Les Hommes sans Épaules


Dossier : MARC PATIN et le surréalisme

Numéro épuisé
Numéro 17
194 pages
Deuxième semestre 2004

Sommaire du numéro



Editorial : "Le poète a abattu les quatre murs de sa maison", par Christophe DAUPHIN

Hommage à deux Porteurs de Feu : Henri Rode (1917-2004) et Jean ROUSSELOT (1913-2004), par Christophe DAUPHIN, Poèmes de Jean ROUSSELOT, Poèmes de Henri RODE

Les Porteurs de feu : Poèmes de Francesca Yvonne CAROUTCH, Alain JOUFFROY

Ainsi furent les Wah, surréalistes : Poèmes de Sarane ALEXANDRIAN, Jacques BARON, Georges HENEIN, Jacques KOBER, Jean-Dominique REY, Joyce MANSOUR, Jean-Louis BÉDOUIN

Dossier : MARC PATIN et le surréalisme, par Christophe Dauphin. Poèmes et textes de Marc PATIN, Jean HOYAUX, Jeannine FOURNIER, Tristan TZARA, Camille BRYEN, Georges HERMENT, Jean REMAUDIÈRE, Paul ELUARD, J.-V. MANUEL, Jean-François CHABRUN, Noël ARNAUD, Christian DOTREMONT, Maurice BLANCHARD, Georges HUGNET, Léo MALET, ZELMAN Annette JAUSION Jean

Dans les cheveux d'Aoûn : Proses de André BRETON, Sarane ALEXANDRIAN

Le Poème du Merveilleux : "Poème à Louise Lagrange", par Hervé DELABARRE

Avec la moelle des arbres : Notes de lecture de Karel HADEK, Jacques TAURAND, Paul FARELLIER, Claire BOITEL

Souvenirs et portraits : Yves Martin, Guy Chambelland, Jean Follain, par Jean BRETON, avec des textes de Yves MARTIN, Guy CHAMBELLAND, Jean FOLLAIN

Le poète-surprise : Javotte MARTIN

Illustrations de Marc PATIN

Présentation

LE POETE A VENIR

            (Extrait)

            "... Un mouvement fondé sur les valeurs que la jeunesse se transmet de génération en génération – l’enthousiasme, la révolte, le besoin d’être émerveillé, l’amour, le rêve – est destiné à survivre à la mort de ses fondateurs et à la dissolution de son égrégore. Mais on doit bien considérer que le surréalisme, ayant déjà eu une évolution en trois temps, ne peut réapparaître parmi nous que sous une forme différente. Il y a dans le surréalisme une part de vieillerie poétique qu’il faut avoir le courage de sacrifier si on veut lui conserver son rayonnement éternel. Ce ne sont pas de mauvais pastiches et ses préoccupations politiques de 1930, ou ésotériques de 1947, qui lui assureront la survie, mais l’application de son esprit lyrique aux problèmes modernes. Les jeunes auteurs d’avant-garde se définissent justement parce qu’ils prennent et rejettent de lui, les uns tentant d’amplifier ce que fut l’activité Dada, les autres inversant la hiérarchie, préférant Artaud ou Mabille à Breton. De toute façon, l’histoire du rêve n’a pas fini de défrayer la chronique de l’art et de la poésie. Quand on constate que les deux plus puissants mouvements créateurs des temps modernes, le romantisme et le surréalisme, ont été aussi novateur parce qu’ils ont magnifié la fonction onirique, on est certain que tout mouvement futur qui voudra égaler ceux-là devra se donner pour tâche d’aller plus loin en ce domaine. Il reste une masse de problèmes qui ne sont pas résolus, d’autres que l’on entrevoit seulement maintenant ; Breton pensait que l’on ne saisirait le rêve dans son intégrité qu’après une étude s’étendant sur plusieurs générations, demandant une éducation de la mémoire et un examen méthodique permanent.

            Le surréalisme a fait la guerre à la littérature, mais force est de reconnaître que divers surréalistes ont été sur le tard, de parfaits stylistes. Même Breton s’est fait photographier, à la fin de sa vie, auprès de la statue de Chateaubriand. Il y a donc quelque abus et quelque mauvaise foi à maintenir cette exigence, comme si de rien n’était. Ce n’est pas la littérature dans son ensemble qui est à incriminer, mais le détestable usage qu’en font certains fabricants de textes. Guerre à la littérature œdipienne ! Se sera nécessairement un des mots d’ordre de l’écrivain futur.. "

Sarane ALEXANDRIAN

(Extrait de Le Poète de l'avenir, in Les Hommes sans Epaules n°17/18, 2004).



MARC PATIN ET LE SURREALISME

"... Marc Patin (1919-1944), le « Rimbaud du surréalisme », ainsi que l’a surnommé Sarane Alexandrian, est un grand poète surréaliste de l’amour, et non un poète qui ne devrait l’attention qu’au sort tragique qui fut le sien, dans une époque qui ne l’était pas moins. C’est un grand poète surréaliste de l’amour, qui sort enfin du purgatoire. Un poète dont les mots sculptent l’homme futur dont nous rêvons, mûrissent le meilleur de l’être certes, mais dans la fêlure du vivre. Après avoir crevé l’horizon qui l’enlace, la poésie de Marc a comblé l’espace, mer onirique qui nous appelle aux portes de la ville. Marc Patin, ce météore aux yeux d’homme, je le rencontre dans les rues sans noms du hasard. Je le rencontre comme on rencontre un frère qui a trop dormi ; qui a dormi sans nom depuis déjà trop longtemps. Je touche ses os et je connais déjà la forme de son front. A ses côtés, la Femme magique voyage avec la pluie et le beau temps. La femme magique brûle dans l’huile de la vie, et je l’aime déjà du plus profond de mes rêves... "

Christophe DAUPHIN

(Extrait de la présentation du dossier, "Marc Patin et le surréalisme", in Les Hommes sans Epaules n°17/18, 2004).

 

DORMIR (I)



Au bout de la solitude

Une roue de pierre

Moud la nuit noire comme une bague

Au bout de la solitude

Accablées de perles lentes

Des mains mourantes courent sous la cendre

Au bout de la solitude

Une ombre attend son ombre

La jeune morte en robe de proie

Au bout de la solitude

Entre deux murs noirs

Se tient un rendez-vous de miroirs

Au bout de la solitude

Dans un regard ganté

Une femme cerne une lampe décédée

Au bout de la solitude

Sur un vieux prisonnier

Le château hanté referme ses murs.

                                   4 septembre 1941



Marc PATIN

(in Les Hommes sans Epaules n°17/18, 2004).



Revue de presse

2004 - À propos du numéro 17/18

     « Les HSE  n°17/18. Un gros dossier consacré à Marc Patin (1919-1944), poète surréaliste mort en déportation, membre du groupe La Main à plume (dont le plus célèbre représentant reste Maurice Blanchard), et que Christophe Dauphin s’est attelé à faire découvrir, voire à réhabiliter… Le surréalisme d’hier et d’aujourd’hui est à l’honneur, avec des textes d’Alain Jouffroy, Jacques Kober, Jean-Louis Bédouin ou Sarane Alexandrian (qui fut secrétaire général du mouvement en 1948). Le souvenir est là aussi, par la voix de Jean Breton qui évoque Chambelland, Yves Martin et Jean Follain. 192 pages bien pleines. »
    Jacques Fournier (Ici è là n°2, mars 2005).

    « La revue les HSE n°17/18, rend d’abord hommage à Henri Rode et à Jean Rousselot qui nous ont quittés il y a peu – « Deux aînés, deux amis proches et deux sentinelles majeures de notre temps », pour reprendre les mots de Christophe Dauphin – nous les faisons nôtres. Dans son édito, le même Christophe Dauphin donne un coup de chapeau au surréalisme, qu’aucun mouvement n’a jusqu’ici dépassé ! Sans doute est-ce pour cela qu’il fut combattu « par toutes les forces de l’hypocrisie et du mensonge », d’un côté le totalitarisme stalinien, de l’autre, une bourgeoisie lorgnant vers le fascisme… Le dossier central est consacré à Marc Patin et au surréalisme. Mort en Allemagne en 1944, à peine âge de vingt-quatre ans, Marc Patin laisse une œuvre, abondante, restée inédite, qu’Eluard salua en son temps. »
    Jean Orizet (Poésie 1/Vagabondages n°40, décembre 2004).

    « Les HSE 17/18. Une forte livraison consacrée en majeure partie autour du surréalisme, disons plus récent, à Marc Patin, que Guy Chambelland redécouvrit en 1990. Après un hommage rendu à deux grands poètes disparus en 2004 : Jean Rousselot et Henri Rode dont les poèmes assez véhéments donnent envie de relire l’œuvre. Des surréalistes de l’après 69 suivent… Ensuite le dossier principal : Marc Patin et le surréalisme, brillamment établi par Christophe Dauphin. On suit le parcours de ce poète au destin brutal… La dernière partie propose un recueil inédit de Marc Patin : Les vivants sont dehors, avec de beaux poèmes d’évidence amoureuse. Pour suivre, une lettre d’André Breton sur Xavier Forneret, un témoignage inédit de Sarane Alexandrian, décidément figure maîtresse du surréalisme actuel. Une expérience de hasard objectif avec Hervé Delabarre. Et des souvenirs de Jean Breton sur Guy Chambelland, Yves Martin et Jean Follain, avec un ton vif et plaisant, pour clore ce très gros n° (198 pages !), riche et intéressant. Allez une dernière citation de Marc Patin pour la route : Derrière l’arbre il y a l’ombre de l’arbre – Et l’ombre de l’arbre est – De la couleur de la forêt. »
    Jacques Morin     (Décharge n°124, décembre 2004).

    « Il est des revues de poésie qui assurent à la littérature et à son histoire, une continuité, en développant un travail de mémoire remarquable. Fondée en 1953, en Avignon, Les Hommes sans Épaules, cahiers littéraires semestriels, vivent aujourd’hui leur troisième mouture, à Paris. Dirigée par Jean Breton, elle consacre ce numéro n°17/18 au surréalisme qui, comme l’écrit Christophe Dauphin, constitue toujours « une clé capable d’ouvrir indéfiniment cette boîte à multiple fond qui s’appelle l’homme. » Sont présentés les poèmes d’acteurs connus et méconnus des deux générations de l’aventure surréaliste, ainsi que de leurs héritiers, Alain Jouffroy, Francesca-Yvonne Caroutch, Jacques Baron, Joyce Mansour, Jean-Louis Bédouin… Le dossier central met en lumière l’œuvre trop brève de Marc Patin (1919-1944), poète de l’amour et du merveilleux qui poursuivit l’activité surréaliste sous l’Occupation avec le groupe des Poètes de la Main à Plume, dans lesquels figuraient Eluard, Dotremont, Malet… Un mémorial au didactisme magnétique et brillant. »
    Dominique Aussenac (Le Matricule des anges n°62, avril 2005).

    « Les Hommes sans Épaules rendent hommage, dans leur n°17/18, à deux Porteurs de feu disparus en 2004 – Henri Rode et Jean Rousselot – et consacrent un fort dossier au surréalisme aujourd’hui et à Marc Patin… Comme quoi, nous ne sommes pas les seuls à affirmer que le surréalisme est toujours d’actualité ! »
    Francis Chenot
    (L’Arbre à paroles n°127, février 2005).