et simplicité... Gérard Cléry s'est détourné des arts poétiques aussi pertinents soient-ils. Il s'est aussi  dépouillé du superflu (rhétorique absente, circonlocutions proscrites)... Roi nu(l) n'est pas un titre mais un état des lieux intimes, la mesure abyssale de l'homme rendu à l'essentiel. Et ce n'est pas rien.

 Le voyage immobile est fascinant et douloureux à la fois : « permettez cependant/que ma vie vous effleure  prêtez/rien qu'un moment l'odeur de votre lit... » Au fil des pages se profile un homme détaché – oh si peu ! - de sa posture poétique pour marcher au pas de l'homme. Le roi nu(l) est une sorte d'albatros baudelairien privé de majesté, d'empire (sur soi, sur les autres), mais perclus de vérités contradictoires, faufilé de tendresse, s'excusant d'être là, comme le Plume de Michaux.

 Un livre de chevet  qui brûle pendant les nuits blanches et qu'on consulte, qu'on touche et qu'on respire : « voyez j'habite si mal/les pierres que je pose »... Mais la présence sensorielle de cet opus absolument remarquable est obsédante et s'étale comme l'huile sur la toile. On retrouve pourtant la mise en relation de l'homme avec son environnement immédiat : « fenêtre mouillées par les baisers/fenêtre enjouée  fenêtres/affûtée/laisse mes mains te reconnaître »... Et le lecteur s'inquiète de cette présence-absence qui ne se repère que dans le chuchotement, dans l'écrit, dans le souffle. Le parcours d'un aveugle ébloui cependant par le monde qu'il traverse blessé par les aspérités de l'univers ambiant, mais aussi touché par : « cette grâce de ceux qui savent s' effacer pour laisser tout son pouls à cette parole qui les dépasse », comme l'écrit Guy Allix dans sa postface.

 « Dormir m'est interdit », nous dit le veilleur, sans oublier que la vie ne vaut peut-être que par les « restes », ces insignifiants qui chargent le havresac d'une silhouette de poète : « la peau de ses mains nues/quelques poils de barbe/une écharpe parfumée/la mèche de cheveux/héritée d'une femme/l'aile d'un oiseau/le rire de deux enfants/grimpés près de son cou/une gousse d'ail/une paire de souliers mal tenus... » un inventaire à la Prévert pour « l'idiot d'amour/le fou l'aveugle » qui se cherche des parenthèses sensorielles pour affirmer que le jour existe. Palpitant encore et encore ce coeur « bêlant ce coeur brûlé ce coeur boiteux », qu'il faut bien se dissimuler à soi-même pour ne pas être débusqué et demeurer a fortiori le passager clandestin de ses émotions... Cette mise à nu ou mise à nu(l), c'est selon, apparaît comme l'outil décisif du parcours poétique et humain de Gérard Cléry. Il est bluffant d'authenticité partagée et sa proximité nous renvoie aux veilleuses qui balaient la nuit nos chemins d'existence."

 Michel JOIRET (in Revue Le Non-Dit, Art et Littérature N°111, avril 2016, Bruxelles).

 

*

" Suivi d'une excellente post-face de Guy Allix, voici « Roi nu(l) » nouveau recueil de Gérard Cléry, publié dans la collection « Les Hommes sans épaules» de la Librairie Galerie Racine, Paris.

Tous les poèmes de Gérard Cléry sont pour rejoindre, et, ici, se rejoindre. Rejoindre soi-même. Rejoindre son corps. Sa vie qui fout le camp. Rejoindre les autres.

Surtout rejoindre la femme. Joindre. Et rejoindre, avec des mots, la poésie des mots.

C'est dire qu'ici le « je » n'est pas un autre, mais le pluriel d'un moi qui, d'abord, s'attendra au futur comme pour s'excuser d'avoir fait attendre, puis se dégager pour disparaître en laissant, comme Villon son frêre, les témoignages de son chemin.

Ce testament devient vite un présent de mémoire, avec l'évocation, dans les écarts, comme dans les marges, des bouffées du désir ou de l'espoir :

                                    « Tu prends à présent la barre

                                   jusqu'à la déraison

                                   et tu gouvernes entre les bras du vent

 

                                   accroupi pour mieux voir

                                   les mains posées sur les genoux

 

                                   et disant oui

                                   et disant non »

 Et le rêve, à petits coups de bec, fait tinter la vitre du vécu duralex.

 Ce cri une fois dit il faut, comme l'oiseau qui, d'un coup d'aile, aile sans parenthèse, remonte le vent de mer, le vent d'amer, il faut remonter le texte. « Retour amont » aurait dit René Char. Et, remontant le vent, nous passons du réel, qui un rêve, à la réalité, qui est une illusion. L'hymne à l'amoureuse, avec son feu patient, est une rosée qui irise « jardin-fenêtre-bouche-luisance d'eau ». C'est une caresse que les mots attendrissent encore pour délivrer le corps. Mais surtout c'est une musique que les mots scandent en rythme syncopé :

 

                                    Le dit du bûcheron

 

                                   est-ce bien moi qui parle de tes cuisses

                                   pour le couteau

                                                                       trouvant ta chair aux versants

                                   d'actinies      dans l'horizon de quoi je dors

                                                                                              est-ce encore moi

                                   régnant désemparé qui continue

                                   qui épaule ton corps

                                   femme univers de ma manducation.... »

 

c'est là que la « Royauté » prend sa source, elle qui vient du chaos, comme le torrent d'amont décoche ses eaux sur le vide. Ce torrent qui n'économise pas la matière, mais la bouscule, pour jeter le délire dans la raison lumineuse.

 Claude ALABAREDE (in revue Diérèse, 2016).

*

" Ces poèmes au rythme haletant, qui semblent écrits dans l'urgence nous parlent autant de nous que de son auteur. C'est ce lien qui nous touche profondément, cette empathie. Gérard Cléry est à l'écoute du monde et des hommes.  Son écriture est sans fioriture, sans réthorique,  elle est comme un silex, mais elle cache ou recèle, une tendresse, un amour, celui d'un homme à hauteur d'homme. Sa poésie questionne, parfois avec angoisse, parfois avec brutalité, elle frappe, touche profondément, elle est essentielle. « Gérard Cléry écrit superbement », dit Guy Allix dans sa post-face. Oui, et chaque mot, chaque courte phrase frappent juste, évoquent, appellent, oui, Gérard Cléry est un poète majeur."

Maurice Cury (in revue Les Cahiers du Sens, 2016).

*

" Belle plaquette dont le titre « Roi nu(l) » rappelle un conte d’Andersen « Les habits neufs de l’empereur ». L’expression « le roi est nu » est passée dans le langage courant pour désigner des apparences trompeuses. Gérard Cléry, avec « Roi nu(l) », réunit deux ensembles poétiques affirmant que l’amour laisse celui qui le vit ou l’éprouve nu et nul, le poète ne cherchant pas à tromper qui que ce soit, il aime et c’est tout.

Le premier ensemble, qui donne son titre à la plaquette, commence par ce vers « Ici roi nu » qui sonne comme le début d’une conversation téléphonique. D’ailleurs, un peu plus loin, un autre poème commence par ces mots : « Quand le téléphone n’est plus le téléphone »… Sans doute Gérard Cléry utilise-t-il, quand il en a envie, la parabole du téléphone pour dire ce qu’il ne peut directement à l’aimée. La succession des deux ensembles ne laisse pas d’étonner. Si le second est un chant d’amour, le premier est plutôt un constat sombre de ce que peut devenir l’amour, le temps passant. Si l’on remarque, d’une suite à l’autre, le même vers (en gros, de l’hexasyllabe à l’alexandrin, les deux vers qui se suivent étant toujours séparés par un blanc, contrairement aux proses), la première suite donne aussi à lire une écriture plus torturée, plus écorchée : prose trouée de blancs (p 20) [signe que « les mots renâclent à passer la gorge » (p 13)] ou brisée quant au sens (p 24) comme si le constat aboutissait à l’impossibilité ; même si les choses sont énoncées clairement : les morts qui se sont accumulées, les ruptures et les rencontres avortées, ce moment où « le manteau de la tendresse / glisse des épaules se déchire ». Alors que la seconde suite semble plus épanouie, plus charnelle ; il est vrai que ces vers « et l’amoureuse / feu rêvant / enlumine l’amant » (p 42) poussent à une telle lecture.

Il faut enfin signaler que ce livre se termine par une postface de Guy Allix dans laquelle je relève ces mots : « Parole de roi nu. De roi humble. Parole oxymore en quelque sorte. » Et Allix d’ajouter que ce que laisse le roi après son passage, c’est « presque rien, mais l’essentiel ». Pour mieux montrer ensuite le « double geste de monstration subliminale » et en arriver ensuite à ce constat que « Roi nu(l) » est un « poème d’amour au fond »… Et pour terminer, relever enfin ces mots : « Qui ne sait aimer ainsi, n’a jamais aimé, n’aimera jamais ». 

Lucien WASSELIN ("Chemins de lecture" in revue-texture.fr, mars 2016).

*

"La judicieuse citation signée Louis Aragon de la première page (« Ce que je n’ai plus donnez-leur/ je reste roi de mes douleurs ») donne le ton à cet ouvrage de Gérard Cléry qui, dans une mise en pages aérée présente son Roi nu(l) accompagné d’une postface de Guy Allix qui souligne avec émotion et une légitime tendresse les vagues hautes de cette poésie mûre depuis déjà longtemps dans l’esprit et le coeur du poète et qui explose ici, en des vers élégants dont le poids est à la fois cruel et tendre.

En une douzaine de recueils, Gérard Cléry a réussi à se faire un nom qui importe dans notre petit domaine de la poésie. Il est vrai qu’il n’est pas uniquement poète. Depuis longtemps déjà il participe et anime des réunions poétiques en compagnie de jeunes comédiens et d’animateurs (entre autres : Marie-Josée Christien).

Avec Roi nu(l) Gérard Cléry démontre combien le poète, « roi des rois » n’est en définitive qu’un pauvre homme comme vous et moi, un être vivant et donc faillible. Il est nul car il est nu et nu parce qu’il est seul. C’est une question de vocabulaire.

Cependant l’ami Gérard Cléry s’avère ici et comme toujours trop modeste car sa poésie n’a rien de gratuit, rien de superficiel. Elle pèse lourd dans le jardin de la qualité. Elle prend en compte les divers aspects de notre vie ordinaire et en dénonce les abus, les carences, les folies. Il faut...

« laisser brûler l’ampoule de l’incertitude »

... prophétise-t-il avec ce sens aigu de l’à-propos qui caractérise son oeuvre et ses actes.

Dense et charnu, cet ouvrage me semble être l’oeuvre majeure d’un poète aux qualités multiples qui se donne avec fougue et volupté aux complicités et aux caprices de l’instant.

Un livre flamboyant. Un poète vrai."

Jean CHATARD (Revue Les Hommes sans Epaules n°41, mars 2016).

*

« Un titre d’un laconisme flamboyant et qui permet de nombreuses lectures, interprétations et rêveries. Comment ne pas penser, tout d’abord, au jeu d’échecs quand la pièce maîtresse est privée de ses défenses : le roi nu. Quand, en dépit de toute logique, il obtient le pat : le roi nul.

L’exergue, égaré dans une pagination ignorant manifestement les règles les plus élémentaires de la typographie, nous fournit une première indication

précieuse avec ces deux vers d’Aragon : « ce que je n’ai plus donnez-­leur / je reste roi de mes douleurs ».

Qui est ce roi des douleurs, sinon le poète régnant sur son désert de mots : « Ici roi nul / roi nul appelle / … / la pitié est horrible / et le bonheur béance ».

Règne ici une tristesse diffuse (celle du poète face à l’incompréhension de ses frères humains) : « je m’assiérai sur le pas de vos portes / sur vos bancs sur vos marches / … / j’essaierai quelque temps vos outils / au seuil de l’œuvre inhabitable / voyez j’habite si mal / les pierres que je pose / permettez cependant / que ma vie vous effleure »…

Une tristesse aux limites du désespoir : « allumer chaque soir le flambeau de l’absence faire le lit du vide vous nommer ne pas vous nommer laisser brûler l’ampoule de l’incertitude (…) regarder votre visage et se crever les yeux / et puis sourire comme font les aveugles ».

Suivent L’ivre lit/Livre lit qui est en somme une lecture du corps de l’autre et une postface de Guy Allix, Breton d’adoption comme Cléry : Oui, Gérard Cléry est un poète. Un vrai poète, en même temps qu’un homme vrai (comment pourrait-il en être autrement ?) et qui ne prend jamais la pose, mais dépose les mots au plus juste de l’émotion. »

Francis CHENOT (in revue Traversées, Virton, Belgique, mai 2016).

*

" C'est un peu l'image du poète. A la fois rayonnant et vain. Superbe au sein de son écriture et désarmé, désolé en même temps. Avec la parenthèse du titre qui redouble et réactualise l'adjectif. C'est aussi plus simplement celle de l'homme, en général, vainqueur et faillible, voyez j'habite si mal - les pierres que je pose; Gérard Cléry semble tirer sa révérence au monde et quitter la société avec pas mal de tendresse enfuie et beaucoup de dignité. Je laisserai si peu de traces. Recueil du désenchantement, de la déconvenue, de la déréliction. Vous ne trouverez rien derrière - mon regard disparu. L'écriture draine dans son lit d'encre, amour, émotion et silence. Le poète ne regrette rien, il n'a pas oublié tous les bonheurs cueillis sur le chemin des jours. Il les voit s'évanouir dans le rétroviseur, maquillés d'ombres charbonneuses. La mémoire relit les pages écornées et relie les chapitres inachevés. Guy Allix donne une belle postface pour relancer la lecture de son ami Gérard Cléry. Le recueil a emporté à juste raison le premier prix Angèle-Vannier."

Jacques MORIN (in revue Décharge n°172, décembre 2016).




Dans la revue Autre Sud

"Jean Breton occupe une place particulière dans le panorama de la poésie française contemporaine depuis la publication de son manifeste (en collaboration avec Serge Brindeau), Poésie pour vivre, en 1964. Il y développait des idées proches de celles qu’exposera  plus tard Guy Chambelland, à savoir que la poésie ne doit pas se couper de l’homme ordinaire. Il proposait don un art de vivre et de penser en poésie dont la publication causa quelques remous. L’essai que Christophe Dauphin consacre à Jean Breton insiste évidemment sur ce point essentiel. Mais il ne s’y limite pas. Son propos est de suivre l’itinéraire du poète depuis ses premières armes à Avignon, sa ville natale, avec une part importante accordée à la période parisienne. C’est en effet le moment où sont fondées les éditions Saint-Germain-des-Prés et le cherche midi éditeur, celui où il crée, après Les Hommes sans Épaules, la revue Poésie 1, sur une idée originale promise à un succès étonnant. Les analyses sont entrecoupées d’entretiens de Jean Breton avec l’auteur qui donnent un regard rétrospectif et confirment les tendances les plus caractéristiques de son ouvre. Christophe Dauphin souligne le souci d’authenticité, la volonté d’établir entre la vie et l’œuvre un accord parfait… L’essai se termine par une partie anthologique de vers et proses, et d’une bibliographie précieuse pour qui veut découvrir Jean Breton."

Jean-Max Tixier (Autre Sud n°22, 2003).




Critique

Éliane BIEDERMANN, in revue Friches, n° 93, printemps 2006 :

" Après un hommage au père disparu, l’auteur poursuit l’œuvre de celui-ci qui était peintre, en utilisant les mots sur sa palette de poète. Il le fait avec la délicatesse des artistes d’Extrême-Orient dans une mosaïque de touches légères : « Avant l’heure l’ailée s’éveille, / marche dans son jardin, / remue un peu de lumière. / Il a plu dans la nuit: / les flaques décideront le ciel. » Ici, les lumières de l’aube sur des jardins noyés de pluie font reculer l’ombre de la mort. […] Le mystère de notre identité, mémoire et passé qui se dérobent, hante la poésie de Paul Farellier. L’ombre et le miroir en sont des variantes qui apparaissent d’une manière récurrente. La célébration de la nature, « signe en paradis », et une quête fébrile de soi-même sont les composantes majeures de ce très beau recueil : « Le temps t’aveugle d’images, de reflets, de regards. / Que cherches-tu / sinon ta parole d’ombre ? / Un seuil est là / qu’il te faut déceler, / la demeure de la voix, / le sombre où luira ton silence ». "




Lectures :

Christophe Dauphin introduit par une longue préface ce recueil de poèmes choisis et inédits qui couvre la période 1980 – 2008, soit jusqu’à la disparition du poète. Les premiers mots de Christophe Dauphin posent la stature du poète :

«  Dans sa vie comme dans son poème, ce qui revient au même, Jacques Taurand sait dire au-delà des mots, capter à la pointe du verbe ce qui relève précisément de l’indicible, le Grand Œuvre qui soudain se cristallise, respire et scintille, par la magie de l’image, dans le prisme de cette pépite de vie nommée poème. Concis, sensuel, fluide et spontané son vers est taillé dans le vif du vécu, dans les plus secrètes forêts de l’homme. »

 

Avatar

 

La barrière blanche

Les pommes qui roulent dans l’herbe

Les rires renversés

Font places sous le ciel croassant de l’hiver

Aux ailes vernies de l’écriture

 

Nous pouvons dire de Jacques Taurand qu’il est « né poète » même si des rencontres furent déterminantes dans sa vie d’auteur, comme Michel Manoll. Jacques Taurand rencontra Michel Manoll en 1980, figure de l’Ecole de Rochefort fondée en 1941, marquée par la liberté et des valeurs partagées d’amitié et de respect. Ce mouvement aura marqué la poésie de Jacques Taurand qui reconnaît la filiation, cependant la poésie de Jacques Taurand n’est pas écrite avec les mots et les styles des autres.

« L’art poétique de Jacques Taurand, confie Christophe Dauphin, s’est constitué entre ombre et lumière à mi-voix : Prendre dans les mots – quelques reflets épars – les unir – dans le poème ; il repose sur une méditation et un questionnement de la condition humaine, des éléments, de la désagrégation du temps, un monde à déchiffrer, avec lequel le poète entretient un rapport sans concession mais aussi sensuel : Comment toucher à la beauté sans faire l’amour avec la vie ? »

 

Les joyaux de la flamme

 

Au théâtre des cheminées

j’ai vécu des sabots d’étoiles

des chevaux de feu

 

J’ai pris ton corps

lente braise à durcir les mots

de chair pâle et d’oublis verts

 

Que de lèvres froissées

pour vivre libre

et vaquer aux quatre vents

 

Toi ma très ignorante

des passions dételées

dans la soute des rêves

inépuisable

 

Jacques Taurand sculpte les émotions. L’émotion est ici une matière à travailler. Il se nourrit non seulement de la vie mais aussi des écrits d’autres auteurs.  Son travail de critique fait partie du mouvement de création poétique.

« Nous devons à Jacques Taurand de nombreuses conférences, écrit Christophe Dauphin, ainsi qu’une somme importante de notes et de chroniques publiées dans différentes revues, la meilleure façon, d’après lui, de « sortir de soi et d’oublier son ego, de découvrir d’autres paysages affectifs, d’autres géographies sentimentales. C’est un enrichissement par la différence. Il faut savoir fuir ce fâcheux et fatal Moi-je-mon œuvre qui, hélas, caractérise tant de poètes incapables d’écrire trois lignes sur leurs confrères ! Des poètes qui se mordent la queue ou autre chose. »

 

Un passant va

 

Sous une robe de

lumière

les jambes écartées

des berges

Fluide toison où

se noient les désirs

Voyage muet de

la pierre

Rêve

couleur d’eau

 

Un passant va

Cherche

un autre ciel

au fronton de

novembre

dans le regard gris

d’une haute fenêtre

 

Quel sexe

le hante

Quelle humide présence

coule

entre ses doigts

 

Perspective de brume

Sous la cambrure

Des ponts

Un mi-jour se froisse

s’effeuille

 

Seule

au souvenir

se glace une main

sur la rambarde du temps

Rémi BOYER (in incoherism.wordpress.com, août 2018).

*

"Sous une couverture bouleversante, "La nuit étoilée" de Vincent Van Gogh, voici un livre racé qui donne à lire des poèmes d'une sensibilité dont Christophe Dauphin éclaire (grâce à une préface limpide) les bases de cette oeuvre majeure signée Jacques Taurand. L'ensemble de cette anthologie magnifiée par Dauphin se situe de 1980 à 2006 en incluant certains inédits. Le tout agrémenté de photographies de Thérèse Manoll, de René Guy Cadou, Hélène Cadou et, bien sûr "Simone", l'épouse de Jacques Taurand, celle qui l'accompagna jusqu'aux derniers instants. Au passage, on visionne des images sur lesquelles figurent Yvette et Jacques Simonomis, avec lesquels ils restèrent très liés.

A noter, en fin de volume, une dizaine de pages consacrées à un entretien de Jacques Simonomis avec Jacques Taurand. Le plus touchant de cette publication est sans aucun doute l'image de Notre-Dame que Jacques pouvait admirer depuis sa chambre d'hôpital.

La poésie de Jacques Taurand en grande partie dédiée à "Simone" sa chère épouse qui fit preuve de beaucoup de courage... Digne continuateur dans la poésie qui montre beaucoup de nos "églises" de nos "continents", Jacques Taurand rassemble avec discernement lyrique tous les courants en y incluant sa tendresse naturelle, ses propres émotions. Proche de la nature, il persiste et signe à l'Ecole de Rochefort et tout aussi au Surréalisme, tant d'autres escales poétiques. Toutefois, il nous conseille d'être attentif au pétale de la seconde. Poète, avant tout poète.

Sur plus de 250 pages que compte ce superbe ouvrage, une dizaine est consacrée à la présentation à la présentation de l'eouvre importante de Jacques Taurand sous l'aspect d'uen préface brillante de Christophe Dauphin. La fin du volume est conscarée à un entretien dirigé par Jacques Simonomis avec le talent que l'on sait.

La poésie de Jacques Taurand, elle, est un joyau que peu égalent. L'une des plus subtiles, qui méritent le bel hommage fait ici à ce livre: "Les étoiles saignent bleu". Pour le souvenir et pour le talent, il faut lire cette anthologie remarquable."

Jean CHATARD (in revue Comme en poésie n°76, décembre 2018).

*

Christophe Dauphin nous appelle à découvrir ou redécouvrir Jacques Taurand, poète, nouvelliste, critique, autodidacte français qui, après une vie littéraire un peu dans l’ombre malgré de nombreuses rencontres, s’est définitivement éteint en 2008. Et cette publication vient justement (au sens où ce n’est que justice) remettre un peu en lumière cet auteur non dénué de talents. Ce recueil est un hommage à l’amitié, en particulier à celle entre Christophe Dauphin, Jacques Simonomis et Jacques Taurand. Et un hommage surtout à la fidélité en amitié, à travers cette anthologie revenant sur près de trente ans de poésie.

Son enfance, bercée par un imaginaire familial aux couleurs du Brésil et marquée par les récits de chevauchées dans la pampa, d’oiseaux multicolores et de tempêtes tropicales, l’a éveillé à la puissance du récit. “A vouloir faire des nœuds avec le vent/à boutonner le cœur avec la raison/le bonheur dans la cage prend sa voix de fausset“

Bien entendu, Jacques Taurand n’est pas le seul poète à être attiré par la lumière, “entre Hélios et Séléné“, ce n’est pas si fréquent de lire une anthologie personnelle autant traversée par les reflets “vous me rencontrerez/dans les reflets de l’eau sous les voûtes du soir“, les faux-jours, les miroirs, la lumière d’un “parc en février” à Florence. C’est toute la pertinence du choix de poèmes opéré par Christophe Dauphin. Et l’on se laisse aisément emmener quand Taurand cherche à “faire du poème un vaisseau de lumière“

La lumière/puisait son ardente révolte/à la source du futur/entre l’épaule et le cœur

Dans ses faux-jours Taurand place souvent un peu de nostalgie comme ce retour sur le début des trente glorieuses : “Il y avait des rires/sur les noirs décombres/La lumière retrouvée/libérait son froment“.

Lui qui reçut de Louis Guillaume ce conseil, qui vaut encore pour de nombreux apprentis poètes : travailler dans le sens du dépouillement, de la compacité, laisser tomber les vocables trop rares, les adjectifs inutiles et favoriser l’éclosion de l’image, de la métaphore analogique.

Le “descendant des descendants” de l’École de Rochefort rend un “simple hommage” à Cadou : “Toutes les rivières du printemps/bondissent dans tes yeux cet amour qui gonfle ta poitrine / tiendra la promesse d’un blé“

Ce recueil est suivi d’un entretien avec Jacques Simonomis où l’on en retiendra entre autres, cette citation de Louis Guillaume : “Un poème doit être un objet que l’on peut tenir dans la main sans qu’il dégouline ou s’évapore“.

Je partage aussi l’opinion de Jacques Taurand à propos de la critique de la poésie : “J’ai compris assez tôt que parler des autres, écrire sur leurs œuvres, c’était aussi faire vivre et comprendre la poésie. Et puis, c’est la meilleure façon de “sortir de soi”, d’oublier son “ego”, de découvrir d’autres paysages affectifs, d’autres géographies sentimentales…[…] Pour moi c’est aussi un devoir minimum envers la poésie.”

Jacques Taurand n’est pas resté étranger aux soucis de son époque, les guerres au Liban, au Kosovo. “Quelle parole de lumière/Fera taire les canons/L’espoir à bout de ba/porte les hiéroglyphes du sang“. Et  dans son poème Les longs convois, dédié “aux Kosovos passés, présents et à venir“, il écrit ce passage terrible de prémonition “Demain l’arbre/sur le charnier/portera les bourgeons/de l’indifférence“…

Denis Heudré (in recoursaupoeme.fr, 3 mars 2019).

*

Jacques Taurand n’a pas tout dit. Il aura fallu son départ vers l’ailleurs et la publication posthume de textes publiés et écrits entre 1980 et 2008, l’attentive compétence de Christophe Dauphin son préfacier. Ses proches : poètes, regards amis, artistes, partagent ses émotions. En tout premier lieu : Simone, l’inspiratrice, la muse. Jacques éprouve pour elle un sentiment amoureux qu’il décline en nombre de poèmes qui lui sont dédiés.

Cet ouvrage anthologique compte trente huit ans de poésie, d’écriture, de création. De plus, Jacques Taurand fut fraternel sa vie durant, et le présent volume le démontre en restituant l’image exacte de ce qu’il fut. Sa poésie est profondément humaniste.

Jacques Taurand fut un créateur, prenant les mots pour ce qu’ils ont d’incomparable. Le poète est un voleur de feu, nous el savons. En poésie, tout importe. L’aspect en particulier. En témoigne la couverture. Un détail du fameux tableau, La nuit étoilée (1889) de Van Gogh. Sous la plume de Jacques Taurand, cela devient, Les étoiles saignent bleu. Et cela est édité par Les Hommes sans Épaules.

Jacques Taurand utilise le détail essentiel qui lui permet de flirter avec l’infiniment petit et d’autre part le vaste univers. Tout est vibrations chez lui. Tout passionne le poète : la beauté de la pierre, le bistrot de banlieue, le solfège du vent. Tout est important dans cette poésie. Chaque titre en apporte la preuve. Le poète se réfugie « sous l’aile de feu » ou bien derrière un pan de « La Tour Saint-Jacques », celle qui brille et irradie. Les images sont fortes et porteuses d’une clarté sauvage que les mots domestiquent avec grâce.

Jean CHATARD (in revue Les Hommes sans Epaules n°47, 2019).



Lectures :

Christophe Dauphin introduit par une longue préface ce recueil de poèmes choisis et inédits qui couvre la période 1980 – 2008, soit jusqu’à la disparition du poète. Les premiers mots de Christophe Dauphin posent la stature du poète :

«  Dans sa vie comme dans son poème, ce qui revient au même, Jacques Taurand sait dire au-delà des mots, capter à la pointe du verbe ce qui relève précisément de l’indicible, le Grand Œuvre qui soudain se cristallise, respire et scintille, par la magie de l’image, dans le prisme de cette pépite de vie nommée poème. Concis, sensuel, fluide et spontané son vers est taillé dans le vif du vécu, dans les plus secrètes forêts de l’homme. »

 

Avatar

 

La barrière blanche

Les pommes qui roulent dans l’herbe

Les rires renversés

Font places sous le ciel croassant de l’hiver

Aux ailes vernies de l’écriture

 

Nous pouvons dire de Jacques Taurand qu’il est « né poète » même si des rencontres furent déterminantes dans sa vie d’auteur, comme Michel Manoll. Jacques Taurand rencontra Michel Manoll en 1980, figure de l’Ecole de Rochefort fondée en 1941, marquée par la liberté et des valeurs partagées d’amitié et de respect. Ce mouvement aura marqué la poésie de Jacques Taurand qui reconnaît la filiation, cependant la poésie de Jacques Taurand n’est pas écrite avec les mots et les styles des autres.

« L’art poétique de Jacques Taurand, confie Christophe Dauphin, s’est constitué entre ombre et lumière à mi-voix : Prendre dans les mots – quelques reflets épars – les unir – dans le poème ; il repose sur une méditation et un questionnement de la condition humaine, des éléments, de la désagrégation du temps, un monde à déchiffrer, avec lequel le poète entretient un rapport sans concession mais aussi sensuel : Comment toucher à la beauté sans faire l’amour avec la vie ? »

 

Les joyaux de la flamme

 

Au théâtre des cheminées

j’ai vécu des sabots d’étoiles

des chevaux de feu

 

J’ai pris ton corps

lente braise à durcir les mots

de chair pâle et d’oublis verts

 

Que de lèvres froissées

pour vivre libre

et vaquer aux quatre vents

 

Toi ma très ignorante

des passions dételées

dans la soute des rêves

inépuisable

 

Jacques Taurand sculpte les émotions. L’émotion est ici une matière à travailler. Il se nourrit non seulement de la vie mais aussi des écrits d’autres auteurs.  Son travail de critique fait partie du mouvement de création poétique.

« Nous devons à Jacques Taurand de nombreuses conférences, écrit Christophe Dauphin, ainsi qu’une somme importante de notes et de chroniques publiées dans différentes revues, la meilleure façon, d’après lui, de « sortir de soi et d’oublier son ego, de découvrir d’autres paysages affectifs, d’autres géographies sentimentales. C’est un enrichissement par la différence. Il faut savoir fuir ce fâcheux et fatal Moi-je-mon œuvre qui, hélas, caractérise tant de poètes incapables d’écrire trois lignes sur leurs confrères ! Des poètes qui se mordent la queue ou autre chose. »

 

Un passant va

 

Sous une robe de

lumière

les jambes écartées

des berges

Fluide toison où

se noient les désirs

Voyage muet de

la pierre

Rêve

couleur d’eau

 

Un passant va

Cherche

un autre ciel

au fronton de

novembre

dans le regard gris

d’une haute fenêtre

 

Quel sexe

le hante

Quelle humide présence

coule

entre ses doigts

 

Perspective de brume

Sous la cambrure

Des ponts

Un mi-jour se froisse

s’effeuille

 

Seule

au souvenir

se glace une main

sur la rambarde du temps

Rémi BOYER (in incoherism.wordpress.com, août 2018).

*

"Sous une couverture bouleversante, "La nuit étoilée" de Vincent Van Gogh, voici un livre racé qui donne à lire des poèmes d'une sensibilité dont Christophe Dauphin éclaire (grâce à une préface limpide) les bases de cette oeuvre majeure signée Jacques Taurand. L'ensemble de cette anthologie magnifiée par Dauphin se situe de 1980 à 2006 en incluant certains inédits. Le tout agrémenté de photographies de Thérèse Manoll, de René Guy Cadou, Hélène Cadou et, bien sûr "Simone", l'épouse de Jacques Taurand, celle qui l'accompagna jusqu'aux derniers instants. Au passage, on visionne des images sur lesquelles figurent Yvette et Jacques Simonomis, avec lesquels ils restèrent très liés.

A noter, en fin de volume, une dizaine de pages consacrées à un entretien de Jacques Simonomis avec Jacques Taurand. Le plus touchant de cette publication est sans aucun doute l'image de Notre-Dame que Jacques pouvait admirer depuis sa chambre d'hôpital.

La poésie de Jacques Taurand en grande partie dédiée à "Simone" sa chère épouse qui fit preuve de beaucoup de courage... Digne continuateur dans la poésie qui montre beaucoup de nos "églises" de nos "continents", Jacques Taurand rassemble avec discernement lyrique tous les courants en y incluant sa tendresse naturelle, ses propres émotions. Proche de la nature, il persiste et signe à l'Ecole de Rochefort et tout aussi au Surréalisme, tant d'autres escales poétiques. Toutefois, il nous conseille d'être attentif au pétale de la seconde. Poète, avant tout poète.

Sur plus de 250 pages que compte ce superbe ouvrage, une dizaine est consacrée à la présentation à la présentation de l'eouvre importante de Jacques Taurand sous l'aspect d'uen préface brillante de Christophe Dauphin. La fin du volume est conscarée à un entretien dirigé par Jacques Simonomis avec le talent que l'on sait.

La poésie de Jacques Taurand, elle, est un joyau que peu égalent. L'une des plus subtiles, qui méritent le bel hommage fait ici à ce livre: "Les étoiles saignent bleu". Pour le souvenir et pour le talent, il faut lire cette anthologie remarquable."

Jean CHATARD (in revue Comme en poésie n°76, décembre 2018).

*

Christophe Dauphin nous appelle à découvrir ou redécouvrir Jacques Taurand, poète, nouvelliste, critique, autodidacte français qui, après une vie littéraire un peu dans l’ombre malgré de nombreuses rencontres, s’est définitivement éteint en 2008. Et cette publication vient justement (au sens où ce n’est que justice) remettre un peu en lumière cet auteur non dénué de talents. Ce recueil est un hommage à l’amitié, en particulier à celle entre Christophe Dauphin, Jacques Simonomis et Jacques Taurand. Et un hommage surtout à la fidélité en amitié, à travers cette anthologie revenant sur près de trente ans de poésie.

Son enfance, bercée par un imaginaire familial aux couleurs du Brésil et marquée par les récits de chevauchées dans la pampa, d’oiseaux multicolores et de tempêtes tropicales, l’a éveillé à la puissance du récit. “A vouloir faire des nœuds avec le vent/à boutonner le cœur avec la raison/le bonheur dans la cage prend sa voix de fausset“

Bien entendu, Jacques Taurand n’est pas le seul poète à être attiré par la lumière, “entre Hélios et Séléné“, ce n’est pas si fréquent de lire une anthologie personnelle autant traversée par les reflets “vous me rencontrerez/dans les reflets de l’eau sous les voûtes du soir“, les faux-jours, les miroirs, la lumière d’un “parc en février” à Florence. C’est toute la pertinence du choix de poèmes opéré par Christophe Dauphin. Et l’on se laisse aisément emmener quand Taurand cherche à “faire du poème un vaisseau de lumière“

La lumière/puisait son ardente révolte/à la source du futur/entre l’épaule et le cœur

Dans ses faux-jours Taurand place souvent un peu de nostalgie comme ce retour sur le début des trente glorieuses : “Il y avait des rires/sur les noirs décombres/La lumière retrouvée/libérait son froment“.

Lui qui reçut de Louis Guillaume ce conseil, qui vaut encore pour de nombreux apprentis poètes : travailler dans le sens du dépouillement, de la compacité, laisser tomber les vocables trop rares, les adjectifs inutiles et favoriser l’éclosion de l’image, de la métaphore analogique.

Le “descendant des descendants” de l’École de Rochefort rend un “simple hommage” à Cadou : “Toutes les rivières du printemps/bondissent dans tes yeux cet amour qui gonfle ta poitrine / tiendra la promesse d’un blé“

Ce recueil est suivi d’un entretien avec Jacques Simonomis où l’on en retiendra entre autres, cette citation de Louis Guillaume : “Un poème doit être un objet que l’on peut tenir dans la main sans qu’il dégouline ou s’évapore“.

Je partage aussi l’opinion de Jacques Taurand à propos de la critique de la poésie : “J’ai compris assez tôt que parler des autres, écrire sur leurs œuvres, c’était aussi faire vivre et comprendre la poésie. Et puis, c’est la meilleure façon de “sortir de soi”, d’oublier son “ego”, de découvrir d’autres paysages affectifs, d’autres géographies sentimentales…[…] Pour moi c’est aussi un devoir minimum envers la poésie.”

Jacques Taurand n’est pas resté étranger aux soucis de son époque, les guerres au Liban, au Kosovo. “Quelle parole de lumière/Fera taire les canons/L’espoir à bout de ba/porte les hiéroglyphes du sang“. Et  dans son poème Les longs convois, dédié “aux Kosovos passés, présents et à venir“, il écrit ce passage terrible de prémonition “Demain l’arbre/sur le charnier/portera les bourgeons/de l’indifférence“…

Denis Heudré (in recoursaupoeme.fr, 3 mars 2019).

*

Jacques Taurand n’a pas tout dit. Il aura fallu son départ vers l’ailleurs et la publication posthume de textes publiés et écrits entre 1980 et 2008, l’attentive compétence de Christophe Dauphin son préfacier. Ses proches : poètes, regards amis, artistes, partagent ses émotions. En tout premier lieu : Simone, l’inspiratrice, la muse. Jacques éprouve pour elle un sentiment amoureux qu’il décline en nombre de poèmes qui lui sont dédiés.

Cet ouvrage anthologique compte trente huit ans de poésie, d’écriture, de création. De plus, Jacques Taurand fut fraternel sa vie durant, et le présent volume le démontre en restituant l’image exacte de ce qu’il fut. Sa poésie est profondément humaniste.

Jacques Taurand fut un créateur, prenant les mots pour ce qu’ils ont d’incomparable. Le poète est un voleur de feu, nous el savons. En poésie, tout importe. L’aspect en particulier. En témoigne la couverture. Un détail du fameux tableau, La nuit étoilée (1889) de Van Gogh. Sous la plume de Jacques Taurand, cela devient, Les étoiles saignent bleu. Et cela est édité par Les Hommes sans Épaules.

Jacques Taurand utilise le détail essentiel qui lui permet de flirter avec l’infiniment petit et d’autre part le vaste univers. Tout est vibrations chez lui. Tout passionne le poète : la beauté de la pierre, le bistrot de banlieue, le solfège du vent. Tout est important dans cette poésie. Chaque titre en apporte la preuve. Le poète se réfugie « sous l’aile de feu » ou bien derrière un pan de « La Tour Saint-Jacques », celle qui brille et irradie. Les images sont fortes et porteuses d’une clarté sauvage que les mots domestiquent avec grâce.

Jean CHATARD (in revue Les Hommes sans Epaules n°47, 2019).




Lectures :

"Le tapuscrit de ce journal fut retrouvé très récemment, en 2016, dans les archives de Sașa Pană, directeur de la revue Unu, proche d’Ilarie Voronca (1903 – 1946) et figure centrale de l’avant-garde roumaine. En 1946, Ilarie Voronca s’est donné la mort. Le journal permet de mieux comprendre ce qui l’aura conduit à ce geste puisqu’il rend compte de l’année 1946. Il faut noter que Voronca est l’un des rares roumains exilés à Paris qui reviendra régulièrement en Roumanie, amplifiant sans doute, par ses retours, de terribles déchirures. Nous découvrons dans ces pages la puissance de ses angoisses et de ses tendances suicidaires. L’errance de Voronca, territoriale et spirituelle, malgré le recours permanent à la poésie comme seule axialité, n’a pas été contenue par les amitiés de Brauner, Tzara et autres. Le talent et l’amour ne suffisent pas toujours à compenser l’arrachement.

« C’était la femme d’avant la séparation que je cherchais. La femme de maintenant m’offrait les rides de son visage comme celles de son âme mais moi, je m’obstinais à ne pas les voir. J’aurais voulu l’emporter hors de la pièce, telle qu’elle était et m’enfuir avec elle vers le rivage de la mer d’où un bateau devait me reconduire vers le pays où j’avais organisé ma vie. J’avais décidé d’emprunter la voie maritime parce que les routes terrestres étaient exposées à trop de fatigues et de périls. Mais la femme et les amis et les parents qui l’entouraient ne l’entendaient pas ainsi. Il fallait emporter une partie de ce qui avait constitué sa vie pendant les années de la séparation. Remplir des coffres et des valises avec les choses matérielles de sa vie. (…) Embarqués à Constantza, nous n’avons quitté le bord qu’après trois jours de mouillage. J’étais encore dans l’extase de l’incroyable réunion et la femme réelle avait encore tous les aspects de la femme de ma mémoire ! Ce n’est que le sixième jour, pendant une longue escale dans le port bulgare de Varna que les premiers symptômes d’une vie qui m’était inconnue, se manifestèrent. »

La lecture de ce journal démontrera une fois de plus que la poésie demeure bien supérieure à la psychologie dans la connaissance des méandres de la psyché.

La deuxième partie du livre rassemble divers témoignages de Tristan Tzara, Stéphane Lupasco, Georges Ribemont-Dessaignes, Jean Cassou, Jean Follain, Claude Sernet, Eugène Ionesco, Yves Martin, Alain Simon, Guy Chambelland.

Ecoutons Yves Martin :

« Relire Ilarie Voronca, non pas dans le douillet, le silence d’un appartement, mais dans les lieux où il a dû être tellement perdu, les lieux qui l’ont usé, broyé après bien d’autres, Voronca, tu marches, c’est toi dans ce coin de métro, c’est toi qui regardes les draps de la Mort que chaque matin étend derrière l’hôpital Lariboisière. Tu te demandes si parfois il y a des survivants. Tu es de toutes les rues de la capitale, celle qu’un peu de soleil fait bouger comme une ville du Midi, celles qui glissent insidieusement comme Jack L’Eventreur. C’est toi qui es sa victime. Toujours toi. Tu ne vis pas le danger. A force de rêver d’indivisibilité pour être mieux présent dans chaque homme, dans chaque objet, tu te crois réellement invisible… »

La troisième partie rassemble l’intégralité de l’oeuvre poétique d’Ilarie Voronca sous le titre Beauté de ce monde.

 

          Extrait de L’âme et le corps :

 

« Comme un débardeur qui d’un coup d’épaule

Est prêt à se décharger de son fardeau

Ainsi mon âme tu te tiens prête

A rejeter le corps sous lequel tu te courbes.

 

Est-ce pour quelqu’un d’autres

Pour un fossoyeur ou pour un prince

Que tu portes cette chair un instant vivante

Dont tu es étrangère et qui te fait souffrir ?

 

Ah ! Peut-être que celui qui t’a confié mon corps

A oublié de te montrer les routes ensoleillées

Et pour me conduire du néant de ma naissance à celui de ma mort

Tu t’égares entre les marais et les ronces.

 

Réjouissons-nous, mon âme, il y a par ici une ville

Où les femmes sont comme des fenêtres.

On reconnaît leurs sourires dans les vitraux des cathédrales

Leurs voix sont les parcs, les fils de la Vierge.

… »

 Lisons et relisons Ilarie Voronca plutôt que le prix Apollinaire 2018, accordé lamentablement au médiocre Ronces de Cécile Coulon.

Rémi BOYER (in incoherism.worpress.com).

*

"Ilarie Voronca, s’étant suicidé, son Journal est resté inédit durant de longues années (de son suicide en 1946 jusqu’à nos jours) puisque sa femme Colomba le confia à Sasa Pana de l’avant-garde roumaine. On ne redécouvrit ce manuscrit qu’en 2016 et la publication en français est un événement « qui éclaire d’un jour nouveau la dernière année de vie d’Ilarie Voronca ». La traduction est de Petre Raileanu et l’édition française est assurée par ce dernier et Christophe Dauphin, le directeur des Hommes sans Epaules Editions. Las, ce livre est placé sous le signe des progrès du modernisme qui ne nous a apporté que les méfaits liés aux affaires, à l’industrialisation forcenée et à l’affairisme qui remplace la poésie. Certes, certains progrès sont bons à prendre mais c’est au prix de certains autres comme la poésie ou l’art qui est remplacé par les marchands (il n’est pas étonnant que Jeff Koons soit un ancien courtier de matières premières à la Bourse de Wall-Street !). Heureusement Petre Raileanu, parlant des premiers recueils de poèmes d’Ilarie Voronca édités en France, écrit : « … la capacité d’élever au rang de miracles les joies simples et même les contraintes de la vie » (p 11). Mais je m’éloigne du Journal d’llarie Voronca. Après une préface de Petre Raileanu et des repères chronologiques de Christophe Dauphin, le Journal peut commencer.

LE JOURNAL.

Christophe Dauphin souligne que Voronca part en Roumanie dès janvier 1946 où il retrouvera Rovena « qu’il n’a pas revue depuis 1939 » (p 44). Le Journal commence par l’embarquement sur le navire, la femme aimée est idéalisée « ce n’est pas la femme réelle, qui était devant moi, que j’ai embrassée, mais celle que durant six années j’ai portée dans mon esprit » (p 51). « Mais éveillé peu à peu de ma griserie, ce fut dans le port de Varna que je constatai la disparition de ce regard. Il y avait en lui moins d’affection, moins d’indulgence ; dans les gestes, une impatience, une vague tristesse qui recouvrait les yeux adorés d’où jaillissait autrefois, à ma seule approche, la flamme de la joie et du bonheur. » (p 52). « Le bonheur que j’avais échafaudé pendant six ans s’ébranlait » (p 58) On pourrait multiplier les citations ! « Quel genre de femme était cette Roneva après laquelle j’avais si longtemps langui (p 60) ? Ilarie Voronca est bien obligé de se l’avouer : avec lui sa soif d’inconnu jamais ne s’assouvirait ; l’amour fou n’est pas partagé ! Ilarie Voronca s’est suicidé pour échapper à « l’immense miroir de (sa) propre solitude » (p 64). Ce Journal n’évite pas les comparaisons, il est écrit dans une langue lyrique. Rovena est irascible (p 69), l’amour de Voronca pour Rovena est raté (p 70) ; dès lors ce Journal prend l’allure d’un ratage. Trahison de celle pour qui il avait quitté son épouse : « Pour la suivre vous avez quitté votre épouse. Pendant une longue séparation due à la guerre cette femme a entretenu par ses lettres la chaleur de votre passion. Vous avez fait de cette femme votre raison de vivre. Et voici que soudain cette femme vous traite avec mépris et même avec haine. Elle vous chasse, vous humilie… » (p 80). Après un essai qui est un échec, Ilarie Voronca finit par réussir son suicide le 4 avril 1946 à Paris, dans son appartement. Christophe Dauphin reprend ce Journal pour lui apporter une triste conclusion. Un poète n’écrira plus, un « homme bon, généreux, fraternel », comme le dit Denys-Paul Bouloc, (p 102) nous a quittés…

Suivent alors des témoignages d’époque sur Ilarie Voronca dus à ses pairs, des poèmes regroupés sous le titre de « Beauté de ce monde », une postface et une bibliographie de Christophe Dauphin…

Regroupés sous le titre « Retouches pour un portrait d’Ilarie Voronca » treize poètes (et non des moindres) donnent leurs points de vue sur l’auteur de « Poèmes parmi les hommes », suivis d’un poème intégraliste (en prose) de Christophe Dauphin (extrait d’Un fanal pour le vivant qui fut publié en 2015). A noter que ce choix de Retouches commence par celle de Geo Bogza, traduite par Petre Raileanu et que le plus grand nombre provient de la revue Le Pont de l’Epée…

BEAUTE DE CE MONDE.

Il y a comme un écho dans le poème liminaire de Beauté de ce monde de la rencontre avec Rovena en 1937 entre celle-ci et Voronca qui provoquera la séparation d’avec la femme de ce dernier, Colomba, l’année suivante. A noter que le suspens souffre quelque peu de la place du Journal dès le début du livre ; mais ce n’est qu’un reproche mineur !

Les poèmes, au surréalisme tempéré, sont relativement longs ; ce qui domine, c’est l’amour pour les proches, pour les humbles, pour le monde… Le poème, Les maisons et les hommes, n’est pas sans rappeler les Bâtisseurs de Fernand Léger. Ilarie Voronca est un optimiste. Ses poèmes en témoignent : ils encouragent les travailleurs les plus humbles à la patience. Un texte intitulé Préparez-vous au bonheur le dit parfaitement : « Préparez-vous à aller vers le monde / Où tout est grâce et beauté et joie » (p 163). Le Vous est remplacé par le Nous : Voronca rejoint la cohorte des travailleurs (pp 166-167). Mais l’optimisme est de trop : car les exploiteurs en profitent. Cependant on ne peut demander à un optimiste-né de se renier et de se transformer en pessimiste. Mais ce pessimisme est occasionnel (pp 168-169), l’espoir revient toujours. Ilarie Voronca est optimiste finalement. Ilarie Voronca dans Les Témoins fait preuve d’un retour à l’inquiétude, au pessimisme… Ses poèmes se font l’écho des incertitudes humaines comme la nature qui est chassée des villes ; mais le « merveilleux lendemain » n’est jamais bien loin, pourvu que l’homme s’en donne la peine en vivant au plus près de la nature : certes le chemin ne semble pas être pris ! L’homme balance entre optimisme et pessimisme, mais c’est l’avenir qui l’emporte. Cette opposition est symbolisée par la dichotomie prose / vers et renforcée par l’utilisation du caractère italique dans les pavés de prose et du romain dans les vers. La séparation forcée d’avec Rovena continue de hanter Ilarie Voronca (193) ainsi que les nombreuses allusions à la femme qui, parfois, se confond avec l’absente. Mais cela n’empêche pas Voronca d’écrire un poème sobrement intitulé Août 1942 ( p 288) qui montre qu’un poète vaut bien un résistant qui combat les armes à la main : les vers sont une arme parmi d’autres, Aragon l’a bien prouvé…

Le livre est utile pour mieux connaître (ou découvrir) un poète majeur du XXème siècle. Une bibliographie, complète à l’heure où ces lignes sont écrites (car sait-on jamais…), clôt cet ouvrage.

Lucien WASSELIN (in lafauteadiderot.net).

*

Réunit le journal tenu par le poète en 1946, l'année de son suicide dont il permet d'éclairer certaines zones d'ombre, quelques témoignages et études (Tristan Tzara, Stéphane Lupasco, Jean Cassou, Jean Follain, Guy Chambelland...), ainsi que l'intégralité de ses poèmes écrits entre 1940 et 1946.

Electre, Livres Hebdo.

*

Les Hommes sans Épaules éditions publie régulièrement des anthologies. Des volumes généreux, à la couverture blanche, et des mines de diamants taillés par Christophe Dauphin. Il édifie le parcours d’un auteur à travers les œuvres convoquées, dont les étapes sont motivées par ses choix éditoriaux. Ceux-ci sont expliqués dans une préface et une postface, dont il est l’auteur, ou bien qui sont signées par un de ses nombreux  collaborateurs. 

Et enfin un volume qui convoque un poète rare : Ilarie Volonca, présenté dans une édition établie par Pierre Raileanu et Christophe Dauphin. Un Journal inédit et une anthologie de ses textes, Beauté de ce monde, qui offre un panel de poèmes classés par ordre chronologique, de 1940 à 1946. Là encore un paratexte riche et qui propose des éléments pour situer l’homme et l’œuvre. Poète français et roumain, cette figure-phare de la littérature de l’Est participe dans son pays de naissance à l’édification d’une avant-garde qui favorise l’émergence d’une modernité littéraire roumaine. Il fonde avec Victor Brauner la célèbre revue 75 HP qui perdure de nos jours.

Ces anthologies sont donc des volumes précieux, qui plongent le lecteur dans l’univers d’un auteur, pas uniquement grâce à ses productions artistiques. Elles entrouvrent la porte d’une intimité qui n’est qu’esquissée par les liens effectués entre les éléments biographiques purement factuels et une mise en situation historique. Le plus souvent engagés dans une démarche critique, les poètes dont il est question offrent matière à ce que le lecteur prenne connaissance de leur apport dans l’avancée d’une littérature qui peine à s’engager sur de nouvelles voies en ce début de siècle. Et que leur nom soit peu ou pas connu, il n’en demeure pas moins que Christophe Dauphin et Henri Rode savent où s’écrit la Poésie, de celle qui ne se taira pas.

Carole MESROBIAN (in recoursaupoeme.fr).

*

Comment échapper à la fascination qu’exerce une œuvre poétique lorsque l’on sait par avance que l’on en sera la victime consentante ? Poète de deux langues, le roumain et le français, Voronca en est le parfait exemple lui qui se suicida en 1946 à l’âge de 42 ans. Sur la corde raide de la recherche d’identité, la fragilité et le doute le tenaillaient en permanence et ravageaient sa conscience.


Son « Journal inédit » enfin édité se lit comme un complément à cette œuvre poétique traversée par des éclairs d’espoir et de désespoir. On ne remerciera jamais assez Christophe Dauphin d’avoir regroupé en cet épais ouvrage ces deux volets complémentaires. Les poèmes sont regroupés sous le titre de l’un des poèmes emblématiques de Voronca : La beauté de ce monde. Certains de ces textes semblent prophétiques dans une dimension lyrique et visionnaire qui n’avait pas été entrevue lors de leur parution malgré l’attention et le dévouement des poètes résistants dans les années sombres de la deuxième guerre mondiale : les Ruthénois Jean Digot et Denys-Paul Bouloc ou, par la suite, les éditeurs posthumes que furent Guy Chambelland et Jean Le Mauve.


On lira aussi avec une attention particulière les contributions d’une quinzaine d’auteurs choisis pour évoquer les multiples facettes d’IlarieVoronca. Exégètes dévoués et compétents, Petre Raileanu et Christophe Dauphin ont réuni leur parfaite connaissance de cette œuvre majeure pour proposer un livre qui fera date.

Georges CATHALO (in revue-texture.fr).

*

Heureux de ce livre. Le Journal Inédit de Ilarie Voronca. Né en Roumanie, parti en France dans les années 30, ce grand poète fut l'ami de Brauner, Chagall ou Ionesco. Engagé dans la Résistance, il se suicide en 1946, peu de temps après avoir écrit "Le manuel du parfait bonheur".

Luca Niculescu, Ambassadeur de Roumanie en france, 4 juillet 2020.




Page : <1 2  3 4 5 6 7 8 9  ... 14 15 >