Les Hommes sans Épaules


Dossier : La parole est toujours à Benjamin PÉRET

Numéro 41
330 pages
02/03/2016
17.00 €

Sommaire du numéro



Editorial : "Le Passager du Transatlantique", par Christophe DAUPHIN

Les Porteurs de Feu : Marc PATIN, par Christophe DAUPHIN, Jean-Clarence LAMBERT, par César BIRÈNE, Poèmes de Marc PATIN, Jean-Clarence LAMBERT

Ainsi furent les Wah: Poèmes de Philip LAMANTIA, Hervé DELABARRE, Guy CABANEL, Jean-Dominique REY, Emmanuelle LE CAM, Ivan de MONBRISON, Gabriel ZIMMERMANN

Dossier : La parole est toujours à Benjamin PÉRET, par Christophe DAUPHIN, avec des textes de Jean-Clarence LAMBERT, Poèmes de Benjamin PERET

Une voix, une oeuvre : Annie LE BRUN, par Karel HADEK, Poèmes de Annie LE BRUN

Portraits éclairs : Lionel RAY, par Monique W. LABIDOIRE, Fabrice MAZE, par Odile COHEN-ABBAS

Dans les cheveux d'Aoûn, proses de : Jean-Pierre GUILLON, Fabrice PASCAUD

La mémoire, la poésie : Jehan MAYOUX, par César BIRÈNE, Alice MAYOUX, Poèmes de Jehan MAYOUX

Les pages des Hommes sans Epaules : Poèmes de Paul FARELLIER, Alain BRETON, Christophe DAUPHIN, Gisèle PRASSINOS

Avec la moelle des arbres: Notes de lecture de Nicole HARDOUIN, Paul FARELLIER, Jean CHATARD, Christophe DAUPHIN, Béatrice MARCHAL

Infos/Echos des HSE : par Claude ARGÈS, avec des textes de Alain JOUBERT, Jacques LACARRIERE, Jean-Pierre GUILLON, Abdellatif LAABI, Jean ROUSSELOT, Christophe DAUPHIN, Roger KOWALSKI, Jacques SIMONOMIS, Alain JOUFFROY, Lemmy KILMISTER

Les inédits des HSE: "Poèmes", par Ashraf FAYAD, avec des textes de Christophe DAUPHIN, Abdellatif LAABI

Présentation

LE PASSAGER DU TRANSATLANTIQUE

Éditorial (extrait)

 par

Christophe DAUPHIN

Les poètes ont toujours été et sont toujours de ce monde, mais ils sont rares, ceux qui, de la trempe de Benjamin Péret, demeurent toujours et définitivement à l’avant-garde du Feu poétique. Et pourtant, si le Passager du Transatlantique n’a jamais cessé d’être à flot, ce fut trop souvent sur un océan d’ombre, que n’emprunte qu’une minorité, certes, mais active et éclairée. Ce constat a motivé l’écriture du dossier central de ce numéro des HSE. Avec Péret, nous ne sommes jamais dans l’histoire de la littérature, tellement ce poète est actuel - et surtout en ces temps d’assassins et du médiocre dans lesquels nous vivons  -, mais dans la vie. Comment alors expliquer l’audience confidentielle de son œuvre ? De nombreuses personnes, d’horizons forts divers, se sont interrogées et même insurgées contre cet état de fait.

Ainsi, par exemple, Robert Sabatier : « Mais qu’a-t-on contre Péret ? Il semble qu’il gène parce qu’il ne peut pas être situé, parce qu’il échappe aux lunettes et aux balances. On l’évite, on le contourne, on l’écarte. Qu’il soit permis de lui préférer tel ou tel autre surréaliste se conçoit, mais on ne peut oublier qu’il représente quelque chose de tout à fait particulier dans le domaine poétique et humain. Nous nous sommes aussi demandé si les esprits les plus apparemment libres n’ont pas été secrètement choqués par les colères, les blasphèmes de cet antibourgeois, antimilitaristes, anticlérical, par cet ultra, cet irrédentiste, ce véhément qui s’en prit comme nul n’avait osé le faire aux valeurs historiques, Jeanne d’Arc, Louis XVI, Napoléon, comme à se contemporains… » 

Cette distance par rapport à Péret, s’explique aussi en partie par le fait que, selon son éthique et son tempérament, il n’ rien entrepris de son vivant, pour promouvoir tant son œuvre que son image. N’avait-il pas écrit, en 1929 : « Le surréalisme est une tentative purement désintéressée. Aucun des surréalistes n’écrit pour le public – c'est à dire en vue du succès – par conséquent ils ne cherchent ni à lui plaire ni à lui déplaire. Ils ne font aucune concession d'aucune sorte au goût du public. En cela ils sont contre la commercialisation de l’esprit. » À Sarane Alexandrian d’ajouter : « Quand on considère ce que sont devenus dans leur vieillesse tant de matamores qui entrèrent dans les lettres le défi aux lèvres, le regard hautain, on s’incline bien bas devant Péret. Il n’a pas un instant fait de concessions pour s’attirer les honneurs que méritait son génie. Pauvre, vivotant de son métier de correcteur, il a gardé jusqu’au bout la vertu réfractaire de sa jeunesse. On le retrouve à soixante ans ni décoré, ni lauréat d’un prix… Libre comme le rossignol, mélodieux comme lui, menacé comme lui par la cohorte bruyante des ânes, il n’a cessé de faire entendre le chant qui lui était naturel ; si du haut de sa branche, il a souvent conchié les idoles que vénèrent les nantis de la société, ce ne sont pas les faibles et les opprimés qui s’en plaindront. »

Que peut-on ajouter à cette magnifique envolée saranesque, si ce n’est que Péret fut en outre ce que beaucoup ne lui pardonnèrent pas : un homme sans concession, un homme total, entier, de tous les excès diront certains, qu’il s’agisse de la création poétique, de l’engagement politique, du rêve, du Merveilleux et de l’amour forcément sublime… (..)

Dans Le Beau Navire, en juin 1939, André Rolland de Renéville note que l’écriture automatique apparaît en harmonie avec le tempérament de Péret, au point qu’il semble que notre poète n’eût pas écrit si le surréalisme n’avait pas été découvert. Benjamin Péret ne conserve de notre langage que la construction syntaxique, l’allure et le ton. Les mots lui deviennent des signes. Il leur redonne un sens absolument libre, dégagé des objets qu’il désigne. De nouveaux objets semblent naître de ces moules dont le contenu nous était imposé par l’usage. Et le miracle est que ces réalités nous les comprenons, tandis que nous traverse l’immense éclat de rire d’un être que nulle contrainte ne retient plus de se lancer à travers notre flore et notre faune urbaines, comme s’il s’agissait pour lui de celles d’une contrée primordiale, ouverte à ses instincts. Il suffit de lire au hasard l’un de ses plus beaux poèmes pour y trouver l’exemple d’une conscience qui décide d’accepter sans y introduire de contrôle, la succession des idées qui se présentent à elle par le mécanisme de leur libre association.  Péret annihile la distance entre l’homme et l’objet, entre l’espace et le temps, entre le réel et le rêve : Sois la vague et le bourreau la lance et l’orée - et que l’orée soit l’étincelle qui va du cou de l’amante à - celui de l’amant - et que se perde la lance dans la cervelle du temps - et que la vague porte la poutre - et que la poutre soit une hirondelle - blanche et rouge comme mon CŒUR et ma peur.

Et pourtant, Benjamin Péret n’a jamais voulu faire l’apologie de la poésie aux dépens de la pensée rationaliste, mais de s’insurger contre le mépris affiché pour la poésie par les tenants de la logique et de la raison, découvertes elles aussi, cependant, à partir de l’inconscient. L’invention du vin, nous dit Péret, n’a pas incité l’homme à abandonner l’eau pour se baigner dans du vin rouge et personne ne contredira en outre que, sans la pluie, le vin ne saurait exister. De même, sans l’illumination inconsciente, la logique et la raison, restées dans les limbes, ne seraient pas tentées de dénigrer la poésie. Péret s’affranchit de toutes les servitudes du langage, de la morale ambiante, et demeure inflexible sur la fonction de la poésie (nous le verrons au sein de notre dossier avec Le Déshonneur des poètes de 1945) comme sur le rôle du poète (in préface à l’Anthologie des mythes, légendes et contes populaires d'Amérique, 1960) : « Si dans le camp réactionnaire on cherche à faire de la poésie un équivalent laïque de la prière religieuse, du côté révolutionnaire on n’a que trop tendance à la confondre avec la publicité. Le poète actuel n’a pas d’autre ressource que d’être révolutionnaire ou de ne pas être poète, car il doit sans cesse se lancer dans l’inconnu ; le pas qu’il a fait la veille ne le dispense nullement du pas du lendemain puisque tout est à recommencer tous les jours et ce qu’il a acquis à l’heure du sommeil est tombé en poussière à son réveil. Pour lui, il n’y a aucun placement de père de famille, mais le risque et l’aventure indéfiniment renouvelés. C’est seulement à ce prix qu’il peut se dire poète et prétendre prendre une place légitime à l’extrême pointe du mouvement culturel, là où il n’y a à recevoir ni louanges ni lauriers, mais à frapper de toutes ses forces pour abattre les barrières sans cesse renaissantes de la sottise et de la routine. »

Évidemment, chez Péret, les mots ne sont pas que des mots, mais incarnation de la chair et du sensible, voire du comestible : Passée la caisse de camemberts - le petit hanneton s’est perdu dans le désert - où le jambon a failli mourir de faim - Il court à droite et à gauche - mais à droite et à gauche il ne voit que des tomates blanchies - à la chaux - Il regarde au-dessus de lui et voit un portemanteau  - qui se moque de lui - Ô portemanteau verni ciré par les homards - aie pitié d’un petit hanneton qui tire la langue - parce qu’il ne peut pas tirer à coups de fusil sur les - chaussettes - qui lui feraient un si bon dîner (cf. le poème « Nuits blanches » in De Derrière les fagots, 1934).

Christophe DAUPHIN

(Revue Les Hommes sans Epaules n°41, mars 2016).

*

LE MALADE IMAGINAIRE

  

Je suis le cheveu de plomb

qui tombe d’astre en astre

et deviendra la comète

qui te détruira dans un an et un jour

 

Maintenant il n’y a ni jour ni année

il y a une plante impeccable

dont tu voudrais être l’égal

 

Pour être l’égal des plantes

il faut être grand dans la vie

et solide dans la mort

 

Or je suis seul immobile et muet comme un astre

les pieds baignant dans les nuages

qui comme autant de bouches

me condamnent à rester parmi les êtres immobiles

désespoir des plantes

 

Pourtant un jour les liquides révoltés

jailliront vers les nuages

armes meurtrières

maniées par des femmes bleues

comme les yeux des filles du nord

 

Et ce jour-là sera dans un an et un jour

Benjamin PERET



Revue de presse

Lectures

" Le dossier de ce beau numéro est consacré à Benjamin Péret. Dans son éditorial, intitulé « Le passager du Transatlantique », Christophe Dauphin explique ce choix :

« Les poètes ont toujours été et sont toujours de ce monde, mais ils sont rares, ceux qui, de la trempe de Benjamin Péret, demeurent toujours et définitivement à l’avant-garde du Feu poétique. Et pourtant, si le Passager du Transatlantique n’a jamais cessé d’être à flot, ce fut trop souvent sur un océan d’ombre, que n’emprunte qu’une minorité, certes, mais active et éclairée. Ce constat a motivé l’écriture du dossier central de ce numéro des HSE. Avec Péret, nous ne sommes jamais dans l’histoire de la littérature, tellement ce poète est actuel – et surtout en ces temps d’assassins et du médiocre dans lesquels nous vivons  -, mais dans la vie. Comment alors expliquer l’audience confidentielle de son œuvre ? »

Si la France a, depuis des décennies, du mal avec la poésie en général et les poètes en particulier qui, souvent, obligent à penser dans un monde qui a vu, avec les soi-disant nouveaux philosophes des années 60-70, l’opinion remplacer la pensée et le savoir. Benjamin Péret, un anticonformiste cher à Sarane Alexandrian, n’a jamais fait la moindre concession à la mondanité.

L’œuvre, toujours injustement méconnue de Benjamin Péret, est immense, aux poèmes s’ajoutent des contes, des écrits politiques, des écrits ethnologiques, des écrits critiques sur le cinématographe et les arts plastiques, sur le surréalisme, la littérature, sans compter les entretiens. Une œuvre éditée aujourd’hui en sept volumes sous le titre Œuvres complètes grâce à l’association des amis de Benjamin Péret.

Son œuvre, toujours aussi actuelle, dérange et secoue. Elle réveille. Benjamin Péret qui poussera de manière exemplaire la pratique de l’écriture automatique dans ses retranchements soulève l’hostilité et l’incompréhension dès la fin des années 1920, notamment de la N.R.F., incompréhension qui demeure.

Voici pourtant ce qu’en dit André Rolland de Renéville en 1939 :

« L’écriture automatique apparaît en harmonie avec le tempérament de Péret, au point qu’il semble que notre poète n’eût pas écrit si le surréalisme n’avait pas été découvert. Benjamin Péret ne conserve de notre langage que la construction syntaxique, l’allure et le ton. Les mots lui deviennent des signes. Il leur redonne un sens absolument libre, dégagé des objets qu’il désigne. De nouveaux objets semblent naître de ces moules dont le contenu nous était imposé par l’usage. Et le miracle est que ces réalités nous les comprenons, tandis que nous traverse l’immense éclat de rire d’un être que nulle contrainte ne retient plus de se lancer à travers notre flore et notre faune urbaines, comme s’il s’agissait pour lui de celles d’une contrée primordiale, ouverte à ses instincts. Il suffit de lire au hasard l’un de ses plus beaux poèmes pour y trouver l’exemple d’une conscience qui décide d’accepter sans y introduire de contrôle, la succession des idées qui se présentent à elle par le mécanisme de leur libre association.  Péret annihile la distance entre l’homme et l’objet, entre l’espace et le temps, entre le réel et le rêve : Sois la vague et le bourreau la lance et l’orée – et que l’orée soit l’étincelle qui va du cou de l’amante à – celui de l’amant – et que se perde la lance dans la cervelle du temps – et que la vague porte la poutre – et que la poutre soit une hirondelle – blanche et rouge comme mon CŒUR et ma peur. »

Christophe Dauphin note que si Benjamin Péret, ce « surréaliste par excellence », « est presque toujours qualifié d’opposant-né », il convient aussi de parler de lui comme d’ « un homme du oui et de l’adhésion à la liberté, à l’amour sublime, au merveilleux, à l’amitié ». Péret, nous dit-il, a aussi « magistralement établit l’analogie entre la démarche poétique et la pensée mythique ». Christophe Dauphin rappelle que Benjamin Péret est définitivement vivant quand bien des prétendus poètes d’aujourd’hui sont déjà morts. En 1945, il tenait ces propos, à la fois réalistes et visionnaires, dans Le déshonneur des poètes.

« Les ennemis de la poésie ont eu de tout temps l’obsession de la soumettre à leurs fins immédiates, de l’écraser sous leur dieu ou, maintenant, de l’enchaîner au ban de la nouvelle divinité brune ou « rouge » – rouge-brun de sang séché – plus sanglante encore que l’ancienne. Pour eux, la vie et la culture se résument en utile et inutile, étant sous-entendu que l’utile prend la forme d’une pioche maniée à leur bénéfice. Pour eux, la poésie n’est que le luxe du riche, aristocrate ou banquier, et si elle veut se rendre « utile » à la masse, elle doit se résigner au sort des arts « appliqués », « décoratifs », « ménagers », etc. »

Benjamin Péret est plus que jamais précieux dans un monde ou la compromission, la trahison et la falsification sont la norme.

 

A travers le temps et l’espace

Attendre sous le vent et la neige des astres

la venue d’une fleur indécente sur mon front décoloré

comme un paysage déserté par les oiseaux appelés soupirs du sage

et qui volent dans le sens de l’amour

voilà mon sort

voilà ma vie

Vie que la nature a fait pleine de plumes

et de poisons d’enfants

je suis ton humble serviteur

 

Je suis ton humble serviteur et je mords les herbes des nuages

que tu me tends sur un coussin qui

comme une cuisse immortelle

conserve sa chaleur première et provoque le désir

que n’apaiseront jamais

ni la flamme issue d’un monstre inconsistant

ni le sang de la déesse

voluptueuse malgré la stérilité d’oiseau des marécages intérieurs"


Rémi BOYER (in incoherism.wordpress. com, 1er mai 2016).


*


"Je me demande toujours si je dois considére Les Hommes sans Epaules (ici, le numéro 41), comme un livre ou une revue. presque 200 pages pour Benjamin Péret et 30 pour Annie Le Brun, me font hésiter, mais tout de même et comme d'habitude, Christophe Dauphin me fait pencher vers le livre. En particulier pour Péret, si curieusement discret et souvent mal défini, même si son surréalisme est sans doute aucun, un des plus complets et plus authentiques de tous les membres et souvent tellement plus connus des groupes internationaux. Par ses voyages et ses étonnantes originalités, il se démarque fortement des autres tentations explicatives, si nombreuses et si souvent contradictoires sous le même nom de surréalistes, comme de Dada et tant de noms d'avant-gardes, valables ou non, Péret reste un modèle par l'abondance de sa production et sa qualité d'écriture et de pensée (au grand pluriel), mais plus encore de son inventivité. Dauphin ne s'y trompent à aucun moment et le lecteur a intérêt à parcourir avec lui cette oeuvre que je commence à préférer parfois aux autres icones groupées autour de l'éternel André Breton. J'ai découvert Annie Le Brun, que je ne connaissais pas encore, et admire sans réserve tout ce qu'elle rend magique dans ce portrait en apparence si simple. même après cet Homme sans Epaules, j'ai le sentiment de n'avoir pas encore lu Péret."

Paul VAN MELLE (in revue Inédit Nouveau n°279, avril 2016).

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" Le dossier majeur de la revue de Christophe Dauphin (une centaine de pages sur les plus de 300 de l’ensemble) est consacré à Benjamin Péret (1899-1959). Opposant-né, anticlérical, antimilitariste, adversaire du nationalisme, Péret ne s’est jamais départi de ses opinions profondes tout au long de sa vie. C’est en 1920 qu’il rencontre Breton et les dadaïstes ; il demeurera un fervent adepte de l’écriture automatique et plus largement défendra la liberté sous toutes ses formes. Certains de ses articles assez virulents et prises de position lui vaudront pas mal d’inimitiés durables. Il passera en trois périodes une dizaine d’années soit au Brésil, soit aux Mexique. Où son penchant pour le trotskysme prendra racine ainsi que son intérêt pour les religions africaines. Il sera correcteur pour les Journaux Officiels, rejoindra les anarchistes de la « colonne Durutti » en Espagne, en 36, et sera emprisonné trois semaines à Rennes, en mai 1940. Durant la guerre, il passe par Marseille, avant de rejoindre le Mexique, est fasciné par la civilisation maya. Il travaille vingt ans sur l’Anthologie des mythes, légendes et contes populaires d’Amérique. 1945, c’est le scandale du Déshonneur des poètes qui répond à Honneur des poètes (Aragon, Éluard, Seghers, Tardieu, Frénaud, Ponge…). Où Péret fustige cette poésie proche de la propagande, en dénonçant « la récupération du poétique par le politique ». Cette polémique violente va l’isoler. Il aura du mal à éditer Le Gigot, sa vie, son œuvre que Losfeld accepta où il fait montre de ses dons de conteur. Octavio Paz parle en résumé d’une des œuvres les plus originales et sauvages de notre époque. Suit un texte de Jean-Clarence Lambert, un voisin, qui met en perspective Péret, Paz et le Mexique, et je retiens dans son préambule cette comparaison assez juste entre Péret et Breton entre le naturel de l’un et le côté plus emprunté et cérémonieux de l’autre. Une anthologie d’une vingtaine de pages pour clore.

Je voudrais te parler cristal fêlé hurlant comme un chien dans une nuit de draps battants… "


Jacques MORIN ( cf. "Repérage" in dechargelarevue.com, 17 août 2016.)